‹ Piceunec le mauditChapitre 38 sur 40 · GAGNON VS. BARABÉ · texte numérisé non relu

GAGNON VS. BARABÉ

Le 27 octobre est arrivé. Dès avant dix heures la salle d'audience est remplie d'une foule anxieuse. L'arrestation du grand-trappeur a fait du bruit et réveillé bien des souvenirs. Les avocate, revêtus de leur toge noire, entrent avec un air solennel qui impose le respect â la foule et relève à ses yeux'la grandeur du tribunal.

—Silence ! fait l'huiesier audieûcier.

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IH PlOOVHOaLI HA.UDIT.

Le juge entre; le peuple se lève; l'haissier crie : Oyez ! oyez ! oyez ! Yona tons qui avez quelque procès à la Coni Criminelle dans et pour le district de Québec, approchez et soyez atteutiâ.

" Tous tous, juges, de paix, coroners et autres

qui avez des enquêtes on des obligations de

comparaître, déposez le tout devant ce tribunal

' afin que la justice de la Eeine puisse avbir son

cours.

" Tous tous, honnêtes gens, qui faites partie du jury de ce district pour notre Souveraine Dame la iteine, répondez de suite et épargnez TOUS l'amende. God save the Qtieen.

Le grand jury rapporta " Irue bills " accusation fondée contre André Barabé, pour calomnie, et contre Michel Lépingle et Nicolas Calumet, deux jeunes fripons qui se sont bêtement laissés prendre en escamotant une chiûne d'or au célèbre établissement de Dnqnet, pendant que le obef de la maison, renfermé dans une pièce voisine, causait au moyen du téléphone, avec les employés de son magasin de St. Eoch.

Le procès de ces deux jeunes délinquants

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fut le premier entendu. Il ne prit qu'an moment, car les accnsés plaidèrent coupables. La cause de ti-agnon contre Barabé fut appelée ensuite. Beaucoup de gens éprouvèrent un désappointement. Ils n'étaient venus que pour voir le grand- trappeur, et le grand-trappeur n'avait pas même paru à la barre des criminels.

Les témoins de la demanderesse se tiennent debout près du banc des juges. Ils sont trois : Onézime Desmisseanx, Jacqaes Letendre et Fbilias Normandean. DearniBseanz, appelé le premier, entre dans la" boîte" et prête serment.

— Votre nom? demanda le procarenr.

— Onézime Dearuieseanx.

— Vous connaissez l'accnsé en cette cause?

— Je le connais bien.

— Est-ce un homme dont l'opinion et la parole ont de l'influence généralement sur les antres ?

— Il a toujours passé pour respectable et naturellement on a confiance en loi.

— Qnend il dit nne chose on le croit ?

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U6 PIOO0NOO LI HAnDtT.

—Quand cette chose est oroTable.

On rit. Silence 1 crie lliaisner.

—Est-ce que toob ne croiriez pas plutôt tue chose affirmée pai loi qae par le premier venu ? leprend te procorenr.

— Quant à c6la, oni.

— Eh bien ! l'accaflé voua a-t-il parlé de la demanderesse, depois la mort de Gteneriàre Bergeron ?

—Bien qn'on^.foi^ mais aplomb !

— Répétez tout oe qu'il vont a dit.

— 11 m'a dit comme ça: Onédme, croi»tu i l'hypocrisie, toi? Etj'ai répondu en badinant: je crois à toat ce qni est mal.

—Eh bien ! reprit-il, je crois à l'hypocriaie de Madame Q-agnon ma nouvelle voisine. Elle va trop souvent à l'église et chez le bossa, et le bossn vient trop souvent ch«z elle.

— Tous badinez ! une vieille couenne comme ça, que je réponds.

On éclate de rire de nouveau, et de nouveau un formidable "silence" retentit. Le juge s'adreseant an témoin loi recommande de ne

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PIOOITNOO LE MAUDIT. . 197

rien dire d'inutile, et de rapporter sealement les paroles de l'accnaê.

—C'est bien, TOtre homienr, j'y suis. Donc ÂadfË Carabe mè dit : Je ne crois pas que cette femme soit étrangère à la mort de Gl-eneviève

— Pas possible F laejd pardon ! j'oubliais.

