‹ Piceunec le mauditChapitre 36 sur 40 · LE FANAL · texte numérisé non relu

LE FANAL

Victor, Noémie, le vieil Assolin et leur bon ami, l'ex-élève, ressentirent nne vive douleur de la mort tragique de Geneviève : mais ils s'efforcèrent d'en tirer— pour la cause sacrée qu'ils avaient à défendre — tout le bépéfice possible.

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—Je retourne à Québec, dit à l'ex-élèye, ie jeune avocat, et, je ne reviendrai peut-être pas avant la cour ; marchez, voyez, agissez! Lee

paroles de Gleneviève ont une aignification

La pauvre folle Bavait quelque chose, et elle a trop tardé à parler. Ce fanal, cette chandelle, cette cheminée, je ne sais ce que cela vent dire, mais à coup sûr cela veut dire beaucoup.

Cherchons Ce fanal, ce doit être celui

Mais, non, mon Dieu ! puis qu'il s'est éclairé an moyen d'une «mple allumette

— C'est vrai! dit l'ei-élève, saisissant an bond la pensée de Victor, mais Ficoniioc

peut bien avoir prévu le caa et qui sait si,

dans son témoignage, il ne sera pas fait mention d'un fanal?

— Vous avez raison, mon ami, reprit Viptor,

vous avez raison ! Il était neuf heures du

soir, alors, il fitisait noir, et une simple allamette chimique pour aller au jardin avec sa femme, cueillir des pommes ..non ! non !... Il y aurait du loiiche en cela. Ce fanal ! chercbesle, trouvez-le !...Mai8, mon Dieo ! après vingt

ana? Ah! c'est folie! Et puis si on le

trouve, cela ne sera-t-il pas contre nous ?

— Monsieur Victor, cela ne sera pas o<Hitre

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nons, puisque G-eneviève a dit de le chercher... On le cherchera, Monsieur Victor, et, s'il existe

encore soyez tranquille, on n'a pas passé

vingt ans pour rien dans les bois, parmi les sauvages !

Et quand Victor fat parti, l'ex-élève se mit à l'œuvre. Il réussit à voir tons ceux qui, le soir du meurtre, étaient venus dans le jardin et dans la maison de Picounoc. Personne

n'avait eu coanaissauce du fanal .seulement

on se souvenait que Picounoc en avait acheté un neuf.

— Arrêtez donc ! dit tout à coup Normand, â qui Paul Hamel parlait de l'affaire, si vous n'avez pas, vu François Bemier, vous n'avez pas vu tons ceux qui sont venus au jardin de Picounoc ce soir-là.

— Je ne l'ai pas vu, répondit l'ex-élève, se raccrochant à un dernier espoir.

—François Bemier, qui est un homme à cette heure, n'avait que neuf ou dix ans alors; je me souviens qu'il était là parce qu'en courant il est venu se jeter sur moi, a tombé et s'est démis un poignet. C'est la Oatoche qui l'a remmanché.

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— Jd le Terrai, reprit l'ax-élèva ; où demeute-t-U ?

— U demeure aa troisième rang de Ste. Croix majntenant.

L'ex-ëlère partit de saite. Le tempe d'atteler tui cheval et ce fat tout. François Bemier était chez lai. L'ex-Élève ne se laissait pas retarder par les prêambales :

— Tons âtes allé dans le jardin de Picotuioc, n'est-ce pas, lors da meartre de sa femme ? demanda-t-il.

— Oni, monsieur, même que c'est moi qni ai ramassé le fanal.

L'ex-éUre faillit jeter un cri : Le fanal ? dît-il, et il avait la gorge serrée par l'angoisse on la Gèvre.

—•Oui, monsieur, et je Fat donné à ane femme, une pauvre folle qui s'appelait Geneviève

— Et eavez-vous ce qu'elle a fait de ce fanal ?

—Pour cela non. Monsieur, je n'en ai jamais plus entendu parler

—C'est toujours autant de gagné! mar-

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mnrai'ex-élève. Il remercia Bernier, tout surpris de ce qu'un homme se dérangeât pour si peu, et revint à Lotbinière, le cœur joliment reliait.

