‹ Picciola (volume 4)Chapitre 71 sur 129 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

et l'on se remit en route. Onze heures sonnaient alors à toutes les horloges de Turin.

Dans son impatience d'arriver au but de son voyage et de pouvoir bientôt transmettre une bonne nouvelle à Fénestrelle , Teresa eût voulu se sentir emportée dans un char impétueux , par des chevaux rapides comme le vent, et la voiture marchande pesait lourdement sur le sol ; les mules foraines cheminaient pas à pas, lentement, levant un pied après l'autre, et la régularité de leur sonnerie semblait donner encore à leur allure un caractère plus marqué de nonchalancer.

La voyageuse se contraignit d'abord, espérant que la marche réveillerait avant peu les pauvres bêtes, ou que le fouet de leur conducteur saurait bien hâter leur course. Mais, voyant celui-ci rester inactif du geste , et se contenter seulement d'un petit claquement de langue pour exciter son attelage, elle prit sur «lie de lui témoigner combien il lui importait d'arriver promptement à Asti , afin de toucher à la porte d'Alexandrie dans la matinée.

— Ma belle enfant, lui répondit son nouveau guide, il ne me plaît pas plus qu'à vous de passer la nuit à compter les étoiles, mais il faut que le marchand veille à sa marchandise. C'est de la faïence et de la porcelaine que je vais débiter à Revigano , et si mes mules s'emportent , elles pourront fort bien ne faire que des tessons de toute ma pacotille.

— Quoi 1 monsieur, vous êtes faïencier ! s'écria Teresa, la figure terrifiée.

— Faïencier-porcelainier, répliqua le marchand.

iSk PICCIOLA.

— Ahl mon Dieu! dit en gémissant la voyageuse. Mais du moins, il vous est sans doute facile d'aller un peu plus vite?

— Voulez- vous ma ruine?

— C'est que j'ai tant besoin d'arriver I

— Et nous donc ! ma belle enfant. Est-ce une raison pour tout briser 1

En guise de concession, le faïencier cependant multiplia, pendant quelques instans, ses petits claquemens de langue; mais les mules étaient trop bien accoutumées à leur pas pour en changer facilement.

Teresa se reprocha alors, avec amertume, de ne pas s'être informée plus tôt du temps qu'ils devaient mettre pour gagner Asti ; elle se reprocha surtout de n'avoir point elle-même parcouru Turin, pour y découvrir, avec la connaissance qu'elle avait de la ville, un moyen plus prompt de transport; mais elle n'avait plus maintenant qu'à se résigner ; elle se résigna.

La voiture suivait son train ordinaire. Losca et Zoppa n'allaient ni plus vite ni plus lentement ; seulement, marchant sur les bas côtés du chemin, elles ne faisaient plus retentir le pavé du bruit des roues. Le marchand etsafemme,quijusquealorsavaientéchangé entre eux force paroles sur les chances de leur commerce à la foire de Revigano, se taisaient, et, dans cette obscurité , au milieu de ce silence , malgré le froid dont ses pieds ressentaient l'engourdissement , Teresa commençait à s'assoupir au tintement monotone des clochettes. Sa tcte , balancée d'abord de droite à gauche, cherchait tour à tour un oreiller, soit

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