‹ Pie IXChapitre 3 sur 22 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Opportunité de ce récit. — Franchisai de Thistoire du passé, réserve obligée de Thistoire contemporaine. — Naissance de Pie IX. — Les Mastal. — Jean-Marie, âgé de sep^ ans,^ prie pour le Pape prisonnier. — Ses questions sur oe sujet.

— Séjour de six ans an collège de YoIteKa. ^^ Entrée dtnt la gaarde noble. — Maladie jugée mortelle. — Guérison. — Vocation religieuse. • — Hospice dii Tata-Giovanni, -« Mis* sion dans l'Amérique du Sud. — Tempête sur mer. ^- L'abbé Mastaî est sauvé par le pêcheur Bako. — Keteur à Rome. — L'hospice Saint-Michel. — L'Archevêché de Spo^ lète. — La liste de police jetée au feu. — L'Évêché d'Imola.

— Le Cardinalat. — Le couvert d'argent donné à une pauvre femme. — Mort de Grégoire XVL — Le CSardinal Mastaî se rend au conclave. — Présage de son élection. -^ Laconclave. — Élection du Cardinal Mastaî. — Première bé* nédiction de Pie IX. — L'amnistie.

En wcun temps je n'essayerais de justifier Topportunité du récit que j'entreprends. Il n'est jamais inopportun pour un fils de repasser dans sa mé-^ moire la vie ie son père, si elle est toute pleijiQ

de gloire; il n'est jamais inopportun de la raconter à ses enfants. Pourquoi feut-il que toute la justi-* fication de ce petit, livre ne scât pas là, et que lés événements auxquels nous assi;>tons lui donnent encore une si douloureuse opportunité !

L'histoire des hommes et des faits contemporains, je ne veux pas l'oublier un seul instant, ti'a pas les mêmes franchises que l'histoire du passé. Aux pi^niers jours de son pontificat, Pie IX a vu tendre autour de lui des pièges et, parce qu'il a su les éviter, se dresser contre lui des passions dpnt l'historien se ferait le complice s'il n'osait en parler qu'avec de lâches ménagements. Mais ces w perfides artisans de tant de malheurs (1) » vivent encore pour la plupart, c'est-à-dire qu'ils n'appartiennent pas irrévocablement à c^ pieu&sions funestes auxquelles nous les voyons obéir aujour^ d'bui comme il y 'a douze ans. Puisqu'ils peuvent encore user de la liberté qui est le privilège de la vie du temps, puisque la mort ne les a pas encore enchaînés étemeflement à leurs aifections déréglées ou plutôt à leur haine et à leurs crimes; il ne faut parler d'eux qu'avec Vciçérance chrétienne et avec la charité chrétienne. Et il ne faut parler non plus de leur Victime auguste qu'avec la ré-

(1) « Callidissimos taiitorum malomm artifices^..! » Àth' hùlion prononcée dans le consistoire secret de Gaè'te (20 avril 1840).

serve que eommande sa veilu même. C'est assez faire violence à la pudeur de la vertu que raconter aujourd'hui ce pontificat également fécond dans les labeurs et dans les douleurs sans nombi^ qui en forment toute Thistoire. Les gl^nénitions futures auront seules le dioit de çénéirer dans la vie du* coeur, d'en surprendre les secrets et d'expliquer le Pontife-Hoi, l'homme extérieur, par l'homme intérieur.

Je ne peux aujourd'hui raconter que très-sommairement rhistoire de Pie IX depuis sa naissance jusqu'à son exaltation au suprême Pontificat.

Jean-Marie Mastaï-Ferretti est né le 13 mai 1792 à ^inigaglia (1), dans Pancien duché d'tJrbin> aujourd'hui Tune des délégations des États de l'ÉgUse.

La famille Mastaï, qui remonte au xiii* siècle^ s'est toujours distinguée depuis six cehts ans par les services rendus au pays. Les Mastaï reçurent en récompense le titre de ttjmte, et l'aîné de la famille, c'estrà-dire le comte Mastaï, fut autorisé à joindre à son nom celui des Ferretti, en raison d'une alliance avec le dernier rejeton- de cette famille.

(1) C*eit l'antique Sèna GalHçay dont le hom rappelle deux fois rorigine gauloise, et qui fut en effet bâtie par les Senbnbs',

Le pèi» de Pie IX, le comte Jérôme Mastaï* Ferretti, était gonfalonier de Sinigaglia. Son oncle> André Mastaï, était Évêque de Pesaro. L'héroïque fidélité de celui-ci au Pape Pie Vil lui valut d'être enfermé dans ia citadelle de Mantoue. Jean-Marie n'était plu» a^rs un tout jeune enfant. Le généreux dévouement de l'Évêque, sa captivité; sef<ermeté inébranlable, ne furent pas pour Jeai^Marie des mots vides de sens. La vue du SouveKÎn Pontife persécuté pour sa fidélité aux devoirs de sa charge suprême et des Evêques persécutés 4)our leur fidélité au Saint-Siégç, dut produire une \ive impression sur Tâme tendre et pieuse de ce jeune homme. La vue du courage apostolique de ces successeurs des Apôti^s dit y laisser une impjession plus profonde. La Providence» préparait Pie IX dans Jean-Marie Mastaï en le faisant assister de si près à la persécution et au martyre.

