‹ Pie IXChapitre 7 sur 22 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

. Poptilarité du Cardinal Grîzzi. —, Son ministère. — Témoignage rendu par Pie ÏX aux Èvêques de France. — Réforme des Ordres reljgienx. — Encyclique du 17 juin 1847. — Pie IX Évêque de Rome. — Il prêche à Saint-André délia Yalle. — Siniie parvulum ventre ad me, -^ Le petit solliciteur. ^ Le Saint-Père veille sur ceux qui ont faim. — Pie IX lave les pieds d'un pauvre prêtre.— La paralytique guérie. — Pie IX ' proteste contre les sentiments favorables qu'on lui prête à l'égard du (Gallicanisme. — Bref au P. Perrone. — Ministère du Cardinal Ferretti. — - Occupation de Ferrare par les troupes autrichiennes. — Protestation du gouvernement pontifical. — Mazzini et lord Palmerston..— Lord Minto. — M. Sterhini. — Cicemacchio. — Défaite du Sonderbund. — Vive Pie IX l vive la Diète ! — La révolution veut faire la guerre à l'Autriche. — Proclamation du 10 février 1848. — IjCs chefs de la garde civique au Quirinal. — Pie IX passe en revue la garde civique. — La république proclamée à Paris. — Ministère du Cardinal Antonelli. — Cris de mort autour du Gesu. — Est locanda, — Les Transtéverins et le P. Roothaan. — Faite des héros de club. ^-Proclamation de Pie IX pour protéger les Jésuites. — Les Jésuites quittent Rome. ^ Le Statut fondamental. — Bref de Pie IX sur les affaires ecclésiastiques de France. — Guerre de la haute Italie contre l'Autriche. — Scène du Colysée. — On veut contraindre Pie IX à bénir les drapeaux de l'indépendance italienne. — La guerre défensive et la guerre agressive. — Proclamation du général Durando. — Dé^aration de la Gazette de Rome, — Allocution du 29 avril 1848. — Cris de rage de la révolution. — ' Émeute. — Cicernacchio veut le massacre de tous les prêtres. — Proclamation du Souverain Pontife. — Ministère Mam'iani.

H m'a paru nécessaire à rintelligence des faits

de n'en pas suivTe servilement la succession chronologique, de dévoiler d'abord la conspiration de Gioberti, de Gavazzi, de Mazzini et des autres meneurs du parti révolutionnaire, et de marquer le caractère de la politique de Pie IX par l'analyse des principaux actes de son gouvernement dans les années 1846 et 1847. Une autre marche, qui paraissait plus naturelle, aurait eu l'inconvénient de présenter au lecteur un ensemble de faits inexplicables. Quel rapport pourrait -on trouver entre la politique traditionnelle du Saint-Siège, si bien suivie par Pie IX, et les cris poussés par la révolution à la nouvelle de l'amnistie, ou à celle de l'organisation de la municipalité romaine ou de la Consulte d'État?

Gioberti n'avait attendu ni l'exaltation do Pie IX ni même la mort de Grégoire XVI pour tracer le plan que j'ai fait connaître. Le seul Cardinal Lambruschini excepté (dont on ne pouvait pas opposer la politique à celle de Grégoire XVI, puisqu'il en était le ministre), on avait résolu d'isoler le nouveau Pape, quel que fût son nom, du Sacré-Collége qui est, suivant une définition fameuse (1), le •« prolongement de la Souveraineté "

(I) « La noblesse n'étant qu'un prolongement de la Souve^ n rainetéj Magnum Jovis incmmentum, elle répète en dimi- » nutif etc. » (J. de Maistkb. Du Pape, liv. lU, Résumé et Conclusion. NDte.)t

pontificale, de l'étourdir des cris d'un enthousiasme hypocrite et de tout le bruit d'une ivresse* factice, et de faire ainsi du Vicaire de Jésus-Christ l'instrument de la révolution. Il ne faut pas cher- * cher à la popularité du Cardin^ Gizzi d'autre cause : on l'avait cru, de tous les membres du Sacré-Collége , celui qui avait le plus de chances de l'emporter sur le Cardinal Lambrusohini, et il était ainsi le pliis popuJ^aire. Le Conclave, ayant donné un autre Pape à l'Église, Pie IX fut aussitôt plus populaire encore que le Cardinal Gizzi.

Le premier effet de la tactique des révolutionnaires avait été de rendre le nom du Cardinal Gizzi cher à cette partie du public, toujours la plus nombreuse, qui, sans avoir un sentiment à elle sur le fond des choses, est avide seulenaent de nouveauté. Pie IX, jaloux de plaire à l'opinion dans l'intérêt même des réformes qu'il méditait, prit le Cardinal Gizzi pour Secrétaire d'État, c'est-à-dire pour premier ministre, chargé de affaires intérieures et de rinsti:uction publique En même temps il confiait la direction de l'indus^ trie et du commerce au Cardinal c^-merlingue Riario Sforza, celle des travaux publics au Cardinal Massimo , celle des affaires militaiie» à Mgr Lavinio Spada, tous trois grégoriens, pour parler la langue des révolutionnaires. Il confiait les finances au Cardinal Antonelli. Enfin il confir-

mait Mgr Grassellini dans les fonctions de gouverneur de Rome qui, sous Grégoire XVI, ra\'aient rendu non moins impopulaire * que Mgr Marini. C'est ainsi que, dès le premier jour, la politique vraiment sage et modérée de Pie IX se tint également loin de ces deux excès où tombent trop souvent ceux qui sont chargés de gouverner les hommes, et qu'on voit faire des caprices de Tc^inion publique la règle de leur conduite ou provoquer les mécontentements de l'opinion par des mesures ou par des choix que semble avoir inspirés, non point un noble dédain de la faveur populaire, mais je ne sais quelle étrange passion de l'impopularité.

Pie IX, dès le commencement de son pontificat, trouva ce qui doit le plus réjouir le cœur d'un Souverain et ce qui doit le plus l'effrayer, l'amour de son peuple et les applaudissements de la démocratie. Mais dans les ovations dont il fut chaque jour l'objet pendant im an, les cris de la reconnaissance publique et ceux de la trahison se confondaient. Un moins ferme courage se serait arrêté, n poursuivit, sous le regard de Dieu, sa double tâche de Roi et de Pontife.

Jlli dit, dans le chapitre précédent, les premiers actes du Souverain. Dans la pensée de Pie IX, ils ne passaient que bien après les devoirs de sa charge pastorale. J'aurais dû commencer par les

actes du gouvernement spirituel du Saint-Père, e]t parler du jubilé avant de parl^ dé l'amnistie ; j'y aurais trouvé l'avantage de justifier contre lés détracteurs de deux sortes qu'elle a rencontrés la sagesse de l'amnistie, par le^îaractëre tout divin de l'usage des Souverains Pontifes, lorsqu'ils prennent le gouvernement de l'Église, d'accorder à l'univers catholique une indulgence plénière en forme de jubilé. Hs enti'ent par là dans l'exercice de la miséricorde et de la justice de Dieu* X.'amnistie de Pie IX, conditionnelle comme l'indulgence du Jubilé, fut un acte de miséricorde et de justice royale.

Dans le consistoire secret du 11 juin 1847, Pie IX en révêtant de la pourpre sacrée deux Éveques français (1), Confiait tout l'Épiscopat de France luttant déjà si vaillamment en ces années-là pour, la liberté de l'Église :

"... Nous ressentons la plus grande joie de l'heu- " reuse occasion qui Nous est offerte de donner ce » témoignage éclatant de Notre affection et de " Notre dévouement à Nos Vénérables Frères les » Éveques de cette illpstre nation, dans la per- «'^'sonne de leurs deux collègues que Nous élevons " à la dignité du Cardinalat. Nous n'avons p^, en

(1) Mgr Giraud, Archevêque de Cambrai et Mgv Du Pônl, ArcheTêque de Bourges.

Mgr AntoneUi fut fait Cardinal dans le même Consistoire»

" effet, une pensée plus chère, Nous n'avons pas " un désir plus ardent, que d'attacher par des « liens chaque jour plus forts les Évêques de <* France à Nous et à ce Siège Apostolique, afin « (pi'ils persévèrent avec une nouvelle ardeur " à défendre vaillamment, ainsi qu'il le font, comme " d'intrépides soldats de Jésus-Ghrist, avec toute

- la constance épiscopale, avec sagesse et patience, »• la doctrine, les droits, la liberté de l'Église Ca- » tholique, combattant ainsi le bon combat. Pour

- Nous à qui la charge du suprême Apostolat im- " pose la garde de tout le troupeau du Seigneur,

- plein d'une immense sollicitude pour le salut des " brebis qui Nous sont divinement confiées, en • même temps que Nous n'omettrons pas d'incul- " quer à tous qu'ils aient à rendre à Césaf ce qui " est à César, Nous ne cesserons jamais d'élever " ISTotre voix avec la liberté apostolique, afin que " tous rendent a Dieu ce qui est à Dieu. «

. Réformateur dans l'État, Pie IX l'est aussi dans l'Église. Mais, à la différence de tant de réformateurs qui abritent sous ce grand nom leurs projets de destruction, il ne proclame pas que tout ce qui a été fait avant lui a été mal fait, qu'il faut rompre avec les traditions du passé, apporter dans le gouvernement des temps nouveaux des pensées nouvelles : il invoque, au contraire, les sages décidions des Pères de Trente et veut par-dessus tout s'y

confoi'mer (1). Le sentinieîït 'qui l'anime est celui des vrais réformateurs : c'est son amour ardent pour les Ordres religieux (2), qui Texcite à les réformer. Ce respect du passé, cette tendre affeption . pour les Ordres religieux, inspirent chaque ligne de la Lettre Encyclique qu'il adresse (3) à tous les Supérieurs généraux. Abbés, Provinciaux et autres Chefs des Ordres réguliers :

«... Cette portion choisie de la vigne du Sei- » gneur, fut tellement Tobjet des tendres ^pUi- « citudes de Nos Prédécesseurs , que dès qu'ils » s'aperçurent que l'homme ennemi avait clandes- « tinement semé l'ivraie parmi le bon grain, ou » que les petits des renards dévastaient les ceps en " fleur, ils mirent sans retard tous leurs soins à " arracher et à détruire tout ce qui pouvait empê- " cher de croître les fruits abondants et précieux " de la bonne semence.

