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CHAPITRE II

Les oombatg de rÊglise. ^ Les deux adversaires de la Pa-> panté. — Grégoire XVI. — L'insurrection. — IrO Memùran^ dwn, — Tactique des râvolntionnaires contre Pie IX. — H Primate. — - Le Christianisme et la démocratie. — L'amnistie calomniée. — Vive Pie IX seul t -> Évanouissement de Pie IX. — Non possOf non debbo, non voglio, — Lettre de Mazzini à Pie IX. — Comment Pie IX y répond, — Instructions de Mazzini Aux crniie de l'Italie*

L'histoire justifie assez le nom que l'Église prend ici-bas, et nous montre TÉglise et la Papauté toujours militantes. Que d'autres combattants implorent des trêves pour renouveler leurs forces épuisées ; TEglise et la Papauté retrempent leurs forces dans le combat même. Mais combattant sans cesse, elles ne combattent jamais que pour les faibles et pour les opprimés. Pendant dix-huit siècles , on ne les voit occupées que de rappeler aux Princes dont l'autorité est incontestée, que cette autorité qui vient de Dieu doit être l'image visible de sa Providence. Que dis-je, rim^e! N'est-ce pas Dieu lui-même qui gouverne par les bons Princes? Mais s'ils méconnais-

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sent ce sacré caractère dont ils sont revêtus, si ' au lieu d'être les ministres temporels de Dieu (1) et de se dévouer à leurs peuples, ils ne sont plus Princes que pour renverser plus aisément les obstacles qui s'opposent à leurs injustes caprices, et pour faire litière des plus chers intérêts de leurs peuples, rÉ^lise ou le Pape en qui l'Église se résume, leur rappelle qu'ils appartiennent à leurs peuples autant que leurs peuples leur appartiennent, qu'ils ne sont établis que pour le bien du monde, elle les adjure de se montrer fidèles à cette mission glorieuse. Et s'ils sont sourds à ses prières et à ses supplications, elle les frappe de ses anathèmes et leur fait voir que si haut placés qu'ils soient, les lois de Dieu et de son Église sont encore au-dessus d'eux.

Voilà l'histoire de la société chrétienne pendant dix-huit siècles. La Papauté n'a guère eu à combattre que les Princes , car leurs sujets ne se révoltaient guère contre eux. La multitude, éclairée par r^iseignement chrétien, aurait eu horreur de faire de la force brutale qui est en elle, un droit,

(1) a Terreni Reges o^nistri Deî vocantar in Scriptora; ergo » eoram potestas ministerialis est reepectn Dei; ergo Ipse est » principalls Auctor hujns regiminis. » (Suabez, Deferu, fid. càth,) Saint Paul dit en effet : « Vis autem non timere potesta- » tem? Bonum £rc : et hatiobis laadem ex illa : Dti enim » ninister est tibi in bonnm» » {Hem,, XDlf 3, 4.)

principe de tous les autres. Elle se soumettait, die r^udiait le droit de la force et acquérait ainsi le droit de la faiblesse, qui est d'être plus tendrement protégé par la Papauté. Mais la Réforme du xvie siècle en livrant m sens particulier les vérités premières , lui liyrait du même ceup les vérités sociales, et le fondement même de la Royauté chrétienne était renversé (1.) La Royauté chrétienne défendue contre les conséquences dés doctrines nouvelles par les traditions dix fois ôéculaires de respect et de dévouement qui étaient encore au fond du cœur des peuples, a pu survivre quelque temps, tromper sur a^ garanties de durée les hommes qui ne voient que les apparences et se tromper elle-même. Mais la liberté de tout examiner sans règle et sans principe, la liberté de tout dire et de tout croire , qui , nous l'avons bien vu, revient dans la pratique à la liberté de ne rien croire, ne devait à la longue laisser debout aucune vérité dans Tesprit^çs peuples, aucune institution dans la société. Dieu, qui connaît bien Thomme, ne lui demande pas seulement de Taimer, mais de le connaître lui-même à son tour, parce qu'il sait bien que l'amour ne peut pas subsister longtemps sépai'é de la connaissance. Où est l'esprit de

(1) Voir la belle âéxnoxuitratioii de Bossuet dans, soti Cir^

riMNSune, là est son cœur. Tout ce <{«6 la Réfonne du XVI* siècle a fait contre Dieu, elle ne Ta pas moins fait contre là Royauté (1) que contre le Sacerdoce, puisque, dans un ordre différent, les Rois sont comme les Pontifes, ministres de Dieu. De là les révolutions qui ont couvert TEurope entière de tant de ruines.

