CHAPITRE III
L*esprit de réformation est Tetprit môme de U Papauté. ^ Uesprit de révolntion opposé à l'esprit de réforme. <» Los réformes de Pie IX. — Institution de la garde civique. — Grégoire XVI et Pie IX, — La liberté de la presse. — Organisation de la municipalité de Rome et de l'Àgro Romono. — La Consulte d'Ëtat. — Réponse du Pape au Cardinal Antonellî. — Pie IX bien apprécié par un historien révolutionnaire. — Les faveurs de Pie IX vont trouver les serviteurs de Grégoire XYI les plus odieux à la révolution. — L'œuvre de Grégoire XVI continuée par Pie IX. — Témoignage de Mgr Affre. — Leçon adressée à Pie IX par mi politique. — Pourquoi la révolution romaine de 1848 ne pronve rien contre la sagesse du gouvernement pontifical.
Cette ivresse factice de la démagogie a fait iiEutre contre la politique de Pie IX, dans les premiers mois de son Pontificat, des préjugés que douze années écoulées n'ont guère affaiblis. Un examen sincère des actes du gouvernement pontifical ne laisserait rien subsister de ces injustes préventions. Mais consent-on à examiner ce qu*on croit connaître si bien ! On connaît les actes de Pie IX parles manifestations, par les réunions au Corso, par les défilés populaires devant le Quiri-
nal, par l'agitation et par le tumulte dont la démagogie remplit Rome et l'Europe entière. Ces transports de joie des ennemis de toute société jettent l'inquiétude et l'effroi dans les âmes honnêtes. Us devraient y jeter aussi la défiance. Mais on entend les démagogues crier avec affectation : Pie IX! Pie IX! Et, sans se demander s'il n'y a point là une embûche abominable, on croit, sur la parole de ces imposteurs signalés, que c'est Pie IX qui a tout fait. Il suffirait de jeter les yeux sur les actes du Souverain Pontife, pour voir si ces actes ont été vraiment la cause ou seulement le prétexte de toute cette agitation révolutionnaire. Mais Mazzini parle de l'espérance, et de l'amour, et de l'ébranlement de toute son âme (1) à la vue'dés Téformes de Pie IX. Cela suffit pour qu'on accuse la politique de Pie IX de témérité, pour qu'on lui reproche de préparer le triomphe de Mazzini, qui triomphe en effet, puisqu'il a rendu la sagesse du Père suspecte à ses enfants.
Ce mot même de réformes de Pie IX, appliqué aux premiers actes de son gouvernement, n'est-il pas pour beaucoup d'esprits un jugement et une condamnation? Ce mot, le premier par ordre de date dans le vocabulaire de la révolution, puisque c'est le mot même de Luther et le nom qu'il a
(1| Voir plus haut, page 47.
donné à sa rëvû)|^^ ne fait plus guère nwtre que ridée de destruction, comme le mot de liberté fait n^tre l'idée d'oppression, et le mot de ffatemité, ridée de terreur. Car tout le secret de la révolution est d'appeler chaque chose par le inom contraire. Elle a conscience de sa laideur et sait bien qu'eUe ferait horreur aux peuples si elle se présentait a eux« visage découvert. Il faut la démasquer, mais il ne faut pas détacher nos espiits et nos cœurs de tout ce qu'elle outrage par ses embrasse* ments. Ne l'avons-nous pas vue, il y a douze ans, suivant les traces de Judas et baisant Jésus-Christ dont elle voulait se saisir pour le mettre à mort, sans prévoir, ou plutôt sans se rappeler que Jcsus^ Christ ne fait que traverser les ombres de la mort ^t ressuscite après trois jours ! Alors nous n'entendions parler que de liberté chrétienne, d'égalilé chrétienne et de fraternité chrétienne. Les journées de juin ont marqué en traits de sang la signification qu'ont ces mots-là pour les révolutionnaires. Mais il ne faut pas cesser d'aimer la liberté chrétienne parce qu'ils en ont pro&né le nom. Et surtout il ne faut pas leprocher à un Roî,' et à un Pape encore moins qu'à aucun autre Souverain, sa politique réformatrice.
L'esprit de réformation doit être l'esprit même de la Royauté, c'est particulièrement celui de la Papauté . Il y a dans le fond de notre nature un
venin qui se communique à touf- et qui corrompt tout. D faut que le remède combatte incessamment le mal, que Faction réparatrice s'oppose incessammentà l'action destructive. L'action de l'Eglise li^a pas d'autre objet. On ne voit l'Église occupée que de réformes. Le Sacerdoce, à tous les degrés de sa hiérarchie, se livre à ce divin travail de la réforme intérieure de l'homme. Et les Évêques dans leurs diocèses, le Pape et les Conciles dans l'Église universelle, font incessamment des ré-, formes extérieures qui n'ont pour dernière fin q«(iula réforme intérieure. Qu'est-ce que le Concile dô' Trente , sinon une réforme générale qui ne s'arrête pas même devant les sacrements , encore qu'ils soient d'institution divine ! Mais la malice de l'homme altère et défigure l'œuvre de Dieu, la réforme lui rend sa figure et son caractère.
La Religion prétendue réformée, comme on l'appelait fort bien il y a deux siècles, a réformé les sacrements en les abolissant pour la plupart , L'Église Catholique, dans le Concile de Trente, les a réformés en condamnant les abus et en s'attachant, par des changements dans la discipline, à en prévenir le retour. Elle a ainsi rétabli dans les cœurs le respect et l'amour des sacrements que, depuis un trop longtemps, le peuple ne voyait plus qu'à travers les abus. Cest toute la différence
entre l'esprit de révolution et Tesprit de conservation et de gouvemenient.
La poUlique de Pie IX , pendant la premièie année de son Pontificat, fut-elle destructive ou réparatrice et conseiTatrice ? Que ses actes , non l'enthousiasme organisé de la révolution ni les préventions de la peur, que ses actes le disent.
Je ne veux rien omettre et je relate d'abord , quoiqu'il n'appartienne pas aux premiers mois de son Pontificat, mais seulement au mois de juillet 1847, l'acte de Pie IX quia été l'objet des plus vives attaques et qui était en effet de nature à favee naître de légitimes inquiétudes. Je parle de l'in-» stitution de la garde civique.
