‹ Picciola (volume 3)Chapitre 41 sur 65 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

caressantes, pleines de charme, et de cette élo((Ucnce qui lui venait du cœur si naturellement.

Et en l'écoutant l'empereur souriait^ et en souriant il admirait sa femme.

Charney comptait les heures, les minutes, les secondes. Il lui semblait que les plus légères divisions du temps s'amoncelaient l'une sur l'autre pour peser sur sa fleur et la briser. Deux jours étaient passés ; le messager n'apportait point de nouvelles, et le vieillard lui-même, inquiet, tourmenté à son tour, ne savait qu'augurer de ce silence et de ce retard, supposait des obstacles, répondait du zèle, du dévouement de la personne chargée du message (sans désigner sa fille toutefois), et tâchait encore de faire renaître dans le cœur de son compagnon une espérance qui s'éteignait dans e sien.

— Teresa! mon enfant ! que lui sera-t-il donc arrivé ? répétait-il avec désolation.

Le troisième jour s'écoula, et sa fille ne revint pas.

Durant toute la journée du quatrième, Girhardi ne se montra point à la petite fenêtre de la cour. Charney ne put le voir ; mais s'il eût attentivement prêté l'oreille, il aurait entendu peut-être les prières mêlées de sanglots qu'adressait au ciel le pauvre père en acceptant le coup terrible qui venait de le frapper.

On eût dit qu'un voile de deuil était tombé soudain sur ce lieu de misère, où naguère encore, même en 15*

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l'absence de la liberté^ des rayons de joie et de bonheur apparaissaient par intervalles.

La plante avançait de plus en plus dans sa voie de destruction, et Charney inconsolable assistait à l'agonie de Picciola. Il y avait chez lui double sujet d'abattement ; il craignait de perdre l'objet de ses travaux, le charme de sa vie, et de s'être vainement avili! Quoi ! vainement son front se serait courbé ! Il aurait mendié une grâce, prosterné jusqu'à terre, et on l'aurait repoussé du pied ! Comme si tout se fût conjuré contre lui, Ludovic, autrefois si naïf, si expansif, maintenant évitait même de lui adresser la parole. Taciturne et bourru, il venait, il montait, il passait, fumant à pleine pipe, sans le regarder à peine, et semblait lui en vouloir de son malheur. C'est que d'abord Ludovic, lorsqu'il eut connaissance des refus du commandant, prévit l'instant où il allait se trouver entre son penchant et son devoir. Il fallait que le devoir eût le dessus, et il se fit brutal et m .ussade pour se donner du courage. Aujourd'hui les rigueurs vont sans doute redoubler, et d'avance sa mauvaise humeur redouble.

Ainsi en agissent communément ceux que l'éducation n'a pas polis. Ils compriment les élans généreux de leur âme quand il leur faut accomplir de rudes fonctions, plutôt que de chercher à en voiler la rudesse sous quelques formes de bienveillance. Ce n'est point par des paroles que Ludovic a jamais donné des preuves de la bonté de son cœur, c'est par des actes ! Les actes lui sont interdits, i. se tait; et la secrète pitié qu'il re.ssent pour l'homme dont on le contraint d'être le tyran subalterne s'exhale en accès de colère contre cet homme lui-même. Il s'efTorce de se montrer insensibl

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