‹ Picciola (volume 4)Chapitre 11 sur 129 · DANS LES PRISONS D'ÉTAT. XXV · texte numérisé non relu

DANS LES PRISONS D'ÉTAT. XXV

ies règnes de Claude et de Néron. L'abbé Prieur, qui en était réduit pour se distraire à commenter et à réfuter la grammaire française de Vailly sur le grabat où il mourut, ne réussit pas à obtenir du lieutenant de police un Nouveau-Testament, grec et latin, pour sanctifier ses souffrances-

Ce n'étaient là que des gens de lettres et des philosophes : on les honorait encore de quelcjues égards, de quelques ménagemens, parce qu'ils sortaient toujours de prison la plume à la main. Mais les prisonniers que l'on craignait moins après ces rudes épreuves, ceux qui n'en devaient pas de long-temps voir le terme, ceux qui sentaient peser sur leur tête la vengeance d'un ennemi puissant, ils retombaient quelquefois dans les horreurs de l'ancienne Bastille, où la torture morale surpassait encore la torture physique : combien de misérables, lentement assassinés par l'oisiveté et l'abrutissement au fond de ces ténébreux cachots, où Latude languit trente-quatre ans ! Quel séjour, que ces antres de pierre que le jour ne visitait jamais, où se concentrait un air empoisonné, où le sol fangeux s'exhaussait d'immondices, où rampaient les crapauds et la vermine ! Eh bien! pour échapper à l'ennui, plus redoutable encore que cette mortelle prison, les êtres livides et décharnés qui s'y mouraient, oubliés des hommes, cherchaient une occupation , un intérêt , un plaisir.

XXVI SUR l'emploi du temps

dans cette vermine même dont ils étaient dévorés : iis apprivoisaient, ils instruisaient des puces !

Latude^ ce génie actif et persévérant qui ne put se montrer que dans les prodiges de son évasion, ne perdait pas l'espoir de la renouveler avec des efforts plus incroyables encore; mais en attendant que les circonstances la favorisassent, il avait besoin de dépenser le trop plein de son imagination et d'exercer les belles facultés de cette intelligence qui lui aurait acquis une supériorité réelle dans quelque carrière qu'il eût suivie , s'il ne s'était pas vu, à vingt ans, retranché de la vie sociale par l'inexplicable vengeance de madame de Pompadour. Ce fut surtout pour se procurer les moyens d'écrire qu'il eut besoin de toutes les ressources de son invention : « Pour remplacer le papier, qui me manquait, raconte-t-il dans ses Mémoires assez mai rédigés par l'avocat Thierry et peut-être trop souvent empreints de romanesque, je pris pendant long-temps la mie du pain qu'on me donnait ; je la broyais dans mes mains , je la pétrissais avec ma salive ; puis, en l'apla tissant, j'en fis des tablettes de six pouces carrés ou environ et de deux lignes d'épaisseur. A défaut de plume, je pris l'arête triangulaire que l'on trouve sous le ventre des carpes : elles sont larges et fortes; en les fendant, on peut les employer facilement au lieu de plume. Il ne me roanquaH plus que ùq l'encre : mon

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