‹ Picciola (volume 4)Chapitre 44 sur 129 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

— Faites l'étonné ! répliqua celui-ci avec son clignement d'œil obligé. — Est-ce donc la première fois qu'elle vous rend le même service ? Lorsque vous vous sentez atteint de ce mal, auquel vous êtes sujet, n'est-ce point toujours avec cette herbe qu'on vous guérit? Vous me l'avez dit du moins, et je m'en suis souvenu. Dieu merci ; car il paraît que Picciola en sait plus dans une de ses feuilles que tous les bonnets carrés de Montpellier et de Paris attachés ensemble. Oui, ma petite filleule, dans cette affaire-là, aurait défié un régiment complet de médecins, fut-il de quatre bataillons, à quatre cents hommes par bataillon! A preuve, que vos trois grimauds ont lâché pied en battant la chamade et vous jetant la couverture sur le nez ; au lieu que Picciola 1 .. . ah ! la brave petite plante! que Dieu en conserve la graine!... quant à moi, je n'oublierai pas la recette, et si jamais mon petit Antonio tombe dans la maladie, je lui en ferai boire en bouillon et manger en salade, quoique ce soit plus amer encore que la chicorée. Elle n'a eu qu'à se montrer, et la victoire a été décidée, puisque vous voilà guéri, oui, vraiment guéri; car maintenant vous ouvrez de grands yeux, vous riezl... Ahl vivat à Villustrissima signora Picciola !

Charney prenait plaisir à la joie bruyante et loquace de son digne gardien ; son retour à la vie, l'idée de la devoir à cette même plante qui déjà avait charmé ses longues heures de captivité, faisaient naître en lui un vif sentiment de bonheur, et le sourin en effet se montrait sur ses lèvres fiévreuses en©!^,'-.

quand soudain une idée pénible, cruelle, lui traversa l'esprit.

— Mais enfin cette plante, dit-il à Ludovic, comment a-t-elle contribué à ma guérison? comment l'avez-vous employée ?

Et une sorte de terreur l'agitait en faisant cette question.

— Rien déplus simple, répliqua tranquillement le geôlier : une pinte d'eau sur un bon feu, trois bouillons. .. tisane parfaite ; ça va tout seul.

— Grand Dieu 1 s'écria Charney retombant sur son oreiller, et portant la main à son front, vous l'avez détruite I Ahl je n'ai point de reproches à vous adresser, Ludovic; et cependant... ma pauvre Picciola! Que vais-je faire, que vais-je devenir sans elle?

— Allons, allons, calmez-vous, lui dit Ludovic se rapprochant de lui et prenant un son de voix presque paternel pour consoler le captif, accablé de douleur comme l'enfant à qui l'on vient d'enlever un jouet favori. ^- Calmez-vous, et ne vous découvrez pas comme vous faites. Ecoutez-moi bien , ajouta-t-il tout en s'occupant de rajuster les draps et de remédier au désordre général du lit, occasionné par les brusques mouvemens du malade. — Aurais -je dû hésiter à sacrifier une herbe pour sauver un homme? non , n'est-ce pas? Eh bien 1 cependant je n'aurais pu me décider à la tuer ainsi du premier coup , et à la faire entrer tout entière dans la marmite. D'ailleurs, c'était inutile. Je ne lui ai fait qu'un emprunt. Avec les ciseaux de ma femme , je lui ai coupé un tas de

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