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Le prisonnier ne pat «'empêcher de regarder avec envie le fragai repas ; et, la sentenr de la truite dorée à la braise flattait bien agréablement son odorat, mais agaçait fort son estomac depuis longtemps vide. Le chef s'en aperçut, prit an poisson brûlant et s'approcha de lui:
— Mange, mon cher ami, mange vite et beancoop, dit-il, car c'est ton dernier repas.
Le prisonnier, essayant d'éviter les brûlants attouchements de la truite, se tournait la ,
tête en tous sens, mais c^était inutile ; on ne le laissa en paix qae lorsqu'il eut la bouche toute enflaiamée. Les sauvages riaient et battaient des mains. Le grand-trappenr voyait tout, et ta colère s'allumait dans son âme. Dn instant il prit sa carabine pour viser le renégat, mais nn bruit de pas se ht entendre auprès de lui. Alors déposant son arme, il se blottit le long da rocher. C'étaient deux sauvages qui venaient regarder ce qui se passait en bas.
— Si l'on voit bien tu me le diras, Nid d'écureuil, et j'irai à mon tour, fit l'un des indien?-
— Oni, Vent qui souffle, je te le dirai.
Et Nid d'écureuil se glissa le long de la roche moussue et couverte de sapins.
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— Oh I oh I commença-i-'il. ,
li n'achera pas. Une main Tigoarettse la ' saisit à la gorge et le concha sar le lichen. Il se tordit comme un serpent dont on éctaee la tête, et son fasil loi échappa. Sen bras se raidirent et ses poings fermés eieayèrent de frapper l'ennemi qui le tenaillait ainsi, mais rien ne pat faire desserrer les doigte muscnlenz du grand-trappenr. La pieuvre ne tient pas mieux sa victime dane ses dix bras visqueux armés de suçoirs. L'indien se déchi* rait les pieds sur le rocher, et see ongles empor* tèrent un morceau de la veste du ohadaenr. Ses yeux sortirent de leurs orbites, et sa langae flotta en dehors de la bonche. Sea membres qui s'étaient d'abord roidis avec violence, s'afiàissèreut peu à pen et ses doigts crispés se détendirent. Le trappeur desserra les doigts et le cadavre roula à côté de lui.
— Et d'an ! pensa-t-il
On so mit à danser sur le sable, devant le feu. Déjàl'ivreBse commençait à transformer ces sauvages, et, de singulières fareurs passaient dans leurs regards. Ils chantaient en dansant, et battaient la mesure en se frappant
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dans lee mains. Quand ils passaient pTès de Baptiste, ils lui faisaient, du poing, toutes sorteé de menaces, et souvent même le frappaient dans la ligure. Baptiste, soumis à son funeste sort, endurait tout avec une orgueilleuse patience. De temps en temps il faisait un effort pour rompre les liens d'écoroe qui enchaînaient ses mains, et il faisait un pas en arrière, s'approchant de la flamme du foyer qu'on attisait toujours.
Vent qui souffle, trourant que son camarade ne revenait pas vite, l'appela par deux fois : Nid d'écureuil ! ^id d'écureuil ! Personne ne répondit, et pour cause. Alors, maugréant, il s'approcha à aoa tour de la redoutable cachette du grand-trappeur.
— Pourquoi tB parole ne répond-elle pas à la mienne, Nid d'écureuil ? dit-il, en s'avançant: Leaftàteas'aaiaaeni-itB bienen bas?.....
— Vas-y Toir ! dit le trappeur qui rempoigna à son tour et, d'un élan terrible, le poussa dans l'abîme. Le sauvage ouvrit les bras comme des ailes, tourbillonna deux on trois fois et tomba la tàte sur an cbUIoqx.
Il y eut nu moment de terreur parmi les sanvages et la danse cessa.
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— Une imprudence, dit le chef: il se sera trop approché du bord
— 0 quam dégringolai ! exclama, pas trop haut, l'ex-élève qui voyait tout de l'antre c&té de l'anse étroite.
— O tahat a nice culbute ! dit l'anglais !
JLe chef sauvage ou, plutôt, des sauvages, poussa un sifflement aigu auquel plusieurs sifflements répondirent aussitôt.
— Vous le voyez, dit-il, nos guerriers sont tranquilles c'est un accident.
