Lettre
2. Cf. G. Carducci, Le Stan^e, l'Orfeo e le Rime di messer Angelo Ambrogini Poli^iano (Florence, i863, in-12), p. xxiii.
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ment les raisons dans une pure latinité, à la fois décidée, nuancée et fine.
Il serait donc assez naturel qu'il se fût intéressé aux poésies toscanes du Mécène florentin , devenu son protecteur zélé, même s'il n'y avait trouvé qu'un nouveau Pétrarque, de moins haute envergure, mais plus plein et plus varié d'idées, d'un style plus nerveux, — un Pétrarque modernisé et par là même plus séduisant. En outre, il trouvait réalisé dans ces poèmes l'idéal qu'il s'était proposé à lui-même ; au moins autant que l'humilité chrétienne, la lecture des sonnets médicéens le décida à renoncer à la publication de ses propres sonnets. Du reste, s'il sacrifia sans trop de regrets sa Muse toscane, il ne se résigna pas aussi vite à sacrifier sa Muse latine. Quatre mois seulement avant la composition de sa lettre à Lorenzo, il envoyait à Politien, le 1 2 mars 1484 ', ses élégies à.Martia, à Phyllis % à
1. Lettre 28. La date ne se trouve que dans le Laurentiano-Gaddianus, LXXXX, Sy, fol. 65 v».
2. Cf. Lelio Gregorio Giraldi, De poetis sttorum temporum, dans les Opéra omnia, éd. de Leide,
d'autres jolies dames encore, qui, malgré ces noms de convention, n'étaient probablement pas de banales « Iris en l'air ». Politien, qui, épris d'art et de luxe intelligent, avait dû aimer tout de suite ce prince beau, riche et instruit, n'eut pas le courage d'imposer silence à son sens critique, probe jusqu'à la sévérité; et Pic, ému des jugements portés sur son œuvre légère par l'humaniste le plus accompli qui fût jamais, mit au feu ces poèmes latins. N'en déplaise à son neveu, il dut y avoir dans ces deux sacrifices, outre le sentiment chrétien, quelque dépit de voir ses vers de jeunesse inférieurs à l'idée que lui en avaient donné ses flatteurs et son amour-propre, et de constater, une fois averti, leur indéniable infériorité vis-à-vis de ceux de Politien et de Lorenzo. Ce n'est, d'ailleurs, qu'au mois d'octobre i486 qu'il proclame hautement qu'il est guéri de sa fièvre poétique et qu'il a renoncé à ces jeux amoureux pour s'occuper de tout autre chose'.
1696, col. 527. V. aussi Stro:{:^ii poetae pater et films [éd. Simon de Colines, i53o), fol. 2i5 v". I. Lettre 36, à Andréa Corneo.
En effet, entre la fin de l'année 1483 et la première moitié de Tannée 1485, une évolution rapide s'était faite dans l'esprit de Pic de La Mirandole. Il s'était bientôt aperçu que tous les humanistes du cénacle florentin, sauf Politien et peut-être Lorenzo, au lieu de s'enfermer dans le cercle étroit de la littérature antique, comme la fin du moyen âge s'était enfermée dans la théologie scolastique, se plaisaient aux études philosophiques et aspiraient, par delà la philosophie elle-même, à quelque chose d'encore indécis qui, en peu de temps, allait devenir la science moderne. Esprit beaucoup plus compréhensif que Marsile Ficin, Pic dut se tourner très vite vers des intelligences comme celle de Toscanelli ' : son livre contre les astrologues l'atteste indéniablement. Mais ses premières études, son caractère naturellement mystique, l'influence de
I. Cf. Gustavo Uzielli, La vita e i tempi di Paolo dal Po:{{0 Toscanelli (Rome, 1894, in-fol.), pp. 222, 224, etc. (partie 5, vol. I, de la Raccolta di documenti e studi pubblicati dalla R. Commissione Colombaria).
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Savonarole , l'empêchèreni de s'aventurer trop avant dans ce monde nouveau. 11 puisa là, du moins, une répugnance marquée pour la rhétorique vide et l'éloquence inféconde ; et si Politien resta jusqu'à la tin le plus cher d'entre ses amis, c'est sans doute à sa maîtrise incontestée, mais aussi aux qualités de son cœur qu'il dut ce singulier privilège.
On peut suivre assez facilement dans les lettres de Pic la transformation qui se fit alors dans ses idées et qui le conduisit à la rédaction des célèbres thèses. Le 3 juin 1485 ' (c'est-à-dire environ un an après la lettre où il louait les poésies de Lorenzo pour les idées qui s'y pressaient), il adressait à Ermolao Barbaro cette autre longue lettre qui eut au moins autant de retentissement et où il faisait sans pitié le procès de l'éloquence cultivée et admirée pour ellemême. Jamais réquisitoire littéraire, en dépit de sa forme élégante et courtoise, ne fut plus sévèrement rédigé. C'est vraiment le manifeste de la pensée moderne au sortir