En conseillant récemment au Pape, dans une brochure fameuse, de céder à la Révolution qui s'en empare une partie de ses États, on lui a beaucoup fait valoir combien il est plus facile de gouverner une province qu'un grand pays. Le gouvernement est une chose trop complexe pour que cette proposition soit absolument vraie ni absolument fausse. Maison n'oserait sans doute pas la soutenir un seul instant au point de vue de la défense militaire. Un peuple peu nombreux, qui redoute les convoitises de ses voisins, est presque forcé de choisir entre eux celui dont il lui convient le mieux de subir la protection, rarement désintéressée. Mais' s'il veut conserver quelque ômbce
d'indépeiidancG> il ne feut pas qull prélève sur sa population une armée toujours iir^suffisante à sa défense,, il doit se mettre tout entier sous les armes. C'est pour le peuple une charge bien lourde>iiiais Tindépendance d'un petit pays est à ce prix. Trop heureux quand cette charge accablante ^n'est pas en même tempe un grand péril pour Tordre et là liberté Intérieur^ et même pour l'indépendance extérieure dont la garde est confiée à tous les citoyens!
En prenant avec le gouvernement de rÉghse celui des États Romains, Grégoire XVI,, jaloux d'assurer son indépendance et de ne pas devoir à l'appui de l'Autriche la séctaité (Je ses États,, fit appel à la. fidélité des vieux Romains du quartier Dei. Monti et du Transtevere> et institua là garde eivîqùe,(l).- On l'oublie trop quand on aceuse Pie IX.. Mai» ccmme nous- avons tous dans Fesprit un Pie IX imaginaire qui nous préoccupe et nous empêche de lever les yeux sur le vrai Pie IX,. nous avons un Gvégoite XVI pareillement imaginaire;, deux types également faux dans l'aversion st^pide que nous prêtons à celui-ci pour toute idée de progrès,, et dans la condescendance aveugle que nous [prêtons à celui-là pour toutes
(1) Grégoire XVI «lu le 2 février 1831, institue la garde oiviqiie le 1!^ du même moi»»
. émf^ Mmiwinwiii I
les idées des novateurs. H n'y a dans tout cela rien de vrai que notre ignorance.
Pie IX montra bien moins d'empressement que Grégoire XVI à mettre des armes aux mains de chaque citoyen. Il opposa longtemps aux instances du prince Aldobrandini ses propres répugnances, que la lâcheté de la garde civique devant les assassins du comte Rossi devait si bien justifier. Enfin il céda, quand l'exemple des autres Princes italiens ne lui laissa presque plus la liberté de ne pas le faire (1).
Nous verrons, à propos du Statut fondamental, Texemple des autres Princes faire encore à Pie IX une nécessité de céder. Loin de diriger le mouvement qui emportait toute l'Europe aux entreprises les plus téméraires, il a résisté aussi longtemps qu'il a pu; et quand toute résistance est devenue impossible, quand il a été précipité hors des voies de la prudence politique, les événements qui dominaient sa volonté ont été constamment dominés par soi courage ; dans les concessions mêmes qui lui ont été imposées, il a protesté pour toutes les grandes
(1) Un hîstorieir révolutionniùre, et par conséquent, hostile à Pie IX, dit k ce sujet :
.« Pour obtenir de lui la garde civique, il ne fallut rien moin ^< que l'exemple de tous les Princes italiens. Encore la conces- -' sion resta- t-elle sur le papier; Torganisation des milices >' citoyennes fut ajournée (5 juillet). » (F. T. Perbens. Devx 4in» de révolution en Italie . P. 28.)
vérités asociales dont la révolution proeerit l'expression, c'est-à-dire qu'il a eédé moins qu'iaueun autre, lui, de tous les Princes le plus menacé, le plus attaqué par la révolution, parce qp'il est à -la fois Roi et Pontife, parée qu'il est le Vicaire^ dfe Jésus-Christ.
S'il a rétabli la gaTde civiqtje instituée avaint lui par Grégoire XVI, c'est peut-être qu'il a jugé que, dans l'état des esprits, un refus obstiné serait encore plus dangereux, pour la tranquillité publique qu'une coneessioD. La politique n'est pas une science exacte; composée seulement de vérités absolues. Et l'institution de la ^a^de civique ou nationale, quoique son nom réveille de fâcheux sotivenirs et de justes alarmes,, n'est pas absolument et toujours maufvaise. Ce n'est pas, comme dit fort bien un écrivain qui n'est point suspect de sympathie pour les théories ni pour les institutions ^i^olutionnaires, ce n'est pas une question de principe, mais une question de prudence (1). Et pour déclarer que He IX fut imprudent, il ne suffit pas de rappeler ce que la garde civique a vu et qu'elle n'a pas su empêcher, il faudrait signaler encore, dans cette lamentable histoire de 1847 et de 1848, des malheurs que
\i) J. Balmes. Pie /X, Pontife et Souverain^
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Pie IX Airait évités en ne rétablissant pas la garde civique.
Mais la pradence du Souverain Pontife éclate dans les détails de cette réorganisation. En appelant tous ses sujets sous les armes, il excepte pourtwit « ceux qui ne pourront pas justifier d'une n conduite privée et publique irréprochable et n d!un attachement connu au gouvernement ponr* tifical. " (Art. 13.) Et il remet le soin de dresser les rôles à une commission nommée par le gouvernement. X>es capitaines et tous les officiers de Tétatmajor sont nommés directement par le Souverain Pontife. (Art. 47.) Quant aux officiers inférieurs, aux sous-officiers et aux caporaux, la compagnie réunie sans armes et sans uniforme, en présence de deux membres au moins du conseil d'enrôlement, et présidée par le président de ce conseil, propose trois miliciens pour Télection d'un seid. (Art. 43.) Parmi ces ternes, le capitaine de la compagnie choisit les caporaux, l'officier supérieur commandant à Rome choisit les sous-officiers, et le Souverain Pontife choisit les sous-lieutenants et lieutenants. (Art. 44.) Le Souverain Pontife sa réserve en outre de faire renouve]^ Vé]mtion aussi souvent qu'il lui plaira. Et avant toutes ces sages précautions, la loi organique avait encore placé celle^i : « Toute délibération de la gardo^- >» vique touchant lea affaires de l'État, des pro-
^ vinces ou des municipalités, tout autre*acte iHén gaU toute réunion ou pétition non autorisée par « le pouvoir constitué , sera regardé comme un « attentat à la chose publique. »♦ (Art. 1®^)
Telle est la réforme la plus révolutionnaire de Pie IX.
