‹ Piceunec le mauditChapitre 10 sur 40 · I :„i- I ,C(K>tjl>J · texte numérisé non relu

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des gens, et il vivait seul Kvec un eogagé et Marguerite sa fille. Marguerite était passablement belle, pas sotte du tout, bonne ménagère et fille vertueuse. Lecteurs, ne soyez pas étonnés, la rose croît sur les épines.

Elle était recherchée e'n mariage de piusieurs garçons de bonne famille, établis sur des terres nouvelles déjà toutes défrichées, ou sur le bien pateruel. Mais elle aimait plus haut. Elle était recherchée encore par an parti riche, mais un peu vieui et difiorme, le bossu. Cetui-ci, elle le fuyait, car elle épïouvait une antipathie singulière non seulement pour sa bosse, mais pour son caractère faux. Le bossu n'en tenait pas moins à ses idées et il ne doutait uuilemeut du succès fin-l ; non. pas qu'il espérât jamais sembler un Adonis aui yenx de Marguerite, mais pareequ'il avait le père en sa faveur. Marguerite aimaic Victor Letellier, jeune étudiant en droit, fils de Djos le défunt et de Noémio la^ veuve. Victor Letellier avait-il un penchant pour Marguerite? je ne le sais pas encore: lui-même la' savait-il 1 Car l'amour est souvent capricieus; Une femme vous aime, vous en aimez uue autre, et celle-ci vous regarde avec iudifie-

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rence, et brûle ponr votre ami, qui se sauve de ses embrassements ponr voler ailleurs. C'est !e jeu : Passe à ton voisin. Je ne veux pas insinuer toutefois que l'exemple soit applicable dans le cas actuel.

Picounoe n'avait point convolé, mais ia faute n'en était pas à lui, rar sa passion pour Noémie s'était accrue avec les années, et, au moment où nous sommes, il se dirige encore vers la demeure de ia veuve, moins soucieux que de coutume, et l'espérance au cœur.

Noémie travaille an métier, pendant qu'une de ses nièces qui demeure avec elle, tourne le rouet en chantant. Son front est incliné sur les brina do laine, et la navette active va et vient avec bruit entre les brins roîdis de la chaîne qui se séparent pour la laisser passer, chaque fois que le pied de la travailleuse pèse sur l'une ou l'autre des marches. Le jour commence et Noémie se hâte, car elle veutfaire ses cinq aunes d'étoffe avant la nuit.

Elle est pauvre et sa terre, si féconde autrefoie, ne rend plus. Les mauvaises herbes,

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montarde et chieB-dent, remplaceiit l'avoine et le blé ; les pacages sont nos et les animaux sont maigres. Pourtant la veuve infortunée n'a épargné ni son temps, ni ses peines. Elle ' a demandé les meillears servitears et n'a pas regardé au paiement. Une sorte de fatalité l'a poursuivie, et,«ma]gré son travail et see économies, elle est devenue d'année en année plus pauvre et plus malheurense. Nous saurons bientôt comment cela s'est fait.

Pioounoc ontra. La jeune fille se leva pour lui présenter une chaise, et la navette fut déposée sur TétofFe. Noémie accorda nn sourire triste au visiteur qui s'approchait d'elle.

—Je voudrais vous dire quelques mots, Noémie, lit le veuf.

— Entrez ici, monsieur.

Tous deux passèrent dans la salle voisine, et s'assirent sur un sofa de bois peint en bleu, . — Pauvre Noémie, commença Picounoc, d'an air affligé, avez-rous des nouvelles ?

Noémie pencha la tête et pâlit.

— Le bossu entendra-t-il raison ? 11 m'a assuré, déjà, qu'il éprouverait un dommage énorme s'il ne rentrait immédÎEttement duis

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ses fonds. Le commerce a ses exigeiioee, Madame, Toos le savez, et si l'argent est nécessaire à queiqu'an, c'est bien au négociant ?

Noémie sonpira proFondémenl.

— Si Tons l'aviez vonlu, Madame, continua Picounoc, si vous le Toaliez encore, vous seriez à l'abri de ces épreuves qui voua accablent, à l'abri surtout de la rapacité de ce vilain bossu. Un deuil de vingt années doit être assez long. Yos parents et vos aniis seraient heureux de vous voir accepter enhn un protecteur et un appui ; et, ei vous n'en voulez pas pour vous même, que ce soit pour votre enfant.

— Il sera reçn avocat bientôt, et pourra, ie l'espère, conquérir une place au soleil, dit Noémie.

— Songez, Noémie, que c'est à moi qu'il devra la position qu'il est destiné à occuper dans le monde; le bossu, si je ne l'avais conseillé, ne vous aurais jamais prêté un sou.

— Je le sais.

—Si j'avais en de l'argent, je vons en aurais fourni de grand cœur et sans garantie ; je n'aurais pas eu recours à ce colporteur qui vous met dans le chemin aujourd'hui.

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— S'il pouvait attendre qa« mon tils soit reçu avocat !

— Noèmie, vous ne savez pas comme sont épineux les commencements d'une carrière. Il e'écoulera néeessaîremeut plusieurs années avant que Victor puisse rembourser au bossu les trois cents louis que vous lui devez..