Mais soiv éducation avait commeoeé sur les g^noux de sa mère, La comtesse Mastaï avait, di^ on, toujours présents. 4 1* pensée les exemples laissés à toutes les mères chrétiennes par fa. mère de saint Thbmas d'Aquin et paar la mère de saint François de Sales* Jean-Marie Mastaï avait à peine sept ans, lorsque aa mère lui faisait ajouter

sa pifere de chaque soir un Pater et un Ave pOur la délivrance de Pîe VI alors prisonnier cbs la république française, et eBe le faisait prier en

même temps pour laFrantè. L'enfant étonné de (^ qui lui semblait une contradiction, dit à la ccMutesse :

" — Mais, ma mère, est-ce que les Français ne m sont pas de méchantes gens, puisqu'ils retienj» nent le Pape prisonnier? Pourquoi me faites- " vouiB prier pour eux?

u — Mon enfant, répondit la comtesse, c'est " une raison de plus de prier Dieu pour eux. Ce n n'esX pas leur faute, d'ailleurs, s'ils retiennent ■ le Pape prisonnier, c'est leur gouvernement qui •• «st méchant.

« — Faut-il prier pour leur gouvernement?

« — Sans dopite, Notfe-Seigneur a prié en n mourant pour ceux qui le crucifiaient ! »

C'est ainsi que s'associant humblement aux vaes mystérieuses de la Providence, et uniquement préoccupée de former un chrétien pour le ciel, une mère chrétienne préparait un grand Pape à l'Église.

Jean-Marie, placé au collège de Vol terra, en Toscane, à l'âge de douze ans, y gagna bien vite par l'aménité de son caractère et par les grâces de scm esprit, l'affection de ses maîtres et de ses condisciples. Ses progrès fureiri; rapides. Et un jour, c'était en 1810, un inspecteur cb» l'Université impériale de France qui était en tournée à Volterra, charmé des r^onses que ce jeune homme venait

de faire à ses qûestîàûs, et voulant le eonnaîtfe davantage, se complut- à faire' parler le principal du collège. Ravi de ce qu'il venait de voir et de ce qu'il entendait, il dit au principal : « Ce jeune »» homme ira loin, pour peu que les circonstances » le favorisent. » Cet inspecteur, mort en 1830, put avant de mourir voir ^ancien élève de Volterra devenu Archevêque de Spolète et se féliciter lui-même de la sagacité da son jugement. Qu'aurait-il dit s'il avait vécu vingt ans de plus jBt s'il avait vu les circonstances favoriser, non plus Jean-Marie Mastaï, mais l'Italie et l'Église Romaine, et le monde entier sur lequel l'Église Romaine étend son pouvoir, et ïhême quand son autorité est méconnue, sa bienfaisante influence; s'il avait vu Pie IX assis dans la Chdre de saint Pierre, s'il l'avait vu renversé de son trôae royal, fugitif, errant, mais plus grand dans le malheur que dans les grandeurs mêmes ; et s'il l'avait vu encore rentrer dans Rome pour pardonner à ceux qui s'étaient faits ses ennemis et qu'il s*obstinaït à nommer ses enftmts !

Le collège de Volterra se souvient encore d'avoir eu pendant six ans Jean-Marie Mastaï-Ferretti pour élève. Quand ak y apprit l'exaltation de Pie IX, les maîtres et les élèves en redirent solennellement grâce à Dieu dans leur église de Saint-Michel. Mais Pie IX n'avait pas non plus

cmblié les soins donnés à son enimce «t à sa jeunesse, et il fit don au collège de Volterra d'un riofae calice.

Sorti du collège, Jean-Marie embrassa la carrière des armes; et quand l'armée pontificale fut reconstituée, il entra dans la garde noble de Pie Vn. C'était sa vocation d'être d'une manière spéciale le défenseur du Saint-Siège, comme soldat, comme Évêque, cOTfime Cardinal, comme Pape.

Mais Dieu lui fit trayerser rapidement ce pre« mier degré. Le jeune comte Mastaï-Ferretti fut atteint d'une maladie que les médecins jugèrent bientôt mortelle. Ils se déclarèrent eux-mêmes impuissants à combattre les progrès du mal, et ils en annoncèrent Tissue fatale et prochaine. Mais la tendresse maternelle qui n'attend pas l'invasion du mal pour s'alarmer, avait inspiré dès longtemps à la comtesse Mastaï d'assurer à son fils une i»x)tection puissante. Et à qui une mère s'adresserait-elle avec autant de confiance qu'à une mère ? Tout petit enfant, Jean-Marie avait été voué à la Vierge, Mère de Dieu. H reconnut dans sa guérison vraiment miraculeuse l'eflFet de la protection qu'il devait à la piété maternelle. Héritier de la dévotion de sa mère, il sentit son tendre amour s'accroître encore de la «-econnaîssance que lui inspirait une intervention si visible. Et c'est peut-

être anx première mdts de prière que la cemtesse fit bégayer à son enîant et àja guérison inespérée dont celui-ci fut plus tard l'objet, que la Chrétienté tout entière doit de s'être acquis un titre de plus à la protection de Marie par la d^nition dogmatique de sa Conception Immaculée. Ce sont là ks j3)oyens que Dieu préfère pour Taccomplissement de ses plus grands desseins.

