‹ Pic, repic et capot, comédie en deux actes, en versChapitre 15 sur 19 · SC.\RON · texte numérisé non relu

SC.\RON

C'est parfait!.... d'orthographe.

Mais d'un lien qui m'obsède et me blesse. Le poids m'accable ei je m'en trouve las ; Et revenu d'une longue faiblesse, Je veux briser ma cliaine sans éclats.

Signé de votre sang, avec un grand paraphe ! C'est plus que je n'avais le droit d'en exiger.

VILLARCE.MX.

Alors vous ne trouvez donc rien.... à corriger?

M""' SCARO.N.

Non : rien.

Et vous voilà pleinement satisfaite?

M""* SCARON

Pas encore.

VILLARCEAUX

Comment?

M""" SCARON

Sans chercher de défaite,

Bien que je veuille croire à voire amour pressant, El qu'un engagement signé de votre sang, Soit une preuve en soi claire et satisfaisante, D'une crainte pourtant, je ne suis pas exemple.

VILLARCEAUX

Parlez; que voulez-vous dire par là?

M™*" SCARO.

Je dis Que vous avez déjà, marquis, signé jadis Un contrat pour le fond à celui-ci conforme, Et qui possédait même encore, pour la forme, Cet avantage en plus d'être notarié; Enfui, tranchons le mot, vous êtes marié.

VILLARCEAUX

Très-peu.

Pour le moment, laissons-là, je vous prie. Cet air de badinage et de plaisanterie; Et, lorsque vous aurez quitté ce ton moqueur. Nous pourrons nous parler franchement, cœur à cœur.

VILLARCEAUX

C'est donc... bien sérieux?

M"^ SCAROiN.

Très-sérieux.

VILLARCEAUX

Mauvaise!

Sommes-nous fâchés?

M""" SCARON

Non. Mais prenez une chaise, Et veuillez m'écouter. J'ignore, en bonne foi. Quelle est l'opinion que vous avez de moi.

VILLARCEAUX

Madame

M""^ SCARON

Vous allez me trouver accomplie; Mais aux fadeurs coupons court, je vous en supplie ; 11 n'est pas question ici de mes beaux yeux, Et je veux vous apprendre à me connailre mieux. Je suis prude, s'il faut en croire les co(piettcs; Les gens dont je n'ai point accueilli les sornettes Disent que j'ai le cœur aussi froid qu'un rocher. Pourtant, parmi les torts qu'on me peut reprocher, Je n'ai pas celui d'èîre insensible ou pédante, Mais seulement, si c'est un tort, d'être prudente : En deux mots voulez-vous connaître le secret De ma réserve? Ile bien ! je crois que l'amour est Chose trop sérieuse au fond pour qu'on en fasse Un objet de hasard qu'on joue à pile ou face. Et pour tout dire enfin, qu'avant de faire un choix Il est bon qu'une femme y regai'de à deux fois. Or, s'il faut avec vous être sincère et vraie. Pour l'avenir, marquis, votre passé m'effraie; Car enfin, vous avez délaissé pour Ninon Celle qui seule a droit de porter votre nom. Et voilà qu'à présent la même humeur légère, (^ui fit sacrifier l'épouse à rétraiigcre. Vous pousse à regarder Ninon avec dédain. Qui me dit que bientôt, par un revers soudain. Je ne me verrai pas à mon tour méprisée? A le craindre, marquis, je suis autorisée, Et ce double abandon est un mauvais garant.

VILLARCEAIX.

Madame, permettez; le cas est difléienl.

— "il -

Pour Ninon, il se peut que par boulade folle, Par vanité peul-èlre, un moment on s'affole; Mais c'est une coquellc indigne assurément D'inspirer d'autre amour qu'un amour.... d'agrément. Quant à ma femme....

M""* SCARON

Hé bien ! n'est-elle pas jolie?

Vous l'avez, m'a-t-on dit, aimée à la folie.

VILLARCE.\L'X.

11 est vrai que durant notre lune de miel

Nous nagions tous les deux dans le septième ciel.

Mais on est vite las de ces soupirs honnêtes

M""= SCAUGN.

Ne vous faites donc pas plus mauvais que vous n'êtes. Marquis, et convenez que votre heureux accord Eût duré plus longtemps et durerait encor, Si Ninon ne se fût jetée à la traverse. C'est elle, une coquette indigne, qui renverse Le foyer domestique, et sur le sol mouvant Eàtit une masure ouverte au premier vent; Et vous, sans regretter un pareil sacrifice, Tandis qu'autour de vous croule votre édifice, Vous grelottez de froid dans l'étroile prison D'un amour frauduleux qui n'a point d'iiorizon. Jugez, marquis, jugez — à vous je m'en réfère, Ce que vous avez fait et ce qu'elle a pu faire. Pour moi, je vous le dis sans prendre de détour, Je brigue peu l'honneur d'obtenir à mon tour Un succès qui s'acquiert au détriment d'une autre. Plus mon affection répondrait à la vôtre,

Plus, dans le même temps, je sentirais combien Doit souffrir celle à qui l'on enlève un tel bien. Et tenez, sans entrer dans un détail plus ample, J'ai présent à l'esprit un tout récent exemple, Hien propre à raffermir encor ma volonté : Ninon assurément n'est pas collet-monté, On ne l'accuse point d'un rigorisme extrême; Hé bien ! Ninon tantôt m'avouait elle-même Qu'en secret elle s'est répété bien souvent : Là-bas, dans sa province, est une pauvre enfant, Qui croyait un amour d'éternelle durée, Lorsqu'il est appuyé sur une foi jurée; Et nous, pour satisfaire un caprice banal, Nous frapperions au cœur cet amour virginal î Non! point de ces liens qu'un regret empoisonne; Car l'amour ne doit être en reste avec personne, Et, sans qu'on puisse rien lui reprocher, il faut. Qu'il se montre au soleil et porte le front haut. C'est un titre sacré que le titre d'épouse; Et le laisser souiller par une main jalouse Sans rougir d'un triomphe à ce prix acheté, C'est un crime! c'est pis ; c'est une lâcheté. Je ne veux pas pousser plus loin cette matière; Mais entre le bonheur d'une existence entière Et le plaisir d'un jour, vous aurez à choisir; Je vous laisse à cela méditer à loisir.

(Elle sort.)

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