» C'est ainsi en particulier que les Papes, d'heu- » reuse mémoire, Clément VIII, Urbain VIII, y^ Innocent X, Alexandre VII, Clément IX, Inno-. " cent XI, Innocent XII, Clément XI, Pie VII et » Léon XII, soit par de salutaires conseils, soit « par de très-sages décrets et des constitutions,

(1) "... SapientÎBsimis Tridentinonun prssortim Fatmm san- ^ ctionibus inhaerentes »

(2) << Pro summa qua Ordines ipsos caritate proseqnimur...»

(3) 17 juin 1847.

" employèrent toute la vigueur de Fautoritë et de « lavigilance pontificales pour faire disparaître *« entièrement les maux que les tristes vicissitudes ** des choses et du temps avaient introduits dans les " Congrégatiotîs religieuses, et pour y assurer " le maintien ou le rétablissement de la discipline « r^ulière.

« Vous savez parfaitement de quelle sain-

" teté de vie, de quel éclat de toutes les vertus - doivent briller ceux qui, après avoir pleinement »• renoncé à toutes les séductions, aux plaisirs, aux »» illusions, aux vanités des choses humaines, ont ^ promis et se sont fait un devoir de ne s'attacher »♦ qu'à Dieu et à son service, afin que le peuple »' chrétien, se contemplant dans leur personne •^ comme dans un miroir sans tache, reçoive d'eux H ces leçons de piété, de religion et de toute vertu, fi qui lui fassent parcourir d'un j^edplus allègre les « sentiers du Seigneur. Or, comme le bon état et " l'honneur de chaque famille de religieux dépen- « dent surtout du choix des novices et delà bonne « éducation qui leur est donnée, Nous vous exhor- ♦' tons de la manière la plus pressante à examiner " préalablement avec un soin «xtrêmele caractère^ ^ l'esprit et les mœurs des jeunes gens qui soUici- »• tent rentrée de vos communautés , et à vous » informer soigneusement dans quel dessein, dans •' quel esprit et. pour quel motif ils désirent ôfn-

— l(fâ —

» brasser la vie religieuse. Quand vous aurez « connu qn*ik ne cherchent que la gloire de Dieu, » le bien de TEglise, leur salut et celui du pro- »» chain, mettez toute votre diligence,, tôus vos » soins et tout votre zèle à les faire élever, durant « le temps de leur noviciat, pieusement et sainte- » ment, selon les règles de l'Ordre, par d'excel- « lents maîtres qui les forment à toutes les vertus « et à la vie religieuse de leur institut. Et comme « de tout temps ce fut une des gloires éclatantes et " particulières des Ordres religieux^ de cultiver et " dte favoriser Pétude des Jettres, d'illustrer la » science des choses divines et humaines par tant » de travaux et de savants ouvrages, Nous vous " exhortons et vous pressons vivement d'aj^prter ♦♦ le plus grand soin à iwescrire, selon les règles » de votre Ordre, un bon système d'études, et de » vouloir bien faire tous vos efforts pour que vos « jeunes Religieux s'appliquent constamment a » Tétude des belles-lettres, des sciences sérieuses, « et particulièrement des sciences, sacrées, de ma- » nière que fortement nourris des saines et bonnes » doctrines , ils se rendent capables de remplir rèlir « gieusement et sagement les fohction s particulières " deleuremploietcelles du ministère sacré. Ayant » ensuite vivement à cœur que tous ceux qui corn- » battent dans le camp du Seigneur n'aient qu'une n botidiepour honorer Dieu et le Père de Notre-

« Seigneur Jésus-Christ, et que dans une parfaite « conformitë de pensées et de sentiments, ils se »» montrent jaloux de conserver Tunité de Tesprit ^ ckns le bien de la paix, Nous vous demandons -» instamment d'être unis par les liens les plus " étroits de la concorde et de la charité, par Tac- ^ cord le plus parfait des esprits, avec Nos Véné- « râbles Frères les Evêques et avec le Clergé sécu- -* lier ; de n'avoir rien de plus cher dans Tœuvre '' du saint ministère que d'associer tous les efforts « de votre zèle pour Fédification ducoips de Jésus- " Christ, et de rivaliser pour obtenir des grâces »' plus abondantes. «

Mais Pie IX ne se contentait pas d'instituer une Congrégation spéciale de Tétat des Ordres réguliers. D veillait lui-même à ce que les sages recommandations de son Encyclique ne demeurassent point dans Rome une lettre morte. Un soir, à une heure assez avancée, il se présente, suivi d'un seul camérier, à la porte d'un couvent et demande le Prieur. Le frère portier ne voit pas à travers le guichet la soutane blanche du Pape, et répond à ce visiteur indiscret : ** Est-ce l'heure de « frapper à la porte d'un couvent ! Le Prieur est « au lit, et la commimautédort. Revenez demain." Mais le visiteur insiste : « Allez dire à votre " Prieur que frère Mastaï désire lui parier à " l'instant même. »» Le portier ouvre les yeux, reconnïut le Pape, et tout honteux le fait entrer.

Pie IX inspecte le couvent et veut qu^on fasse Tap- . peLjDeuxReligieuxn'y répondent pas. Ondit pour feè excuser que la chaleur les a forcés d'aller chercher quelque fraîcheur au dehors. Pie IX adresse de justes reproches au Prieur et lui apprend par son exemple, comment on resserre, les liens de la discipline qui se relâche. Il ordonne que le lendemain les deux Religieux aillent expier leur faute dans la maison de correction ecclésiastique.

Pie IX, Roi des États de l'Église et Chef spirituel de TÉglise universelle, trouvait donc encore dans son amour pour son peuple le temps de remplir lui-même ses fonctions d'Évêquç de Rome. tJn péû plus de six mois après son exaltation, le dernier jour de TOctave de l'Epiphanie de 1847, jRome vit un spectacle qu'il ne lui avait plus été donné devoir depuis saint Grégoire VII. Quelques jours auparavant, Pie IX affligé delà mauvaise habitude des hommes de la classe ouvrière de profaner le nom de Dieu et de l'inobservation dé la Joîdu jeiine, ouvrait son cœur au P. Ventura et lui reprochait de ne pas combattre en chaire ces coupables pratiques. »* Je l'ai feit souvent, lui ré- " pondit le P. Ventura, mais sans succès. -*- Je "Voudrais bien essayer à mon tour, dit Pie IX. •' Mais il y a si longtemps que les Papes n'ont paru - dans la chaire, et j'ai moi-même si peu d'élo-

^' queneç, que je craindrais de ne pas mieux " réussir. — Votre Sainteté se trompe. L'amour ^ du peuple pour sa personne est au moins un ^ gage assuré de l'attention qu'il prêteitdt à ses *» paroles. — Eh bien ! vous me décidez. Vous ^ devez prêcher le 13 janvier à Saint-André délia " Valle : cédez-moi votre tour en me gardant le » secret. » Au jour dit, à trois heures et demie, l'auditoire qui s'attendait à voir paraître le P, Ventura, vit le Pape se diriger vers l'estrade qui sert de chaire dans les églises italiennes. L'émotion produite par un spectacle si nouveau se traduisit d'abord en exclamations , en cris que la sainteté du lieu ne put tout à fait comprimer. Mais bientôt il se fit un profond silence et on n'entehdit plus que la voix du Pasteur des Pasteurs :

- Je ne puis sans une vive émotion, mes bien- « aimés fils, me rappeler ces témoignages ^ d'amour que vous êtes venus m'offrir le pre- " mier jour de l'année. Mon cœur vous remerciait " de vos vœux, et rapportant, comme je le devais, ^ à rhonneur de Dieu ce que vous faites pour . " moi, son indigne Vicaire, je vous ai invités à M bénir le nom du Christ par ces paroles : Sit « nomenDominibenedictum! Tous, vous m'avez « répondu avec l'accent de la foi : Dès maintenant " et pour r éternité! Es hoc nunc et vsque in sœ-

»» cxdum ! Je viens vous rappelecces èngag.emients^ ^ solennels, car je le sais, bien qu'en très-petit

- nombre, il y a dans cette ville, centre de la Ca-

- tholicité, des hommes qui profanent le saint

- nom de Dieu par le blasphème. Vous tous qui " êtes ici, recevez de moi cette mission: publiez

- partout que je n*espère rien de ces hommes. Us '» la^c^t contre le Ciel la pierre qui les écrase en H tetoiiïbant. C'est combler la mesure deTingra-.-

- titude, que de blasphémer le nom du Père

- commun qui nous donne la vie, et avec elle tous ^ les biens dont nous jouissons. Dites â ceux de •' mes fils qui l'offensent par de tels outrages,, de ne ^ plus donner ce scandale dans la Ville Sainte.

^ Je veux aussi vous parler du précepte du jeûne. " Un grand nombre de pères et de mères m'ont " entretenu des peines qu'ils éprouvent ea " voyant le démon de l'impureté exercer ses ra- " vages parmi les jeunes gens. Le Seigneur nous

- le dit lui-même dans les saints Evangiles, c'est '• par la prière et le jeûne, in oratione eijejunio, »' qu'on enchaîne ce démon désolateur qui va ra- « vageant la terre, et qui non-seulement empoi- '• sonne les sources de la vie des individus,, des f familles et de la société tout entière, mais qui " surtout consomme la ruine des âmes immor- »• telles.

