‹ Picciola (volume 3)Chapitre 44 sur 65 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

officielle de ses deux compagnons, Cliarney crut qu'ils lui apportaient les lettres de grâce de Picciola.

Le commandant le pria d'attester si jamais il en avait mal use envers lui, dans l'exercise de ses fonctions, par manque de soins ou par abus de pouvoir.

Ce préambule était de bon augure. Charney attesta tout ce qu'il voulut.

— Vous le savez, monsieur, lors de votre maladie, tous les secours vous ont été prodigues ; s'il ne vous a pas plu de vous soumettre aux ordonnances des médecins, la faute n'est ni à eux ni à moi. J'ai pensé que votre convalescence s'achèverait plus facilement avec le grand air et Texercise, et liberté presque entière vous fut accordée d'aller et de venir dans votre cour.

Charney le salua, comme pour le remercier; mais l'impatience contractait ses lèvres.

— Cependant, monsieur, poursuivit le commandant du ton d'un homme dont la délicatesse a été blessée, dont les égards ont été méconnus, vous avez enfreint les lois réglementaires de la maison, que vous ne pouviez ignorer pourtant; vous avez failli me compromettre dans ma responsibilité vis-à-vis de monsieur le gouverneur du Piémont, le général Menou, et même vis-à-vis de l'empereur, en faisant parvenir à Sa Majesté un placet...

— Parvenir! Il l'a donc reçu! interrompit Charney.

— Oui, monsieur.

— Eh bien ?... Et le malheureux tressaillait d'espérance.

— Eh bien! répondit le commandant, pour ce fait seul, vous allez être transporté dans une des loges du vieux bastion, ofi vous -esterez au secret durant un moi».

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— Mais enfin, — s'écria Charney, essayant de lutte» encore contre la cruelle réalité qui le dépouillait de ses dernières illusions, — l'empereur, qu'a-t-il dit?

— L'empereur ne s'occupe point de pareilles fadaises, lui fut-il dédaigneusement répondu.

Charney prit la chaise unique dont sa chambre était meublée, s'assit, et ce qui se passa ensuite autour de lui parut à peine distraire son attention.

— Ce n'est pas tout. Vos moyens de communications connus, vos relations avec le dehors dévoilées, il est naturel de penser que votre correspondance s'est étendue plus loin. Avez-vous écrit à d'autres personnes qu'à Sa Majesté ?

Charney ne répondit pas.

— Une visite a été ordonnée, continua le commandant d'un ton plus sec, et ces messieurs que voici, délégués par le gouverneur de Turin, y vont procéder surle-champ, en votre présence, comme le veut la loi. Avant l'exécution de cet ordre, désirez-vous faire des révélations ? Elles ne peuvent être que favorables à votre cause.

Même silence de la part du prisonnier.

Le commandant fronça les sourcils; son front chauve se plissa dans toute sa hauteur, et se tournant vers les envoyés de Menou :

— Allons, messieurs, dit-il.

Tous deux se mirent aussitôt en devoir de visiter depuis la cheminée et la paillasse du lit, jusqu'à la doublure des vêtemens du comte. Pendant ce temps, le commandant, se promenant pas à pas dans l'étroite chambre, frappai alternativement du bout de sa canne chaque carreau du plancher, afin de juger s'ils ne re- 30uvraient pas quelques excavations secrètes, destinées

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