LIVRE I
s'était couché , dédaignant d'appeler quelqu'un à son aide, et remettant au somnoeil le soin de sa guérison.
Le sommeil n'était pas venu , mais la douleur ; et le lendemain , lorsque le comte voulut se lever, une puissance plus forte que sa volonté le retint cloué sur son grabat. Il ferma les yeux et se résigna.
Devant le péril , son calme philosophique et son orgueil de conspirateur revinrent. Il se fut cru déshonoré d'exhaler un soupir, une plainte , ou d'implorer secours de ceux qui, violemment , l'avaient séquestré du monde. Il donna seulement quelques instructions à Ludovic au sujet de sa plante , dans le cas où il serait indéfiniment retenu captif dans son lit , dans ce carcere duro qui venait aggraver encore son autre captivité. Les médecins arrivèrent , et il refusa de répondre à leurs questions. Il lui semblait que sa vie n'étant plus à lui , il n'était pas chargé de sa conservation , pas plus que de la gestion de ses biens confisqués , et que c'était à ceux qui s'appropriaient le tout à veiller sur le tout 1
Les médecins ne tinrent compte d'abord de cette révolte, et ils insistèrent. Rebutés enfin par le silence obstiné du malade, ils se décidèrent à ne plus interroger que la maladie elle-même.
Les signes pathognomoniques répondirent à chacun dans un sens contraire, car chacun des savans docteurs appartenait à un système différent. Dans la dilatation de la pupille et la teinte violacée des lèvres, l'un vit les symptômes certains d'une fièvre putride ; l'autre ceux d'une inflammation des viscères dans le
météorisme du ventre ; le dernier enfin (car ils étaient trois) conclut à l'apoplexie ou à la paralysie, d'après la coloration du cou et des tempes, la froideur des extrémités, la rigidité de la face, et déclara que le silence du malade ne devait être attribué qu'à un commencement de congestion cérébrale.
Deux fois le capitaine-commandant de la citadelle vint visiter le prisonnier dans sa chambre. La première, il s'informa auprès de lui s'il n'avait pas quelque chose à désirer. Il offrit même de le faire changer de logement, s'il pensait que le lieu habité par lui fût en partie cause de son malaise. Le comte ne répondit que par un signe négatif, ou par un refus.
La seconde fois, le commandant se montra suivi d'un prêtre.
Charney condamné par les médecins, il était du devoir de sa charge de préparer le prisonnier à recevoir les secours delà religion.
S'il est dans le sacerdoce une fonction auguste et sacrée, c'est celle du prêtre des prisons, de ce prêtre le seul spectateur dont la présence sanctifie l'échafaud. Et cependant le scepticisme de notre siècle n'a pas craint de la railler avec amertume. Cuirassés par l'habitude, a-t-on dit, ils ne savent plus s'émouvoir, ils ne savent plus pleurer avec le coupable, et dans leurs exhortations, dans leurs consolations, retournant sans cesse les mêmes pensées, chez eux le métier vient glacer l'inspiration.
Eh ! qu'importe que les phrases soient les mêmes I Est-il donc un homme qui doive les entendre deux