NINON, M'"'^ SCARON, M"' DE VILLAIICEAUX
M°"= DE VILLAUCEALX.
Madame, excusez-moi.... je ne sais pas... j'Iiésitc. Vous trouverez peut-être étrange ma visite. Mon nom seul vous dira ce que j'attends de vous; Monsieur de Villarceaux, madame, est mon époux.
MNO.N.
En vérité c'est moi qui vous demande excuse Du peu d'habileté dont mon esprit s'accuse ; Car je ne puis pas, même en sachant votre nom, Deviner quel sujet vous conduit chez Ninon.
M'"'^ DE VILLARCEALX.
Je vais lâcher alors de me rendre plus claire.
MNON.
31adame!...
M""^ DE VILLARCEAUX
Je n'iîi i)as dessein de vous déplaii-e : .Si je ne me coriliciis dans un juste degré, C'est par faute d'usage, et non par mauvais gié.
Je ne suis qu'une enfant, une provinciale; J'ignore les façons de la place Royale
NINON
.Mais enfin? —
M'"'' DE VILLARCEALX.
On m'a dit, peul-êire est-ce un propos A plaisir inventé pour troubler mon repos, Qu'une autre femme arrête et retient auprès d'elle Depuis plus de deux ans mon époux inlidèle. C.etle femme, je crains de vous mettre en courroux, Cette femme, on prétend, madame, que c'est vous. Sur la foi de ce bruit qui me renversait toute. Je suis venue ici pour éclaircir mon doute. Peut-être, aurais-je dû donner moins de crédit Aux discours médisants, à tout ce qu'on m'a dit ; Mais j'aime mon époux; et vous devez comprendre Que son cœur m'appartient, cl qu'il faut me le rendre.
M"'<^ SCARO.N.
l'auvrc enfant !
NINON
Villarceaux, durant plus de deux ans, Kut pour moi des égards, et des soins complaisants, VA loin de m'en cacher, je l'avoue à voix haute.
M""" DE VILLAnCEALX.
Ciel î
NINON
Si je lui scmblais aimable, est-ce ma faulc ';' Pouvais-je l'empêcher? et pour répondre aux gens l)evais-je requérir la garde et les sergents?
M"""^ DE VILLAIICEAUX.
Madame
NINON
En vérité, nous sommes bien loties S'il faut (juc, prétextant d'anciennes sympathies, Les dames de province arrivent à Paris Pour nous redemander leurs volages maris, lié, mesdames, mettez un zèle plus notable A rendre à vos époux leur chaîne supportable, Et sans avoir recours à des moyens chanceux, Vous n'aurez pas besoin de courir après eux.
M'"'= DE VILLAUCEALX.
Je vous prie à genoux
M*"* SCARON
Relevez-vous, madame ; Vous la pririez en vain ; car elle n'a point d'âme.
M NON
Ah ! c'en est trop!
M""= DE VILLAnCEALX.
Ilélas! plus d'espoir.
NINON
Jusqu'ici, Je me suis bravement mise à votre merci, Et j'ai seule porté le poids de votre blâme. Madame qui vous plaint, parce qu'elle a de l'âme, En pourrait réclamer une part à bon droit; Et, pour vous éclairer l'esprit à son endroit. Je vous veux révéler un secret qui vous touche. Sachez donc en deux mois que la soinle-nitouche, Par pure charité témoigne à votre époux Cent fois plus de bonlé qu'elle n'en a jiour vous; C'est à ses pieds qu'il porte une nouvelle (lamme. Intercédez près d'elle; et, comme elle a de l'âme.
Sans doule que bientôt, il vous sera rendu Cet époux dont le cœur, madame, vous est dû. Pour moi, qu'un intérêt plus grave soUicile, Je vous oiTre mes vœux pour votre léussile.
'Elle son.