‹ Picciola (volume 4)Chapitre 82 sur 129 · LIVRE ni · texte numérisé non relu

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sourire s'effaça, pour passer sur celle de l'épouse. Il fronça le sourcil , et se prépara à tenir ferme, craignant que l'influence qu'exerçait Joséphine sur son cœur ne le fît tomber dans de fâcheuses faiblesses.

— Encore! Joséphine, vous m'aviez promis de ne plus chercher à interrompre ainsi le cours de la justice! Pensez -vous que le droit de faire grâce ne nous soit accordé que pour satisfaire aux caprices de notre cœur? Non, nous n'en devons faire usage que pour adoucir l'application trop rigoureuse de la loi, ou réparer les erreurs des tribunaux ! Toujours tendre la main à ses ennemis, c'est vouloir augmenter leur nombre et leur insolence !

— Sire, répliqua Joséphine en retenant un éclat de rire prêt à lui échapper, vous m'accorderez cependant la faveur que j'implore de votre majesté.

— J'en doute.

— Et moi, je n'en doute pas. D'abord , et avant tout, je viens vous demander le renvoi de deux... oppresseurs! oui, sire, qu'ils sortent de leur place ! qu'ils en soient chassés, arrachés, s'il le faut!

Parlant ainsi, elle pressait son mouchoir sur sa bouche ; car, en voyant la figure étonnée de Napoléon, elle n'était plus maîtresse d'elle-même.

— Comment ? c'est vous qui m'excitez à punir, vous, Joséphine! Et de quoi s'agit-il donc?

— De deux pavés, sire, qui sont de trop dans une cour.

Et l'éclat de rire, retenu à grand* peine, lui échappa enfin. Il se leva, et jetant vivement ses bras derrière

son dos, la regardant avec l'air du doute et de la surprise :

— Comment l qu'est-ce à dire? Deux pavés I te moques-tu?

— Non! dit-elle en se levant à son tour, et s' approchant de lui, s'appuyant de ses deux mains croisées sur son épaule, avec sa gracieuse nonchalance de créole :

— De ces deux pavés dépend une existence précieuse. Écoutez-moi bien, sire, car il vous faut toute votre bonne volonté pour me comprendre.

Elle lui raconta alors le sujet de la pétition, et tout ce qu'elle avait appris de la jeune fille touchant le prisonnier, qu'elle ne nomma point cependant, et quel avait été le dévouement de la pauvre enfant ; puis, en lui parlant du prisonnier, de sa fleur, de l'amour qu'il lui portait, les paroles affluaient sur ses lèvres, douces, tendres, caressantes, pleines de charme, et de cette éloquence qui lui venait du cœur si naturellement.

Et en l'écoutant l'empereur souriait, et en souriant il admirait sa femme.

Gharney comptait les heures , les minutes , les secondes, îî lui semblait que les plus légères divisions du temps s'amoncelaient l'une sur l'autre pour peser sur sa fleur et la briser. Deux jours étaient passés; le messager n'apportait point de nouvelles, et le vieillard lui-même, inquiet, tourmenté à son tour, ne savait qu'augurer de ce silence et de ce retard, supposait des obstacles , répondait du zèle , du dévouement de la personne chargée du message (sans désigner sa fille toutefois ) , et tâchait encore de faire renaître dans le cœur de son compagnon une espérance qui s'éteignait dans le sien.

— Teresa 1 mon enfant 1 que lui sera-t-il donc arrivé? répétait-il avec désolation.

Le troisième jour s'écoula, et sa fille ne revint pas.

Durant toute la journée du quatrième, Girhardi ne se montra point à la petite fenêtre de la cour. Charney ne put le voir; mais s'il eût attentivement prêté l'oreille, il aurait entendu peut-être les prières mêlées de sanglots qu'adressait au ciel le pauvre père en acceptant le coup terrible qui venait de le frapper.

On eût dit qu'un voile de deuil était tombé soudain sur ce lieu de misère, où naguère encore, même en l'absence de la liberté , des rayons de joie et de bonheur apparaissaient par intervalles.

La plante avançait de plus en plus dans sa voie de destruction, et Charney inconsolable assistait à l'agonie de Picciola. Il y avait chez lui double sujet d'abattement; il craignait de perdre l'objet de ses travaux , le charme de sa vie, et de s'être vainement avili I Quoi! vainement son front se serait courbé! Il aurait mendié une grâce , prosterné jusqu'à terre, et on l'aurait repoussé du pied ! Comme si tout se fût conjuré contre lui, Ludovic, autrefois si naïf, si expansif, maintenant évitait même de lui adresser la parole. Taciturne et bourru, il venait, il montait, il passait, fumant à pleine pipe, sans le regarder à peine, et semblait lui en vouloir de son malheur. C'est que d'abord Ludovic, lorsqu'il eut connaissance des refus du commandant, prévit l'instant où il allait se trouver entre son penchant et son devoir. Il fallait que le devoir eût le dessus, et il se fit brutal et maussade pour se donner du courage. Aujourd'hui les

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