Cette vie qui lui était rendue par un miracle, le eamte Mastaï-Ferretti crut qu'il la devait consacrer tout entière au service de Dieu. Dès que ses forces le lui permirent, il se rendKt à Rome pour y suivre les cours de théologie. Il y fut ordonné prêtre et y passa encore les premières années de son sacerdoce, années obscures et sur lesquelles les ^confidences des survivants des familles pauvre» de ce temps-là pourraient seules jeter quelque lumière. On sait seulement que le jeune abbé fut pendant plusieurs années le bienfaiteur et le visiteur de tous les jours de Thospice du Tata-^iovanni. Il convient de faire connaître ici un établissement qui a tenu dans la jeunesse de Pie IX une si grande place et qui en tiendra toujours une dans les pensées du Souverain Pontife. Je laisse parler un pieux voyageur qui a vu de ses yeux et qui rapporte ce qu'il a vu :

« Dans le siècle dernier vivait à Rome un pauvre »' maçon, nommé Giovanni Borgi. Tous les iours

» de fl$te, 3 s'en allait à Thôpital du Saint-Bsprit » pour servif les malades. N'ayant rien à leur » doTtoer, il retournait leur lit, leur faisait la n bart)e et leur rendait tous les services qu'on » peut attendre d'un serviteur dévoué. Or, il lui

• ailivail souvent de rencontrer par les rues de » jefinea enfants à peine vêtu» et chaussés, expo- « ses à grandir dans le vice et l'oisiveté : il en n trouva d'autres à l'hôpital que la mort avait n rendus orphelins. Le sort de tous ces pauvres , n enfants toucha vivement le cœur du charitable n ouvrier. D commença par inviter ceux qui étaient « malades à venir le voir dans sa maison, lorsf» qu'ils seraient guéris. Au moyen de quelques » aumônes, il les {Cueillit chez lui , les habilla et »♦ les envoya en apprentissage chez les fabricants

• de la ville , afin de leur procurer par le travail n des moyens d'existence : lui-même leur ensei- " gnait le catéchisme et les faisait approcher des « sacrements.

» De généreux bienfaiteurs ne tardèrent pas à » Je seconder de leurs conseils et de leur bourse. Je f* citerai entre autres l'illustre Cardinal di Pietro, » le bras droit de Pie Vil pendant les terribles

• épreuves de Fontainebleau. Il loua pour Gio- « vanni et ses petits protégés, un grand apparten ment dans la ma Giulia, et lui assigna trente >* éeos par mois : ce qui permit d'élever à quarante

» le nombre des orplielins. Borglles appdait ses » enfants, et ceux-ci réciproquement^ donnaient « le titre filial de papa. De là est venu à Tinstitu- »» tion le nom de Tata 'GiQvanni (papa Jean). » Pie VII , dont le cœur était si généreux , fut le »» principal protecteur de Boigi. Non coûtent de n lui acheter la maison dans laquelle il^^tait pn » loyer, il le traitait amicalement ainsi que les or- » phelins, auxquels il donna souvent de sa propre w main de Targent dans la sacristie de Saint- » Pierre.

»» Bien que Jean fut illettré, il sentait la nécesr »» site de rinstructîon et fit enseigner à ses en- » fants la lecture, Téciiture, Tarithmétique ; on y » ajoute aujourd'hui des principes d'omementaw tion, de dessin linéaire et de géomëtrie, connais- » sances fort importantes pour déjeunes artisans; »• mais par-dessus tout on s'attache à former leurs » cœiïrs par Tensdgnement de la Religion et par H de solides pratiques de piété.:

n Nous fûmes bientôt en état de vérifier par »» nous-même ce qu'on venait de nous dire. Avant n midi nous éi^n^kSomte-Anne-des-Menuisiers, »» où se trouve Thospice de Tata-Giovanni. En 1» voici la disposition et l$s règlements : sixcham- « bres sont occupées par les enfants, elles portent » les noms significatifs de Saint-fcseph, de Saintn Philippe, de Saint-Pierre, de Saint-Paul,* de

" Saint-Stanisias, des Saints Camille et Louis. " Comme tout est simple dans cet institut, les »» jeunes gens eux-mêmes, choisis parmi les plus " sages et les plus âgés, président les chambres ; » mieux instruits que les autres, ils enseignent à » leurs camarades les premiers éléments de Ik » science. De bons prêtres ou de vertueux laïques » y viennent souvent le soir distribuer l'aumône » de rinstruction religieuse et scientifique. Le »» soin de la discipline intérieure est confié à dftux »• ecclésiastiques. Les enfants se lèvent de bonne *» heure, et dès l'âge le plus tendre ils vont apn prendre un métier dans les ateliers de la ville. r* Un pieux laïque procure le placement de ces f» élèves, et tout le jour il est en course pour s'as- H surer de leurs progrès et de leur conduite. Cette » méthode permet à cet établissement de marcher " avec peu de ressources, et donne aux jeunes gen» n la facilité de choisir l'état qui leur plaît d'après » leurs forces et leurs dispositions, si bien qu'entre n cent vingt élèves vous voyez trente métiers » différents, A vingt ans on les congédie, parce »» qu'ils sont en état de se tirer d'affaire; et la conw duite honorable qu'ils tiennent presque tous dans « le monde prouve combien de semblables insti- » tutions influent sur la morale publique (1). »»

(l) Mgr GAirMB. let trois Borne, tome II, p. 400, 401 et 402.