^-Generière sortait de chez Madame G«gnon, où elle avait bu et mangé, me dit-il encore, et c'est nne demi-heure après que les sympt&mes d'empoisonnement se manifesté' rent. Genevière est morte en sept hôures : donc le poison était violent. S'il était violent, il venait d'être administré, et s'il venait d'être administré, c'est chez Madame Oagnon qni

t'avait été Cela me parat clair et je dis la

même chose à d'antres.

— On ne vous demande pas ce que vous avez dit ? reprit le juge.

— L'accusé TOUS a-t-il dit autre chose t

— Oai, mais pas à ce sujet-là ....

— Après qu'il vous eut dit cela, perdites- T0U8 confiance en l'honnêteté de Madame Gagnon ï

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198 PIOODNOO ht UACDIT.

— Oai, raîde !

— Et savez-Tons si d'autres personnes ont, par le fait de l'accusé, perdu aussi confiance en la demanderesse ?

— Ont, Jérôme Dufresne, la Maurice Déchêne, la Michel Eoy, Archange Pépin, et je pourrais en nommer bien d'autres

— Vous n'avez plus rien à ajouter ? demanda 1 arocat de la leine.

— Non monsieur.

— Transgtiestionné. — Âvez-vous vu Madame ()-Rgnon, depuis la mort de Geneviève ?

— Oui, monsieur.

— Et que vous a-t-elle dit au eujet de cette mort?

— Que c'était une mort bien extraordinEÛie, et qu'elle ne pouvait pas expliquer.

— Savait>elle alors que quelqu'un la soupçonnait de ce crime ?

—Elle ne m'en a rien dit

— Vous a-t-elle parlé de ce que Geneviève avait mangé on bu chez elle ?

— Pas un mot

— Eetirea-vons.

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PICOUNOC ht UAUDIT. 199

Desruiseaux sortit on s'essuyant le front avec la manche de sa blouse. Jacques Letendre et Normandeau vinrent, tour à tour, subir à peu près les mêmes interrogations et faire les mêmes réponses. Seulement, dans les transqnestions, !N ormandeau rapporta que Madame Gagnon, sachant l'accusation qui pesait sur elle, leva les yeux et les mains au ciel en s'écriant: Dieu aoit béni ! qui permet que l'on me persécute iiîi-bas ! Bienheureux ceux qui souffrent

la persécution ! C'est au moins une petite

ressemblance que j'aurai avec les saints et le Divin Sauveur

Plusieurs personnes, dans l'assistance, se sentirent touchées par cette vertu aux prises avec la calomnie : d'autres flairaient un scandale nouvean, et commençaient à prendre intérêt an procès. Les témoins de la défense furent appelés. Ils étaient trois aussi, Paul Hamel, Picounoc et la serrante de Madame Ottignon.

— Votre nom ? demanda l'avocat.

— Paul Hamel, chasseur, dit fièrement lf< vieux voyageur. Et il continua sans qu'on eut le temps de l'interroger : Je dis un jour à

200 PIOOUNOO LB HACDIT

M.Victor: j'ai une idée qni peut nous être utile dans notre grande entreprise — Cette grande entreprise, c'était de sauver son père, mon ami, l'ancien Pèlerin de Ste. Âane — Je Tais voir Picounoc et tâcher de lai faire croire que G-enevièvc dont il n'a jamais dû se défier, va lui jouer, au procès, quelque bon tour. En eff*>t, j'accoste l'ancien camarade Picounoc, et je joue si habilement mes cartes que bientôt je m'aperçois qu'il a peur de Geneviève. Alors, que je pense, il y a quelque chose qui va mal pour toi, mon vièui, et je n'ai pas été mal inspiré. Mais je me dis en moi-même; cette pauvre Geneviève est exposée par uotre faute, il faut veiller sur elle. En effet, après cejonr jene l'ai pas perdue de vue Cependant elle a été tuée sans que j'aie pu la défendre. Le jour de sa mort, Geneviève ftit envoyée par Picounoc à la rivière du Chêne, chez M. ChèvreËls, le bostu, pour porter une lettre. Je la suivis. Quand elle sortit de chez M, Chèvrefîls elle portait un petit paquet. Elle reprit le chemin de Lotbinière et entra chez Madame Gagnon, dont la miûson se trouve à une distance d'une demi-lieue environ de chei le bossu. J'attendis aafiis sni la

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FICOtNOO LK HACDIT. 201

clôture, à un arpent de la maiâon, et je repris mon chemin, deux heures après, alors que la défîinte fut sortie. Elle ne portait plus de paquet. Je me proposai de la rejoindre et de la