- Api^s ces deux avertissements, il me reste à

V prier Dieu de vous bénir tous : Seigneur, respice « de Cœlo, tournez vers nous vos regards vivi- >' fiants. Visitez cette vigne que votre droite a '» plantée : Visita rineam islam quant planiatit » rfer/era^tta. Elle est à vous, Seigneur; vousl'avez ^ arroséede votre sang, vous l'avez gardée. Visitez- ^ la, non pour punir les méchants, mais pour leur '1 faire sentir les doux effets de votre miséricorde. " Visitez-la, pour guérir la plaie de Tincrédulité « qili dévore le monde. Visitez-la, et en la visi- '» tant, écartez cette main de fer qui pèse sur elle. '♦ Visitez-la, et purifiez Je cœur de vos enfants. »' Versez dans le sein des générations qui s*élè- " vent ces deux plus chers attributs de la jeu- ^ nessc, la modestie et la docilité. Eteignez ces ^ haines funestes qui divisent les citoyens et les « arment les uns contre les autres. Visitez-la,

V Seigneur, et en la visitant, avertissez les senti- " nelles dlsraël de donner de bons exemples " et de s'armer d'une force et d'une prudence « divines pour veiller aux intérêts des peuples « confiés â leur garde !

« Daignez, 6 mon Dieu, entendre ma prière, et « répandez sur ce peuple, sur cette ville et sur le " monde entier vos plus douces bénédictions ! ^

Dieu n'était pas invoqué en vain par le Saint- Père pour ses enfants. La grâce divine ét^it visible dans les larmes généreuses qui coulaient de

tous les yeux. Elle était sensible dans le repentir qui venait de toucher en même temps tous les cœurs, dans la résolution qu'ils avaient tous formée comme par un tacite accord, dans la commune espérance qui en faisait un seul cœur. Pie IX venait de pratiquer d'avance le précepte d*éloquence apostolique qu'il devait donner quelques semaines plus tard aux prédicateurs du Carême <1) : il avait trouvé sa force dans son amour. Au récit de cette prédication , Rome tout entière s'émut ^mme l'auditoire de la petite église de Saint-André délia Valle. Le peuple de Rome aimait de plus en plus Pie IX. Chaque jour révélait quelque nouveau trait de sa bonté paternelle. Les détails en passaient de bouche en bouche et formaient comme une légende dont le peuple était bien plus touché que.du programme politique que la perfidie des révolutionnaires attribuait au Saint-Père.

(1) Ayant réuni au Quirinal, le II février (847, les ecclésiastiques qui allaient prêcher la station du carême dans les différentes églises de Rome, il leur dit: «... Souvenez-vous de cher- '♦ cher le secret de votre force dans votre amoui*; si vous /; n*aimez pas les hommeSi si votre cœur n'est pas tout affec* n tr<)n et tout dévouement, vous n'aurez sur eux aucune in- »• fluence. Surveillez aussi votre conduite ; soyez sévères pour n vons-mêmes, afin que Ie8;fidèle8 ne disent pas de vous ce que n les sujets disent des despotes : Nos prédicateurs se ré8er\'ent r^ le bénéfice de tous les droits, et ne nous laissent que celui »r de TobéissanXîe. » ,

On lucoiitait, par exemple, qu'un pauvre enfant sanglotait un jour à la porte du Quirinal , au moment même oùle Pap uillajt monttr en i oituru. Les gardes, pour épargner ce ^^poctiifJo an Saint- Père, voulurent chasser l'enfant; nmm àé\à Pic IX Tavait entendu ! L'ayant fait appjTtHJter, il Itti demanda la cause de son drr^espoïr, « On vient, lui ♦^ dit Tenfant, démettre mon j>ènj tfti prison pour " une dette de douze écu<, - Lo Saiiit-Peré m retoumant vers ceux de sa suite, leur demanda de lui prêter cette somme ; mais personne ne pou- ^^nt le satisfaire, il remonta lui-même la chercher dans ses appartements et renvoya Tenfant consolé.

Un autre enfant plus hardi avait écrit directement au Pape : « Saint-Père, ma mère est veuve, « malade et infirme ; elle est dans la plus affreuse « misère. Je suis seul pour la soigner et la sou- ^ tenir. Mais je ne puis lui acheter les choses de " première nécessité, pas même les médicaments " dont elle a besoin. « Et l'enfant concluait en demandant au Pape trente-trois paoli (1), et en lui annonçant qu'il imit le lendemain les chercher au Quirinal. Quand le petit solliciteur se présenta, Pie IX avait donné l'ordre qu'il lui fut amené. Après l'avoir interrogé, le Saint-Père lui remit deux pièces d'or. •« Vous me donnez trois paoli

( I ) Le paolo vaut cinquante-quatre centimes de notre monnaie.

« de trop, dît Tenfant, et je n'ai pas de quoi'vous »! rendre. »» Le Saint-Père lui dit de les garder, puis le congédia. Cependai^t il le fit suivre pour savoir si Tenfant ne Tavait point trompé. Les renseignements qu'on prit sur lui et sur sa mère confitDaèrent tout ce qu'il avait dit au Pape. Pîe IX le fit revenir et lui annonça qu'il se chargeait de son éducation et de son avenir. « Mais « cela ne se peut pas, dit l'enfant avec regret. Ma " mère n'a que moi : je ne peux pas la quitter. » — Eh bien ! dit le SaintrPère, puisque ta mère « est si pauvre et que tu lui es si dévoué, je me " charge de vous deux. «

On racontait aussi ^histoire d'une jeune fiÙe qui, pressée par la misère, avait vendu la croix d'or quéleâ jeunes Romaines portent au cou, comme faisaient naguère encore les jeunes ouvrières de nos villes et de nos campagnes. Depuis qu'elles ne la portent plus, elles ont appris paf l'ejçérience de leur faiblesse combien elles avaient besoin de cette protection et de cette garde. Mais là jeune Romaine dont j'ai à* parler ne s'était sépa^ fée dé sa croix qu'en pleurant^ et pour pouvoir donner du pain à sa vieille mère. En le lui apport tànti elle éprouva le bfesoin de la rassurer encore sur l'avenir, pour que la pauvre femme pût jouir tm peu du présent. >• Voilà, lui dit-elle, du paitt « pour quelques jours, et l'on dit que l'ouvrage

'" va redevenir abondant: Pie IX a donné des " ordres pour cela. Vous n'aurez plus faim. Con- »» solea-voas, le bon Dieu ne nous abandonnera " pfts, et le Saiift-Père veille siir nous. »• Le Saint- Père veillait en effet. Quelques heures après, il avait tout appris. Comment?... Je l'ignore, c'est le secret de sa charité. Mais le soir même la pauvre fiHe^ouvmit en tremblant une lettre venue du Quirinal, et elle envoyait tomber, avec cinq pièces d'or, sa petite croix qu'elle pleurait. La lettre ne contenait que ces mots: « Ma chère enfant, vous •'ayez eu raison d'espérer en Dieu: il n'aban- " donne-jamais la piété filiale. Vous avez aussi «♦ raison d'espérer en Pie IX ; il veille sur vous « et votre mère, et vous ne mourrez pas de faim. »»

On reconnaissait toujours dans Pie IX le prêtre ^'voué à l'enfance, que les enfants de Tata-Oiovantii et de Saint^Michel avaient tant aimé. Il allait, sans se faire annoncer,dans les paroisses où se faisaient Jes premières communions. Il goûtait utie ineffable douceur à parler de Dieu à ces jeunes cœurs dont la pureté rappelle celle des Anges, à leur distribuer lui-même le Pain des Anges et à les bénir.

Il visitait les hôpitaux et les hospices, et se montrait, non pas seulement par la bonté, par l'humilité, mais encore par la puissance de sa parole, k ^rai' Vicaire de Jésus-Christ;

L'huirible office que Jésus-Christ aA ait rendu à 'ses Apôtres, Pie IX, dans une visite à Thospice de la Trinité des Pèlerins, le rendit à son tour à un pauvre prêtre venu du fond de la Puisse, du diocèse de Munster. Pie IX s'agenouilla devant lui et lur lava les pieds. Théodore Lauvensen, c'était le nom du prêtre, s'en défendit comme saint Pierre, mais il lui fallut céder comme saint Pierre à la charité du Maître.

Un jour que Pie IX visitait l'hôpital du Saint- Esprit, il \itr en entrant dans la salle des paralytiques, une vieille femme qui faisait tous ses efforts pour se lever et rendre hommage au Souverain Pontife, qui Tavait protégée pour la faire admettre à l'hospice. Le Saint-Père fut lui-même à elle, la bénit et lui dit , en. lui tendant sa naîtin à baiser : " Ne vous dérangez pas , ma bonne naè.re. » L'infirme, plus hardie que cette femme de l'Évangile, qui ose à peine toucher le bord de la robe de Jésus, saisit la main qui lie et qui délie , se lève et marche comme aux jours de sa force et de sa jeunesse.

On pouvait admirer en Pie IX ces deux vertus, c'est-à-dire ces deux puissances de la vigueur et de la douceur qu'il avaît lui-même si vivement recommandées aux prédicateurs du Carême (1). En

|1) Dans rinstrnction du 11 février 1847 que je viens déjà de citer :

M Que Tesprit de Dieu descoide sur vous, qui aQez

même temps que sa bonté, sa charité inépuisable se fusait sentir à tous , il défendait avec une sainte énergie les droits imprescriptibles du Saint-Siège, droits auxquels un Evêque français venait de porter la plus dangereuse atteinte en racontant, à son retour de Rome, qu'il avait trouvé le nouveau • Pape favorable aux idées gallicanes. Le monde entier peut attester aujourd'hui la douceur et la bénignité de Pie IX. Mais en pardonnant toujours, il n'abandonne jamais rien, — on le sait a cette heure, — ni comme Roi ni comme Pontife, du dépôt sacré qu'il a reçu. Dans le consistoire du 17 décembre 1847, il exprimait ainsi sa douloureuse surprise à la lecture d'un écrit qui lui prêtait des sentiments si contraires à ses sentiments :

H prêcher 1» parole de Dien, soit avec force, soit avec dou- »• cenr l

>* Si c'est avec force que vous allez prêcher les vérités '' étemelles, vous fortifierez les faihies contre les erreurs et » les illusions du monde, vous arrêterez les injustes par la y* crainte des jugements de Dieu.

