‹ Picciola (volume 4)Chapitre 100 sur 129 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Par l'ordre de son père, Giacomo se réfugia chez un de ses païens, curé d'un petit village de la prindpauté de Masserano, aux environs de Bielle. Mais malgré sa fuite , il fut condamné par contumace à cinq ans d'exil hors de Turin.

L'importance maladroite donnée à cette affaire, qu'on nomma la conspiration dansante, grandit Giacomo aux yeux de ses compatriotes. Les uns le regardèrent comme le vengeur du peuple ; les autres , comme un de ces novateurs dangereux qui rêvaient encore l'indépendance du Piémont; et tandis qu'à la cour on signalait le donneur de soufflets comme l'un des membres les plus actifs du parti démocratique , le pauvre petit factieux servait tranquillement la messe au village, et ne sortait point de l'église où il venait de communier saintement.

Ce terrible début d'une vie qui devait s'écouler si calme, influa bien long-temps sur le sort de Giacomo Girhardi. Le vieillard paya chèrement les folies du jeune homme, car, lors de son arrestation pour l'attentat prétendu contre le premier consul, ses accusateurs ne manquèrent pas de faire valoir le jugement qui l'avait atteint déjà comme perturbateur et républicain effréné.

A compter de sa sortie de Turin, et durant son exil, Giacomo, laissant s'éteindre entièrement cet amour de l'égalité que son père avait fait naître en lui , vit se développer de plus en plus au contraire les sentimens religieux qu'il tenait de sa mère. 11 les porta bientôt à l'excès, et son parent, brave et digne

ecclésiastique, dont l'esprit peut-être manquait d'étendue, mais dont l'âme était noble et les convictions sincères, au lieu de chercher à calmer en lui ce commencement d'exaltation, l'excita, espérant faire pour lui de l'humilité chrétienne un bouclier contre la vivacité de son caractère. Plus tard, il comprit luimême l'imprudence de son calcul. Giacomo n'avait plus qu'un désir, ne formait plus qu'un vœu , celui d'être prêtre.

Pour parer à ce coup, qui les eût privés de leur fils unique, son père et sa mère le rappelèrent auprès d'eux , et, s'appuyant sur la vive tendresse qu'il leur conservait, ils firent tant qu'ils le décidèrent, ou plutôt le contraignirent, à force de supplications et de larmes, à se marier.

Giacomo se maria donc ; mais son mariage tourna d'abord bien autrement qu'on ne s'y attendait. Il vécut avec sa femme comme avec une sœur. Elle était jeune et belle, et ressentait pour lui la plus tendre affection. Il se servit de son influence sur son cœur, il usa de son éloquence naturelle et passionnée, non pour lui faire comprendre le bonheur du ménage , mais les douceurs de la vie religieuse. Il y réussit complètement , si bien qu'après une année passée pour eux dans une union chaste comme celle des auges, la jeune épouse se retira dans un couvent, et lui, il retourna dans les environs de Bielle.

A peu de distance du village qu'il habitait, se dresse une chaîne de hauteurs, dernier embranchement des Alpes pennines. A la base du 7nonte Mucroney le pic

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