‹ Picciola (volume 4)Chapitre 111 sur 129 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

» légère! Eh bien ! si mon espoir se réalise... bientôt » je rentrerai dans ces murs dont je fus exilée 1 »

— Elle va revenir ! Quoi! ici? près de vous? interrompit Charney avec un cri de joie.

— Lisez, lisez, répondit tristement le vieillard. Charney relut la dernière phrase, et continua :

« Bientôt, je rentrerai dans ces murs dont je fus » exilée 1... Vous voilà content, bien content, j'en » suis sûre. Reposez-vous donc encore un peu sur » cette consolante idée... Votre fille, votre Teresa » vous en supplie I ne vous hâtez pas trop de par- » courir la fin de cette lettre. Une émotion trop vive » est parfois bien dangereuse ! ce que j'ai dit ne vous » suffit-il pas ? Chargé d'accomplir vos souhaits, un » ange fût descendu des cieux , vous n'auriez osé » lui en demander plus.. . Moi, trop exigeante peut- » être, avant qu'il reprît son vol, j'aurais intercédé )) près de lui pour votre liberté, pour votre délivrance )) complète ! A votre âge, il est si cruel de vivre privé » de la vue du pays natal ! Les bords de la Doria » sont si beaux, et dans vos jardins de la Colline les » arbres plantés par ma défunte mère et par mon » pauvre frère ont pris tant d'accroissement ! Là , » leur souvenir vit plus que partout ailleurs I Puis, » vous devez tant regretter vos amis, vos amis dont » les efforts généreux ont si bien aidé à mes faibles » tentatives!... Oh! père, père! la plume me brûle » les doigts ; mon secret va s'échapper. Il m'est )) échappé déjà, sans doute ! De grâce, armez-vous )) de force et de constance, car voici le bonheur qui

» vient ! Dans peu de jours, j'irai vous rejoindre, non )) plus seulement pour adoucir votre captivité, mais )) pour la faire cesser ! non plus pour rester près de » vous aux heures marquées et dans l'enceinte d'une » prison , mais pour vous emmener avec moi, libre » et fierl Oui, fier! vous aurez le droit de l'être, car » vos fidèles Delarue et Cotenna, ce n'est point une » grâce qu'ils ont obtenue, c'est une justice, c'est une » réparation î

» Adieu, mon bon père ; oh 1 que je vous aime, et que je suis heureuse!

» Teresa. »

Il n'y avait point dans cette lettre un mot, un seul mot de souvenir pour Charney. Ce mot absent, il l'avait cherché avec angoisse pendant toute la durée de sa lecture, et cependant, malgré le désappointement éprouvé par lui en ne le trouvant pas, ce fut une explosion de joie qu'il fit tout d'abord éclater :

— Vous allez être libre! s'écria-t-il; vous pourrez vous reposer sous l'abri des arbres, et voir se lever le soleil 1

— Oui, dit le vieillard, je vais... vous quitter ! Et c'est là cette ombre qui marche devant mon bonheur, comme pour l'obscurcir !

— Eh ! qu'importe, reprit Charney, prouvant, par la véhémence de ses transports et le généreux oubli de lui-même, combien il était devenu digne de comprendre l'amitié : — vous lui serez rendu enfin ! Elle aura cessé de souffrir par ma faute ! Vous serez heu-?

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