" Si vous allez prêcher la miséricorde du Seigneur avec t* douceur, vous ramènerez les pécheurs, vous briserez leun >« coeurs en les remplissant éa désir et de Tespoir du pardon n de Dieu ; vous ramènerez au bercail les brebis égarées, » vous guérirez leurs plaies, et vous redonnerez la vie à »* leurs nmes.

t» Elevez-vous contre le péché avec une sainte sévérité, et »♦ recevez les pécheurs avec une sainte douceur. »

•• ... Maintenant, Vénérables Frères, Nous » vous communiquerons Textrême surprise dont " Nous avons été profondément aflecté quand un •♦ écrit, émané d'un homme constitué en di^té " ecclésiastique, et imprimé par lui, est parvenu •• jusqu*à Nous. En effet, cet homme, parlant •' dans cet écrit de certaines doctrines qu'il ap-:^ » pelle les traditions des Eglises de son pays^ et »^ par lesquelles il prétend restreindre les droits de ce Siège Apostolique, n'a pâ» ï©ûgi d'affirmer que ces traditions étaient tenues en estime, par Nous. Loin de Nous, certes, Vénélables Frères, la pensée ou l'iritention de Nous éloigner jamai3, pour si |^ que ce scïït, des errements de nos Prédécesseurs ou délaisse» amoindrir en rien l'autorité du Saint-Siège! Oui, sans doute, Nous attachons du prix aux traditions particulières, mais à celles qui ne s'écartent pas du sens de l'Église Catholique. Mais, par-dessus tout, Nous révérons et Nous défendons très-fortement celles qui sont d'accord avec la tradition des autres Églises, et, avant tout, avec cette sainte Église Romaine, à laquelle, pour Nous servir des paroles de saint Irénée, iZ est nécessaire, à cause de sapiipiau- " té, que se rattache toute V Église, cest-à-^re " les fidèles qui sont partout, et ^ou^ laquelle " s'est conservée, par ceux qui sont partoxit, cette

- tradition qui vient des Apôtres. - (S. Ireh. , Contra hœreses, lib. III, cap. m.)

n se préparait dès lors, dans le secret de son cœur, au grand acte qu'il accomplit sept ans plus tard, et qui devait achever la ruine du! gallicanisme. Pour y préparer avec lui tout le peuple chrétien, il avait fait publier dans le Diario le Bref adressé par lui au P. Perronc, de la Compagnie de Jésus :

*« Religieux et cher fils, Salut et BéuécUction " apostolique,

« Nulle chose n'est pour Nous plus agréable ni '«plus désirée que de voir s'augmenter partout de *< plus en phis le culte, la piété et la vénération en- « vers la très-sainte Mère de Dieu, la tendre mèfe « de tous, l'Immaculée Vierge Marie , et d'entendre ** toutes les voix proclamer dignement ses louan- " ges. De là, vcHis pouvez juger, Notre très-cher " fils, avec quelle satisfaction de cœur Nous avons »• accueilli la Dissertation ihéologigue sur Vlmmor »* culée Conceptionde la Bienheureuse Vierge Ma- « rie, composée par vous en latin, récemment sor- »' tie des presses de Rome, et qui Nous a été dédiée,

" Nous Nous empresserons avec un grand » plaisir de lire cette dissertation, aussitôt qu'un » moment de loisir Nous sera donné au milieu " des travaux importants et multipliés du Ponti- » fieat suprême, qui Nous tiennent continuelle-

» ment occupé. Nous avions déjà des preuves w suffisantes de votre science religieuse et de « votre piété ; les autres ouvrages que vous avez H mis au jour attestent les qualités éminentes " de votre esprit, et montrent combien vous ex- " celiez particulièrement par l'érudition et la pro- •' fondeur du savoir dans les matières théologiques . »» Un tel mérite ne Nous étonne pas chez un '» membre de cette Société illustre, qui est jus- " tement fière d'avoir produit tant d'hommes " célèbres par l'intégrité de leur vie , par la gloire « de leur sainteté, par leur dévouement à la Reli- " gion Catholique, par tous les genres de savoir, »' par les services éclatants qu'ils ont rendus à la »' société chrétienne et à la société civile. »»'

On a expliqué la publication de ce Bref dans le Diano^ moins encore par le motif que j'ai dit, que par la volonté du Saint-Père de donner un témoignage solennel de son affection à la Société de Jésus, au moment où elle était en butte à tant d'attaques et à tant d'outrages. Il devait, quelques mois plus tard, protester pour elle contre la violence triomphante. Mais il faut reprendre les choses d'un peu plus haut.

Dans des jours plus calmes , la santé profondément altérée du Cardinal Gix^i ne lui aurait sans doute pas permis de consen*er longtemps les fonctions auxquelles le Souverain Pontife

l'avait appelé. Il dut se retirer dès qu'il devint évident que la force de Tâme ne suffisait plus dans le poste de Secrétaire d'État, et qu'il y fallait encore, au milieu de ces épreuves de chaque jour, la vigueur du corps.

Quand le Cardinal Ferretti appelé à Rome pouf le remplacer, y arriva, le 26 juillet 1847, les difficultés intérieures déjà si graves a}laient se compliquer d'une difficulté nouvelle, à la fois intérieure et extérieure, et d'une nature telle qu'il ne semble pas qu'elle pût recevoir une solution vraiment satisfaisante.

L'article 103 du Congrès de Vienne porte :

- Les Marches, avec Camerino et leurs dépen- " dances, ainsi (gàe le duché de Bénévent et la n principauté de Ponte-Corvo, sont rendus (1) au " Saint-Siège.

« Lé Saint-Siège rentrera en possession des " lé^sitions de Ravenne, de Bologne et de Fer- » rare, à l'exception de la partie du Ferrarais « située sur la rive gauche du Pô.

** Sa Majesté Impériale et Royale Apostolique ^ et ses successeurs auront droit de garnison dans " les places de Ferrari et Commachio. »

(1) Une fameuse brochure se trompe donc, elle méconnaît à la fois Phistoire et les traités quand elle dit : u L'Europe, réunie H à Vienne en 1815, a donné les Komagnes au Pape. L'Europe, »» réunie à Paris en 1860, peut en décider autrement. »»

Cette disposition, comme quelques autres des traités de 1815, est uji signe des teir^r-Lés. Souverains de TEurope, justement convaincus qu'après la victoire qu'ils venaient de remporter sur la révolution, l'Europe n'aurait ^'une trêve bien tourte, et qu'avant d'entrer dans une période de calme et de prospérité véritable, il y aurait encore des combats rudes et nombreux à soutenir, les ^uveraîns avaient fait quelque violence au 4roit, comme on fait souvent en temps de guerre, pour les besoins de la défense, et en vertu de l'antique maxime qpii proclame l'intérêt du salut public loi suprême. Ce droit de. garnison attribué à l'Autriche, dans des villes rendues au Saint-Siège, était assurément une violation des droits de, la Souveraineté, Aussi le Saint-Siège oppqsa-t-il à cette disposition exorbitante du Congçë$ do. Vrèrme une juste protestation. Cette protestation n'altéra point les bon^ rapports du gouvernement autrichien avec Rome. Les choses étaient en cet état quand l'Autriche, alarmée par tant de signes avant-coureurs de l'orage qui allait éclater, fit avancer à marches forcées des troupes dans le Ferrarais. Les écrivains révolutionnai^s^^oht affecté de ne voir dans cette conduite de l'Autriche qu'une stupide provocation. Assurément, l'i^utritche oublia dans cette circonstance le respect qu'une grande puissance doit toujours avoir

pour les droits de la spuverainetë, alors même que le front du Souverain n'est pas ceint de la triple couronne. Mais doit -on» en oondamnant comme elle le mérite cette agression, qui d'ailleurs n'avait pas ce caractère dans la pensée de ses auteurs, fermer l'oreille à l'expression de leurs craintes, refuser de connaître leurs motifs, pour déclarer que leur conduite déjà si coupable en elle-même, l'était plus encore parce qu'elle était sans motifs? Je ne le crois pas. Et il me semUe que c'est un devoir, avant d'aller plus loin, 4e reproduire ici ces passages de la dépêche que le prince de Mettemich adressait, le 2 août, à lord Pabnerston :

» L'Itftlie centrale est en proie à un mcmvement H révolutionnaire, à la tête duquel se trouvent les' 1 chefs des castes politiques qui, pendant plu- » sieurs années, ont menacé les États de la Pé- ^ liinsule. En s'abritant sous le couvert des ré- » formes administratives que le Souverain Pontife »■ a dernièrement accordées, par un motif de ma- » nifeste bienveillance pour son peuple, les fac- " tieux cherchent à paralyser l'action régulière du " pouvoir, et se proposent une fin qui, pourqti'ePe » s'accorde avec leurs vues, ne peut se limiter aiitx n États de l'Église ni aux États de la Péninsule.

" Ces chefs veulent un seul«t unique chef poli-r " tique, ou au moins une fédération d'États sou«

»' la direction d*un pouvoir central. La monarchie H n'entre pas dans leurs desseins ; ce qu'ils veulent « en Italie, c'est une abstraction d'utopie radicale. " En nn mot, ces sectes veulent une république •• fédérative, comme elle existe en Suisse ou dans »» les États d'Amérique.