Parlerai-je du décret du Cardinal Gizzi, qu'on a, par une traduction trop libre des faits, appelé la loi de la liberté de la presse? Cette loi de la liberté de la presse se compose de deux titres, dont le premier sous la rubrique : Du Conseil de censure, et le second : Règles à suivre par le Conseil de censure.
Le préambule montre le gouvernement de Pie IX fidèle ici, comme dans tous ses actes, tiux traditions de la Papauté. Un gouvernement traditionnel n'est pas un gouvernement immobile. Le même^ esprit s'y perpétue à travers tant de changements que le temps apporte. Il n'inspire pas de répéter servilement ce qu'a fait le passé , mais d'approprier aux circonstances présentes ce qu'a consacré l'expérience des siècles. C'est la politique de Pie IX. On la retrouve dans ce préambule comme dans tous ses actes :
" Pascal Gizzi, Cardinal-Prêtre de la Sainte .p Église Romaine, du titre de Sainte-Puden tienne, V Secrétaire d'État de S. S. le Pape Pie IX.
" La presse étant celle des inventions modernes
» qui devait le plus accroître la paissance de la *• paiole, et n^iultiplier les biens et les maux» les « vérités et les erreurs, fut dès le <x)inmenceinent ^ l'objet des plus graves sollicitudes de la part •» des Souverains Pontifes, soit pour en favoriser >* les piftgrès utiles, soit pour en ariaeter les dan- " gers. Comme glorieux monuments de 4|Ètte n double vigilance, il faut citer d'une, part, lesini- " primeries qui ont acquis une si haute câébrité, à n Rome sous la protection des Souverains Pon- » tifes, au dehors sous celle des Êvêques; del'au- ^ tre, les sages lois établies pour mettre un frein " aux abus de cet art si noble, et pour empêcher »• que, tandis qu'il offrait de nouveaux secours et " de nouvelles richesses à Tesprit humain, il pût n servir à altérer la foi et à corrompre les mœurs « des peuples.
» La forme de ces lois dut toutefois subir de » temps en temps des modifications successives, r* à mesure que le nombre croissant des auteurs » et des livres imprimés rendait trop lent ou trop » incomplet Texamen que devaient en faire le^ »» seids censeurs à qui ce soin avait d'abord été ♦» confié* Ce fut pour écarter cet inconvénient et »» rendre la œnsure plus sûre et plus prompte, que » le Pape Léon XII, d'heureuse mémoire, fit publier « par son Cardinal- Vicaire l'éditdu 18 août 1825, " L'i»tention de son auguste Successeur, le Pape
*' heureusement régnant, est de maintenir cet ♦' édit en vigueur pour ce qui se rapporte à la cen- " sure scientifique, morale et religieuse. En ce " qui regarde la censure politique, ce même édit, »' § 8 du titre 1er, ordonnait que tout écrit des- « tiné à l'impression, qui serait de nature à ex- ^ cHer des plaintes de la part des gouvernements.
- étrangers, ou à soulever dans l'État des con-
- troverses, ne pût être publié sans la permission » préalable de la Secrétairerie d'État. Or, aujour- " d*huî, telle est la quantité des productions que ". font naître les besoins de l'époque, et dans les- « quelles il est traité directement ou indirecte-
- ment, en tout ou en partie, de matières qui se « rapportent à la politique, qu'il est devenu im- ^ possible à la Secrétairerie d'État de satisfaire à »' toutes les demandes avec la promptitude na- " turellement désirée par les auteurs. En consé- " quence, Sa Sainteté, voulant tout à la fois que " cette difficulté ne puisse ni entraver une honnête « liberté de la presse ni la laisser dégénérer en fu-
- neste licence, après avoir entendu l'avis des au- " torités compétentes, nous a ordonné d'établir de •' la manière suivante, dans Rome comme dans les " provinces , un Conseil de censur» auquel les « examinateurs ecclésiastiques ordinaires devront M désormais renvoyer tous les écrits politiques, " après les avoir examinés d'abord pour s'assurer
-* qo^ils ne contiennent rien de (|lntraire à la Rc-
- ligion, à la saine morale ou aux lois de
- rÉglise(l). n
Ce préambule explique la nécessite de cette réferme, son caractère, et en marque exactement hi mesure. Si les démocrates Tont saluée comme une concession, c'est que •« leur tactique était, suivant •» leur aveu (2), d'accepter ces réformes comme des « à-compte , de les louer plus qu'elles ne le mériy* taient, et de tenir pour concédé ce qui ne l'était
- pas encore, « ee qui ne devait jamais l'être; car ni cette tactique perfide n'a pu surprendre Pie IX ni la violence lui arracher rien de contraire à des droits qu'il sait bien n'être pas seulement ses droits à lui, mais ceux du Saint-Siège, ceux de l'Église universelle , les droits de tout catholique. H n'a jamais oublié que sa souveraine indépendance est le fondement de notre sécurité.
Si la liberté de la presse, telle qu'elle est définie dans le décret signé du Cardinal Gizzi, n'est pas une liberté révolutionnaire, les autres actes du gouvernement pontifical ont-ils davantage ce caractère et cette tache?
Le Motu propHo du 1" octobre 1847, réforme administrative et non politique, ne fait qu'étendre à Rome et à VAgro Romano le système municipal
(1) là mars 1817.
{2) J. îdoNTASELTJ. Mtmorie sull' Italia,
établi dans touille reste des États de VÈ^Ëfie, Comme d'autres uctes de Pie IX, ce n'est pas une innovation, mais une restauration, la restauration de l'ancien régime municipal de Rome. Une rapide analyse fera voir si la Souveraineté temporelle du Pape a reçu du Motuproprio la plu« légère diminution (1).