Avant'àe se sentir appelé de Dieu au service -des autels, le jeisne comte Mastaï-Ferretti s'était attaché à l'hospice de Tata-Giovanni. Mais devenu prêtre, il ne dédaigna pas de se faire entièrement le continuateur du pauvre maçon. Il v«vlut habiter au milieu de ces pauvres enfants pour mieux connaître leurs besoins. Tous ses revenus furent consacrés à Thospice; il y introduisit des réformes salutaires, et surtout y développa l'enseignement professionnel. On montre encore aujourd'hui la chambre ou plutôt la oellule où pendant sept ans il reposa. On montre le fauteuil où il s'asseyaift chaque soir pour instruire ces enfants adoptifs de la charité.

Un jour vint où il fallut se séparer, Mgr Mûri envoyé au Chili par le gouvernement pontifical comme délégué apostolique, pour rétablir les affcdres ecclésiastiques qju'avalent dérangées tant de bouleversements et de révolutions dans PAmérique du Sud, demanda l'abbé Mastaï- Ferrettî pour raccompagner, et le Pape le lui accorda. Quand Tabbé Mastaï en annonça lui-même la nouvelle à ses enfants, ce fut une scène de désolation. Ces pauvres petits suppliaient leur père de ne pas les abandonner, ils s'attachaient à ses «lains, à ses habits, et ceux qui ne pouvaient {larvenir jusqu'à lui cherchaient à le retenir par les HMis les plus tendres. Lui-même, fondant en lar-

mes, embrassait CQUX qiii se trouvaient auprès de lui et s'écriait : « Je n'aurais jamais cru que notre » séparation dût être aussi douloureuse ! »

Trop heureux le jeune prêtre , s'il n'avait ét^ réservé à des douleurs bien plus amères !

Docile à la voix du Souverain Pontife, il s'arracha aux embrassemenls et à la tendresse de ces enfants, il partit, il traversa l'Océan. Pendant le séjour de deux ans qu'il fit en Amérique, 11 en vi%ta les missions» accomplissant ainsi les desseins de Dieu sur lui, et se préparant sans le savoir à devenir le Pasteur suprême de la Chrétienté. Un jour, qu'il se rendait de Valparaiso à Lima fiur une goélette chilienne, il fut surpris par une violente tempête. Le pilote était malhabile ou inexpérimenté, le petit bâtiment allait se briser sur des rochers, quand une barque montée par quelques nègres sous la conduite d'un pêcheur nommé Bako, put venir à son secours. Bako passant sur la goélette, remplaça le pilote, et dirigea si bien l'embarcation, grâce à la connaissance qu'il avait de ces parages, qu'il la fit entrer dans le petit port d'Arica. Le lendemain, l'abbé Mastaï-Ferretti alla remercier son sauveur qui habitait avec sa famille une pauvre cabane au bord de la mer. Il lui laissa en reconnaissance une bourse contenant quatre o^ts pi{istres(l). Mais il

(1) Dvax mille cent cinquante-deux frimos.

ne carut pas s'être acquitté par là. Toujours il se feouvint de Bako ; et, devenu Souverain Pontife, il lui envoya son portrait avec une somme égale Ji la première. Mais alors Bako s'était enrichi. Je viens de dire que Tabbé Mastaï se souvenait de lui comme d'un sauveur. Il avait dû parler chaque jour à Dieu du pauvre pêcheur qui était venu à son secours, et tout avait réussi à Bako, les pre^. mières piastres avaient fructifié dans ses mains. Profondément reconnaissant à son tour, Bftko employa celles qui lui étaient envoyées de Rome en aumônes qu'il distribua au nom de Pie IX, et plaça l'image vénérée du Souverain Pontife dans une chapelle qu'il a fait construire au sommet de son habitation et qui domine la mer. Là le vieux Bako se plaît à raconter son bonheur au voyageur, qui s'agenouille et prie Dieu pour Pie IX et pour l'Église.

De retour à Rome en 1825, l'abbé Mastaï-Ferretti fut admis dans la prélature et nommé par Léon XII président de la commission directrice de rhofepice Saint-Michel.

Ce vaste établissement, situé sur la rive droite du Tibre, en face du mont Aventin, fut fondé, il y a deux siècles, par Innocent X, pour servir de refuge aux enfants abandonnés (1). Les libéralités

(1) C'est la plus ancienne école d'arts et métiers, et le mo-

de ses '.successeurs ont agrandi rédifiee, et sans lui ôter sa destination première, en ont fait Tasile de toutes lés misères. Innocent X y avait recueilli une centaine d'enfants; Innocent XII trijda le nombre de « ses neveux, n comme il les appelait affectueusement. Clément XI ouvrit à Saint-Midiel un bâtiment spécial aux vieillards et aux infirmes. Clément XII en ouvrit un autre pour les femmes de mauvaise vie. Pie VI y transporta Tasile ouvert aux jeimes filles à Saint-Jean*de* Latran.

Comme il est un refuge ouvert à toutes les misères, Saint-Michel est Técole professionnelle de toutes les industries, et il est en même temps une école des beaux-arts (1).

