LIVRE III
sa proie, des mandibules de fer pour la dévorer, pour creuser la terre, s'y faire un logement, y déposer son butin ou sa ponte. Si un adversaire dangereux ose l'attaquer, il tient en réserve une liqueur acre et corrosive qyi saura bien l'éloigner. Un instinct inné lui a dès l'abord indiqué les moyens de pjurvoir à sa nourriture, de se construire une habitation, de faire usage de ses instrumens et de ses armes ! Et ne croyez pas que les autres insectes soient moins favorisés que lui. Tous ont eu leur part dans cette magnifique distribution des dons de la nature! L'imagination s'effraie à la variété, à la multiplicité des moyens employés par elle pour assurer l'existence et la durée de ces races infimes! Maintenant, comparons, et vous verrez que cette frêle créature que voilà suflît au besoin pour établir la ligne immense de démarcation qui sépare l'homme de la brute !
L'homme a été jeté nu sur la terre, faible, incapable de voler comme l'oiseau, de courir comme le cerf, de ramper comme le serpent ! sans moyens de défense au milieu d'ennemis terribles, armés de griffes et de dards; sans moyens pour braver l'intempérie des saisons, au milieu d'animaux couverts de toisons, d'écaillés, de fourrures ; sans abris, quand chacun avait sa tannière, son terrier, sa carapace, sa coquille; sans armes, quand tout se montrait armé autour de lui et contre lui ! Eh bien ! il a été demander au lion sa caverne pour se loger, et le lion s'est retiré devant son regard ; il a ravi à l'ours sa dépouille, et ce fut là son premier vêtement; il a arraché sa corne au taureau, et ce fut là sa première coupe; puis il a fouillé le sol jusque dans ses entrailles, afin d'y chercher les instrumens de sa force future ; d'une côte, d'un nerf et d'un roseau, il s'est fait des armes ; et l'aigle, qui d'abord, en voyant sa faiblesse et sa nudité, s'apprêtait à saisir sa proie,
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fiappt' au milieu des airs, est tombé moit à ses pieds, seulement pour lui fournir une plume, comme orncmeut à sa coiflure !
Parmi les animaux, en est-il un, un seul, qui eût pu vivre et se conserver à de telles conditions? Isolons pour un instant ri>uvrier de son œuvre; séparons Dieu et la nature! Eh bien! la nature a tout fait pour cet insecte, et rien pour l'homme ! C'est que l'homme devait être le produit de l'intelligence, bien plus que celui de la matière, et Dieu, en lui octroyant ce don céleste, ce jet de lun)ière parti du foyer divin, le créa faible et misérable, pour qu'il eût à en faire usage, et qu'il fût contraint de trouver en lui-même les élémens de sa grandeur !
— Mais, mon ami, interrompit Charney, qu'a donc de si précieux cette faculté, soi-disant divine, dévolue à notre espèce ? Supérieurs aux animaux sous tant de rapports, nous leur sommes inférieurs sous bien d'autres; et cet insecte lui-même, dont vous venez de me détailler les merveilles, n'est-il pas digne d'exciter notre envie, et de faire naître en nous plutôt un sentiment d'humilité qu'un sentiment d'orgeuil ?
— Non! car les animaux, dans leurs opérations essentielles, n'ont jamais varié. Tels ils sont, tels ils ont toujours été ; ce qu'ils savent, ils l'ont toujours su. S'ils sont nés parfaits, c'est qu'il ne peut y avoir progrès chez eux. Ils ne vivent point de leur propre mouvement, mais de celui que leur a donné le Créateur. Ainsi, depuis les commencemens du monde, les castors ont bâti leurs cabanes sur le même plan, les chenilles et les araignées ont filé et tissé leurs coques et leurs toiles d'après les mêmes formes; les alvéoles des abeilles ont toujours formé l'hexagone régulier ; et les fourmislions ont de tout temps tra;é sans compas des cercles et des volutes. Le caractère de leur industrie, c'est l'uni-