‹ Picciola (volume 4)Chapitre 67 sur 129 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

quels vient tout-à-coup peser une vague énorme. Quelques cavaliers, lancés au galop contre les groupes retardataires, nettoient rapidement la place.

Le village est désert, les tentes joyeuses sont pliées, les tréteaux abattus, les chants, les cris ont cessé de se faire entendre. On voit de tous côtés, dans le vaste circuit de la plaine, courir des hommes, interrompus dans leurs jeux ou dans leurs repas, et des femmes effrayées par l'éclair des sabres ou le hennissement des chevaux, traînant leurs enfans après elles.

Que si de l'œil on parcourt alors les rangs de l'armée , encore dans son unité et rangée sous les mêmes drapeaux, à la contenance des soldats, au caractère de fierté ou de tristesse silencieuse empreint sur leurs traits, on reconnaît sans peine ceux que les ordres du général en chef, le maréchal Lannes,a d'avance désignés comme vaincus ou vainqueurs futurs . Lui-même, on le voit, suivi d'un nombreux état-major, reconnaître le terrain sur lequel il a si vaillamment figuré naguère , et distribuer à chacun son rôle.

Là doivent se répéter les principaux mouvemens exécutés dans la terrible journée du 14 juin de l'année 1800 ; mais on aura soin d'omettre les fautes qui y furent commises, car c'est une flatterie stratégique, un madrigal à coups de canon que l'on prépare pour le nouvel empereur et roi.

Donc, les troupes s'alignaient, se développaient, se repliaient d'après les ordres du chef, lorsque de bruyantes symphonies se font entendre sur la route d'Alexandrie. Un vague murmure va en grossissant

et se propage parmi ces nombreuses populations , qui , protégées par les rives du Tanaro , de la Bormida, de l'Ofba ou les ravins de Tortone, forment la ceinture âottante et animée de cette vaste arène. Tout-à-ccup le tambour bat ans champs; des cris et des vivats ^'élèyent de tous côtés au miîisu des flots de poussière ; les sabres brilîeiît an jour ; les fusils se redressent et résonnent coïii^v. par un mouvement unanime, et une brillante voiture, attelée de huit chevaux caparaçonnés, blasonnée aux armes d'Italie et de France , amène jusqu'au pied de leur trône Joséphine et Napoléon 1

Celui-ci , après avoir reçu les hommages de toutes les députations de l'Italie , des envoyés de Lucques , de Gènes, de Florence, de Rome et de la Prusse ellemême, s'irritant du repos, s'élance sur son cheval, et bientôt la plaine entière s'illumine de feux et se couvre de fumée.

C'étaient là les jeux du jeune conquérant \ La guerre pour amuser ses loisirs ; la guerre pour l'accomplissement de ses hautes destinées. Il la fallait à celte âme ardente, née pour la domination, et que la conquête du monde eût seule laissée désœuvrée.

Un officier désigné par l'empereur expliquait à Joséphine, restée isolée sur son trône, et presque épouvantée de ce spectacle , le secret de ces évolutions et le but de ces grands mouvemens. Il lui avait montré l'autrichien Mêlas, chassant les Français du village de Marengo, les culbutant à Pietra-Buona, à Castel- Ceriolo, et Bonaparte l'arrêtant soudain au milieu de

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