Mais l'administration de Saint-Michel est celle

dèle de toutes les autres. Qu'on recherche l'origine de toutes les institutions utiles à la classe pauvre, on trouvera toujours au commencement une fondation do l'Église, ou au moins une fondation inspirée par la piété chrétienne, ce qui est la même chose, puisque les laïques sont aussi hien de l'Église que les ministres des autels, quoiqu'ils y occupent im rang inférieur; comme les puînés sont de la famiUe aussi bien que les slnés, les enfants aussi bien que le père.

La philanthropie a fait grand bruit de ses découvertes et de ses inventions. £Ue n'a rien inventé ni rien découvert, mais elle a tout gâté.

(1) Les artistes italiens les plus renommés de nos jours, Mercuri, CaUmata, le sculpteur Taccimeis sont sortis de Saint- Miehel.

d'un moncte, c'est un véritable gouvernoEnent, Les l^rédécesseurs de Mgr Mastaï n'élaîent pas è la hauteur de leur tâche, et- Saint^Michel étaitmenacé d'une ruine prochaine. On parlait déjà de banqufâ-oute, quand Léon XII mit Mgr Maste>ï à la tête de la commission directrice.

Tout prit bientôt une face nouvelle. Le défiek* fut comblé, sans que la charité eût à souffrir des réformes du nouveau président. Au contraire, frappé de l'injustice du système appliqué jusqu'alors, qui réservait à l'hospice tout le bénéfice du travail des apprentis et n'accordait à ceux-ci qu'une somme de trente piastres à leur sortie, Mgr Mastâï fit adopter par ie conseil de direction une mesure plus libérale qui admettait l'apprenti au partage des bénéfices de son travail. Mais, au lieu de leur laisser dissiper sans profit le salaire qui leur était rendu, il voulut que les sommes ainsi gagnées fussent déposées dans une banque au nom de chaque élève, assuré par là d'être possesseur d'un petit capital quand il lui faudrait s'établir en sortant de Saint-Michel.

Qudques mois suffirent pour révéler dans Mgr Mastaï le génie du gouvernement. Et Iléon XII s'empressa de l'appeler à l'Archevêché de Spolète. Ginq ans plus tard, à la fin de 1832, Grégoire 3CVI le transféra du siège de Spolète sur le siège d'Imola.

Je ne dois pas om^tae ici un trait qui se rattache à cette translation.

Au milieu des insurrections de 1831 et de 1832, TArchevêque avait épargné à son peuple les hoi^ reurs de la guerre civile. Cependant une bande d'insurgés vaincus et pourchassés par les Autrichiens, se présente-aux portes de Spolète, demandant un refuge et du pain. L'Archevêque sort de la ville et se rwd auprès du général autrichien pour le supplier de s'arrêter, de ne pas poursuivre plus loin les fugitifs, lui promettant de les désarmer lui-meiiie. Il oliiicnt leur grâce; et rentré dans sa ville épiscopale, il fait comprendre à ces malheureux révoltés contre leur Pontife et leur Roi, la grandeur de leur cnine. Il les désarme par da parole, et les sauve de leur propre passion comme de la col&re du grnt'^ral autrichien. Mais les insurgés avaient des complices dans la ville, et la police les a bientôt découverts ; l'agent qui en a dressé la liste, tout enflé dr son succès, la montre à l'Archevêque dont il attend les félicitations : •« Mon ^ brave homme, lui dit le prélat, vous n'entend<B4 » rien à votre profession ni à la mienne. Quand »' le loup veut dévorer les moutons, il ne va pas f» prévenir le pasteur. « Et l'agent stupéfait voit sa liste disparaître dans le foyer.

La nouvelle en arrive bien vite au Vatican, et l'Archevêque est mandé auprès du Pape. Gré-

goire XVI se montre, ditK)n, fort irrité. Je ne sais, mais je sais qu'à très-peu de temps de là, Mgr Mastaï est transféré sur le siège dlmola bien plus important que celui de Spolète. Et quel-* ques années après, dans le consistoire secret du 23 décembre 1839, Grégoire XVI désigne TArchevêque-Évêque dlmola Cardinal in petto, et le proclame dans le consistoire du 14 décembre 1840. Si je pouvais raconter ici, — mais ce n'est pas mon sujet, — ce que fit Mgr Mastaï-Ferretti à Spolète et surtout à Imola, l'intérêt de cette histoire surprendrait bien des lecteurs qui rie soupçonnent pas quel est le gouvernement de l'Église, à quels détails humbles et touchants il ne dédaigne pas de descendre. « L'Église, c'est une mère, »» a dit un de ses fils les plus dévoués. Elle enfante aussi dans la douleur ; mais , tandis que son sang coule et que ses membres sont brisés, son cœur est inondé de joie et d'allégresse. Et après qu'elle a enfanté, elle entoure des soins les plus tendres le cher objet de sa sollicitude. Elle est assidue et vigilante comme une mère. Ne demandez pas où elle trouve la force de veiller ainsi Je jour et la nuit sur son enfant : ce qui semit une fatigue et une peine pour une mercenaire, est une fête pour elle. Sa tendresse suffit à tout : elle est préoccupée des besoins du corps conmie si elle n'avait pas d'autres pensées; elle se complaît à

