‹ Picciola (volume 3)Chapitre 24 sur 65 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

méifjes traits, avec les mêmes grâces, jeune, mv>deste, charmante ; lui apparaissant, tantôt au milieu de ses anciens compagnons de science et de plaisir, tantôt près des seuls êtres qu'il avait aimés, et qui n'étaient plus : sa mère, sa sœur ; et elle renouvelait pour lui les scènes pleines de suavité, ineffables au souvenir, de l'adolescence et de la famille, et elle s'y mêlait comme pour les rendre plus douces encore.

Parfois elle l'introduisait tout-à-coup dans une maison d'apparence modeste, mais où respiraient l'aisance et le bon goût. Les gens avec lesquels il s'y trouvait lui étaient inconnus, mais ils l'accueillaient avec des sourires, et il se sentait là comme jadis au foyer paternel. Après avoir ranimé sa famille éteinte, ses joies du passé, évoquait-elle donc une autre famille qui devait exister un jour pour Charney, et lui préparer les joies de l'avenir? II ne pouvait se l'expliquer; mais à son réveil il prenait confiance dans sa destinée, et tenait régulièrement note, sur son journal de fine toile, des événemens de ses rêves; c'étaient les seuls événemens heureux de sa vie, sauf sa captivité.

11 arriva pourtant qu'une fois Picciola, dans l'une «le ces fêtes où il avait l'habitude de trouver près d'elle le calme et le bonheur, le frappa d'une subite épouvante. Plus tard, il ne se le rappela que pour croire aux révélations, à la prescience de l'âme. Voici ce qui arriva.

Les parfums de la plante marquaient la sixième heur* du soir. Jamais ils n'avaient été plus forts, plus puissans ; car trente fleurs épanouies concouraient à entretenir cette atmosphère magnétique, au milieu de 1* quelle s'assoupissait Charney.

124 riccioLA.

S'écartant de la foule, il respirait l'air sur une verte esplanade, où son fantôme chéri avait seul suivi ses pas. Picciola s'avançait en lui souriant du regard et du geste ; et lui, dans une attitude contemplative, il admirait la taille souple de la jeune fille, la légère ondulation des plis de sa robe blanche, qui trahissait l'harmonie de ses mouvemens et les boucles de ses cheveux noirs d'où ressortait la fleur accoutumée. Soudain, il la voit s'arrêter ; elle chancelle, lui tend les bras; le sceau de la mort est empreint sur son front. Il veut s'élancer vers elle ; un obstacle qu'il ne peut vaincre le retient enchaîné; il pousse un cri et s'éveille; mais, éveillé, un autre cri a répondu au sien; oui, un cri... une voix de femme !

Cependant Charney se retrouve bien dans sa cour sur son banc, près de sa plante ! Il tourne les yeux, et comme une autre apparition de jeune fille se montre à lui à travers la petite fenêtre grillée. D'abord cette figure mélancolique et gracieuse, placée dans une demiombre, semble à ses yeux flotter dans le vague ; mais peu à peu il la voit s'éclaircir, un regard pénétrant arrive jusqu'à lui ; il se lève, s'approche, et tout-à-coup la douce vision s'efface, ou plutôt la jeune fille s'enfuit.

Quelque rapide qu'ait été sa fuite, pourtant il a entrevu ses traits, sa chevelure, sa taille, la blancheur de sa robe ; il reste immobile ; il pense que son réveil n'est pas complet, et que cet obstacle insurmontable qui, dans son rêve, le séparait de Picciola, c'est une grille de prison !

Ludovic accourut alors en grand ébahissement, et trouvant Charney encore tout troublé :

— Signor conte, lui dit-il, est-ce que votre mal va

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