"Victor assis à son bureau écrivait, et de temps en tempe une larme tombait sur Iç papier étalé devant lui. Le pauvre jeune homme avait peur de ne pas être assez éloquent, assez habile pour eaaver son père. Quelqu'un frappa et entra de suite. Ce quelqu'un accusait bien soixante ans, et portait

une figure vulgaire et fatiguée. par le vice,

sotis un ftont complètement dénudé

— En quoi puis-jo vous être utile, Monsieur ? demanda l'avocat.

Le rnstre roula son chapeau entre ses doigts ; ^ Je voudrais avoir une cmtsuite, Honsieur ; on m'a dit que vous êtes bon avocat.

— Parlez ! je voua écoute.

^Je voudrais poursuivre en dommage un de mes voisins qui a dit que ma femme avàiè empoisonné une autre femme.

— C'est grave

-^J'en ai bien le droit, n'est-ce pas ?

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— Oertainûme&t, et même c'est votre devoùr, non pas de poursuivre poar avoir de l'a^fMit, mais pour faire reconnaître l'innocence de Yotre femme, et faire punir un calomniateur...

— Je ToudraÎB poursuivre pour mille {oastres.

— Tons avez tort, parce que l'on croira que vous spéculez sur l'honneur de votre femme.

— ^Alors &itea comme voos l'entendrez.

•«-Quel est le nom de cet homme?

—André Barabé.;....

—Et le nom de votre femme et le TÔtn?...

— Ghagnon, Aladame Alexis Gagnon, de Lotbinière.

Le jenne avocat bondit sur son siège. £1 prétexta nne douleur névralgique et fit un tour dans la pièce, en s'efforçant de se remettre de sa surprise.

—M'y voici, dit-il, je prends votre cause. Nous irons au " criminel." Elle sera sur le rôle ponr le terme prochain. Je vais intenter l'action immédiatement.

—.Et vous avez l>on espoir?

— Oh ! oni ! restez tranquille, ça va maieher..

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— On m'avait dit aussi que je pouvais m'adresser à vous en tonte sûreté

— Et qni vous a dit cela ?

— Un vieux chasseur arrivé à Lotbinière dernièrement. Lesgens l'appellent l'ez-élève,je crois ; je ne sais pas pourquoi, ni ce que cela veut dire.

C'était an tonr de l'ex-élève. Il avait mis dans sa confidence ce nommé Baiabé, nu riohe cultivateur, et Barabé n'hésita pas à prêter son concours aux desseins de l'ex-êlève en lançant la terrible sccasation. Madame &a^on était défendue par sa grande réputation de piété : c'était bien une protection magnifique. Elle connut les soupçons que l'on tâchait de faire planer but elle, et poussa son mari, pardon ! son associé, à faire, ponr imposer silence aux mauvaises langues, la démarche qne nous savons.

Cependant Marguerite voyait approcher avec terreur le jour fixé pour la cérémonie de son union avec le bossa, La pensée de son irrévocable et malheureux destin l'absorbait toute entière, et les douleurs de son âme se manifestaient par la pâlenr de son front et la tristesse

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de son regard. Elle n'attendait point de secours du monde où elle se tronrait de plus en plus isolée, ei. elle s'adressait avec pins de ferveur et de foi au ciel qui seul pouvait la sauver encore. Sou père croyait qu'elle s'était soumise sans effort et sans amertume. Tout occupé de Ini-même il ne songeait guère à sa fille. Et puis son propre sort lui semblait bien autrement important que ce qu'il appelait uu caprice d'enfant. Un soir Marguerite resta longtemps assise auprès du foyer. Elle était frileuse et la flamme pétillante ne la réchauffait point. Ses yeux brillaient d'au éclat inaccoutumé, ses lèvres étaient brûlantes, et un reflet de pourpre embrasait sa figure. Dieu va-t-il m'exancer, peusa-t-ello. Elle espérait mourir. La maladie s'aggravait de jour en jour et la lièvre, avec ses hallucinations fantastiques et ses délires navrants, fit oublier à la fiancée le monde réel qui l'entourait, et la tran8ix>rta dans des régions imaginaires où l'amour et la félicité régnent sans fin.

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