Le Conseil mimicipal se compose de cent membres^ domiciliés dans le territoire romain (Ronie et VAgro Rom<mo)y âgés de yîngt-cinq ans accomplis et recommandables sous tous les rapports. Soixante-quatre de ces conseillers sont propriétaires ; quinzfe doivent avoir un revenu annuel d'au moins six mille scudi, trente-quatre un revenu d'au moins mille scudi, et. quinze un revenu d'au moins deux cents scudi. Trente-deux autres conseillers exercent des fonctions publiques ou des professions libérales , ou sont pris parmi les négociants et les chefs d'arts et métiers sujets à la taxe moyenne de la patente ou ayant plus de dix ouvri^s à leur service. Enfin quatre conseillers représentent les corps ecclésiastiques et les autres établissements publics.
(1) » Aduna spéciale Commissione per ogni titolo ragguar- " dévoie commettemmo Tincarico di un regolamento, che » illesi conservando i diritti délia Santa Sede, e dellà Sovra- ;> nità déterminasse gli uffizj dellavuova Rappresentanza, ed » Amministrazione Comunale di Roma. » (Motu proprio,)
jOes quatre derniers sont nommés par le. C'ardinal- Vicaire et par Tautorité gouvemementale. X.es quatre-vingt-seize autres sont mnnmés pour la première fois par le Souverain. Mais ensuite le Conseil les renouvelle lui-même par tiers tous les deux ans, de manière à ce qu'il soit entièrement renouvelé dans l'espace de six années. Les conseillers sortants peuvent être réélu» une première fois, mais ils ne peuvent l'être une seconde qu'après un intervalle de deux ans.
Le Conseil est présidé par l'autorité gouvernementale, et à son défaut, par le Chef de la Magistrature. D se réunit régulièœment trois fois l'an à des époques déterminées. Ses réunions extraordinaires ne peuvent avoir lieu que sur l'ordre du Souverain. Ses délibérations, toujours soumises à l'approbation supérieure, peuvent être cassées pour vice de forme, pour excès de pouvoir ou pour contravention aux lois.
La Magistrature de Rome se compose d'im Sénateur qui en est le Chef, et de huit con^rvateurs. Elle se nomme et constitue le Sénat romain. Les Magistrats qui la composent sont âgés d'au moins trente ans. Leurs fonctions sont gratuites.
La Magistrature est élue au sein du Conseil et par lui-même. Trois membres sont pris parmi les Conseillers les plus élevés en condition et en forlune, et parmi ces trois, le Sénateur est choisi parle
Souverain. Trois autres sont pris parmi les Con-. sîeillers qui n'ont pas moins de mille scudi de revenu, et les trois derniers sont pris parmi les Conseillers des autres classes. La Magistrature se renouvelle suivant le même système que le Conseil.
Les attributions de cette administration ainsi constituée sont celles des administrations communales dans le reste des États de TÉglise, La Magistrature administre les biens et propriétés de la ville, les fonds^ droits d'entrée et produits de tout genre destinés à subvenir aux charges municipales. La Magistrature a l'administration des subsistances et approvisionnements, des rueâ, murailles, portes, eaux et fontaines, jardins, passages,, cimetières, abattoirs, et de tous établissements destinés au sei*vice des habitants. Elle prend les mesures de sûreté relatives aux incendies , aux inondations, à la police municipale, à la propreté,. à la salubrité et à la santé publiques, à la liberté de la circulation, à la tranquillité et aux embellissements de la ville, à la bienfaisance publique, au service des médecins et pharmaciens, aux établissements d'éducation pour les enfants pauvres, au commerce et à l'industrie, aux spectacles et fêtes et à là police ruraJLe.
Ses attributions embrassent encore les registres de rÉtat civil, mais sans dépouiller comme chez
nous rÉglise de ses droits que le Hoiu projmo réserve au contraire expressément : « Sur ces re- » gisfres, dit l'article 61, on portera les nais- « sances, les mariages et les décès qui auront « lieu, encore que les personnes ne soient pas don miciliées dans le territoire de la ville, et quels ^ que soient d'ailleurs leur culte et leur domicile. « Sur ces mêmes registres, la Magistrature dres- « sera €i»que année le rôle de la population. Un « règlement particulier déterminera la forme des •» déclarations nécessaires et les formalités pour ^ la tenue régulière des registres. Le tout sanjs *» qu'il soit dérogé en aucune manière à la preuve " exclusive des livres des paroisses concernant le " Baptême, la célébration du Mariage devant " l'Eglise et la mort des paroissiens sous les rap- « ports ecclésiastiques, comme aussi sans déroger »» au droit des curés relativement aux certificats » de ces divers actes (1). » *
Assurément, aucune de ces dispositions n'est anarchique et inconciliable avec les droits de la Souveraineté.
Le Motu propio du 14 octobre 1847, qui crée la
(1) « Tutto ciô senzapunto derogato aUa prova esclusiva dei » libri parrocchiali qnanto al Battesîmo« alla celebrazione del » Matrimonio in faccia alla Chiesa cd alla morte d«i rispet- » tivi parrocchiani sotto i rapportd ecclesiastici, e senza deron gare al diritto dei parrochi rapporto aile fedi tali atti. »
Consulte d'État, c'est-à-dire un véritable corps politique, n'est, non plus qnele Motuprcprio dont je viens de parler, uae innovation. C'est le rétablissement de l'ancien Conseil que les Papes avaient auprès d'eux avant l'occupation des Français , Conseil chargé d'éclairer le gouv/ernement tempo^ rel des Souverains Pontifes sur les, besoins -et les intérêts des provinces de l'Etat Romain, et composé de prélats représentant ces différentes provinces. A ce régime vraiment paternel, l'administration française avait substitué le principe de la ^centralisation qui était le sien. La centralisation avait survécu à la domination française. Pie. IX l'a détruite en rétablissant l'ancien régime, modifié £elon les besoins du temps.
