‹ Picciola (volume 4)Chapitre 75 sur 129 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

dèrent si rapidement dans la plaine, qu'ils semblaient vouloir envahir le champ de bataille.

Une centaine de cavaliers accoururent au-devant de cette multitude désordonnée, et, faisant briller leurs sabres nus et piétiner leurs montures , la forcèrent sans peine de rentrer dans ses limites. Tous perdirent le terrain en aussi peu de temps qu'ils avaient mis à le conquérir ; tous, à l'exception d'une seule personne I

Sur l'un des plis de ce même terrain coule une source entourée de quelques arbres et d'une forte haie d'aubépine.

Poussée par la vague des curieux , Teresa , pâle , tremblante, se dirigeant encore par instinct vers ce trône élevé devant elle, avait été lancée, entraînée jusqu'au massif de verdure. Épouvantée de cette vio* lente impulsion, craignant de se briser contre ces arbres , fermant les yeux, comme l'enfant qui croit le danger passé lorsqu'il a cessé de le voir, elle avait saisi entre ses bras le tronc d'un peuplier, pour s'en faire un appui , et s'était tenue ainsi quelque temps immobile , les oreilles remplies du bruissement de la foule et du feuillage.

Le mouvement de retraite de tout ce peuple fut si rapide à l'approche des soldats , que , quand Teresa releva la tête et regarda autour d'elle, elle se vit seule, bien seule , séparée de l'armée par le bouquet d'arbres et la haie d'aubépine , et de la multitude par un épais tourbillon de poussière, soulevé sous la dernière ondulation des fuyards.

142 PIGGIOLA.

N'hésitant pas à pénétrer à traver» la haie , elle se jette tout aussitôt dans le massif, et , son émotion un peu calmée la royageuse prend alors connaissance des lieux.

Ombragée par une vingtaine de peupliers et de Irerables, la source, encaissée dans le sol, tapissée de lierre rampant, de mousse et de cymbal^ire, bouillonne à petit bruit, en s'échappant par un ruisseau, dont on peut suivre de l'œil le cours dans la plaine , à la quantité de myosotis et de renoncules blanches qui passementent ses eaux. La vapeur qui s'en élève aide encore à remettre Teresa de son trouble et de son agitation. Il lui semble qu'elle vient de s'introduire dans une oasis de fraîcheur et de repos, et que la haie d'enceinte la protège à la fois contre là poussière, la chaleur et le bruit. Un instant, la plaine est devenue presque silencieuse; elle n'entend ni les cris des officiers, ni les hourras de la foule, ni les hennissemens des chevaux.

Mais un mouvement singulier se manifeste au-dessus de sa tète. Ce sont des titillations, des pétillemens continus dans les arbres. Elle regarde, et voit les rameaux des trembles et des peupliers couverts d'une innombrable quantité de moineaux, qui, chassés de tous les alentours par la marche circulaire et le tumulte des populations, sont venus, comme la jeune fille, chercher un abri dans cette petite solitude de verdure . On eût dit que la peur les avait paralysés de l'aile et de la voix : pas un cri, pas un fredon n'éclate au milieu de leurs bandes. Ils ont vu presque envahir leur nouvel asile

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