* L'Empereur, notre auguste miutre, n'entend »' pas êt^e une puissance itaKenne; îl se. contente - d'être chef de son (^npire. Une portion de cet »' empire s'étend au delà des Alpes, il désire la »• conserver et rien de plus ; mais il est résolu de " la défendre contre qui que ce soit. »

Les événements, qui ont assez justifié les prévisions du prince de Mettemich, ont convaincu d'imprudence la mesure prise par l'Autriche pour parer au danger. Quelles que soient les intentions, on travaille toujours pour le triomphe de la révolution quand on attente aux droits d'un Souverain légitime. C'est ce que fit l'Autriche en occupant, non plus seulement la forteresse, mais la ville même de Ferrare. Elle fournit à la fois deux prétextes à l'agitation révolutionnaire, lun dans cette usurpation même, l'autre dans la protestation que l'usurpation rendait nécessaire. Le Cardinal Ciacchi, légat apostolique à Ferrare, proteste, en effet, les 6 et 18 août, et le gouvernement pontifical insère un manifeste dans le Diario di Jioma et adresse au cabinet de Vienne d'énergiques ré-

elamations. Âpres avoir résisté quelque temps, après avoir mal à propos rappelé des précédents sans analogie avec l'acte récent, puisque quinze ans auparavant l'Autriche n'est intervenue que pour comprimer une révolte et sur la demande expresse du Souverain Pontife, le cabinet de Vienne cède, et le bon droit, faible et désarmé, triomphe parce qu'il est le droit. Si la révolution n'était pas là, épiant l'occasion que peuvent lui fournir les fautes de ses ennemis, le grand empire qui cède et le Saint-Siège, — le moindre des trônes de la terre, s'il n'était la Chaire du Vicaire de Jésus-Christ, élevée bien au-dessus de toutes les puissances du monde, — le grand empire qui cède et le Saint*Siége qui triomphe sortiraient tous deux plus forts de cette lutte. Mais les sociétés secrètes, mais leur chef reconnu et leur chef occulte, Mazzini et lord Palmerston (1), veillent

(1) En 1850, à Genève, les réfugiés intentèrent nn procès à m^ oeitlilB Pasehetta qu'ils aocosftient d'avoir fait partie d'un complot contre la vie de Mazzini. Des documents curieux furent produits, et le Journal de Genève dit en rendant conq>te du procès : « M. Mafzini figure en première ligne ; il est re« » présenté comme jouissant d'une grande influence, surtout H dans le nord de l'Italie ; il a trois ou quatre mille francs de M rente ; il correspond en France sous nn nom que nous avons M oublié, et en Italie sous celui de Yarts ; ses correspondances >^ sont nombreuses ; nous.remao^nons ceUes qu'il a avec lord M Palmerston en Angleterre et Ledru-RoUin à Londres... Lord >' Palmerston correspondant de Mazzini ! Il y a là la révéla-

^ dans Tombre aved leurs aflBdés; ils lancent la démagogie sur le Sacerdoce et. sur TEmpire qui sont aux prises, ils veulent que cette occupation de Ferrare soit le premier acte d'une lutte si^)rême de Ja révolution contre la société.

J*ai nommé lord Palmerston. Il avait envoyé en Italie lord Minto « avec la mission de soulever »' Naples, Rome et la Toscane (1). »» Venu sous le prétexte ordinaire, de « donner des conseils sages " et modéré» aux gouvernements (2), » l'envoyé de lord Palmerston offrit son alliance et sa complicité à tous les conspirateurs qui s'apprêtaient à renverser les gouvernements avec lesquels le cabinet de Londres entretenait les meilleures relations officielles. Dans sa haine presbytérienne pour la Papauté, lord Minto oublia toutes ses répugnances d'aristocrate et pratiqua l'égalité démocratique avec l'avocat Sterbini, avec le cabaretier Angelo Brunetti (3) , bien plus connu par

" tion d*un grand mystère d'iniquité. Il faut que les Chaaibres » Miglaises soient bien corrompues, si, après un fait de cette •• nature , elles ne contraignent pas cet homme fatal à se •» retirer des affaires publiques, et il faut que nos seigneurs '• soient irrémédiablement aveugles pour se jeter dans les bras »» de ce vieux luiKinL qiu n l(?s instinci?^ du loup. ••

(t) LOBD Cfx Jift\NE;. 53 mai l«ÛO,

(2) LoRpPALMfiHHTOK. 19 mftî 1850.

(3[ Quand il quitta li^me pour aller promener TinoIlKlie révolutionnaire à Napkâ ^ Iwd lllnw voulut laisser à la famille de son ami CireriTii«t?ï»Io \m ^oit venir de cette noble

.son sumom de Cicernaochio, avec Tépicier Galetti, avec le menuisier Materazzi, avec le marchand de charbon Carbonaretto, avec le tavemier Tofanelli, avec le marchand de tabac Piccioni. avec d'autres amis politiques pairs de ceux-là, devenus tous par la complicité les pairs du noble pair d'Angleterre.

On éprouve bien plus de pitié que d'indignation

aipitié. En donnant au jeune Loren2o Brunetti les poésies de Macaulajsnr la Rome antique, Lays ofancient Rome, by TAomeu Babingt&n Maeaulay , il bc fit poëte lui-même pour chanter les louanges de Ciceruacchio, et il écnvit sur la première page :

. *< Presented by lord Minto to Lorenzo Brniietti *» Tliese be but taies of the olden à&y " The patriot bard shall now bis lay

•t Of charming freedom pour, .

*• And K«me*s fair annals bid tbe famo M Of Ciceruacchio's humble name, « In deathless honor soar.

» Miirro. »

M. Massimo d^Azeglio, paraphrasant le diplomate anglais, a daigné ajouter, firoyriâ mcmw. . •

ii Ce sont là seulement les récits d'un temps passé ; maint tenant le poëte patriote peut taS^atx la liberté qui se relërCf A et les annales de Rome répandront la jseaommée de l'humble •• nom de Ciceruacchlo, alors ceint d^ine gloire immortelle. »» M. d'Azeguo. »'

M. Massimo d*Azeglio ne voyait dès lors la politiqye et If droit chrétien qu'à travers la politique -et le droit de Rome païenne, que l'Angleterre continue si bien et qu'eUeoontinaerait mieux encore si elle avait devant ell^ à. la place de TEurope chrétienne, le monde barbare.

en songeant à de tels hommes. Cependant, il ne faut point confondre M. Sterbiniaveclesautres.il était de ces réformateurs qui font de la médiocrité de leur fortune et de leur talent un crime à la société, et qui prononcent contre elle, comme l'a dit depuis un des pareils de M. Sterbini , le serment d'Annibal. Ce serment, M. Sterbini semblait l'avoir fait oontresa famille avant de le faire contre sa patrie. Fils dénaturé, il s'était révolté contre son père; marnais citoyen, il s'était une fois déjà Tévolté contre soft Souverain. L'amnistie de Pie IX, dont il accepta le bénéfice, fit sur son cœur l'impression qu'un bienfait produit toujours sur un cœurlâche> La suite a prouvé qu'il était capable de tout pour se venger de ce doux Pontife qui avait pris sur lui l'avantage de la clémence. La révolution laisse souvent échapper, sur les instruments dont elle s'est servie, des aveux qu'il importe de recueillir : « M. Ster- " bini, dit l'apologiste de la révolution italienne, "M. Sterbini, exilé de 1831, avait longtemps *i» exercé la médecine'en France. Il passait pour avoir » plus de talent naturel que de science ; on l'accusait » de fausseté , d'ambition , et m«ne d'avoir reçu y de l'argent du ministre napolitain Delcarretto, » pom* lui faire des rapports. Peut-être, comme - Figaro, valait-il mieux que sa réputation (1). ».

( 1 ) F. T. PerRENS. Deux ans de révolution tn Italie ^ pag. 48 et 49.

Le même historien dc^finit Ciceruacchio , « un >* atMète bon, sensible, mais vaniteux et adonné » au vin, qui avait fait tous les métiers, et que •* les partisans de Mazzini avaient poussé à la tête •* du mouvement (1). » Cette définition peut s'appliquer presque aussi bien à tous les autres complices de lord Mînto.

Voilà en eifet quels hommes étaient à la tête du mouvement! Tandis que lord Palmerston répondant au prince de Mettemich, lui donnait l'assurance que le gouvernement de la Reine était résolu à respecter et à faire respecter les traités de Vienne, qui ne sauraient être modifiés, tant en Italie que dans tout le reste de l'Europe, que de l'assentiment de toutes les puissances signataires, lord Minto réunissait à sa table ces débauchés, ces ivrognes, ces hommes perdus de dettes et de crimes; comme parle le poète, il les enivrait de la double ivresse du vin et de la convoitise; il leur montrait du doigt le Pontife-Roi, un vieillard désarmé qui tient enchinées, par l'autorité de sa parole, toutes les passions, il leur montrait ces palais, ces richesses, ces magnificences de toute sorte, hommages de k piété de tous les peuples et de toutes les générations à l'Église Mère et Maîtresse, et il disait à ces malheureux : Renversez ce vieillard incapable de se défendre, régnez, jouissez!

( t ) Ihid. Page 32.

On préludait à l'accomplissement de ces projets .sacrilèges par des manifestations nouvelles q^i étaient déjà une révolte, caï le gouvernement les avait interdites à plusieurs reprises. La nouvellede la défaite daSonderbund, c'est-à-dire de la défaite du Catholicisme en Suisse, venaitd'arriveràRpme. Les phalanges catholiques, après une résistance héroïque , avaient succombé sous Teffort de l'armée fédérale dix fois plus nombreuse. L'intolérance protestante J'emportait, la persécution était maîtresse!. Ce fut un délire de joie, délirjB réel ou simûléy chez lès révolutiônixaires.às Rome. Ds illuminent et font illuminer. Ds allument des torches, ils déploient leurs drapeaux au vent, et remplissent les rues de leurs vocifér^-tions. Ils mêlent ^semble le mini nom duGhef de l'Eglise et le nom de^ceUe assembléepar qui leprotestantisme vientde triompher. Ils crient: Vive Pie IX! vive la Diète! ^ive la Confédération! vive Gioberti! vive la Suisse! A bas les Jé$uiie$! Ils se souviennent <i€ la recommandation dëMazzini. En signe de joie, on brise des métiers, gagne-pain du peuple. Mais le Cardinal Ferretti fait battre la générale, se re%d* lui-même dans le Transtévère, théâtre de ces^déïs; ntefs. désordres, et accompagné des dragons et des oaerabiniers il étouffe la sédition.