Mais la Papauté qui n'a jamais failli, qui ne faillira jamais à la cause des peuples opprimés, ne peut sans prévarication mettre sa divine autorité au service des multitudes rebelles. Au fopd, elle ne sert qu'un intérêt toujours le même, malgré tous les changements que nous voyons à la surface des choses, elle n'appartient qu'à une cause étemelle, qui n'est ni celle des Rois ni celle des peuples, qui est la cause de Dieu. Soit que dans les gémissements de tout un peuple elle entende Dieu luimême gémir, ce Dieu qui nous a recommandé d'être attentifs à le reconnaître dans les pauvres, soit qu'elle voie l'autorité de Dieu méconnue dans

(1) Quand je dis la Koyauté, je dis la Souveraineté de quelque nom qu'elle se nomme, mais je dis surtout cette monarchie tempérée qui est un produit naturel de l'Église Catholique et qu'on retrouve dans tous les pays et dans tous les temps où le Christianisme a régné paisiblement. Je parle de cette monarchie dont Joseph de Maistre a dit : « C'est le Christianisme » qui a formé la monarchie européenne, merveille trtyp peu » admirée. » (Du Pape. Liv. III, Résumé et Conclusion. IX édit., p. 395.)

le» Hdiîft, elle proteste pour le droit inviolable et ^acré, pour le droit éternel de Dieu.

Depuis trente ans, la Papauté a en même temps - deux sortes d'adversaires, qui sembleraient devoir s'exclure, les Princes et la démagogie (1). Au lendemain même de l'élection de Grégoire XVI, le mouvement révolutionnaire de Modène, contrecoup de notre révolution de juillet, s'étendait dans toute la Romagne, et les insurgés, maîtres de Bologne, do Pérouse , de Foligno, d'Ancône, menaçaient Rome des hauteurs d'Otricoli {2}.

(1} Ma.i« Il y a bîiiii phi s àa trente ans que l'habileté inferualc deï eniioiDie ào l'Églbo at de la Papauté travaille à réunir coTitre eUes ces deux sortes d'ennemis. Joseph de Maistre dÎEait: u II y n rnn»^ ^rfiimlrij^e, tant de fraternité, tant de » dépendance entre lé pouvoir pontifical et celui des Rois, que » jamais on n'a ébranlé le premier sans toucher, au second, et » que les novateurs de notre siècle n'ont cessé de montrer au » petfple la conspiration^du Sacerdoce et du despotisme, tan- » dis qu^ils ne cessaient de montrer aux Rois le plus grand » ennenA de l'autorité royale, dans le Sacerdoce : incroyable » contradiction, phénomène inouï, qui serait unique s'il n'y » avait pas quelque chose de plus extraordinaire encore , c'est » qu'ils aient pu se faire croire par les peuples et par les Rois. » {Du Pape. Liv. II, chap. V, p, 174.) Et -dans la Conclusion de son livre, Joseph de Maistre donne cet avertissement aux Princes : « Que les Princes surtout s'aperçoivent que le pou- » voir leur échappe, et que la monarchie européenne n'a pu » être constituée et ne peut être conservée que par la Re- » ligîon une et uniqw ; et que si cette alliée leur manque, il » faut qu'ils tombent. » (P. 469.)

(2) C'est l'ancien Ocriculum,

Le Cardinal Benvenuti, légat du Feipe, était fiEut prison ïiier par les rebelles qui promulguaient bientôt le Siatiii wnslifutiomiel provisoire des provniœs italiennes. Presque en même temps, le 21 mai 1831, les Empereurs d'Autriche et de Russie , les Rois des Français , de la Grande- Bretagne et de Prusse, adresiîaient au Souverain Pontife un Mémorandum, un programme 4e ré» formes qu'il était urgent d'accomplir, si le Pape voulait sauver la Papauté. On lui recommandait de prêter l'oreilte aux vœux de ses sujets, d'atoir une Consulte d'Etat, desCons&ils provinciaux, une large organisation municipale. On lui demandait en même temps de séculariser son gouvernement, de confier aux laïques toutes les fonctions administratives ou jufficiaires , d'en écarter les ecclésiastiques, c'est-à-dire de se reconn^tre lui-même incapable ou indigne. Et ces conseils, on ne le lui donnait pas dans le secret, comme se donnent les conseils affectueux, mais publiquement, solennellement, comme on prononce une condamnation. Ce Mémorandum, dont la Conférence des cinq puissances avait confié la rédaction à un protestant très-ardent (1), dévoilait devant le monde entier les prétendus vices du gouvernement pontifical. Et les