Dès le 19 avril 1847, une circulaire dit Carilinal Gizzi avait révélé les intentions de Pie IX :
« Je vous dirai que Sa Sainteté, toujours
'♦ animée du désir de régler la marche de l'admi-
- nistration publique dans l'ordre le. plus satisfai- ■" sant, se propose de choisir et d'appeler à Rome " une personne de chaque province, qui-, par sa '^ position sociale, par sa fortune et par ses con- ^ naissances , réunisse les qualités de sujet affee- •' tionné au gouvernement pontifical , et possède ■" l'estime publique et la confiance de ses conci-
- toyens.
- Tjo Saint-Père a l'intention de se seirir du con-
•* cours de ces personnes, de la manière qui ser»
- dëterminée plus tard, soit pour seconder Tadmi- « nîstration publique, soit pour s'occuper d'une ^ organisation mieux entendue des conseils pro-
- vinciaux et d'autres matières analogues.
• Les personnes qui seront aujourd'hui et par la
- suite choisies par le Saint-Père devront résider ** dans la capitale pour deux ans au moins. »
Six mois plus tard, le Moiu proprioàu 14 octobre vient réaliser cette pensée de Pie* IX , et le Saint-Père lui-même dit dans le préambule :
« Lorsque, par la circulaire du 19 avril de Tan-
. - nëe courante, Nous eûmes fait connaître Notm
" volonté souveraine de choisir et d'appeler à Rome,
^ de toutes les provinces de l'État Pontifical, plu-
- sieurs de Nos sujets," distingués et recomman- " dables à tous égards. Notre intention fut d'en for- " mer une Consulte d'État, et de doter ainsi le
- Gouvernement Pontifical d'une institution qui, si ♦' elle est aujourd'hui en faveur près des autre»
- gouvernements et États de l'Europe, fut jadis- " tine gloire des domaines du Saint-Siège et une V gloire due au génie des Pontifes Romains. »'
Pie IX avait raison de revendiquer pour la Pa-^^ pautë la gloire d'avoir créé cette institution excellente du Conseil d'État, qui assiste le Souveraiîr dans l'étude et dans l'expédition des affaires, sani» pouvoir jamais entraver la marche du gouverne-
ment. Ce n-est pas la faute de Pie IX si oh a tout confondu, le Statut fondamental du 14 mars. 1848 (dont je parlerai un peu plus tard) avec la Consulte d'État du 14 octobre 1847, et la création de cette Consulte avec le régime fort mal appelé gouvernement constitutionnel, qui impose en effet à tous les peuples la même constitution, sans tenir compte de la différence du génie national , des traditions anciennes et de la constitution naturelle du pays. Ce qu'un homme sensé ne supporterait pas d'un médecin , les peuples en proie à la fièvre révolutionnaire le supportent des empiriques politiques qui prétendent leur donner une constitution, comine si le fait même de l'existence d'un homme ou d'un peuple ne prouvait pas une constitution préexistante ! comme si la maladie était autre chose qu'un trouble apporté par une cause étrangère au jeu de la constitution! comme si tout l'art du médecin et du politique n'était pas d'écarter cette cause, d'étudier et de connaître la constitution qu'il n'a pas faite et d'y conformer tout ce qu'il prescrit!
La sagesse de Pie IX ne brille pas moins dans le Motu proprio du 14 octobre que dans celui qui organise l'administration municipale de Rome.
La Consulte d'État est composée d'un Cardinal président, d*un prélat vice-président et de vingtquatre Consulteurs d'État (quatre pour Rome et la Comarque, deux pour la province de Bologne, et
un pour chacune des autres provinces). Le Caixli* nal président et le prélat vice-président sont nommés parle Souverain. Les Cbnsulteurs d'État sont encore choisis par lui sur des listes de trois candidats, envoyées par les Conseils provinciaux à la Secrétairerie d'État. Les Conseils provinciaux, pour former ces listes, choisissent eux-mêmes parmi d'autres listes de U'ois candidats que leur adressent les Conseils communaux de la province, qui peuvent porter leurs votes, non pas seulement sur les individus de la commune même, mais sur ceux de la province entière. Les Conseils communaux ne peuvent cependant choisir qu'entre les Conseillers provinciaux et de gouvemem^itt les gonfaloniers et adjoints de communes administrées par un gonfalonier, les propriétaires jouissant d'une propriété estimée d'après le cens au moins dix mille scudi ou d'un revenu d'au moins mille scudi, les avocats inscrits au rôle des avocats des trois tribunaux d'appel, les savants appartenant aux instituts scientifiques reconnus par l'État, et les principaux commerçants et propriétaires des grands établissements industriels. Ces candidats doivent être sujets des États Pontificaux, âgés de trente ans, recommandables par leur bonne <X)nduite antérieure, et ils doivent avoir le plein exercice des droits civiques. La Consulte d'État se renouvelle chaque année par cinquièmes, de manière à se
trofiver entièreinent renouvelée au kout dé cinq ans. Le Motupropino établit pour ce renouvellemeat des règles analogues à celles de la Municipalité de Ronie.
La Consulte d'État se divise en quatre sections, législative, de finances, d'administration intérieure et militaiï'e. Elle se convoque soit en séance générale, toutes sections réunies, soît en séances particulières pour chaque section.
Mais, " instituée pour prêter son concours à »» l'administration publique (art. ^), entendue dans »' les affaire» gouvernementales qui touchent où à " FÎTitérêt général de l'État, ou à l'intérêt spécial V d'une ou de plusieurs provinces ( art. 23) , »» là Consulte d'État ne peut, comme je l'ai dit, rien entraver : ses délibérations " sont consultatives •* (art. 28).
Le Souverain Pontife se réserve, après avoir entendu la Consulte d'Etat et le Conseil des Ministres, de consulter tout le Collège des Cardinaux, s'il voit qu'il s'agit d'affaires d'un intérêt très-grave. • Le 15 novembre, à neuf heures du matin, les vingt-quatre députés des provinces appelés à faire partie de la Consulte, arrivèrent au Quirinal. Admis dangr la salle du trône, ils déposèrent leurs hommages aux pieds du Saint-Père, qui répondit àl' allocutio ndu Cardinal Antonelli, président de la Consulte: -
- Je vous lenercie de vos bonnes intentions et
- j'en fais grand cas en \Tie du bien public . C'est »• en vue du bien public que, depuis le premier ** moment de mon élévation au trône pontifical , •« j'ai fiiit, d'après les conseils inspirés de Dieu , " tout ce que j'ai pu, et je suis encore prêt, avec* " l'assistance de Dieu', à faire tout pour l'avenir ,
- sans cependant rien retrancber de la Souverai- " neté du Pontificat (1). Et de même que je l'a?