fonner cette jeune âme, cDmme si, tout-à-fait détachée de oe qui passe, elle ne vivait elte-même et ne voulait la faire vivre que pour le Ciel. Mais, si cette âme dont elle défend la pureté avec un soin jaloux, trompant la tendresse dont elle est Tobjet, s'égare dans les sentiers fangeux du vice, une indicible douleur envahit le cœur maternel de l'Église. Cependant Tamour est encore {dus foi*t que la douleur, la Mère aime encore Tâme souillée, flétrie, défigurée^ de son enfant, elle la poursuit pour s'y dévouer encore et lui rendre par de nouveaux soins sa beauté première. la parabole du Bon Pasteur, poursuivant et ramenant au bercail la brebis égarée, c'est tout l'abrégé de l'histoire àe rSJglise. Sainte Monique s'attachant aux pas d'Augustin, orgueilleux, incrédule et libertin, traversant les mers pour le suivre et se donner toujours toute à lui, c'est l'image la plus parfaite de l'Église. Mais nul Évêque n'a mieux réalisé la touchante figuredubon Pasteur, nulÉvêque n'a eu pour les âmes déchues et souillées les entrailles de sainte Monique pour Augustin , autant que le Cardinal MastaJL-Ferretti dans le gouvernement de "Schi diocèse d'Imola. Après avoir appelé à Imola les Filles de la charité, que la reconnaissance populaire a si bien nommées les Sœurs de Saint- Vincent de Paul, après leur avoir confié l'hospice et le» établissements charitables de sa ville épisco-

pale, après y avoir ouvert un «sile pour les pauvres filles dont la tertu pouvait courir des dangers dans le inonde, il y fonda erfiaorê, avec le concours des Religieuses du Bon Pasteur (d'Angers), un refuge pour les fiUes repentie^. Il dota ridiement les hôpitaux. Il rendit rinstïnction- accessible aux enfants paUvres des deux sexes.

Ces fondations et tant d'autres semblaieïit de* ' voir épuiser les ressources du saint Évêque. Mais la: charité a des ressources inépuisables. Il arrivait ' parfois au Cardinal Mastaï d'tvoir -donné tout ra,rgent qu'il avait en sa possession, tout jusqu'à son dernier sou. Même dans ces occasions-là, il ne renvoyait jamais les mains vides les pauvres' qui s'adressaient à lui. Un jour, que la charité l'avait réduit à ce dénûment et qu'une pauvre femme vei|ait encore lui demander l'aumône, il cherche, et il aperçoit sur sa table un couvert d'argent : « Prenez, lui dit-il, et allez le mettre au « mont-de-piété; je le retirerai quand \e pourrai. »♦ Le valet de chambre remarquant la disparition du couvert, le cherche, ne le retrouve pas, et vient dire au Cardinal qu'on l'a volé, que le voleur doit être dans la maison, et qu'il faut le découvrir. Le Cardinal le rassure en souriant, et le valet, habitué à voir la charité faire ressource de tout, devine que le couvert a passé dans la main d'un pauvre. *

Dévoué à son clergé comme à i>on peuple, l'É*

vêque d'Imola i*ecueillit gratuitement dans le sémi^ naire diocésain les jeunes clercs sans fortune, et eiï^même temps fondu et dota une maison de refaite pour les prêtres âgés et infirmes. Il établit tHi» académie biblique, en rédigea les statuts et en présida lui-^me les réunions qui se tenaient chaque mois dans le palais ëpiscopal.

La mort de Grégoire XVI, arrivée le ler juin 1846, mit rÉvêque d'Imola, qui était en même temps Cardiiml de la sainte Église Romaine, en face de nouveaux, devoirs. Le Sacrë-CoUége avait à pourvoir à la vacance du Saini-Siége, au moment où déjà Ton entendait dans Tair je ne sais quels bruits sourds, précurseurs de Torage, A quel nautonnier allait être confiée la barque de saint Pierre l

Quand le Cai'dinal Mastaï-Ferretti se rendant à Rome pour le coftdave, traverse Fossombrone (1), la voiture, arrêtée pendant quelques instants, est bientôt entourée de ce peuple italien toujours avide de «ontempler les Princes de TÉglise, et ph^s ému encore à la vue de la pourpre romaine, «Il un moment où chacun se demande quel Pape va succéder à Gr^oire XVL Tandis que la foule coosidère avec une curiosité indiscrète ce Cardinal, qui dans queues jours contribuera par son vote à donner un Chef à TÉglise et un Roi aix États*

(1) Yîli^ ép»6copâle de |^ délégilion dlTrbin et Femsro,

Romains, et que ces cœurs simples, gagnés par la douceur et par la majesté répandues sur le visage du Cardinal font peut-être des vœux pour qu'il soit lui-même élu Pape, ime blanche colombe tra^ verse les airs et vient setposer sur la voiture. La foule salue ce présage et s'écrie : « Ewiva ! ewiva ! » voilà le Pape ! » On veut eftrayer la colombe pour la faire partir, mais elle demeure. On la chasse avec une baguette, mais elle revient se poser sur la voiture. Le peuple se rappelant qu'on a déjà vu ce signe de la colombe marquer d'avance l'élection d'un Pape ou d'un Évêque, crie plus fort : «Ewiva! " ewivaî ! voilà le Pape ! « Et le Cardinal poursmt sa route en suppliant humblement Dieu d'éloigner de lui ce fardeau* qui lui semble bien au-dessus de ses forces.