(1) M. d« Bunsen, représentant de la Prusse à la Ck>nférence.

grandes puissances avaient la gloire de leur clémence : on savait que si le gouvernement du Pape vivait encore, c'est qu'elles voulaient bien le laisser vivre. Étrange préoccupation des politiques qui prescrivaient au Souverain Pontife de se pénétrer de Tésprit du temps et d'établir chez lui les institutions dont la protestante Angleterre et la France révolutionnaire lui offraient le modèle, et qui réclamaient en même temps de lui une large organisation municipale, c^est-à-dire 1^ restauration de ce qu'avait détruit l'esprit du temps ! Car c'est à la ré¥olution française et particulièrement au gouvernement impérial que les Etats de l'Église ont dû de voir leurs vieilles franchises municipales, l'antique liberté, faire place à cette centralisation qui en ramassant tout sur un seid point, chasse la vie de partout et réduit les peuples à l'état de ces porps glacés que la science fait encore mouvoir, mais qui ne se meuvent plus d'eux-mêmes, car ce sont des cadavres. Grégoire XVI venait de voir que cette centralisation excessive, produit de la révolution, ne profitait en définitive qu'à la révolution. S'inspirant de la tradition même et du génie de la Papauté, il commença de relever les ruines des libertés provinciales et municipales. Mais il ne voulut pas s'abaisser, pour complaire aux puissances, à détruire d'un côté ce qu'il travaillait à réédifier de l'autre. Ce grand Pontife^

chargé d'années et d'infirmités, combattit avec une sainte énergie, pendant les quinze années de son règne, cet esprit qui se prétend l'esprit du siècle et qui n'est que l'esprit de la déraagogie. Dans cette lutte où tous les Princes auraient du le soutenir» même les Princes schismatiques, car c'était la cause de la souveraineté qu'il défendait contre la révolution, il combattit constamment seul..., si l'on peut dire que celui-là combat seul qui combat pour la vérité, pour la justice, pour le droit divin des Rois de commander et d'être obéis, pour le droit divin des peuples d'être gouvernés. Dieu était à côté de ce courageux vieillard et le soutenait dans cette lutte d'un seul contre tous.

Après la mort de Grégoire XVI et l'exaltation de Pie IX, le nom du Pape était change, mais le Pape était toujours seul contre tous. Les puissances n'abjuraient pas leurs prétentions, la démagogie sentait croître son audace en voyant que, dans tout le reste de l'Europe, les hommes préposés à la défense de la société, ne la défendaient presque plus comme un principe et comme un dogme, mais comme un intérêt ou plutôt comme un expédient. Cependant, les dé^iagogues, fatigués delà stérilité de leurs tentatives contre le gouvernement de Grégoire XVI, et n'ayant plus devant eux im vieillard débile, un moribond dont ils n'avaient pu toutefois lasser le courage, mais un homme plein

de vie et de force, imaginèrent de tourner au profit de le\irs desseins, c'est-à-dire à la ruine de la Religion et de la société, Tenthousiasme qui accueillait Texaltation et les premiers actes de Pie IX.

Voici comment Tun d'eux a lui-même exposé cette perfidie abominable :

« L'indifférence politique du peuple était »» recueil contre lequel allaient échouer les ten- »» tativès les plus audg^cieuses des révolution- » naîres italiens. Il y avait deux Italies : l'Italie " des lettres, des savants, des avocats, des méde- " cins, des artistes, des étudiants; et l'ItaBe des »» paysans, des travailleurs, des prêtres et des " moines. C'est de la première, imbue plus ou " moins'de l'esprit moderne, que sortaient les « conspirations libérales ; la seconde voyait passer » les révolutions, apparaître et disparaître le dra- « peau tricolore, sans s'en émouvoir le moins du » monde. Cette indifférence politique du peuple '» provenait surtout du désaccord régnant entre « l'Eglise Romaine et l'esprit nouveau. Pour en- « trer dans le libéralisme, il fallait se sentir la » force d'affronter les censures ecclésiastiques. " Le peuple se confessait, et le confesseur mena- » çait du feu éternel quiconque participerait aux » initiations et aux entreprises des novateurs. « Il n'y avait que deux moyens de faire pénétrer • l'idée nouvelle dans la conscience populaire :