&îre parler Je m'aperçus bientôt qu'elle

était sous ane influence étrange. Elle chancelait en marchant, se serrait la gorge arec ses doigts et avait des hoquets. Quand elle m'aperçut elle s'écria : je snis empoisonnée !... je vais monrir !... Picounoc et le bossu !....Ia

Gagnon! il est trop tard! Un instant

après je fus obligée de la prendre dans mes bras comme un enjîa&t, et de la porter dans la maisou la.plns proche oà elle expira bientôt. Quelques mots qu'elle a dit en mourant : Fanal !

chandelle et cheminée m'ont convaincu

que quelqu'un avait intérêt à sa mort Le

lendemain, je sus par fa ssrvante de madame Gagnon, que la folle avait bu du thé préparé par madame elle môme. Je ne voulus pas, toutefois, faire part de mes soupçons lors de l'enquête, et j'avais mes raisons pour agir aiiiai- Quelques jours après je racontai tout, et je dis hautement que madame Gagnon devrait être arrêtée. Pour rendre l'affaire plus piquante je conseillai à André Barabé de lancer l'accn-

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202 piaouNOo lk uaudit,

eation, et à M. Gagnoode revendiquer, devant les tribunaux, l'honneur de sa femme. Cette affaire est intimemeal liée aa procès qui va commencer bientôt.

Lee Irai isques tiens ne Urent pas brouetter d'un point le vaillant témoin, et la Cour prit un intérêt Énorme à cette cause qui tournait si fatalement pour la demanderesse. La serrante de madame G-agiion fut estendue. Elle dit que Geneviève avait en effet apporté une livre de thé, et qu'elle l'avait remise à madame Gagnon ; que celle-ci l'infusa elle même contre 80Q habitude, et le servit à la folle qui en 1>ut deux tasses en mangeant du pain et du beurre ; qu'aucune antre personne ne bat de ce même thé dont le reste fut perdu ; qu'il y avait dans l'armoire, quand la folle est venue, du thé pour au moins deux mois encore. Brei^ non seulement la demanderesse ne prouva pas qu'on l'avait calomniée, mais elle demeura sous le coup d'un soupçon général, tellement motivé, qu'il était presque nne condamnation. Ficonnoc fat appelé à son tour. Il parut extrémementmalàl'aise et troublé. Son masque d'assurance, sa voix nasillarde et couverte le trahirent. Le criminel peut être fort, anda-

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Fioonnoo LE XAVDir. 203

cienx et provocateur devant la foule des igoorants et des simples; mais en face de la jastice implacable et Bolennelle; au milieu, d'hommes habitués à lire dans les cœurs et snr les figures, habiles à démasquer l'hypocrisie, il n'a pas, d'ordinaire, la pnisBance de se revêtir de sa fausso livrée, et baisse la tête konteuseraent.

— Vous connaissez la demanderesse? commença le procureur.

—Oui.

— DepTiis longtemps?

— Depuis trois mois environ.

— Elle passait pour une femme comme il faut?

—Oui.

— Que penaez-vons d'elle maintenant ?

— Je crois qii'elle est calomniée.

— De sorte qu'à vos yeui elle n'éprouve aucun tort dans sa réputation 7

— Sa réputation d'honnêteté et de piété est déjà si bien établie

— Saviez-vous que Geneviève devait arrêter chez Madame G-agnon en revenant de la rivière du Chêne ?

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204 PIUOUNOC LE HADliIT.

Objecté comme tendant à incrimiaer le lémoiti lui-même. Objection maintenue.

—Madame Gagnon tous a-t-elle, avant ou depuis la mort de O-eneviève, parlé de cette pauvre folle ? et eu quels tenues ?

Objecté comme tendant à faire une preuve qui ne découle pas de la cause. Objection maintenue.

— N'avez-vous pas dit que Madame Oaguon faisait bien de revendiquer son honneur devant les tribunaux ?

— Je puis avoir dit cela ; je pois ne l'avoir pas dit. Ma mémoire s'en va.

— Vous pouvez vous retirer.

Un homme qui ne triomphait pas c'était Monsieur G-agnon. Il vit bien qu'il s'était tbnrré dans un guêpier, et U songea à s'en tirer le mieux possible. André Barabé fat acquitté, et, singulier jeu de la fortune, Madame G-agnon et le bossa qui se troavaieut à Québec furent immédiatement arrêtéi.