Le conclave s'assemble le dimanche 14 juin 1846. Les cinquante-quatre Cardinaux {«^ésents le premier jour se rappellent que le Conclave qui s'est assemblé qUinze ans auparavant; après la mort de Pife VlII, a duré soixante-quatre jours, l'Ôection étant vivement disputée entre le parti fran-» çais et le parti autrichien. Pour éviter ces lenteurs et surtout pour échapper dan» l'élection du Chef de l'Église à ces mfluenôes politiques, et ne chér^ bher que la gloire de Dieu efle bien des âmes, leS Cardinaux ne veulent pas laisser le temps aujc puissances de choisir leurs oandidais et d'exerber

une pression qui, de quelque prétexte qu'on la colore, est toujours une gêne pour la liberté électorale. Le Cardinal prince Altieri propose le premier la candidature du Cardinal Mastaï-Ferretti, qui, dès le premier tour de scrutin, rallie plus de voix qu'aucune autre. A chacun des scrutins qui suivent, le nom de l'Archevêque-Êvêque d'Imola gagne plusieurs voix, et le lyïdi 15 il n'est plus guère douteux pour personne que son élection sortira du vote d'accession qui doit avoir lieu le lendemain, sujet d'espérance pour tous, sujet de crainte et d'effroi pour lui seul qui passe la nuit en prière, suppliant encore Dieu d'épargner sa faiblesse.

Le lendemain, le Cardinal Mastaï chargé de dépouiller le scrutin, lit son nom sur presque tous les billets qu'il ouvre. Il n'a pas encore achevé, mais déjà le résultat du vote est certain* Le Car-' dînai a encore un moment de faiblesse et d'effroi à la vue du fardeau que veulent lui imposer ceux qiii ont trop présumé de ses forces : « Mes frères^ »» ayez pitié de moi, ayez pitié de ma faiblesse, w je ne «uis jpas digne !... ♦» Mais il sait bien que Dieu est au milieu du Coliclave et que c'est luimême qui choisit les Chefs que selon les temps il donne à son Église;. U se soumet, il dit adieu dans son cœur à son cher diocèse où il .a passé de si douces et si rapides aimées, il obéit à la voix qui lui dit Comme autrefois à Simon-Pierre :

« Paissez mes agneaux... Mais lorsque vous se- » rez vieux, vous étendrez vos mains, et un autre » vous ceiftdra, et vous mènera où vouç ne vou- " '^drez pas (1). » Puisque Dieu le veut, il est prêt, il ne donnera pas même une parole de regret à sa douce retraite d'Imola, il va monter sans plus tarder sur la barque de Pierre et se livrer aux flots battus de tant d'ora|ps.

Il se met à genoux et adore le Dieu qui a de si grands desseins str lui et qui vient de le choisir pour son Vicaire. Ceux qui tout à l'heure encore étaient ses égaux, s'écartent avec respect pour ne pas troubler cet entretien de Dieu avec son représentant sur la terre. Quand l'Elu se relève, il voit venir à lui le Cardinal Macchi, sous-doyen (2), qui lui demande s'il accepte le Suprême Pontificat (3). L'Élu répond qu'il se soumet avec amour à la volonté de Dieu et qu'il prend le nom de PIE IX.

On prétend, sur leehoix de ce nom, que le Cardinal Mastaï se souvint que Pie VII l'avait accueilli d'abord dans Ja garde noble et un peu pljis tard dans la milice sacrée. Je veux bien' croire à la puissance de ces souvenirs. Mais qui peut savoir ce qui .

(1) JoAN., XXI, 15, 18.

(2) Le Cardinal Micara, doyen, était malade.

i/i) « Acceptasne electiouem de te factam in Summum Pou« tificem? K

venait de se pisser dans Fâine cta nouvel Elu tandis qaeleSacré Collëgele contemplait prostemédevant Dieu et lui demandant de donner à «Ml serviteur, la force d'accomplir la dhrine volcMitél Quand rame emportée, sur les ailes de la prière s'élève an pkis haut des Cieux, de cette sublime hauteur elle domine les temps comme les espaces. Elle s'unît à Dieu et participe à sa prescience. Le nouvel Élu vit peut-être d'un regard toute la carîibce qu'il allait parcourir, il connut peut-être dès lors tous les événements douloureux que nous avons coimus depuis et ceux que nous ne connaissons pas encore, et quand il eut à choisir entre les noms de tant de glorieilx Pontifes assis avant lui dans la Chaire de saint Pierre, il choisit sans hésiter un moment le nom du dernier Pape martyr. Pie Vn l'avait précédé sur le siège d'Imola et dans la Chaire de saint Pierre, il se sentait prêt à succéder à Pie VIE dans le martyre, et il prit le nom de Pie IX.

Après que le Préfet dés cérémonies, Mgr de Ligne, remplissant les fonctions de notaire dji Siège Apostolique, a dressé l'acte authentique de l^élebtibn (1) et de l'acceptation, les Car-

(1) Le nom du Cardinal Mastaï-Ferretti réunit trente-six TOixy o'est-à-dire denx de plus que la simple majorité. L'éleo* tibn ne ee fait paA à la majorité des yoix des CardiniEiux pré-

dinaux Riario-Sforza et Bemetti i^iscompagnent Pie IX dans la sacristie où il est revêtu des habits de Souveifin Pontife. Ils le conduisent ensuite à la chapelle du ^ûri]U|l où le Souverain Pontife reçoit la .première obédience des Cardinaux, et. où Mgr Riai^o-Sforza lui présente TanneatU du Pêcheur.

