‹ Picciola (volume 4)Chapitre 77 sur 129 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

montrait devant elle, ou disparaissait sous un rideau de lances et de baïonnettes.

Après une demi-heure, pendant laquelle toute autre pensée que celle d'un effroi instinctif sembla l'abandonner, son énergie d'âme reprit le dessus. Elle examina avec plus de calme les obstacles à vaincre pour arriver au monticule pavoisé , et ne les jugea point insurmontables.

Deux colonnes d'infanterie, se prolongeant sur une longue ligne, dont la double base s'appuyait aux flancs du massif, venaient d'engager une vive fusillade l'une contre l'autre. Elle espéra pouvoir, à travers ce brouillard de poudre , se frayer un chemin sans être même aperçue. Elle hésitait cependant, lorsqu'une troupe de hussards brûlés de soif font invasion dans son asile.

Alors elle n'hésita plus ; son courage se renforçant d'un accès de pudeur, elle s'élance en courant entre les deux colonnes d'infanterie, et quand la fumée vient à se dissiper, les soldats poussent une clameur de surprise en apercevant au milieu d'eux une jupe blanche , iin chapeau de femme , une fugitive jolie , charmante, qui, malgré leurs cris, poursuit sa course.

Un escadron de cuirassiers accourait pour appuyer une des lignes. Le capitaine faillit renverser Teresa ; mais, la saisissant à temps entre ses bras, il l'enlève de terre, et, jurant, sacrant, sans plus s'informer par quel hasard une jeune fille se trouve en plein champ de bataille, il charge deux soldats de la conduire au quartier des femmes.

l/^6 PiccioLA.

Il lui fallut monter en croupe derrière un des cuirassiers, et ce fut ainsi qu'elle se dirigea vers l'eniroit où les dames de la suite de l'impératrice Joséphine, accompagnées de quelques aides de camp 3t de messieurs les députés des villes d'Italie , se tenaient sur le monticule.

Arrivée là , touchant enfin au but , Teresa ne pouvait plus faillir dans son entreprise. Elle avait surmonté trop de difficultés pour se laisser vaincre par la dernière ; aussi, lorsque, sur sa demande de parler à l'empereur , on lui répondit qu'il parcourait alors la plaine à la tête de ses troupes : — Eh bienl je veux voir l'impératrice 1 s'écria-t-elle avec fermeté. — Mais l'un n'était guère plus facile que l'autre. Pour se débarrasser de son importunité, on essaya de l'intimider ; on n'y put parvenir. On lui dit qu'il fallait attendre la fin des évolutions ; elle s'y refusa, et voulut marcher vers l'estrade impériale; on la retint, elle se débattit, éleva la voix avec véhémence, jusqu'à ce qu'enfin l'attention de Joséphine elle-même se tournât de son côté.

Les ordres de Joséphine n'étaient pas transmis, qu'au milieu d'un groupe s'entr'ouvrant,la jeune fille se montra suppliante , retenue et résistant encore.

A un signe plein de bonté de l'impératrice , et que chacun comprit, on s'effaça devant la captive, qui, s' élançant libre, encore désordonnée par la lutte qu'elle venait de soutenir, arriva haletante jusqu'aux marches du trône , se courba , et tirant précipitamment de son sein un mouchoir qu'elle agita vivement :

— Madame! madame! un pauvre prisonnier!

Joséphine ne comprit pas d'abord ce que signifiait

ce mouchoir à elle présenté.

— Est-ce une pétition que vous voulez me remet- Jtre? dit-elle.

— »* La voici , madame , la voici 1 C'est la pétition d'un pauvre prisonnier!

Et les larmes coulaient le long des joues de la postulante, dont un sourire céleste d'espérance animait le visage. L'impératrice lui répondit par un autre sourire , lui tendit la main , la força de se relever, et se penchant vers elle d'un air plein de bonté :

— Allons, allons, mon enfant, remettez-vous. Il vous intéresse donc beaucoup ce pauvre prisonnier?

La jeune fille rougit, baissa les yeux.

— Je ne lui ai jamais parlé , répondit-elle ; mais il est si malheureux 1 Lisez , madame.

Joséphine déplia le mouchoir, s'attendrit en songeant de combien de misères et de privations témoignait ce linge , péniblement empreint d'une encre factice; puis s'arrêta nt dès le premier mot :

— Mais , c'est à l'empereur qu'il s'adresse !

— Qu'importe? n'êtes-vous pas sa femme? Lisez , lisez , madame ; lisez, de grâce! c'est si pressé!

On en était au plus fort du combat. La colonne hon^ groise, quoique mitraillée par l'artillerie de Marmont,. avait repris son formidable mouvement.

Zach et Desaix se trouvaient enfin en présence, et de leur choc allait résulter le salut ou la perte de l'armée. Le canon grondait dans toutes les directions ; le champ de bataille était embrasé ; les cris des soldats, mêlés aux fanfares de guerre, semblaient agiter les airs comme un ouragan.

L'impératrice lut ce qui suit :

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