Mais que pouvaient cette vigueur, cette fermeté, ce dévouement, contre le vent de la révolution qui

— Ma ^

soufflait alors partout, en Italie, en Suisse, en Âl* lemagne, en France? Quand, le 1*' janvier 1848, Pie IX , le cœur brisé par les cris sauvages (1) de cette bande qui se précipite autour de sa voiture, . s'évanouit, Ciceruacchio fait retentir cette étrange protestation : Courage, Saint-Père, le peuple est atet vou^! La voix avinée de ce triban de bas étage trouve un écho dans la Chanjbre des députés de France ; un ancien ministre répète : Courage, Saint-Père !

La force a pu manquer à son bras, le coumge n a jamais manqué à son cœur. Le lendem^n, le gouvernement interdit encore ces démonstrations. Cette défense fut encore violée: mais quel gduverneraent, même mieux armé que le gouvernement pontifical, poHmtit se vanter d'être toujours obéi dans ces jours difficiles? Toutes les nouvelles qui arrivaient chaque jour étaient autant d'encouragements à la révolte. La révolution voulait engager le Saint-Père dans une guerre agressive contre l'Autriche. La seulepensée de cette guerre du Père contre une partie de ses enfants, était odieuse; mais la révolution ôiresse avec amour ces penséeslà. Elle voulut, par une démonstration, forcer la main à Pie IX et le contraindre à choisir un mî-

( 1 ) « Vive Pie IX î à has le gouverneur ! à bas î^w^lli ! »' à ' bas la police î mort aux rétrogrades ! à bas les Jé- " suites î »

nistère laïque Jeta kv^ une armée. Pie IX iiid^f^ s'adresse à son peuple, non pas à celui dont Cieeruacchio est l'organe et dont lord Minto est 1 ame , mais à ses sujets de toute classe, de toute condilion et de toute opinion.

Rmains!

" Il ne reste sourd ni à vos désirs ni à vos craintes , " le Pontife qui, depuis deux ans, a reçu de vous »' tant de preuves d'amour et de fidélité. Nous ne " cessons pas de méditer comment ces institutions ♦• civiles, que Nous avons créées sans y être con- " traint par aucune force, mais uniquement guidé " par le besoin du bonheur de Nos peuples et l'es- »• time pour leurs nobles qualités, peuvent se dé- " velopper et se perfectionner sans porter atteinte " à ce que Nous devons à l'Église.

» Avant que la voix publique l'eût demandé, " Nous avions déjà tourné Nos pensées vers la » réorganisation de la milice, et Nous avions cher- »» ché le moyen d'avofr des officiers étrangers qui »' pussent venir en aide â ceux qui servent déjà si »' honorablement le gouvernement pontifical. Afin *' d'élargir la sphère d'action pou^tous ceux qui, »' parleur habileté et leur expérience, peuvent con- " tribuer aux améliorations dans l'État, Nous » avons également augmente dans Notre conseil »» des ministres le nombre des laïques. Si l'accord

» des Souverains à qui l'Italie doit les nouvelles " réformes est une garantie de la conservation de •^ ces biens, accueillis avec tant d'approbation et « de gratitude, Nous avons cultivé cet accord en " conservant et en raffermissant avec eux les re- . •* lations les plus amicales. Rien enfin de ce qui " peut contribuer à la tranquillité et à la dignité " deTÉtat ne sera négligé, Romains et sujets pon- " tificaux, par votre Père et Souverain qui vous a " donné les preuves les plus certaines de sa solli- « citude, et qui est prêt à vous en donner encore, " si s^ement Dieu daigne accorder à ses prières » la grâce de voir vos cœurs et ceux de tous les « Italiens inspirés par l'esprit pacifique de sa sa- « gesse. Mais, d'un autre côté, il est prêt à résister, » en s'appuyant sur la force même des institutions » déjà accordées, aux mouvements désordonnés, ^ comme il résisterait pareillement aux demandes H contraires à ses devoirs et à votre bonheur.

» Ecoutez donc la voix paternelle qui cherche « à vous rassurer ; ne vous laissez pas émouvoir " par les bruits que répandent des bouches in- » connues pour agiter les peuples de lltalie par " répouvantaiid*une guerre étrangère, préparée et " fomentée par des conspirations intérieures ou par » " l'inertie malveillante des gouvernants. Ce n'est " qu'un leurre. On veut vous forcer par la terreur » à chercher le salut public dans le désordre; on

H xeut troubler les conseils de œux qui vous gou- « vement, par le tumulte, et, par la confusion, " créer des prétextes poor une guerre que l'on ne » saurait Nous susciter par aucun autre motif.

" Quel danger, en efiet, peut menacer ITtalie, " tarit qu'un lien étroit de confiance et de grati- " tude, que nulle violence n'aura altéré, unira la " force des peuples avec la sagesse des Princes et " la sainteté du droit 1 Mais Nous surtout. Nous, " Chef et Pontife suprême de k très-sainte Reli- " gibn Catholique, ri'aurions-Nouspas pour Notre " défense, si Nous étions injustemcnl attaque^ ^ de nombreux enfanta qui soutiendraient, comme " étant la maison <iu Pt'ic ]e centre de funité » catholique ?

♦♦ C'est tin grand don du Ciel, psrmi tous Jes ♦' dons qu'il a prodigués à Tltalie, qiit^ Nos troî^s « millions de sujets aient deux cents millions de ♦' frères de toute langue et de toute nation. C'est *♦ là ce quîj dans d'autres temps et au ipilieu de " la confusion de tout le mohde romain, a fait Te » salut- de Rome; c*est ce qui a empêcha que ■" jamais la ruine de l'Italie fût complète. Ce sera »» toujours sa protection, tant que ce Siège Apos- " tolique sera debout.au éente de la Péninsule.

'» Bénissez donc l'Italie, ô grand Dieu ! et con- »' servez-lui toujours le plus précieux de tous vos V donsi la foi ! Bénissez-la de la bénédiction que

« vous demande humblement votre Vicaire, le

- front prosterné jusqu'à terre. Bénissez -la de

» la béaëdictîon que vous demandent pour elle

" les Saints à qui elle a donné le jour, la Reine des

^ Saints qui la protège, les Apôtres dont elle

'> garde les glorieuses reliques, et votre Fils fait

« homme, qui a voulu que cette Rome fût la ré-

» sidence de son représentant sur la terre.

n Donné à Rome, près Sainte-Marie-Majeure, " le KTfévrier 1848.

n PIE PP. IX. »

Cette bénédiction de Dieu implorée ■'{>ar son Vicaire, est aussitôt interprétée par les conjurés comme le signal d'un tribun qui crie à l'Italie tout entière de se soulever. On profane, par une traduction mensongère, les saintes paroles du Pontife : « Aux armes pour l'Italie ! que Dieu bénisse les " armes de la révolution italienne ! Voilà ce qu'a « dit le Saint*Père* «

Sans perdre de temps, le 11 février, Pie IX convoque au Quirihal les quatorze chefs de ba* taillon de la garde civique : « Je vous ai appelés w auprès de moi, messieurs, leur dit-il, pour vous " demander si je peux compter sur votre concours « et sur votre fidélité! — Comptez sur nous, Très- •'* Saint Père. — Dois-je compter aussi sur le con-

'^ cours et la fidélité de la garde civique { » Les chefs de corps baissent la tête au lieu de répondre. " Je le prévoyais ! « dit le Saint-Père. Et après s'être recueilli un moment, et sans doute après avoir x)ffert à Dieu son sacrifice, il dit, les yeux pleins de larmes, mais la voix pleine de fermeté : * Messieurs, les circonstances sont si graves, et " l'état des affaires si pressant, que je dois en ap- " pelé!* à la loyauté de ma garde civique. Je confie » à ce corps ma personne, mes biens, le Sacré- " Collège, la vie et les propriétés de tous les ci- " toyens, le maintien de Tordre et de la paix pu- " blique. Je pense ne mieux pouvoir mettre ma »' confiance qu'en ce corps qui m'a donné , en si » peu de temps, des preuves si nombreuses d'at- » tachement. J'ai chargé une Commissiott- de " réunir toutes les dispositions que j'ai prises et " de voir quelle extension plus grande peut être " donnée aux réformes, pour les mettre plus en " harmonie avec les besoins et les désirs actuels. " J'augmenterai le nombre des membres de la " Consulte d'Etat et je donnerai une plus grande " étendue à leurs attributions. Ce que j'ai accordé " sera maintenu. Un plus grand bien encore eût " été fait, si ceux dont j'implorais le concours, " n'avaient prétendu y mettre des conditions. Ces »' conditions, je ne les accepterai jamais ! Jamais, " entendez-vous bien ! jamais il ne sera dit que

*< le Pape a consenti à jdes choses contraii^s à « rïlglise et aux principes de la Religion ! Si on « voulait m'y forcer, si je me voyais abandonne '* des hommes que j'ai tant aimés et pour qui j'ai n tout fait, je ne céderais pas, je me jetterais dans »» les bras de la Providence, qui, elle, ne m'abàn- « donnera pas !... Que les boiîs citoyens se " tiennent donc en garde contre les gens malin- " tentionnés qui, sous de vains prétextes, ne dé- " sireïit que le renversement de Tordre public, " pour pouvoir plus facilement s'approprier le M bien d'autrui..., La Constitution n'est pas un " nom nouveau pour notre pays. Les États qui la w possèdent aujourd'hui l'ont copiée sur nous. ♦' Nous avions une Chambre des députés dans le « Collège des avocats consistoriaux, et une Cham- « bre des pairs dans le Sacré-Collége des Car- " dinaux, à l'époque même de Sixte-Quint. Sur ♦♦ ce, messieurs, allez. Et que le Ciel nous soit en '» ' aide ! «

C'est le soir du même jour qu'un nouveau fassemblement vint au Quirinal demander la bénédiction du Saint-Père, et que Pie IX^ étendant la main sur ses bien-aimés sujets, entendit ce cri si injurieux pour lui-même : PIils de préfixes au gouvernement !