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PfODDROD Ll H&CDIT.

LA REINE va LETELLIÉR.

Après l'audition de la cause C^agnon-B la cour B'ajonrna. La foale s'éconla lenti et à re^et, tant elle était avide de voir rouier l'afi^ie de Letelliei, qai venait convrir d'an voile mystérieux, gr&ce a moignages de la servante et de l'ez- Dans tonte ta ville on ne s'entretint, ce e que de la femme Gagnon, si maiheureast la revendication de son honneur, de Q-en< la folle, et des rapports que poavuit avoii le procès du lendemain, la mort subite d< infortunée

Victor et l'ex-élève, rendns confiants résultat de la cause qui venait d'être augurant bien de cette première vicfc cœur ouvert à l'espérance, entrèrent d prison où le grand trappeur se conf depuis un mois dam l'inaction et l'ennu

— Espérons! mon père, espérons plr

206 riootTMOO lb VATrcrr.

jaiQftia! s'écria Yiotor en se jetant dans les bras du grand-trappeor.

— Quoiqu'il arrive, mon fîis, je resterai

homme et chrétien répondit avec fermeté

le prisonnier.

L'entretien fut long entre les trois amis.

Le lendemain matin, à l'ouverture de l'au* dience,îi n'y avait pas plus de monde r-ne la veille, dans la vaste salle, car, la veille, «Ile regorgeait, mais la foule anxieuse débordait jnsqne dans les corridors et sous le vieux portique du vieil édifice. Quand le juge fut assis dans son fauteuil surmonté, comme d'une égide, des armes royales sculptées et dorées, les grands jurés rapportèrent "accusation fondée " contre Joseph Letellier. Le greffier debout se tourna vers le fond de la salle.

— Gî-eôlier, dit-il, faites mettre Joseph Letellier à la barre.

Un mouvement onduleux agita la salle, et tous les regards se tournèrent vers le prisonnier qui pamt entre deux sergents de police. Letellier était ferme sans forfanterie et résigné sans faiblesse. Personne ne put lire ce qui se passait dans son esprit ; personne ne pat vmr

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PICOUNOO LB HAITDn. 207

SUT son front la pâleur de la crainte ni les défis de la jactance .....Le shérif mît devant la cour la lifite des jurés, et le greffier procéda à l'appel en ces termes :

— Vous qui êtes snr la liste des jurés pour décider l'issue jointe entre notre Souveraine Dame la Eeine et le prisonnier à la barre, répondez à vos noms, sous tes peines de droit.

Ensuit^ il s'adressa à l'accusé et lui dit :

" Les personnes dont vous allez maintenant entendre appeler les noms, Bont celles qui vont décider entre Notre Souveraine Dame la Reine et vous, de votre vie et de votre mort. Si donc vous voulez les récuser ou aucune d'elles, vous devez les récuser lorsqu'elles s'avanceront pour prendre le livre et être assermentées, et avant qu'elles soient assermentées, et vous serez écouté.

lies jurés furent appelés. Le prisonnier pouvait en récuser trente-cinq, attendu que l'accusation était capitale, il n'en récusa qu'un seul dont l'intelligence loi parut réellement trop limitée. Alors le greffier leur administra le serment suivant :

— " Voiis examinerez bien et fidèlement et

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208 PIOOIINOO U UAQDIT.

ferez un vrai rapport entre notre Souveraine Dune la reine et le prisonnier à la barre que TOUS avez maintenant sons votre charge, et donnerez on verdict exact suivant la preuve ; ainsi que Uieu vons aide," Cela fait, et les douze jurés assermentés, il dit à l'huissier de la conr : Comptez les jurés. Celui-ci, après les avoir comptés leur dit: — "Yons, douze hommes, demeurez ensemble et écoutez la preuve qui va vous être soumise." Après cela le crienr fit la proclamation suivante :

— " Si quelqu'un peut informer les juges de notre Dame la reine, le procureur de fa Reine, dans l'enquête qui va se faire entre notre Souveraine Came la reine et le prisonnier à la barre, de quelque trahison, meurtre, félonie on " misdemeanor " par lui commis, qu'il ^avance, et il sera écouté : le prisonnier est à la barre pour subir son procès : que toutes les personnes obligées par cautionnement on reconnaissance de donner leur témoignage contre le prisonnier à la barre, s'avancent pour donner leur témoignage ; sinon, elles f(»^airont leurs dites reconnaissances. "

