LIVRE II
sur l'épaule de la femme, soit sur celle du mari, et retombait pesante sur sa poitrine.
— Appuyez-vous ferme sur moi , dit son conducur , et bonne nuit, ma belle enfant.
Elle suivit le conseil, s'arrangea de son mieux, et endormit tout-à-fait.
Elle dormit si bien durant plusieurs heures , que i'éclat du jour naissant lui fit seul ouvrir les yeux. Etonnée de se trouver ainsi au grand air, en pleine route, la mémoire lui revint, et, inspection faite autour d'elle, elle vit avec surprise, avec douleur, que la voiture ne bougeait plus, et semblait depuis long-temps immobile en place. Le marchand, sa femme, les mules elles-mêmes, sommeillaient profondément , et la double sonnerie ne faisait point entendre le plus léger tintement.
Teresa aperçut non loin derrière elle la pointe de plusieurs clochers, et les vapeurs du matin, dessinant des figures bizarres dans un horizon rétréci, lui montraient fantastiquement groupés , les sommets de la Superga, le château de Mille-Fleurs, celui de la Vigne de la Reine, l'église des Capucins, et toutes les belles décorations de la magnifique colline de Turin.
— Miséricorde 1 mon Dieu ! s'écria-t-elle, où sommesnous I le jour paraît, et à peine avons-nous quitté les faubourgs !
Le marchand s'éveille à ses cris ; et après s'être frotté les yeux, il se hâte de la rassurer.
— Nous aprochons d'Asti, lui dit-il, et ces clochers que vous voyez là, derrière vous, ce sont ceux de Re-
vigano. Il n'y a pas trop de quoi gronder Losca et Zoppa; elles viennent de s'endormir seulement, et elles devaient en avoir bon besoin. Pourvu qu'elles n'aient pas profité de mon sommeil pour trotter un peu trop fort. — Teresa sourit. — Allons , en route I
Et il fit claquer inopinément son fouet, dont le brui/ éveilla d'un même coup sa femme et ses mules.
A la porte d'Asti , l'honnête faïencier prit cgngé de Teresa, la déposa à terre, figura le signe de la croix avec les vingt francs qu'il reçut d'elle, et lui souhaitant bon voyage, il fit faire volte-face à ses mules pour regagner le chemin de Revigano.
La moitié de la route était donc faite ! mais Teresa n'espérait plus d'arriver pour le petit lever de l'empereur.— Cependant, se disait-elle, un empereur doit se lever tard 1 Oh ! qu'elle eût voulu replonger sous l'horizon ce soleil qui déjà annonçait sa venue par un redoublement de lumière! Il lui semblait qu'autour d'elle, tout devait ressentir l'agitation qui la tourmentait, qu'elle allait voir la population entière d'Asti sur pied, se préparant au voyage d'Alexandrie, et alors, dans cette multitude de chariots et de voitures , elle obtiendrait bien une place, fût-ce même dans la patache publique.
Quel fut donc son étonnement, à son entrée dans la ville, en trouvant les rues désertes et silencieuses . La clarté du soleil y pénétrait à peine , et n'éclairait encore que la toiture des maisons les plus élevées et le dôme des églises.
Elle se souvint d'un de ses parens maternels, qui