AMOUR ET VENGEANCE
Madame Letellîer passa la nnit dans un état difficile à décrire. A la pensée que son mari vivait encore, l'immense doulenr qu'elle avait ressentie jadis, et que le temps avait apaisée, se réveilla tout à coup. Les plaies cicatriaées par le baume des années se ronvrirent, et il iai sembla que le sanglant événement qui avait tué son bonheur et fait asseoir le deuil à son foyer n'était arrivé que la veille. Cependant à ce lugubre souvenir se mâlait une laenr di'e^péranee, à cette <angoÎBae
=,Gooylc
54 PIOOUNbO LE UAITDIT.
profonde, une vive allégreese, et elle passait d'une sensation à une autre, comme la nacelle poussée par l'orage, d'une vagne à «ne autre vague. Tantôt elle se prenait à espérer un prochain retour de son mari, et tantôt elle s'abîmait dans une amère terreur, en songeant à quel danger il s'exposerait en revenant au pays. L'idée qa'un pur hasard seul empêchait Picounoc de devenir son époux adultère, la faisait frisso nner d'horreur ; et, maintenant qu'elle se savait encore liée à l'homme ^e son choix, maintenant qu'elle savait que la mort n'avait pas rompu ses liens, elle éprouvait pour Picounoc un éloignement voisin du mépris. Elle se Vepréaentait Joseph sous l'accoatrement original du chasseur qu'elle venait de voir ; se le figurait bronzé, fort et beau comme lai, et disait : j'irai à lui s'il ne vient pas à moi. Victor n'était guère moins ému que sa mère, et il se voyait, comme elle, agité de mille sentiments divers. Le désir de connaître cet homme qui lui avait donné le jour, luttait contre la peur du scandale et dn déshonneur ; l'amont de Marguerite l'entraînait d'un côté, puis, de l'autre, le dévouement. Tant d'émotions violentes chassèrent de ses paupières le
r:„i- :i-,G00tjl>J