‹ Picciola (volume 4)Chapitre 6 sur 129 · DANS LES PRISONS D ETAT. XV · texte numérisé non relu

DANS LES PRISONS D ETAT. XV

les livres qu'on lui mit entre les mains ; quand on l'eut privé de livres, il changea la destination du papier qu'on était forcé de lui fournir pour l'usage de sagarderobe, et il en fit des manuscrits, qu'il cachait dans son lit et dans le dossier de son fauteuil. Ces manuscrits furent découverts, et on lui ôta les moyens de les continuer : alors il écrivit sur ses rubans, sur ses mouchoirs, sur la doublure de ses habits. On le fithabillerdebrunet on ne lui donna plus que des rubans de couleur sombre. Le ministre répondit aux plaintes de Saint-Mars qu'il était bien difficile d'apporter remède à cette fureur d'écrire. On lui rendit pourtant des livres, en les soumettant à un examen minutieux lorsqu'il demandait à les échanger contre de nouveaux: on reconnut qu'il écrivait encore sur les marges avec des encres chimiques invisibles, qui paraissaient à l'approche du feu. On finit sans doute par fermer les yeux et tolérer une désobéissance aussi persévérante, que rien au monde ne pouvait empêcher. Fouquet reprit donc ses écritures avec une prodigieuse activité, et il rédigea un grand nombre d'ouvrages en prose et en vers, la plupart traitant de matières morales et ascétiques : les uns furent déhvrés à son fils après sa mort, les autres transmis à Louis XIV ; quelques-uns, dit-on, virent le jour sous le non du père Boulaud, jésuite, et l'on retrouve dans le plus connu, intitulé ConseUs d§ ia sagesse de Saiomon, les senti-

XVI SUR l'emploi du temps

mens de résignation et de philosophie chrétiennes qui allégèrent le poids de cette inique captivité.

Fouquet, quoique toujours enfermé^ pouvait se procurer sans doute beaucoup de plantes salutaires qui croissent dans les montagnes ; car il reprit les études pharmaceutiques qu'il avait faites autrefois sous les yeux de sa pieuse mère, qui possédait tant de secrets précieux pour laguérison de toutes les maladies^, et qui les employait elle-même au soulagement des pauvres. Fouquet donna des leçons de pharmacie au valet emprisonné avec lui, et dans les derniers temps de sa vie il eut la satisfaction, bien douce pour une âme évangélique comme la sienne, de venir en aide à un de ses geôliers les plus impitoyables : Louvois lui fit demander un collyre, appelé eau de casse-iunette, qu'il distillait pour le mal d'yeux, avec la recette de cette eau et la manière de s'en servir. Mais à cette époque le prisonnier de Pignerol voyait se relâcher la rigueur de sa détention : il avait la permission de descendre sur les boulevarts de la citadelle, de dîner à la table des ofTiciers ; sa femme, ses enfans et ses amis pénétraient jusqu'à lui ; bientôt sa grâce entière lui eût été accordée, lorsqu'il mourut subitement le 23 mars 1680.

Je crois avoir prouvé ailleurs, par de bien étranges rapprochemens de faits et de dates, que la mort de Fouquet ne fut pas véritable, et que cet infortuné, ex-

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