‹ Pic, repic et capot, comédie en deux actes, en versChapitre 5 sur 19 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MNON, M"'^ SCARON.

M'"« SCARON

A ce qu!> je puis voir d'après cet air de glace, Enfin di' Villarceaux Coligny prend la place. C'est ui. cboix que l'on peut hautement avouer, Et dont 1 JUS vos amis n'auront qu'à vous louer.

NINON

Ah! vous trouvez cela?

M""" SCAFtON.

Sans doute.

NINON, à part.

La pécore!

M'"'^ SCARON

Villarceaux, chère, au cœur vous tient peut-être encore?

M. NON

.Non vraiment; nous avons rompu sans grand efforl.

M"'^ SCARON

C'est éti-ange! il semblait pourtant vous plaire fort.

M NON

Bien qu'à le détester il m'ait donné matière, Je rends à son mérite une justice entière; Il a des qualités; moins pourtant qu'il n'en faut, Pour l'aire pardonner un énorme défaut.

M""* SCAUGN.

lu défaut?

NINON

Chère, il est jaloux! — laissez-moi rire. .Mais jaloux en un point qui ne se peut décrire. Sa frénésie éclate en de brusques écarts .hisques à n'avoir plus de respect ni d'égards. Une femme avec lui doit vivre calfeutrée, .V tons, de son logis interdire l'entrée. Ou s'il daigne parfois lui lever les verrous, Traiter tous les humains comme des loups-garous. Jugez combien la vie est triste et monotone Sous une telle loi ! Moi-même je m'étonne Et, je m'indigne plus encore, d'avoir eu Tant d'indulgence envers un amant si bourru; VA du fond de mon cœur, je plains l'infortunée Qui, par amour pour lui, se verrait condamnée .-^ A subir, sans pouvoir jamais y mettre un frein Les farouches transports de cet esprit chagrin.

sr^ SCAUON.

Cette jalouse humeur, qui pour un rien s'elfraie, Mst la preuve, après tout, d'une tendresse vraie ;

Et les soucis que prend un cœur vraiinenl épris Montrent qu'à sa conquête il attache du prix. J'en conviens; il est bon que l'amour se confie ; Mais bien souvent aussi cette philosophie Qu'à l'égard l'un de l'autre affectent les amants, Leur pleine quiétude et leurs tempéraments Prouvent moins le lespectque la tiédeur de l'âme. L'amour sans jalousie est un foyer sans flamme, Et nul, si peu qu'il trouve à son bien de valeur, Ne se le voit ravir sans crier au voleur. D'ailleurs, on guérit vite un esprit qui soupçonne, Lorsqu'on prend soin de vivre en honnête personne; Et tout irait peut-être au gré de nos souhaits Si nous veillions un peu sur nous-mêmes

NINON

Ouais î J'en sais plus d'une, moi, de ces pimpesouées. Dont les airs ingénus et les vertus jouées Ne servent qu'à piquer au jeu les damoiseaux Qu'elles cherchent en vain à prendre en leurs réseaux. Elles veulent couvrir de ce voile hypocrite Le peu d'attention qu'on prête à leur mérite, Et se font un honneur de ne jamais faillir. Parce qu'aucun danger ne les vient assaillir. Mais qu'un de nos galants se prenne à leur manège, Et toute leur froideur fondra comme la neige; Et, sans trop de grimace, on les verra soudain Abaisser devant lui leur superbe dédain. Elles viendront quêter jus(|uc dans nos ruelles L'heureux vainqueur qui doit les rendre moins cruelles ;

Car les rcliels d'nulrui leur semblent un régal Dont peut se contenter leur appétit frugal.

M""" SCARON

Celles dont vous parlez pourraient aisément, chère,

Trouver des cœurs tout neufs, sans se mettre à l'enchère.

Si leur vertu résiste à la tentation,

C'est que le désir manque, et non l'occasion.

Lorsqu'à subir un joug leur fierté se ravale.

Elles n'attendent point (|u'une ancienne rivale

D'un amant rebuté leur cède les reliefs;

Mais plutôt, sans tenir compte de ses griefs.

C'est quand l'amour d'autrui parait h^ plus tenace

Que leur témérité hardiment le menace,

Et, pour peu qu'autrui semble en avoir de lennui,

Leur triomphe est doublé du déplaisir d'autrui.

M. NON

Je vous le dis encore; une telle victoire Ne peut oITrir en soi rien de si méritoire. Croyez bien que j'aurais, si je l'avais voulu, Gardé sur Villarceaux un empire absolu.

Avec lui, j'ai rompu pour une cause honnête.

M"'" SCARON

Se peut-il t

NINON

Je me suis mis un scrupule en tète ; C'est qu'il est marié.

M"^"^ SCARON

Chère, de votre pari, Ce remords me parait venir un peu bien lard. Après deux ans passés de liaison intime

NINON

Pour cela, mon scrupule est-il moins légitime f

M'""^ SCARON

>'on, sans doute.

MNON.

Là-bas, me suis-je dit souvent, Là-bas dons sa province est une pauvre enfant Qui croyait un amour d'éternelle durée Lorsqu'il est appuyé sur une foi jurée ; Et moi, pour satisfaire un caprice banal, Je frapperais au cœur cet amour virginal ! Non, sachons épargner, sans en être jalouses. Les saints engagements et les droits des épouses, Et par respect humain, rompre une liaison Fondée imprudemment sur une trahison.

Non! point de ces amours qu'un regret empoisonne. Aimons; mais sans porter préjudice à personne ; Un triomphe est toujours chèrement acheté Lorsqu'il faut l'acquérir par une lâcheté; Et si vous m'en croyez, vous laisserez unies Deux âmes que le ciel a jointes et bénies.

M'"<= SCARON

Amen.

NINON

Hein?

M""^ SCARON

Vous prêchez avec tant d'oiicîion Que je me sens déjà fondre en componclion. De grâce, poursuivez votre sermon fantasque.

NINON

3Iadamc! à part. Peste soil de la petite masque.

ROSE, entrant.

Madame

MNO.N.

Encore vous.

ROSE

Une étrangùie est là Qui voudrait vous parler. Dois-je?...

MNON.

Inlroduisez-la.

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