‹ Picciola (volume 4)Chapitre 63 sur 129 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

dien dont le sourire sait me consoler de tout I Quant à votre plante, le vent des Alpes vous en avait sans doute apporté le germe, ou peut-être, en passant, un oiseau en laissa tomber une graine dans cette cour; mais maintenant une même circonstance vous enverrait une autre Picciola, ce ne serait que pour renouveler le regret laissé par la première, car d'avance il faudrait vous attendre à la voir mourir comme elle. Croyez-moi, cher monsieur, laissez agir mes amis; fléchissez enfin. La liberté vous sera peut-être plus facile que vous ne pensez... On cite déjà plusieurs traits de clémence et de générosité du nouvel empereur. Dans ce moment il est à Turin, et Joséphine raccompagne.

Il prononça le nom de Joséphine comme si la certitude du succès y était attachée.

— A Turin 1 interrompit Charney, en redressant vivement sa tête, jusque là penchée sur sa poitrine.

— A Turin, depuis deux jours, répéta le vieillard, tout joyeux de ne pas voir cette fois comme l'autre ses bons conseils n'exciter dans l'esprit du comte qu'une attention douteuse.

— Et quelle est la distance exacte de Fénestrelle à à Turin?

— En prenant par Giaveno, Avigliano, et la grande route , il y a seize milles, ou près de sept lieues.

— En combien de temps peut-on les franchir?

— Il faut quatre à cinq heures au moins, car, dans ce moment, la route doitêtre obstruée par les troupes, les équipages, les chariots de tous les alentours qui

se rendent pour assister aux fêtes... Le chemin qui tourne par les vallées, en côtoyant le fleuve, est le plus long sans doute; mais il demanderait moins de temps, je crois.

• — Dites-moi, monsieur, par vos communications avec le dehors, trouveriez-vous quelqu'un qui put se rendre à Turin aujourd'hui... avant ce soir?

— Ma fille s'en occupera.

— Et vous dites que le général Bonaparte. .. le. .. premier consul .. .

— L'empereur, reprit doucement Ghirardi.

— Oui, l'empereur, l'empereur est encore à Turin, n'est-il pas vrai? — reprit Charney, fortement dominé par une grande résolution ; — eh bien 1 je vais lui écrire, lui adresser une supplique . .. à l'empereur ! Il pesa sur ce mot, comme pour bien s'affermir dans sa nouvelle route.

— Oh ! béni soit Dieu ! s'écria le vieillard, car c'est de lui que vous vient cette bonne pensée, où l'orgueil humain a le dessous,.. Oui, écrivez, adressez-vous à lui pour votre demande en grâce ; Fossombroni , Cotenna et Delarue, mes amis, vous appuieront vivement, comme ils m'appuieront moi-même auprès du ministre Marescalchi, du cardinal Caprara, et même de Melzi, qui vient d'être nommé garde-des-sceaux du nouveau royaume. Mon cher compagnon, nous quitterons peut-être cette prison ensemble, le même jour, vous pour recommencer le vie active et forte , moi pour suivre ma fille où elle voudra aller.

— Pardon, monsieur, pardon, si je ne semble pas

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