- reçue pleine et entière de mes Prédécesseurs, de
- même je dois transmettre ce dépôt sacré j>
- mes Successeurs. J'ai pour témoins trois mil-
- lions de mes sujets, j'ai pour témoin toute l'Eu- " rope de ce que j'ai fait jusqu'ici pour me rap-^ « proeher de mes sujets, pour les unir à moi , " pour connaître de près leurs besoins et y pour- »- voir. . . C'est surtout dans le but de mieux « connaBre ces besoins et de mieux pourvoir aux »• exigences dekehose publique, que je vous aï " réunis en une Consulte permanertte ; c'-est pour " entendre au besoin vos avis, pour m'en aider »' dans viBS résolutions souveraines , sur les- ♦» quelles je consulterai ma conscience , et pour en »• conférer avec mes ministres et le Sacré-Collé- »• ge... Celui-là se tromperait grandement qui « verrait autre chose dans les fonctions que vou»
J[l) « Senza raenomar mai neppare di un apice la Sovra-
» nita del Pontificnto. ••
»' allez remplir, celui-là se tromperait grandement « qui verrait dans la Consulte d'Etat que je viens '♦ de créer, la réalisation de ses propres utopies « et le germe d'une institution incompatible avec « la Souveraineté Pontificale.»»
Après ces derniers mots, prononcés avec une animation extraordinaire, le Saint-Père s'arrêta un instant comme pour recommander ces paroles aux réflexions de ses auditeurs. Puis il reprit.:
« Cette vivacité et ces paroles ne s'adressent à »' aucun de vous, dont l'éducation sociale, la^pro- « bité chrétienne et civile, autdjit que la loyauté »' des sentiments et la rectitude des intentions 1' m*étaient. connues depuis le moment où j'ai pro- " cédé à votre élection. Ces paroles ne. s'appli- " quentpas non plus à la presque, tot# té de mes '» sujets, car je suis sûr de leur fidélité et de leur »' obéissance ; je sais que les^jœùrs de mçs sujets " s'unissent au mien dans l'amourde l'ordre et de " la concorde. Mais il existe malheureusement " quelques personnes, en petit nombre, à la vé- »' rite, il en existe cependant qui, n'ayant rien: « à perdre, aiment le désordre et la révolte, ^t >' abusent de mes bienfaits mêmes. C'est à elles »» que s'adressent mes paroles : qu'elles en saî- »» sissent bien la signification.
" Dans votre coopération, messieurs, je ne »» vois qu'un ferme soutien de personnes qui , se
^ dépouillant de tout intérêt privé , travailleront ^ avec moi, par leurs conseils, au bien public, et »» qui ne seront pas arrêtées par les vains propos « d'hommes inquiets et peu judicieux . Vous « m'aiderez , avec votre sagesse, à trouver ce qui » convient le mieux à la sûreté du trône et au »* véritable bonheur de mes sujets. ♦»
Après cela*" que les hommes qui se sont sincèrement trompés sur le caractère de la politique de Pie IX ne s'en prennent qu'à eux-mêmes. En jugeant le Souverain Pontife sur le témoignage des révolutionnaires, ils se sont fait les ccmiplices involontaires de la révolutioffi. Mais les révolutionnaires , quand ils eurent perdu tout intérêt à mentir , se sont raillé des hommes candides de tous les partis qui avaient été leurs dupes. Et l'un d'eux avoue bien que Pie ÏX n'a jamais donné à la révolution le droit d'attendre rien de lui : "... Les Romains étaient alors dans la pé- -" riode de confiance. En voyant ajourner les ré- -»» formes politiques, ils ne perdirent pas espoir, -»' et surent gré au Souverain Pontife de leur avoir -n permis les associations industrielles , les salles « d'asile , les cabinets de lecture , les congrès « scientifiques, toutes nouveautés, en effet, ran- » gées au nombre des plus révolutionnaires par « ce gouvernement attardé. Pour si peu cepen- ♦» dant, le parti populaire eut tort de porter Pie IX
» aux nues» de se répandre en paroles, en chants, « en hymnes hyperboliques ^ont le moindre in- •' cpnvénient n'était pas de persuader au Pape " qu*il avait beaucoup fait pour ses sujets et « qtf on était bien exigeant de lui demander da- »' vantage. » ( 1 )
Et ce dédain ne s'adresse pas moins aux premiers actes de Pie IX qu'aux derniers que je viens de faire connaître,, il s'adresse à l'amnistie elle^ .même. Et, pour la blâmer, l'écrivain révolutionnaire en parle à peu près comme j'ai fait pour la défendre . D lui reproche d'avoir dans le pardon même consené au crime son caractère : « La pre- " mière faute qu'on lui fit commettre (à Pie IX)^ f< ce fut d'imposer à quiconque voudrait profiter de »» l'amnistie, l'obligation de faire amende honora- " ble et de désavouer implicitement son passe. » Cela ne pouvait que retenir dans l'exil les plus " considérables , les plus dignes des proscrits , et ^ mécontenter les Romains pour qui les amnistiés « étaient des innocents réhabilités, non des cou- « pables graciés (2). »
Mais ce n'est pas seulement l'amnistie qui ne trouve point grâce aux yeux de l'historien révolutionnaire, c'est toute la politique des premiers
(1) F.-T. Perbens. Dtvix ans de révohttion en Italie, p. 24 jet 26.
(2) im., p. 22.