— Trois cents louis ? dites-rouB,

— lih oui ! eh! oui! cela roonte vite^ allez! l'argent prêté à intérêt, composé

— Mon Dieu ! Jamais je ne pourrai payer cette 8omme*lâ.

— Noémie, si vous vouliez !

— Maie, c'est impossible, je ne puis pas

— Vous pouriez vous acquitter bien vite

ou, plutôt, dites un mot, faites-moi une promesse, et j'acquitte tout moi-même..*....

La veuve, émue et troublée, ne répondit rien,

— J'assurerais à votre fils, que j'aime déjà comme s'il était mien, un avenir prospère : je le pousserais, comme on dit. J'ai les moyens de le faire. Et j'ai cru m'apercevoir qu'il ne détestait pas Marguerite Que de bonheurs

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à la fois! Ah! je aûa bien que Je n'en

mérite pas autant !

— Yoas êtes bien bon, Monsienr, mais !

— Mais qnoi ? dites, achevez, ce n'eel paa la première fois que vous êtes croello à mou égard, et ce ne sera pas la dernière non pins, sans doute

— Ce n'est pas ma fante. Je ne pais onblier celoi que j'ai tant aimé ?

— Koénlie, est-ce que je roos demande de l'oublier? Non, Dieu m'en est témoin. Aimezle tonjonrs, évoquez son souvenir saas cesse oubliez-moi pour ne voir que son image adorée ! si j'en souffre, ce sera en secret; et je ne m'en plaindrai point. Je veui vous rendre heureuse, car je vous aime.

— Vous méritez bien d'être aimé, reprit Noémie' à voix basse et d'un air effrayé.

— Oh! merci! merci! par pitié! aimezmoi un peu !

On dit que j'aime le» pommes

A la doiizuDe I On dit que j'aime les pommeH

A 1h douz^ne !

170 PIOOUNOO LE HATIDIT.

J'en aime ai six, ni cinq, ni quatre, ni trois, ni danx, ni

A la douzaine que j'»ime, quo j'aime^I A la douzaitio que j'aitaeraii

C'était Geneviève la folle qai entrait ea chantant ce singulier refrain des écoliers.

— Bonjour, Geneviève, dit la iilease.

— On dit : Bonne nuit ! c'est la nuit, ça ; la

nuit pour moi, la nuit pour toi, la nuit pour

Noémie, la nuit pour Picounoc. la nuit pour

le bosSu, la nuit pour tous les fous ! .

On dît que j'HÙue les pommes

A la donzaino !

— Comme tu es éveillée, Geneviève.

— Je suis éveillée parce que je suis triste ; je chante parce que je pleure. Chante donc aussi toi, tont le monde devrait chanter parce que tout ie monde devrait pleurer. Où est Noémie ? On dit qu'elle va se marier. II est grand temps qu'elle y pense, si elle veut publier mineure.

La jeune filense riait de bon cœur. Elle lit signe à la folle d'entrer dans la chambre où se trouvaient Picounoc et Noémie.

Elle y entra en effet.

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— Bon jour, Monsieur et Madame, dit-eile, comment tous portez-rons ? Assez bien, Bien merci au boa Dieu. Aaaoj^-vtyoB donc. Merci) je ne veux pas être longtemps.

On dit que j'Httne les pommea

^ la douzaine !

On dit que j'aime tes pommée

A la donaaine !

PicouDDC et ^oémie la regardaient en souriant, accoutaméa qu'ils Étaient à ces foHea înoâTensives.

— Tous m'inviterez aux noces, continuât-elle. Vous jouerez du violon et je danserai toute seule avec tous les autres. Je m'en vais chez le bossu, de ce pas-là ; il m'a promis une épinglette pour me mettre dans les oreilles. On est en amour tous les deux. Si je peux mettre la maiu dessus, je tous promets qu'il va la rouler sa bosse, *une butte ! J'ai une rivale, c'est mademoiselle Picounoc, mais, les rivales, quand je me montre, ça fond comme le beurre dans la poêle !

— Pauvre Geneviève ! murmurait Noémie.

— Elle n'a plus la moindre étincelle d'intelligence, dit Ficoonoc.

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172 TiooDNOo hn hausit.

— Je cherche Djos, ton mari, reprit la folle s'adres8aDtàNoéiuia,sije le trouve je le garde, tu n'en as pins besoin, puisque ta prends ce grand maigre-échine-là. Djos! c'est ça qui était un bon patriarche. Je l'ai bien connu dans l'ancien temps. Alors on l'appelait Joseph, et il avait un bean manteau qu'il prêtait aux dames trt)p frileuses. Mais tiens ! je m'aperçois bien que vous me dérangez, adiea ! bon jour, bon soir 1 je m'en vais, tu t'en vas, il s'en va, nous nous en allons ; vous vous an allez, ils s'en vont à la mort! à l'échafaud !

Et elle sortit.

— Cette folle, remarqua Picounoc, elle a parfois des paroles lugubres.

Noémie avait des larmes dans les yeux.

— Je vais aller voir le bossu, continua Picounoc, et je vous jure défaire l'impossible pour le désarmer et vous le rendre un peu plus favorable.

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