ACTE TROISIEME
rique concernant les Strozzi, et dont je possède la relation manuscrite...
FRÉDÉRIC
Qu'à cela ne tienne, monsieur le Marquis, et si ces messieurs ne sont pas de trop...
STROZZI
Au Contraire ! Annibal et Musaraigne descendent. — Annibal près de la table entre Piccolino et Frédéric. — Musaraigne au-dessus de Frédéric, entre
lui et strozzi.) Voici le fait. Un marquis Strozzi, mon ancêtre, avait une jeune sœur en âge d'être mariée, lorsque arriva dans cette ville...
FRÉDÉRIC
Ah! c'était à Rome?
STROZZI, tranquillement.
C'était à Rome... lorsque arriva, dis-je, un de vos compatriotes, un peintre, je crois... qui poursuivit la sœur de
Ses assiduités... (Mouvement de Marthe debout près de la porte de Frédéric.)
FRÉDÉRIC, se levant.
Très-bien, Monsieur le marquis, allons au fait... et!...
(Mouvement d'Annibal et de Musaraigne pour le contenir.)
STROZZI, tranquillement, continuant avec un sourire.
Ah ! que l'on voit bien que vous êtes artiste, cher maître... vous prenez feu déjà, sans connaître le dénouement!...
FRÉDÉRIC, se mordant les lèvres,
Vous avez raison, monsieur, veuillez m'excuser et continuer... (il se rassied.)
STROZZI
Je n'ai pas besoin de vous dire, monsieur, que le marquis ne songeait nullement à unir ces deux jeunes gens;
122 PIG'GOLINO.
le Français était d'une caste très-inférieure à la sienne. Le seul parti à prendre était évidemment de lui faire quitter Rome au plus vite...
FRÉDÉRIC, ironiquement.
Lui faire quitter Rome?...
MUSARAIGNE
v. Ah ! voilà où ça se gâte !...
STROZZI, continuant comme s'il n'avait rien entendu.
Le marquis, dit toujours ma chronique, avait le choix de la douceur ou de la violence. La douceur, en faisant obtenir au peintre quelque commande importante qui le tînt plusieurs années éloigné de Rome...
FRÉDÉRIC, sèchement.
Le peintre n'eût pas accepté !... Voyons la violence !
STROZZI, s'oubliant et se levant brusquement.
La violence !... (Mouvement de Musaraigne pour intervenir. Strozzi se contient et reprend en s'e.fforQant de retrouver tout son calme.) Eli bien,
messieurs, voici précisément la lacune; le manuscrit s'arrête ici... la page est déchirée... si bien que le dénoûment, et par conséquent la composition du tableau, sont tout à fait à notre choix !
FRÉDÉRIC, se levant*.
Mais il me semble qu'il n'y a pas à hésiter; je vois d'ici ma toile : In bois aux environs de Rome... d'un côté le peintre et de l'autre le marquis Strozzi, tous deux l'épée à la main...
ANNIBAL
Peuh ! Est-ce suffisamment dramatique, cela?... J'aimerais mieux montrer tout de suite le peintre debout et le marquis blessé.». N'est-ce pas Musaraigne?