Et la danse recommença, et l'eau de feu circula de nouveau. Cependant le jour baissait et les guerriers sentaient la fatigue et le besoin de repos. Ils demandèrent le supplice du visage pâle. Le chef appela, par un signal convenu, les guerriers qui étaient restés en faction sur la côte. Ils répondirent par une. clameur de joie, Le prisonnier ne put s'empêcher de frémir à la pensée des tourments qu'il allait endurer. 11 recala encore d'un pas et se trouva près du feu. Alors le grand-tràppeur 'se leva (lebout, et, prenant le cadavre du guerrier qu'il avait égorgé, il le lança en bas du rocher. La stupeur se peignit
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Bar les fîgareB des iudieus. Ils entourèrent le cadavre en poussant des cris de douleur.
— Kons sommes surpris, dit le chef 11 y
a des blancs ici ou des Flancs-de-chiens.
— Taons le prisonnier et sauTons-nons, proposa l'uQ de ces traîtres.
Le prisonnier avait la figure légèrement contractée et paraissait souffrir. 11 avait les bras tendus vers la flamme. Un cri descendit du haut da rocher, nn ori monta de la grève. Le grand-trappeur avait été aperça quand il s'était levé pour lancer le cadavre en bas, et les huit guerriers qui restaient encore sur la côte se précipitèrent sur lui à la fois. Le prisonnier, les mains libres, se jeta dans la rivière, à la grande stupéfaction de ses gardiens. Il avait brûlé ses liens.
Plasieurs coups de carabine firent rejaillir l'onde autour Se lui, mais il ne fut pas atteint. La colère et la surprise faisaient trembler les mains de ses ennemis.
L'ox-élève et Félix poussèrent un cri de joie en voyant fair leur ami ; mais aussitôt ils virent le danger que leur chef courait, et ils
se levèrent pour voler à son secours.
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Mais Ii'S guerriers montèrent la côte avant que la secours put arriver anx chasseurs qui se trouvèrent ainsi fatalement divisés. Le grand trappeur se défendait bien et il était admirablement secondé par son ami John.
eiiaiit son fusil par le canon, il frappait en '■ diable au risque de le casser, car il n'avait pas le temps de charger &cb pistolets. Il ne restait plus que six sauvages en état de se battre, et sis contre deux hommes comme le grand-trappeur et l'anglais, ce n'était qu'une bouchée.
L' ex-élève et son compagnon revinrent par derrière les guerriers, et, pour donner le change on les diviser, ils firent feu. Une balle traversa le dos du moins vigoureux, qui se trouvait en arrière. Il tomba sur la face pour ne plus se relever. Toute la troupe allait retourner sur ses pas pour riposter, quand une clameur s'éleva : le grand-trappeur ! le grand-trappeur! Les guerriers venaient de reconnaître celui qni était la terreur des bandes sauvages. Alors, dédaignant les antres ennemis, tous se ruèrent vers le rochet où il s'était caché.
— Prenez-le vif ! ordonna le chef ! son sup-
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plice nous dédommagera de la perte que nous venons de faire,
— Le grand-trappeur, accnlé an rocher, voyait bien qu'il n'y avait plue de faite, ni de eaint possibles pour lui : il ne voulait que gagner du temps pour décimer quelques têtes de plus, on permettre à ses gens de s'enliiir. Cependant la fatigue le gagnait, et son bras perdait de l'agilité. La carabine tournoyait moins vite. Kapide, l'un des guerriers a'élança à ses pieds, passant au dessous de l'arme dangereuse, et l'enlaça de ses deux bras. Le grand-trappeur le repoussa rudement et le fit rouler au loin, mais, dans • cet effort, il perdit un mouvement des bras, et deux autres guerriers se jetèrent sur lui. L'un des deux s'affaissa aussitôt; une balle, poussée avec adrcMie lui avait percé le crâne. Ce fut le dernier qui tomba. Epuisé, le vaillant canadien céda au nombre. Il fut écrasé. Six indiens, animés par la plus ardente colère, le garottèrent étroitement pendant que les autres tenaient en échec ses compagnons désespérés.
Les indiens comprirent que les blancs n'é-
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taientpas nombreux quand ils rirent les coups
de fusils et de pistolets se faire si rares. Alors ils laissèrent déborder leur joie, et entonnèrent un chant de victoire.
L'cx-élève, John et Félix, pleurant la perte de leur chef valeureux descendirent la côte et se cachèrent sur le rivage en attendant le départ de leurs ennemis.