Le 20 février, Pie IX réunit les bataillons de lë, garde civique ati Vatîcah et les passa eh revue;

La joie de la milice à la vue du Saint-Père put faire naître un instant l'espoir de jours meilleurs. Pie IX, ému de l'affection qu'on lui témoignait, dit à ces hommes que le danger devait trouver si faibles et si lâches, mais qui n'étaient pas méchants et qui auraient été fidèles s'ils avaient pu l'être sans péril: - '

" Je ne puis vous dire combien mon cœur est " consolé, en voyant autour de moi cette armée » conservatrice de la paix et de l'ordre. Je vois en " vous les ennengris de l'anarchie, les soutiens du » Saint-Siège et du Souverain Pontife.

" O mon Dieu, bénissez ce corps ! conservez- » le fidèle à vous et à l'Élise! que ses oreilles " soient -toujours fermées aux paroles insidieuses " de ce petit nombre d'hommes qui cherchent à » empêcher le bien. Bénissez-le dans ses dignes " chefs, afin qu'ils continuent à le diriger dans » les voies de l'honneur et de la fidélité ! Que » votre bénédiction descende non -seulement sur " eux, mais encore sur leurs familles, qui forment " une grande partie du peuple de Rome ! »

Mais ces gardes civiques, indignes de l'amour du Saint-Père, se laissaient bientôt imposer par la. démagogie la cocarde aux trois couleurs rouge, blanche et verte , qui rappelait les tentatives révolutionnaires de 1831. On apprenait ^n même temps que des constitutions étaient décrétées à

Naples (1), à Turin (2), à Florence (3). On illuminait encore, on promenait les trois couleurs dans les rues aux clartés sinistres des torches, on passait devant le palais de Tambassa^ur d'Autriche, illuminé comme tous les autres palais diplomatiques, on abaissait les torches en signe de deuil/ et aux cris de mort succédait un silence encore plus effrayant. A côté du palais de l'ambassadeur, la populace rencontrait l'église du Gesu, et à la vue de la Croix les cris de mort recommençaient.

Telle fut l'aube du jour qui allait se lever sur l'Italie régénérée. Un banquet patriotique réunissait au cercle des négociants, palais Théodoli, les Piémontais résidant à Rome. A la fin du banquet, le citoyen d'Azeglio, paraissant au balcon avec le citoyen Durando, présentait aux patriotes amassés dans la rue, ce futur triomphateur, cet espoir de l'indépendance italienne. Des femmes étaient avec ces patriotes, parées des trois couleurs. D'autres parcouraient les rues en voiture, un drapeau tricolore à la main. Cette fête eut un lendemain encore plus beau; on apprenait que la république venait d'être proclamée à Paris. La république, ce seul mot raifermait pour les enne-

(1) 29 janvier 1848.

(2) 4 février 1848.

(3) 17 février 1848.

mis de la société toutes les promesses, et pour les honnêtes gens toutes les menaces.

Ce mot nous rappelle aujourd'hui tant .de défeillances que nous avons vues il y a douze ans ! Le même spectacle fut alors donné àHome^ Le 6 mars, le sénateur prince Gorgîni, accompagné des membres de la municipalité, se présenta devant Bié IX pour lui demander, pour lui iniposer bien plutôt, l'établissement d'un gouternement représentatif. Abandonné des hommes, comme il l'avait prévu, le Saint-Père répondit : " Les évé-

V nements qui, «on^seulement se succèdent, mais »' se précipitent, expliquent assez la demande que " vous, monsieiu' ïè sénateur, me faites au nom ♦» ^u conseil et de la magistrature de Rome. Tout »» le monde. sait que je suis sans cesse occupé de " donner au gouvernement la forme qui paiOEat le " plus en rapport avec le§ exigences actuelles, » Tout le monde sait les difficultés auxgpelles est »' exposé celui qui réunit dans sa personne deux " grandes dignités... Ce qui, dans un gouveme-

V ment séculier,, se peut faire dans une nuit, ne » peut s'accomplir dans le gouvernement pôntifi- « cal qu'après un mûr examen. J'espère cepen- » dant que, sous peu de jours, je pourrai (les tra- " vaux préliminaires étant terminés) vous faire " part du résultat, qui répondra aux désirs de "toutes les personnes raisonnables. Que Dieu

" bénisse mes pensées et mes travaux ! Si la " Religion doit en retirer des avantages, je me « jetterai au pied du Crucifix, pour remercier le » Ciel de tous les événements qu'il a laissés s'ac- « complir, et je serai satisfait plus encore comme « Chef de l'Église universelle que comme Prince. " s'ils tournent à la plus grande gloire de Dieu. -

Trois jours après, un nouveau ministère naissait des circonstances. Les noms de deux des nouveaux ministres, l^urbinetti et Galetti, n'avaient pas alors, du moins au même degré, la signification révolutionnaire qu'ils ont acquise depuis. Les noms des autres ministres devaient rassurer les honnêtes gens, autant que les honnêtes gens pouvaient être rassurés en ces temps déplorables. La présanoe surtout du Cardinal Antonelli à la tête du ministère, sous le titre de Cardinal Secrétaire d'État, aurait rendu l'espoir aux cœurs découragés, si l'espoir avait pu renaître.

Mais la démagogie ne laissait pas de trêve à la société. Au lendemain même de l'avènement du nouveau ministère, elle commença contre les Jésuites une de ces entreprises comme nous en avons tant vu en 93 contre les prêtres séculiers et réguliers. Mais celle-ci échoua par le courage héroïque d'un ancien soldat au service de la France, devenu l'abbé de Mérode (1), et par l'intervention

(1) Atijottrd'hnî Camérier partictilier du Samt-Père.

énergique d'une partie du peuple. Depuis le commencemeat de ces scènes de désoflire, les calomnies les plus atroces étaient imprimées, répandues partout et placardées jusque sur la porte de ces Religieux que la révolution a toujours détestés (ils ont assez mérité cette haine qui fait leur gloire!) par-dessus, tous les autres; des cris de mort retentissaient autour du Gesu. Mais ce jourlà; on passait des menaces et des cris de mort aux violences matérfelles. Déjà même on avait placé sur la porte principale du fîesu w écriteau avec cette inscription : Est locanda. La gardecivique était là, et elle avait laissé faire ! L'abbé de Mérode, seul au milieu de ces tigres rugissants et de ces hommes qui n'ont même pas de voix pour protester, se fait passage à travers la troupe imbécile et la bande de forcenés. D arrache l'^criteau et dit à ceux qui menaçaient, et que son courage épouvante : « Ce que vous faites est une » lâcheté! »» Les Transteverins, qui apprenherrtce qui s'est passé devant le Gesu, envoient une députation au PèreRoothaan, Général des Jésuites : H Que désirez-vous, mes bons amis? « leur demaxKle le P. Général. — « Vous défendre ! répond H l'un d'eux. D en est temps encore. Toute le force v-des ennemis de la Religion est. dans la feiUesse " des honnêtes gêna. Tous ces faiseurs d'émeutes " ont ppur f ux l'audace et la parole. Mais nous,

» qui ne savons pas parler, nous savons agîc^ et » nous avons la bonne cause de notre côte, la " cause du bon Dieu. Dites un mot, un seul, et - 'nous en aurons bien vite fini avec vos ennemis, » qui sont ceux de tous les honnêtes gens» et qui " sont les nôtres, *• Profondément touché .tfun dévouement qui venait s'off'rir avec cette éloquence du cœur,, ignorante d'elle-même, le Père Roothaan ne voulut cependant pas en accepter le concours : il avait résolu de n'avoir d'autre défense que la loi commune. Il remercia ces bons'' Transteverins, et leur dit que les Jésuites, habitués dès longtemps à souffrir les injures et J'injus* tice des hommes, ne voulaient pas être vengés. « Notre vie, ajouta-t-il en finissant, appartient à " Dieu ; lui seul a le droit d'en disposer. Que sa " volonté soit faite! »» Les Transteverins virent bien qu'ils ne persuaderaient pas au P. Général de leg accepter pour défenseurs. Mais celui-ci non plus ne les a^ait pas persuadés. En le quittant, ils ^e rendirent au. café des Beaux-Arts, quartier général des révolutionnaires avec qui, malgré les instances du P. Roothaan, ils persistaient à vouloir en finir. Mais les bravi, héros de clubs et d'émeutes, qui proclament dans les cafés et dafts les tavernes l'affranchissement des peuples et la destruction de la tyrannie, qui s'élancent d'un cœur intrépide contre tout ce qui est sans défense,

avaient fui à l'approche des Transteverins. L'intervention de ces braves gens eut du moins ce résultat, de justifier ce qu'ils avaient si bien dit, que toute la force des révolutionnaires est dans la faiblesse des honnêtes gens. Mais ils seront toujours faibles, ils auront toujours peur, les honnêtes gens qui ne sont honnêtes que de cette honnêteté toute humaine qui n'a pas son principe dans une foi vive. Quand on a, oublieux de l'imité qui s'approche, renfermé dans le temps toutes ses espérances, peut-on, en exposant sa vie, s'exposer à tout perdre à la fois? Ceux-là le pourraient, qui n'ont, comme on dit, rien à perdre, car ils n'ont ni Dieu, ni patrie, ni foyer. Ceux-là savent donner leur vie, qui n'ont, par une raison contraire, non plus rien à perdre : car, détachés de ce qui passe, ils ont mis toutes leurs espérances en Dieu, et ils sont assurés de retrouver tout en lui. Mais pour ces honnêtes gens, qui ne sont pas en même temps chrétiens de cœur et d'âme, leur faiblesse est incurable, et ils seront toujours la proie de la révolution.