Le lendemain, mercredi 17 juin, la canon du château Saint- Ange annonce à la ville de Rome que le conclave vient de donner un Pape à la chrétienté « tandis que le Cardinal Riario-Sfocza sn^ présente au balcon du Quirînal pour proclamer devant le peuple romain l'exaltation de Pie IX ; » Je vous annonce une grande joie. Nous avons " »» pour Pape TÉminentissime et Révérendissime H Seigneur Jean-Marie Mas taï-Ferretti,Cardinaln Prêtre de la Sainte Église Romaine^, qui a pris n le nom de PIE IX (1). »Tja, première impression

sents, mais à la majorité des voix des Cardinaux composant le Sacré Collège au jour de Téleetion. Suivant la buU» de Sixte-Qoint, du 3 décembre 1586, le Sacré Collège se forme de six Cardinaux-Êvêques, de cinquante Cardinaux-Prêtres et de quatorze Cardinaux-Diacre^ en tout soixante-dix. Mani la mort fait incessamment des vides dans le Sacré CoUége, et U est bien rare qu'U soit complet.

(1) « Annuntio vobis gaudium magnum : Papam habemus n Eminentissimum ac Reverendissimum Dominum Joapnem » Murism Mastal-Ferretti, S. R. E. Presbjtemm Càrdinalem, tt qui sibi nomen imposuit PIUS IX. •

fmt une grande surprise. Lô ]^tiple n'avait entendu parler que dala candidature du Caiiinal Lambmscliini et de celle du Cardinal GKzzi, et P^ection de TÊvêque d'Imola, exact observateur de l'obligation de la résidence épiscopale et qu'on n'avait presque pas vu à Rome depuis vingt ans, était une déception.

Cependant les Cardinaux s'avancent un à un sur le balcon du Quirinal et laissent un espace viàe où se montre bientôt le nouveau Pape. Cette appamtion estpour le peuple comme une révélation du cœur de Pie IX. Quand paraît cette belle fi-» •^gure illuminée du triple rayon de la puissance, de "la tendresse et de la sagesse divines, les cris du peuple montent jusqu'au Ciel : « nous avons un n Pape! D nous aime! C'est netre Père! » Aux battements précipités de son cœur, Pie IX a recoittiu qu'il est Père : il n'y a que le cœur d'un p^ qui batte ainsi aux premiers cris de son enfant. D ne se souvient plus de Teffroi qu'il a d'abord ressenti à la pensée de cette Charge Suprême de toutes les âiAes de la Chrétienté. Il ne sait plu» rien, sinon qu'il a des enfants et qu'il les aime de toute la puissance de son âme. Le visage baigné de douces larmes, il lève d'abord les bras versle Ciel, puis les abaisse pour donner aa première bénédiction apostolique à son peuple qui répète encore : •< Nous avons un Pape! H nqns aime! C'est

» notre I%e! ♦• Et cette fête de la terre semble une 9âe du ciel.

Quatre jours après, le dimanche 21 juin 1849, Pie IX est couronné dans la basilique de Saint- Pierre.

Pour don de joyeux avènement, Pie IX alloue cinquante-trois dots de cinquante écus romains (1) aux cinquante-trois paroisses de Rome et des environs, mille dots de dix écus aux provinces des États Pontificaux; il distribue en aumônes six mille écus romains et fait retirer les objets déposés au mont-de-piété par la population pauvr#. Il acquitte de ses deniers les dettes de tous les < prisonniers détenus au Capitole.

Mais un sentiment de douleur vient se niêler à sôs joies paternelles. Les touchantes démonstrations dont il est l'objet ne peuvent lui faire oublier »» ces familles qui ne peuvent participer à la c(»n- » mune allégresse, parce que, privées des eonsq- »» làtions domestiiques, elles portent la peine de " quelques ofienses faites par un de leurs fils à la w société et aux droits sacrés du Prîhce légitime. « Il jette un regard de compassion sur cette jeu- »» nesse inexpérimentée qui, entraînée par de « trompeuses espérances au milieu des discordes

(1) L*écu romain vaut cinq francs trente-six centimes de notre monnaie.

» politiques, a été plutôt séduite que sMuctrice... » Il tend la main et il offre la paix du cœur à ces » enfants égarés qui voudront montrer un repentir n sincère... Il les conjure d*abjurer ces haines cin viles qui sont toujours ou la cause ou l'effet dos " passions politiques, et de renouer ce lien de » la paix par lequel Dieu veut que tous les enfants f* d'un même Père soient ensemble étroitement f* unis(l). ** Et il étend les bienfaits de cette amnistie même à ceux qu'il semble en excepter. Il y aurait injustice à confondre, même dans une amnistie, des crimes trop inégaux, et une exoeptioii distingue les employés ecclésiastiques, civils et militaires, qui ne peuvent pas être rebelles sans être en même temps trutres à leurs serments. Mais, si avant qu'ils soient dans la v<»e du crime, la clémence de Pie IX veut les atteindre et les ramener. Le gouvernement les invite lui-même à demander individuellement au Souverain Pontife une grâce qui leur est accordée d'avance (2).

{tyOrdormanoi d^ amnistie du 16 juillet 1846, possim.

{2) Cette exception Jie s*appliquait qa*à trente-neaf per* sonnes : quatre eoc&BMstiqnes, vingt-denx officiers et treize employés subalternes.

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