‹ Picciola (volume 4)Chapitre 94 sur 129 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

ce regard de pitié et de pardon qui l'était venu soutenir récemment au milieu de ses angoisses, et il entendait ce cri de joie sortir d'un cœur brisé quand la grâce de Picciola était enfin venue !

Cette grâce, c'est à lui, c'est à eux qu'il la doit, e( de cette tentative insensée, qui ne pouvait profiter qu'à Charney, seuls ils ont été punis, punis cruellement I Pauvre père! pauvre jeune fille I

Elle aussi se montrait souvent à lui, à cette même place, où il l'avait vue apparaître un instant, au sortir de ce rêve pénible qui lui prédisait la mort de sa plante. Alors, dans le trouble de ses idées, il lui avait semblé découvrir en elle tous les traits de la Picciola de ses songes , et c'est encore ainsi qu'il croyait la revoir aujourd'hui.

Un jour que le prisonnier se nourrissait de ces douces visions, quelque chose s'agita derrière le vitrage terne et dépoli ; on ouvrit la petite fenêtre ; une femme se montra à la grille. Elle avait la peau brune et terreuse, un goitre énorme et des yeux avares et méchans. C'était la femme de Ludovic.

Depuis ce temps, Charney n'y vit plus rien.

Dégagée de ses entraves, entourée de bonne terre, largement encadrée dans ses pavés, Picciola réparait ses désastres, se redressait, et sortait triomphante de toutes ses tribulations. Elle y avait perdu ses fleurs néanmoins, à l'exception de la petite fleur, qui, la dernière, s'était ouverte au bas de la tige.

Devant son terrain agrandi, devant la graine qui se gonflait, qui mûrissait dans le calice, Charney pressentait de nouvelles et sublimes découvertes, et rêvait même au Dies seminalisy à la fête des semailles ! Car maintenant le terrain ne manque plus; il est plus que suffisant pour Picciola ; elle peut devenir mère, et voir ses filles croître sous son ombre I

En attendant ce grand jour, il est possédé du désir

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