LIVRE ni. 2în
iormité, la régularité : celui de l'iadusirie humaine, c'est la diversité; car elle vient d'une pensée libre et créatrice aussi. Jugez maintenant. De tous les êtres de la création, l'homme seul a la mémoire, le pressentiment, l'idée du devoir et des causes occultes, la contemplation, l'amour ! Seul il se détermine par le raisonnement et non par l'instinct; seul, il peut entrevoir l'univers dans son ensemble ; seul, il a la prévision d'un autre monde ; seul, il sait la vie et la mort !
— Sans doute, dit Charney ; mais, encore une fois, ce qui le distingue des animaux est-il donc tant à son avantage? Pourquoi Dieu nous a-t-il donné une raison qui nous égare, une science qui nous trompé 1 Avec notre haute intelligence, nous nous faisons souvent pitié à nous-mêmes ! Pourquoi le seul être privilégié est-il aussi le seul sujet à l'erreur? Pourquoi n'avonsnous pas l'instinct des animaux, ou les animaux notre raison ?
— C'est qu'ils n'ont pas été créés pour la môme fin Dieu n'attend pas d'eux des vertus. Accordez-leur la raison, la liberté du choix dans leurs demeures et dans leur nourriture, et vous rompez à l'instant l'équilibre du monde. • Le Créateur a voulu que la surface de ce globe, et même ses profondeurs, fussent remplies d'êtres animés, que la vie y fut partout. Et, en elfet, dans les plaines, dans les vallées, dans les forêts, depuis le sommet des montagnes jusque dans les abîmes, sur les arbres comme sur les rochers, dans les mers, les lacs, les fleuves, les ruisseaux, sur leurs bords comme dans leurs lits, dans les sables comme dans les marais, dans tous les climats, sous toutes les latitudes, d'un pôle à l'autre, tout est peuplé, tout se meut avec harmonie, avec ensemble. Au fond des déserts comme derrière an fétu de paille, le lion et la fourmi sont au poste qui eur a été assigné. Chacun a sa part, chacun a sa
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place marquée d'avance ; chacun y tourne dans son cercle providentiel ; chacun y est enchaîné dans ses limites ; car il fallait que toutes les cases de cet immense échiquier fussent remplies : elles le sont ; nul ne peut sortir de la sienne sans mourir. L'homme seul va partout et vit partout! il traverse les océans et les déserts; il plante sa tente dans les sables, ou construit ses palais au h&rd des lacs ; il habite au milieu des neiges de nos Alpes, comme sous les feux du tropique ; il a le monde pour prison !
— Mais si ce monde est gouverné par Dieu, dit Charney, pourquoi tant de crimes au sein des sociétés humaines, et de désastres dans la nature 1 J'admire avec vous la sublime distribution des êtres créés; ma raison se confond devant cet ensemble saisissant ; mais quand mes yeux se reportent vers l'homme...
— Mon ami, interrompit le sage, n'accusez Dieu, ni des erreurs de l'homme ni des éruptions du volcan ; il a imposé à la matière des lois éternelles, et son œuvre s'accomplit sans qu'il ait à s'inquiéter si un vaisseau sombre au milieu de la tempête, ou si une ville disparaît sous les secousses du sol. Qu'importent à lui quelques existences de plus ou de moins? Crort-il donc à la mort 1 Non ; mais à notre âme il a laissé le soin de se régler elle-même, et, ce qui le prouve, c'est l'indépendance de nos passions. Je vous ai montré les animaux obéissant tous à l'instinct qui les conduit, n'ayant que des tendances aveugles, ne possédant que des qualités inhérentes à leurs espèces ; l'homme seul fait ses vertus et ses vices ; seul, il a le libre arbitre, car pour lui seul cette terre est une terre d'éprçuves. L'arbre du bien, que nous cultivons ici-bas avec tant d'efforts, ne fleurira pour nous que dans le ciel. Oh! ne pensez pas que Dieu puisse changer le cœur du méchant sans le faire ! qu'il puisse laisser le juste dans