‹ Picciola (volume 4)Chapitre 73 sur 129 · LIVRE U · texte numérisé non relu

LIVRE U

habitait Asti depuis longues années. II pouvait lui être d'un grand secours , et voyant, au rez-de-chaussée d'une maison d'assez mince apparence, briller une lumière rougeâtre à travers la vitre plombée, elle osa frapper et s'enquérir de la demeure de ce parent.

Un carreau s'entr'ouvrit ; une voix sèche et criarde lui dit que depuis trois mois l'individu dont il s'agissait habitait sa maison de plaisance de Monbercello , et le carreau se referma .

Seule, au milieu de la rue, Teresa commençait à s'effrayer de son isolement. Pour se donner du courage , elle fit sa prière du matin, en se tournant vers une madone enfoncée dans le mur, à quelques pas de là, et devant laquelle brûlait une petite lampe. Puis, sa prière à peine terminée , elle entendit des pas retentir dans la rue ; un homme se montra :

— Indiquez-moi, monsieur, je vous prie, lui ditelle, les voitures qui se rendent à Alexandrie?

— Il est bien tard , ma belle fille , lui répondit l'étranger; voitures et voiturins, tout est retenu depuis trois jours. Et il passa.

Un second vint à elle. A cette même demande de Teresa, il s'arrêta , la regarda d'un air sombre et dur :

— Vous aimez donc bien les Français ! Razza maledetta! Et il s'éloigna plus rapidement que le premier.

La pauvre questionneuse resta quelque temps intimidée , et ne se remit de son émotion qu'à la vue d'un jeune ouvrier qui sortait de chez lui en chantant.Pour la troisième fois, elle réitéra ga question :

— Ah 1 ah 1 signora , lui dit-il d'un air de belle humeur, vous voulez voir une bataille 1 Mais il n'y aura pas de place pour les jolies filles là- bas. Croyez-moi, restez des nôtres. C'est aujourd'hui fête , et les drudi ballarini se battront à qui vous aura pour danseuse. Vous en valez bien la peine. Une petite guerre en votre honneur, heini cela vous tente-t-il?

Et, s'avançant en gracieusant, il essaya de la saisir par la taille ; mais, au coup d'oeil qu'elle lui lança, il reprit sa chanson, et poursuivit sa route.

Un quatrième , un cinquième traversèrent la rue à leur tour. Teresa ne songea plus à les interroger; et ses regards se dirigeaient vers les portes , s'ouvrant alors de tous côtés , vers les voitures stationnant au fond des cours. Enfin, non sans peine, et par faveur spéciale , on la reçut dans un carrosse, pour la conduire seulement à Ânnone , où l'on devait prendre un voyageur dont elle occupait temporairement la place. D'Annone à Felizano, de Felizano à Alexandrie , ce furent d'autres contrariétés, d'autres embarras. Elle triompha de tout.

En arrivant dans cette dernière ville , Teresa savait déjà que l'empereur ne s'y trouvait plus; aussi , sans s'y arrêter un moment , elle prit avec la foule et à pied le chemin de Marengo.

Là , pressée de toutes parts par la cohue dont elle est environnée, épiant avec soin les intervalles , côtoyant les bords de la route , elle tente sans cesse de gagner du terrain sur ceux qui la devancent. Ne prêtant nulle attention ni aux fanfares, ni aux spectacles

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