‹ Piceunec le mauditChapitre 37 sur 40 · LE JOUR SE FAIT · texte numérisé non relu

LE JOUR SE FAIT

Margaerite ne mourut pas cependant. Elle était mieux, mais faible encore, an grand désespoir du bo8sn qui voyait son bonhenr indéfiniment retardé. L'ex-éiève demanda à la voir, et, quand il approcha de son lit, elle Boarît avec tristesse. Il lui dit quelques bonnes paroles, puis, lui demanda la permission de chercher danB tous les bâtiments, à commencer par la maison, un fanal qui avait été perdu autrefois. La pauvre enfanl n'eat garde de refnser une aussi simple chose, et, pendant plusieurs jours consécutifs, on vit l'ei-élève rôder dans le voisinage des bâtisses de Piconnoc, comme un homme qui veut étudier des lieux nouveaux, ou se familiariser avec ceux qu'il connaît déjà, pour eiécnier quelque dessein secret On le vit entrer dans la grange, dans l'étable, dans la bergerie, et n'en sortir chaque fois que long^

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temps après. Il se glïsea éous le pavé des hangards et des tasseries ; il descendit dans la cave de la maison et eu interrogea tons les coins et recoins ; il monta an grenier et fnreta partout Un visible déconri^ement commençait à se lire sur son front. Tout à coup nne pensée snbite lai rendit an faible espoir: la obeminée ! se dit-il, la cheminée dont parlait

CleneTièTe! Il coumt à la cheminée qni

longeait le ;»gnon sans le toucher ; mais, &■ taiité ! il n'y avait pas d'espace pour le plus petit ianal : Il y a uue cheminée aahangàrd, penaa-t-il, et il retourna au hangard. La sablière qni coaronnait le carré du hangard, forçait la cheminée à passer à une distance de . six pouces environ des planches du pignon. L'ex-élève eut un tressaillement presque douloureux, tant il eut peur d'une nouvelle déception. Il s'approcha avec crainte de la cheminée, et. regarda derrière. Rien ! il n'y avait rien que des toiles d'araignées. Restait encore une chance, pourtant, et la dernière. La sablière était élevée de huit ou neuf pouces au dessus du plancher ; donc sous la sabUère, derrière la cheminée, on pouvait fourrer un fanal en le mettant sur le côté, L'ex-

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élève 86 coucha sar te plancher et plongea aoa bras dans la petite cachette ménagée par le hasard. Il toucha an objet. Un frisson conrut dans ses veines et un éclair jaillit de ses yeux. 11 saisit cette chose qni se trouvait au bout de sa main, et, tremblant d'éprouver encore une déception, la plus cruelle de tontes, ir l'amena 'à lui. Le &nal! c'était le lanal! noir de ponssidre et enveloppé de fils d'araîgnéea. Il l'essuya nn peu et voulut l'ouvrir pour voir s'il n'y avait pas dedans quelque chose d'extraordinaire, mais il était scellé par une bande de papier collé avec de le pfite. Bespectons le secret, se dit-il, tout ému, et emportons ce document à la cour.

Piconnoc était venu à la ville quelques jours avant l'onverture du terme, et c'est en son absence qne l'ex'élève avait fait ses recherches.

La Teille de l'onverture de la Cour Criminelle, l'ex-élàve, tenant sous son bras et précieusement enveloppé dans nne gazette, un objet qu'il ent été assez difficile de reconnaître on de deviner, entra, la figure souriante, dans le bureau de Victor LetelUer. Le jeune avocat arpentait la chambre monologuant, gesticn-

190 viooxjsoa lb uaddit.

lant, comme un homme fortement exalté pat une impression subite.

— Si je pouvais prouver complicité ! s'éoriaitil, oui," si je poavais ! Picounoc se trouverait à

moitié démoli Dis moi qui tu baotes, je te

dirai qui tu es!

Il aperçut l'ex-élève : Ab ! bonjour ! dit-il, quelle nouvelle ?...qa'apportez-Tous donc là?

— ^ntiquum documerttum ! répoadit gravement l'ex-élève.

— Un vieux document ?

-—Le fanal! mon cher ! le fanal

— Le fanal dont parlait Geneviève ?

— Ëb oui ! ni plus, ai moins qu'est-ce

que cela vaut ? je l'ignore. Enfin nous verrons..

Victor prit le fanal des mains de l'ex-élève, le débarrassa de son enveloppa de gazette, le tourna en tous sens.

— Qui t'a ainsi scellé ? demaada-t-il.

— Elle, répondit laconiquement reiélève...

— Voilà qui est aiogulier! reprit Victor.

Mon Dieu! fit-il plus haut, y a-t-il donc là de quoi perdre ou sauver mon père ! Cette

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G}eneTiève n'était donc pae folle sutaat qn'elle le paraissait?

— Polie ? interrompit l'ei-élère, je pense

qn'elle ne l'était pas du (ont seulement,

elle a été imprudente :... elle a trop tardé à parler. Se croyant sûre de triompher et de faire éclater la vérité, elle s'est plu à attendre

jusqu'à la dernière heure Dieu veuille que

toute chance de succès ne soit pas morte arec elle!

— Oui, Dieu le veuille I

— J'ai travaillé de mon côté, reprit Victor, et mes recherches n'ont pas été infructueuses.

— Vite, parlez ! qu'avez-vous découvert ? Voilà le courage qui me revient au cœur. Il me semble que le ciel est pour nous enfin.

— J'espère, mais n'ose m'abandonner trop

vite à la joie si j'allais être déçu! Ma

pauvre Marguerite ! il faut que l'un dt^ nous soit couvert de honte et abîmé dans la douleur

Bt Victor, le visage caché dans ses mains» demeura longtemps silencieux.

— Voyons ! qu'avez-rons trouvé ? demanda l'ei-élève, cela m'intéresse fort, allez!

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— Je connais l'histoire du boBsn !

— Vraiment !

— J'ai remonté à la aource de cet homme comme on remonte à la sonrce d'un raisseaa... Il m'a fallu écarter bien des broussailles entassées à dessein, gravir bien des rochers, faire bien des détours; mais enfin j'ai triomphé des obstacles, et maintenant, je puis loi jeter à la figure, comme nue souillure ou un défi, son véritable nom

— Il ne se nomme pas Chèvrefils 1

— Il ne s'appelait pas de ce nom il y a vingt ans

— L'ai-je connu ?

— Vous avez dû le connaître

— Et c'est un vaurien?

— Pis que cela.

— Un voleur ?

— Pis que cela.

— On assassin?

Tout cela ensemble ! Et c'^st l'intime

ami de Picounoc! Vous comprenez?

— Ça va venir ; laissez faire le procès de Madame Oagnon : On va les envelopper là-

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dedans. Ce n'est pas poar rien que l'ex-élère est revenu des régions lointaines do Mc-

K.enzie ! ce n'est pas poar rien qa'il a dit à

Piconnoc de se défier de la folle ! ce n'est pas pour rieo qu'il aura avancé la mort, par sa

faute, de cette infortunée Glenerîèye ! On

ue fait pas les choseï à moitié !

Victor serra ta main da brave chasseur :

— C'est demain, dit-il.

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