' on la soustraire à la direction du clergé, en » changeant la forme religieuse en même temps <* que la forme politique ; ou persuader au clergé n de se mettre lui-même à la tête du mouvement «» libéral. Les carbonari et la Jeune Italie avaient « essayé du piemier moyen ; Gioberti voulut ten- « ter le second. Pèlerin aventurier de la liberté , » il se mit en chemin pour planter le drapeau tri- " colore sur l'église de Saint-Pierre (1). »

Gioberti n'avait pas attendu la mort de Grégoire XVI pour rêver Talliance monstrueuse du Christianisme et de la démocratie (2). Son livre

(1) Joseph Mohtakelli. Le Parti natiœial itcUien, tes vicitsiiudes et ses espérances,

(2) Cette alliance se serait pas seulement possible et naturelle, mais nécessaire, si la démocratie était, comme on le donne à entendre par un coupable abus des mots, une politique plus tntélaire pour les petits, pour les pauvres, pour les faibles, pour ceux qui ont plus besoin de tutelle. C'est là en effet une politique chrétienne, ce fut la politique du Prince chrétien par excellence, de saint Louis. Mais jamais Técole démocratique n'a imaginé d'invoquer le grand nom de saint Louis comme le nom d'un de ses maîtres. Non-seulement la démocratie n'est pas la politique chrétienne, mais eUe en est la contradiction. Loin d'assurer une tuteUe aux faibles, elle la leur enlève et leur dit de se gouverner eux-mêmes. Elle met, son nom même le dit, l'autorité ajix mains de ceux qui doivent obéir. C'est la contradiction du premier précepte politique du Chris* tianisme : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce » qui est à Dieu. » Pour être anti-chrétienne jusqu'au bout, l'école démocratique, qui veut livrer au peuple oe qui est à César, prétend livrer à César ce qui est à Dieu.

de la Suprématie civile et morale de» Italiens {1} s'attachait à faire pénétrer cette dangereuseerreur dans les esprits, à la faveur de quelq^ues- vérités incontestables et cependant contestées ou plutôt méconnues , mais qu'à cause de cela même les cœurs catholiques devaient ^tf e gîus heureux de voir mettre dans tout leur jour. L'aoteur montrait les destinées de l'Italie toujours attadbées aux destinées de la Papauté, l'Italie grandissant à mesure que grandit l'autorité du So\iverain Pontife dans le monde, et tombant de ce faîte de puissance et de gloire quand le Souverain Pontife n'est plus le Chef reconnu de toute l'Europe. Et il concluait en invitant le Piémont à Se faire l'ouvrier de la régénération de l'Italie par râlliance du Catholicisme et de la démocratie. La formule parut claire parce qu'elle était brève. Elle égara quelques consciences vraiment chrétiennes. Les révolutionnaires s'en saisirent avidement et la firent circuler comme un mot d'ordre. Jusqu'alprs, la révolution et l'impiétén'avaient eu qjj*un même drapeaM, n'étant qu'un n^ême parti. Mais tous les assautiK que, depuis quinze ans, ^es avaient voulu livrer à la société chrétienne dans Rome, qui est son centre, avaient été repoussés. Cet expédient de prepdre la Croix pour en faire la hampe du

{{) [l Primato civile e morale dtgli Ualiani, Paris, t843.

drapeau révolutionnaire, parut merveilleux. On espérait que la vue de ce signe sacré affaiblimit la résistance de l'Église, la seule vmiment redoutable aux révolutionnaires. On espérait peut-être troubler Tesprit du nouveau Pape lui-même et Tentraîner tout étourdi oîi il plairait à la démocratie de le conduire. On espérait peut-être, tant la présomption des hommes est insensée , on espérait peut-être tromper Dieu!

: On calomnia Tamnistie, on lui donna ime signification injurieuse pour la mémoire de Grégoire XVI, et plus injurieuse pour Pie IX. On la glorifia comme une réprobation de la politique de Grégoire XVI par son Successeur. On opposa l'un à Tautre ceê deux attributs de toute paternité, de toute souveraineté, qui ne doivent jamais être séparés, car sans le droit de pardonner le devoir de punir serait insupportable au cœur d'un père, et sans le devoir de punir le droit de pardonner ne serait qu'un mot, ou plutôt le mot même n'existerait pas. Pie IX avait pardonné (1), mais comme un Père