-esjours du Pontificat de Pie IX. Et l'enthousiasme de la révolution serait tout à fait inexplicable; sans les révélations dont j'ai parlé dans les chapitres précédents. Si les instructions de Mazzini Avx amis de V Italie ne donnaient aux bandes qu'il conduit le mot d'ordre, et aux honnêtes gens le secret d'une hypocrisie satanique et d'une infernale comédie, les acclamations dont la révolution a salué l'avènement de Pie IX seraient un effet sans cause. L'historien révolutionnaire dit lui-même : « Le Cardinal Mastaï n'était pas connu; il " n'avait ei^ercé aucune fonction politique; nul " n'avait songé à lui et tous les vœux étaient pour « le Cardinal Gizzi. Les premiers actes du nou- « veau Pontife ne furent point de nature à dissin per ce germe de mécontentement et à éclairer " ses sujets sur ses intentions. E ne se hâta point »» de nommer le Secrétaire d'Etat, c'est-à-dire le « directeur véritable de sa politique; il se contenta " d'instituer une commission consultative pro- " visoire, au sein de laquelle? à côté des Cardîafta* f^ Amat et Gizzi, aimés du public, on tromait le » Cardinal Lambruschini, dont le parti rétro- »• grade avait failli faire un Pape, ef Mgr Marinî, « gouverneur de Rome, non moins impopulaire " que lui. Cet éclectisme gouvernemental mon- « trait déjà le caractère indécis du Pontife (1). «
(1) D^x ans éè révolution en Tlatîe., p. 21 et f?.
Sur ce dernier point, l'historien révolutionnaice njB dit pas encore assez. Un des premiers actes de Pie IX avait été d'élever au Cardinalat Mgr Marini qui, sous Grégoire XVI, avait rendu les plus grands services -comme Directeur général de la police et qui était devenu, par ces services mêmes, odieux au parti révoliitionnaire. Pour le Cardinal Lambruschini qui restait, après la mort de Grégoire XVI, le plus glorieux représentant de la politique de ce saint Pontife, Pie IX, avant de le nommer membre de la Consulte, ne l'avait pas seulement comblé d'honneurs et de dignités, il lui avait encore confié les plus éminentes fonctions : il l'avait nommé Bibliothécaire du Vatican, Évêque de Porto, de San-Rufina et de Civita-Vecchia, Chancelier des Ordres Pontificaux, Secrétaire des Brefs Apostoliques et Sous -Doyen du Sacré- CoUége.
Pourquoi Pie IX aurait-il traité différemment les serviteurs les plus dévoués de Grégoire XVI î L'œuvre qu'il entreprenait était-elle donc autre chose que la continuation de l'œuvre de son Prédécesseur? Il y a une réforme de Pie IX que j'ai oubliée dans ce lupide examen ; mais il convient peut-être mieux de l'appeler ime réforme de Grégoire XVI. C'est Grégoire XVI en effet qui avait institué une commission «de jurisconsultes, sous la présidence du Cardinal Bemetti, chargée de pro-
poser au Pape les améliorations qui seraient jugées nécessaires dans les lois pénales et la procédure ciiminelle. Et c'est Grégoire XVI qui promulgua lui-même un nouveau code pénal et réforma sur quelques points la procédure. L'œuvre de la commission n'était pas tout u fait terminée quand Grégoire XVI mourut et que Pie IX lui succéda. Le nouveau Pape confirma la commission, et complétant l'œuvre de son Prédécesseur, il décida que l'étude dont la Commission était chargée s'étendrait aux lois et règlements en matière civile.
J'ai donné la parole à un apologiste de la révolution : c'était un détracteur naturel de Pie IX, et ses accusations sont la gloire du Pontife. Mais il ne faut pas que le Saint-Père soit glorifié seule* ment par la haine des ennemis de TÉglise, il faut qu'il le soit surtout par l'amour et la reconnaissance de ses enfants. L'Église universelle Ta loué par la bouche de ses Évêques. Contraint de choisir entre tant de paroles épiscopales , paroles de joie et de bénédiction, je préfère à toutes les autres cOi paroles qui sont presque im testament, le testament d'un mart3T :
« Amie de tous les pouvoirs r^tdièrement « établis, parce qu'ils viennent de Dieu, l'Église " n'a cessé de leur recommander, dans un langage » plein de respect et de modération, la douceur du " commandement, l'équité la plus sévère, et toute
la liberté que les mœurs de chaque nation, soïi caractère et ses intérêts ont rendue possible. Ainsi, lorsque, à la fin du xyiii» siècle, Louis XVI convoqîia les représentants de la nation^ ' on vit ïes successeurs des Éveques et de^ orateurs chrétiens qui avaient fait entende leèr plus austères leçons â nos anciens Rois, non moins empressés que les .autres classes de la société à voter de larges et salutaires r^rmé3 (1). Ainsi> lorsque le monde entier se taisait en présence d'un nouvel Alexandre , de faibles Éyêquès pix)testèrent, au nom du droît et de la liberté, en faveur durChef de l'Église (2). Si à diverses époques leur xmx est demeurée muette, c'est parce que > faute d'un accord nécessaire, Taffranchissement, qui devait être un immense bienfait, pouvait facilement devenir une source féconde de désordres, un moyen d'avilir le pouvoir, et tôt ou tard d'enchaîner la liberté ellemême.
»♦ Cette liberté, qui, accordée à temps, avec sagesse et dans une mesure convenable, par les Souverains, aurait affermi leur trône et fait bénir leur règne, n'a plus été, lorsque les peuples s'en sont emparés avec violence, qu'une conquête ruineuse et presque toujours incer-
(1) « Voir les caliiers du Clergé de 1789. "
(2) « Voir les actes du Concile de 1811. ••
»• taine. Pour échapper aux abus d'une autorilt»
*« sans contrôle, on a subi les abus plus grands do
- la licence, et pour se soustraire aux maux et au « despotisme brutal de celle-ci , on est retombé
- sous le joug d*un pouvoir plus absolu que celui
- que les passions avaient brisé avec colère.
» Si les nations qui sont sorties de ces deux *< situations extrêmes ne sont pas cependant déli- « vrées de toute appréhension, n'est-ce point
- parce que leurs libertés furent, dès l'origine, le " fruit de lamentables divisions qui prirent elles- »• mêmes leur source dans les passions anti-chré- »» tiennes? L'orgueil suggère, en effeU aux uns, de
- monter toujours , sous prétexte qu'il ne saurait « y avoir trop de lois restrictives pour protéger »* Tordre, et aux autres, de ne souffrir aucune auto- »' rite, sous prétexte qu'elle tend à enchaîner les « libertés les plus inoffensives et les plus néoes-
- sairés.
