‹ Picciola (volume 4)Chapitre 65 sur 129 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Le lendemain, dès le point du jour, la ville d'Alexandrie était toute dans ses habits de fête. Une population immense circulait déjà dans ses rues tapissées et pavoisées de feuillages et de banderolles. La foule se portait de la maison commune , où se trouvaient Napoléon et Joséphine, à l'arc de triomphe élevé à l'extrémité du faubourg qu'ils devaient suivre pour aller visiter les plaines illustres de Marengo.

Sur le chemin d'Alexandrie à Marengo, même muljtude de peuple, même cris, mêmes fanfares.

Jamais pèlerinage à Notre-Dame de Lorette, jamais cérémonies du jubilé à Rome n'avaient attiré àffluence pareille à celle qui se dirigeait alors vers ce champ de bataille à peine refroidi.

C'est que là va se passer l'acte le plus important des fêtes du jour. L'empereur Napoléon doit assister à un combat simulé, donné en commémoration de la victoire remportée en ce lieu même, cinq ans auparavant , par le premier consul Bonaparte.

Des tables , des tréteaux sont placés le long de la route. On y mange , on y joue la comédie en plein vent.

Dans la longue et unique rue du village de Marengo , toutes les maisons , transformées en hôtelleries , présentent l'image de la confusion et du mouvement.

A toutes les fenêtres, pour attirer et tenter les chalands, pendent des jambons fumés, des mortadelles, des guirlandes de bartavelles et de cailles , des chapelets de croquettes et de sucreries. On entre, on sort, on se presse, Italiens et Français, bourgeois et soldats ; les monceaux de macaroni , les pyramides de massepains, de lassagnes et de ravioles s'effacent sous la main des acheteurs.

Dans les escaliers étroits et obscurs, on se heurte, on se coudoie sur une double ligne ascendante et descendante; quelques-uns, chargés encore de leurs provisions, pour les mettre à l'abri de la rapacité de leurs voisins, lèvent les bras au-dessus de leur tête , et, dans les ténèbres, une main, plus longue ou plus habile que la leur, soustrait le friand fardeau, soit un pain beurré, des figues, des oranges, un jambonneau de Turin , où une caille bardée , soit même un pâté dans sa croûte, un excellent stufato dans sa terrine.

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