Le greffier alors se leva et appelant le piisMmier loi dit :

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PNOOHOO LB MADDIt. 209

— " Joseph Letellier, levez la main. Prisonnier, regardez lee jarés, jnrés regardez le prisonnier, vone qni êtes assermentés, et écoutez l'accsasation portée contre Inî : Qaébec, à savoir : Lee jnrés de notre Dame la reine déclarent, ear leur serment, que Joseph Letâtlier, de la paroisse de Lotbinière, coltivatenr, dans le comté de Lotbinière, n'ayant point la crainte de Dien, mais obéissant aax inspirations du démon, a, là 24 septembre 1861, dans la quatorzième année du règne de Notre tJoUTeraine Dame Victoria, par violence et avec nn bâton, dans la paroisse susdite, dans le susdit comté, corn* mis féionieusement avec malice et préméditation, un meurtre sur la personne d'Aglaé Larose, contre la paix de Dieu et de notre Dame la Reine, sa couronne et sa dignité. A cette accusation il a plaidé non coupable et s'en est rapporté à la décision de Dieu et de «on pays que vous représontez. Voire devoir est donc de vous enquérir s'il ost coupable on non du crime de félonie dont il est accusé. Ecoutez maintenant lea témoignages.

Pendant cette procédure empreinte d'une triste solennité, et presque lugubre comme les préludes de l'écb^ud, une sensatitm pénible

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210 7I00UR00 LC MAtn>R.

oppressa bien des Amea dtms cette foule compacte qui voulait voir comment nn accusé arriva à âtre convslnca et an crime, puni, par la prudence et la sagesse des lois. L'avocat de la Gonronne s'adressant aux petits jurés, leur fit avec un soin méticuleux le récit du meurtre ' commis il y avait vingt ans, par le prisonnier à la barre, et l'audition des témoins commença. Picounoo, c'est-à-dire Pierre-os h St Pie rre entra dans la " boîte/' et jura, sar les Saints- Evangiles, de dire la vérité, tonte la vérité et rien que la vérité. A sa vae, il y eut on long chuchottement dans l'auditoire.

— Silence ! cria l'huissier.

Ficonnoc fit an suprême effort pour retenir son audace qui tombait, et paraître tout à fait rassuré. Les yeux de la foule qui venaient de se fixer sur lui le brûlaient. Il courba la tète comme pour se recueillir. Il décliaa son nom et ses prénoms.

— Vous connaissez l'accusé à la barre? demanda l'avocat de la Couronne.

— Oui, monsieur, c'est Joseph Letellier.

— Vous connaissiez mieux encore Agiaé Larose sa victime ?

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' PIOOUHOO LB HAUDn. 211

— Âglaê LaroBe était ma femme bieu-aimée, répondit le témoin, en poofisant nit soupir.

— Yonlez-vons raconter à la Goor ce qui s'est passé dans la soirée da 24 septembre 1851, en rapport arec la cause actaelle.

— Il y a déjà longtemps, reprit Picounoc en relevant hypocritement un visage attristé, il y a déjà longtemps que cette soirée fatale ei^ passée, maisjem'ea Bouviendrai tonjoars. Ou m'avait dit que Letellier aimait ma femme ; elle-même m'avoua qu'il la poursuivait de ses assiduités, et ta menaçait même do sa vengeance si elle demeurait toujours aussi inseusible. J'avertis L<etellieT, en ami — car nous étions intimes — de respecter ma femme. Il me répliqua que ce qu'il avait dit à Agiaé n'était que du badioage. La chose en demeura là pendant quelque temps. Je surveillai les démarches et les regards de l'accusé, et je m'aperçus bien qu'il n'avait pas renoncé à ses coupables espérances. Mais j'étais sans inquiétude, car la vertu d'Aglaé m'était connue. Cependant Aglaé paraissait triste depuis quelques jours. A la remarque que je lui fis à ce sujet, elle se mit à pleurer, se jeta dans mes bras et me dit :

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il2 riaortaoti lb maodr.