" Il n'en a pas été ainsi du grand Pape, qui, en -•• donnant la liberté à son peuple, a fait de cette « conoBssion un objet de reconnaissance, et ajouté
- par là même une nouvelle force à ses droits »• conmie Souverain. Voilà le motif qui doit dissi- " per les craintes que nous pourrions concevoir si « nous nous bornions à interroger les monuments
- de notre histoire.
^ Et maintenant, que nous reste-t-il à faire.
»' sinon de lever nos cœurs et nos maîns vers le " Cielî Exaucez, Seigneur, notre bien-aimé Pon-
V tife, au milieu des tribulations que peuvent lui ^ susciter ses généreux projets. Confirmez-les, et " faites-les triompher, puisque dans les desseins " de votre divine Providence, il§ ne doivent pas ser- « vir seulement à des réformes utiles, mais assurer " la liberté de votre Église , et rendre plus facile " la propagation de TÉvangile. L'amour qu'inspire " le prudent Réformateur des lois humaines, fera '' bénir la sagesse chrétienne qui Tanime ; le§ peu-
V pks catholiques se persuaderont de plus en plus - que, pour posséder une liberté politique stable
V et sans orages, il faut la puiser à la source d'où " elle sortit pour affranchir l'empire romain et les » peuples barbares. Aujourd'hui comme autrefois, " le Christianisme peut seul nous préserver de la
V tyrannie ignominieuse des passions, qui prépare » aux peuples corrompus tous les genres d'esda- " vage; aujourd'hui comme à l'époque du premier " triomphe de la Croix, il peut seul placer dans la
V conscience des peuples l'appui le «plus Sort de *' l'autorité souveraine , et dans le cœur des Rois « des pensées débonnaires qui affranchissenéies « peuples, sans danger pour leur gloire, leur re- " pos et leur véritable prospérité (1). «
(1)' Maniement de Àfgr l'Archevêque de Paris (M«' Affre), qui
Celai qui définissait si bien la politique de l'Église et de Pie IX, qui adhérait de toutes les forces de son esprit et de son cœur à cette politique chrétienne, a donné volontairement sa vie quelques mois plus tard pour ce qu'il croyait et pour ce qu'il aimait. Si ce témoignage ne suffit pas aux peuples, quel autre témoignage peuvent-ils attendre î
Est-ce celui des politiques ! Je sais bien que certains politiques assistent , le cœur inébranlable, aux plus terribles et aux plus douloureuses catastrophes, et qu'assis surles ruines de l'édifice qu'ils avaient élevé, ils reprennent d'une voix calme et tranquille l'exposition un moment interrompue de leurs ingénieuses théories. Après 1848 et après 1849, un de ceux à qui les événements venaient d'adresser une si grande leçon, n'apas craint d'adresser lui-même une leçon à Pie IX et de lui reprocher de n'avoir « pas su opérer les réformes avec décision, « les circonscrire avec fermeté, et former un parti «moyen qui, satisfait de ses nouveaux droits, « l'aidât à gouverner avec modération et avec jus- « ticefc(l). " Voilà ce que la sagesse des révolutionnaires qui se prétendent modérés (comme s'il pouvait y avoir quelque modération dans le parti de la violence contre le droit!) voilà ce que la
itrdonne des prières pour N. S. P. le Pape Pie ix. 16 septembre 1847.
fl) M. MiGHBT. Notice sur le Comte Rossù
sagesse êPune piEdîtique qui vient d'être si brutalement convaincue d'imprévoyance et d'impuissance, dit à la politique traditionnelle que Pie IX a reçue de ses Prédécesseurs et qu'il pratique à leur exemple, malgré les hommes et les événements conjurés contre lui.
Je vais Hvôir à raconter que cette politique a été un moment vaincue par la révolution. Mais les crimes de la révolution qui confondent la sagesse de ceux qui croient pouvoir modérer la révolution, la diriger et la conduire où ils veulent^ ne prouvent rien contre une politique qui combat l'esprit de désordre et qui a pour elle l'expérience des siècles. Ils prouvent seulement que la politique contre-révolutionnaire avait trop raison.
Comment l'ouragan déchaîné, il y a douze ans,sur l'Europe , n'aurait-il pas renversé le gouvernement temporel du Saint-Père? Est-ce que le domaine temporel de l'Église est un État fermé de tous les côtés comme l'Empire de. la Chine? La Providence lui a donné des limites qui le confinent, mais qui ne le bornent et ne l'enferment pas. Mais ^'est encore moins par ses dispositions géographiques qu'il ofFrç de toutes parts un libre accès , que par le caractère hiême de son Roi- Pontifç. Si des montagnes inaccessibles ou des vallées trop profondés avaient arrêtée la frontière des États duPape, c'est-à-dire du Père de toute la
Chrétienté, les vœux, les prières, Texpression des besoins et l'expression de Tamour de ses enfants, le Pape aurait dans sa tendresse pour nous Rabaissé les montagnes et comblé les vallées. U faut que Rome soit , et Rome est pour Tunivers entier la maison du Père de famille, toujours ouverte. Pourquoi,. parmi les hommes qui sedî- -sent et se croient sincèrement le plus attachés au bon ordre des sociétés, un si grand nombre, sans respect pour le caractère auguste du Souverain- Pontife , ont^ils fait parvenir à Rome , à la place •de leurs vœux, de leurs prières et de l'expression de leur dévouement et de leur vénération, l'expression solennelle de leur blâme, sous la forme de -conseils au Saint-Père? Pourquoi, au lieu de saluer et de bénir la lumière qui vient de Rome, ontils porté à Rome leurs doctrines, sous le prétexte que l'humanité doit progresser et que Rome est immobile? Comme si le soleil qui éclaire le monde, Tie se tenait pas immobile dans l'espace! Ces idées qui , non pas seulement une fois , ont mis <;hez nous la société à deux doigts de sa perte, ne pouvaient pas être tout à fait inoffensives à Rome. Elles y ont rendu possi))le la domination tyrannique d'un mmas de vagabonds chassés de leur pays par feurs propres crimes, patriotes sans patrie, hommes sans aveu, gens sans foi ni loi, xebut de toutes tes nations.