DANS LES PRISONS D'ÉTAT. VII
tine a choisi , au contraire, un prisonnier résigné qui n'essaie pas de s'enfuir et qui finit par être plus lieureux dans sa prison qu'il ne l'était en liberté au milieu des vains plaisirs et des bruyantes illusions du monde. M, Saintine a concentré son drame, pour ainsi dire, sur la tête d'une fleur.
Cette fleur est la véritable héroïne de son roman ; on croirait volontiers qu'elle parle et qu'elle agit; elle joue un rôle que le ciel a l'air de lui dicter ; elle s'anime, elle devient un être vivant et intelligent ; elle console et instruit le prisonnier ; elle lui révèle l'œuvre de la création ; elle le retire de l'abyme de l'incrédulité ; elle le conduit, sous l'égide de la foi, au bonheur qu'il avait nié et dont il s'éloignait de plus en plus en poursuivant un fantôme. C'est un ange qui a pris cette forme végétale pour arracher un malheureux aux tortures du doute et aux horreurs du désespoir.
Eh bien! cette fleur sublime, sur laquelle repose la pieuse et poétique histoire du prisonnier de Fenestrelle, n'a pas été comprise par le matérialisme des uns et par l'ignorance des autres. On a critiqué ce qu'on devait surtout admirer ; on a discuté au lieu de sentir, et cette critique aride , qui s'épuise à découvrir un ver imperceptible dans les plus beaux fruits , a condamné une invraisemblance et une exagération dans cet amour du pauvre prisonnicrpour sa fleur inconnue. Sans doute
VIII SUR l'emploi du temps
celte injuste critique n'est pas de celles qui ont de l'écho ni de la portée ; mais comme elle peut vouloir se reproduire à la faveur des nouvelles et nombreuses éditions qui attendent Ficciola, je lui répondrai dès à présent pour en finir avec elle , et je lui opposerai quelques recherches sur la manière dont les prisonniers célèbres ont employé le temps durant leur captivité. De ces exemples, fournis par différentes époques, il résultera que l'amant de Ficciola s'est créé un délassement et une affection que justifient les tristes annales des prisons d'état , de Pignerol , de Vincennes et de la Bastille.
Que si j'étais botaniste, ce que je ne suis pas, faute de pouvoir retenir dans ma chétive mémoire douze mille mots de technologie plus ou moins barbare , je ne perdrais pas cette occasion de réhabihter Picciota aux yeux des botanistes qui regrettent de ne pas connaître le nom scientifique de cette fleur, et qui hésitent à lui assigner son rang d'espèce et de genre dans la classification des plantes, selon Linnée et Tournefort , ou bien selon Jussieu et Mirbel. J'avoue tout bas que je ne ferais pas une grosse querelle à M. Saintine s'il s'était avisé de tendre un piège aux savans et d'inventer une fleur qui n'existât que dans son livre. Que nous importe de savoir exactement si cette fleur était poii/pétalc ou monocoiytàlonc, si elle appartenait à la classe