(1) tt Assolviamo » {Ordonnance d'amnistie,) Et ce mot

d'absolution n'est pas seulement une formule : Famnistie n'est accordée qn'à ceux qui, «A sooscrivjuit l'engagement « de ne n vouloir en aucune manière ni en aucun temps, abuser de » cette ^âce, » montreront om repentir sincère, « che voles- » sero mostrarsi pentiti sinceramente. » Telle est la clémence : «Ile ne méconnaît pas le crime, elle ne lui donne pas le nom

ferme jusque dbns sa tendresse; en relevant les coupables, il leur avait adressé cet avertissement sévère : «... Si pourtant Nous venions à être trompé y dans quelques-imes de Nos espérances, malgré " la douleur amère qu'en ressentirait Notre cœur, »» Nous Nous rappellerions néanmoins toujours »♦ que, si la clémence est le plus doux attribut de la " souveraineté, la justice en est le premier devoir. « Pie IX avait pardonné, c'est-à-dire qu'il avait à son tour reconnu les fautes et les crimes de ceux qu'avait frappés la juste sévérité du gouvernement de Grégoire XVI, car on ne pardonne pas à des

et l'honneur qui n'appartiennent qu'à la vertu, elle le reconnaît au contraire, mais elle reconnaît en même temps le repentir. Et c'est par-là que soti action, bien loin d'annuler ceUe de la justice , la complète, l'objet de la justice n'étant pas, malgré cette expression païenne de vindicte publique, de venger la société, mais de corriger le coupable. Si la société voulait exercer une vengeance, 'la mort du coupable ne l'arrêterait pas : la vengeance sociale , la vindicte publique saurait bien atteindre les enfants qu'il laisse après lui. Notre législation française, par exemple, ne permet pas qu'on attribue à la répression pénale ce caractère que repousse la civilisation chrétienne. L'art. 2 de notre Code d'instruction criminelle dit fort bien : » L'action publique, pour l'applica— » tien de la peine, s'éteint par la mort du prévenu. — L'action n civile, pour la réparation du dommage, peut être exercée » contre le prévenu et contre ses représentants, w La peine n'est donc pas une vengeance, et la clémence s'accprde donc bien avec la justice, quand la grâce suit le repentir comme le châtiment a suivi le crime.

innocents. Mais ce ne fut pas l'innocence des condamnés qu'on entendit proclamer partout, ce fut leur vertu et leur héroïsme. Les murs des palais et des églises redisaient partout leurs noms, des hymnes célébraient leur gloire. Et l'auréole qu'on faisait ainsi briller au front des criminels graciés, n'était pas seulement celle de la vertu, mais leur vertu avait « ce je ne sais quoi d'achevé qu'y ajou- « tent le malheur » et la persécution. Les noms des persécuteurs, des Grégoriens, comme on les appelait, étaient signalés à la vengeance publique. C'étaient le Cardinal Lambruschini, le ministre dévoué de Grégoire XVI, Mgr Grassellini, le colonel Freddi , tous ceux que les révolutionnaires avaient particulièrement redoutés. Il n'y a pas de haine plus terrible que celle de la peur quand elle ose enfin haïr ouvertement. On employa contre les serviteurs fidèles de Grégoire XVI les inventions les plus cruelles ; on les accusa même d'avoir formé im complot contre la vie de Pie IX. D n'y a pas d'invention absurde pour les révolutionnaires , puisqu'ils savent tout faire croire à la multitude. Mais ces accusations odieuses, si elles n'osaient se formuler tout haut devant Pie EX, s'exprimaient par des actes dont la signification ne pouvait pas être douteuse : on lui dressait à lui-même des arcs de triomphe, et après qu'on l'y avait fait passer, on en interdisait le passage aux prélats de sa suite ; et

on criait : Vive Pie IX seul (1) ! Cri d'amour changé en cri de haine, cri odieux au cœur de ce Père qui s'appelle le Saint-Père !

Mais la haine ne faisait encore que s'essayer, que s'enhardir elle-même par ce criàeVivePielX seul! à faire retentir partout sur les pas iLu Saint- Père ces cris sauvages : Vive Pie IX! A bas les Jésuites! A mort les rétrogrades! Et bientôt (2) le Saint-Père, abîmé de douleur, s'évanouira aux cris de Vive Pie IX! mêlés à ces cris de mort.

Les auteurs de ces violences sacrilèges ou leurs complices ont osé reprocher au Souverain Pontife cette défaillance de ses forces. Quelques hommes,

(1) On osait afficher en même temps sur les murs de Rome :

« LE PEUPLE ROMAIN AIME DANS PlE IX

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