j'ai peor de Djos—c'est ainsi qu'on appelait

Joseph Ijetellier— ila juré qn'il me tuerait

Je la consolai de mon mieux et lai répondis

que ses craintes Étaient raines qne DJŒ

n'Était ni si méchant, ni si amoareoz d'elle

qu'elle le pensait Cela se passait sept on

hait jours avant la fête de l'Église. La veille de la fête de l'église, aa soir, ma ijemme me demanda d'aller arec elle au jardin pour coeiltir des pommes. Noos partîmes tous les deox, laissant, pour cinq minutes, notre petite fille setde dans son berceau. Rendus au jardin, iu>Q8 nous dirigeâmes versle meilleur pommier, et j'en aecoaai les branches pour faire tomber les pommes les plus îaùres. Mafemmesemità genoox à terre pour les ramasser à mesoie que j'agitais l'arbre. Pendant qu'elle était ainsi penchée, et que j'étais occupé à secouer le pommier, l'accusé s'avança, un rondin à la main. Je ne le vis qu'au moment oà, le bru levé, il abattait son bâton sur la tâte de ms

pauvre femme Je poussai un (?i, maisU

était trop tard. Je leDonnus bien LetelUer; je l'appelai par son nom, maïs il était loin déjà. Je me précipitai au secours de ma ieinim elle n'avait plus besoin de secours, elle éta morte. Le bâton lui avait fracassé le crâne.

[3,1. :i,,G00tjl>J

riOOOtlOO LE UICDIT. 3l3

Ce récit court, succinct et net, ^agna à i^connoc les sympathies générales de l'assemblée, et des regards de haine se dirigèrent dès lors vers l'accasé. Maie ce n'était pas tout, n fallait répondre anx transqaestions, et les transqaestions sont des écaeils où viennent souvent faire nanirage la fonrberie et la mauvaise foi.

— Vons avez dit, ' commença Victor, qn'on vous avait informé des empressements de l'accusé auprès de la défunte, nommez donc quelqu'un de ceux qui alors vous ont donné ces renseignements.

— Plusieurs le disaient ; mais je ne me souviens pas des noms de tes personnes.

— Comment avez-vons pu oublier leurs noms vons qui voas souvenez si bien de ce qu'elles vous ont dit alors ?

— Ce n'est pas de ma faute, si je n'ai pas la mémoire des noms

— Quelle heure était-il quand vous êtes allés au jardin, vous et la défunte ?

— Environ neuf heures du soir.

— St ({uaud le meurtre a en tien ?

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PIOOUMO

jon une vii

lit'il noir ?

passablemeQ faisait noir, Tô l'accoBé ?

I avions an f ment était c< rblanc perc< it-il devenu 'i 1 été Toié ce i deptus.

iconnaitriez-' pense.

e lui, ce tlai 1 le l'anal tro

Luoc le prit, fait d'une ce

lui, ou c'ei s attaché co.

été iongten ien longtem;

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PIOOUKOO LX HAUDI*. 316

tes peut-être, je ne me rappelle pas au juste- — L'avîez-voos Rllmaé avant de sortir de la

maison?

— Oui, du moins je le crois.

— Maintenant dites à la cour, s'il vous plaît, comment était habillée votre femme ce soir-là.

— Je ne m'en souviens plus.

— Avait-elle un châle sur ses épaules ? . —Non.

— Vous veniez de Ini acheter un châle de soie?

— Je ne mo souviens pas de cela.

— Comment pouvez-vous dire qu'elle ne portait pas un châle, si vous ne vous souvenez plus comment elle était habillée?

— Je ne me souviens plus quelle robe elle portait.

—Et vous jurez qu'elle n'avait pas de châle ?

— Je le jure.

—Avait-elle un chapeau?

—Non.

— Ne lui avez-vous pas recommandé de se

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216 PIOOQKOO LI HAOOR.

couvrit la tête de son chàle, à cause Au serein ?

— Non, pQisqn'elle n'avait point de châle:

— V OQB deviez êponser prochainement Ma dame Leteilier qui ee croyait veuve ?

—Oui.

— VoOB l'aimiez depuis longtemps ?

—C'est possible.

— YouB avez voulu lui faire la cour moins d'an an après la mort de votre femme ?

— Je ne me rappelle pas au juete

— Vous l'aimiez avant qu'elle fat ou se

crut libre?

— Comme on en aime bien d'antres ?

— Vous l'aimiez quand vous vous êtes marie avec Aglaè Larose ?

—Qui vous l'a dit ?

—Je vous le demande.

— Je n'ai pas remarqué le jour où j'ai corn* mencé à l'aimer.

— N'avez-vous pas souvent dit à l'aocosé .-..

Djos, ta femme est légère ou Djos, défie

toi de ta femme î ou quelque chose comme cela?

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