Les Jésuites qui venaient dé trouver des défenseurs dans les derniers rangs de la société, en trouvèrent un dont ils ne pouvaient refuser le secours. Ce défenseur était à la fois leur Père, leur Pontife et leur Roi, La proclamation suivante fut affichée sur tous les mûrs de Rome :

<« RoBiWLns, et vous tous Mos fils et Nos.si^ets, '• écoutez encOBe une fois la voîx d'un Père qui " vous aime, et qui voudrait vous voir aimés et es- M timés de tout Tunivers. Rome est le ^ége de la »• Religion; sous les divei'ses formes d'où résulte "l'admirable variété^ qui rend si belle l'Église de " Jésus-Christ, les ministres de la Religion y eu- »' rent toujours leur demeure. Nous vous invitons " tous et Nous vous exhortons à la respecter, à ne »♦ pjrovoquer jamais les terribles anathèmes d'un ♦» Dieu indigné, dont les saintes vengeances fou- ♦« droiraient quiconque aurait l'audace de s'atta- " quer aux oints du Seigneur. Épargnez-vous un •' scandale qui jetterait le monde entier dans l'étpn- . M nement, et la plus grande partie de Nos ^jêt* " dans l'affliction et dans la douleur. Les fcûtff-du H même genre survenus ailleurs remplissent d'à- " mertume votre Pontife : épaxgnez-voui^Jah^ntc »' de portercettè amertumeau comble. Si, parmi les " hommes qui^ dans les divers instituts, aj^r- " tiennent à l'Église de Dieu, quelques-uns méri- » taient par leur conduitale mépris et la défiance, »' la voie des représentations légales est toujours " ouverte, et Nous, Souverain Pontife, Nous serons ♦' toujours prêt à les accueillir et à y faire droit, " lorsque Nous les trouverons fondées sur la jus- »• tice. Ces paroles suffiront, Nous en sommes per- »' suadé, pour rappeler à la raison tous oeUx (Nous

" espérons que le nombre en est petit) qui auraient » formé quelque mauvais dessein dont l'exécution » percerait Notre cœur et appellerait sur leurs têtes " les fléaux par lesquels Dieu frappe toujours les ♦• ingrats. Mais si, par malheur, Nos paroles ne " suffisaient pas pour retenir ces égarés. Nous en- " tendons mettre à Tépreuve la fidélité de la garde " civique et de toutes les forces qui sont destinées " H maintenir l'ordre public.

>• Nous avons la pleine confiarfbe que ces dispo- ♦• sitions auront leur effet, et de voir succéder à •• l'agitation, dans tous Nos États, le calme et les ♦• sentiments pratiques de religion que doit profes- »» ser un peuple éminemment catholique, auquel " toutes les natip'ns ont le droit de demander qu'il " leur serve de modèle.

»» Nous ne voulons pas affliger Notre propre »' cœur et le cœur tie tous les gens de bien par la " prévision des mesures que Nous serions con- » traint de prendre, afin de n'avoir pas le spectacle "des fléaux par lesquels Dieu a coutume de retirer » les peuples des voies de l'erreur. Nous espérons, " au contraire, que ces funestes présages seront " écartés par la bénédiction apostolique que Nous " vous donnons à tous.

" Donné à Rome, près Sainte-Marie Majeure, »' le 14 mars 1848 , la seconde année de Notre Pôn- . tificat. ^ " PIE PP. IX. «

Notre pays a une trop grande expérience des révolutions, pour qu'il soit nécessaire d'expliquer ici comment la main du Souverain Pontife, étendue sur les Jésuites pour les protéger et les défendre, fut impuissante. Quatorze jours plus tard, Pie IX ne pouvait plus les sauver de la rage de leurs ennemis qu'en leur faisant quitter Rome. Mais en annonçant cette mesure, il voulut rendre solennellement hommage à ces Religieux contre qui la révolution s'acharnait :

« Le Saint-Père, qui a toujours été si heu-

« reux de reconnaître dans les Jésuites ses infati- " gables auxiliaires pour la vigne du Seigneur, n'a " pu qu'éprouver une nouvelle et plus vive amer- » tume, devant une si malheureuse situation ; tou- " tefois, eu égard à l'excitation toujours croissante »' des esprits et à la diversité des partis qui me- » nacent d'amener des conséquences déplorables, " force lui a été de prendre en considération sé- « rieuse la gravité de la situation. Il a donc voulu " avant-hier (1), par l'entremise d'un hautperson- " nage, faire connaître au R. P. Général de la Com- " pagnie les sentiments exprimés ci-dessus, et " aussi la perplexité où il se trouvait par la diffi- " culte des temps et le danger de quelque funeste " accident. Sur cette signification, le P. Général

jl) Cette Déclarât ioti est du 30 mars.

» ayant convoqué les PP. Consulteurs à délibérer, " il a été résolu par eux de céder à la force des cir- » constances, ne voulantpas que leur présence pût »' servir de prétexte à quelque grave désordre et à " reflfusion du sang. «

La révolution triomphait donc à Rome en même temps que partout , mais à Rome chacun de ses triomphes était marqué par une protestation solennelle du Souverain Pontife. Le jour même où parut le premier de ces deux actes, qui ne difïfereift que par la forme de la protection étendue sur la Compagnie de Jésus, le Saint-Përe, sous la contrainte des événements plus forts que la'volonté de l'homme, donnait une constitution nouvelle à son peuple, comme avaieiit fait avant lui le Roi de Napies, le Roi de Piémont et le Griand-Duc de Toscane.

En promulguant ce Statut fondamental pour le gouvernement temporel des États de l'Église, le Souverain Pontife cohstatait que l'exemple des auttea Souverains et tant d'autres événements ne le laissaient plus libre. D rappelait, avec une douleur et une fierté toutes chrétiennes et toutes patriotiques les institutions antiques auxquelles il était' toujours resté fidèle, tant que la tourmente révolutionnaire he l'en avait pas détaché violemment. Mais en cé-^ daht à la violence de la tempête, il maintenait tous ses droits de Pasteur suprême des âmes :

- Dans les institutions dont jusqu'à ce jourNous »♦ avons doté Nos «ujetft, Notre attention a été de » reproduire quelques institutions antiques, qui »♦ furent longtemps comme le miroir de la sagesse » de Nos augustes Prédécesseurs, et qui, par la »» marche des temps, devaient s'adapter aux nou- »» veaux changements pour reproduire le majes- » tueux édifice qu'elles formaient autrefois.

n En procédant par cette voie, Nous en étions " venu à établir une représentation consultative de »♦ toutes les provinces, qui devait aider Notre gou- » vernement dans les travaux législatifs et dans n l'administration du pays, et Nous attendions que " la bonîé des résultats eût justifié l'expérience » que, les premiers. Nous faisions en Italie. Mais n puisque les Princes Nos voisins ont jugé que » leurs peuples étaient mûrs pour recevoir le bien- » fait d*une représentation, Nous ne voulons pas » tenir Nos peuples en moindre estime ni compter « moins sur leur reconnaissance, non pas envers " Notre humble personne^ pour laquelle Nous ne « demandons rien, mais vis-à-vis de l'Eglise et de « ce Siège Apostolique dont le Seigneur Nous » a commis les droits suprêmes et inviolables, y et dont la présence fut et sera toujours pour eux. » là source de tant de biens.

»♦ Et comme, dans Notre Souveraineté sa-

n crée, on ne peut séparer l'intérêt temporel de la

» pitospérîté intérieure et l'autre intérêt plus grave

^ « de l'indépendance politique du Chef de rÉglise,

» par laquelle s'est nâaiiitenue l'indépendance de

«cette partie de l'Italie^, non-seulement Nous ré-

» servons à Nous et à No^ successeurs la sanction

f^ suprêmeetlaprômulgationde toutes les lois qui

" seront délibéî'^s par les Conseils susdits, et le

» plein exercice de l'autorité souveraine sur les

>' points à l'égard desquels il n'est pas disposé par

"le présent acte; maïs Nous entendons encore

« maintenir Notre autorité entière dans les choses

» qui sont naturdleinent liées à la Religion et à

H la morale catholique. Nous le devons à la sé-

« curité de la Chrétienté tout entière, afin que,

V dans l'État de l'Église constitué sû\j% cette nou-

»» velle forme, la liberté et les droits de cette mêipe

" Église et du Saint-Siège ne souffrent aucijn

" amoindrissement, et que nul exemple ne viole

» jamais la sainteté de cette Religion que Nous

' *f avons obligation et mandat de prêcher à tout

» l'univers comme l'unique sj^mbole d'alliance de

« Dieu avec les hommes, comme l'unique gage de

»» cette bénédiélion céleste par laquelle^ vivent les

" États et fleurissent les nations (1). »»

En cédant après les autres Souverains, et quand la résistance était devenue tout à fait. impossible,

ii) TtUmhvH^ 4u Statut fondamental,

Eîé IX oédait moins qu'aucun d'eux. L'al't. !•' du Statut fondamental faisait du «< Sacré-CoIIége des »» Cardinaux, électeurs du Souverain Pontife , le H sénat inséparable de celui-ci. » Le Haut Conseil et le Conseil des Députés, institués pour la discussion et le vote des lois, étaient convoqués et proroges par le Souverain Pontife, qui se réservait encore la faculté de dissoudre le Conseil des Dépu* tés. Il se réservait la sanction des lois qu'il examinait en consistoire secret. D interdisait aux Conseils de jamais proposer aucune loi relative aux affaires ecclésiastiques ou mixtes, ou contraire aux canons ou à la discipline de TÉglise, ou tendant à changer ou à modifier le Statut fondamental . n leur interdisait toute discussion concernant les relations diplomatico-religieuses du Saint-Siège à Tétcanger. En leur laissant la discussion et le vote annuel du budget, il déclarait » approuvée n pour toujours et sanctionnée de plein droit » une dotation de six cent mille scudi, nécessaire pour letraitement du Souverain Pontife et du Sacré- CoU^e, pour les congrégations ecclésiastiques, pî)Ur subvention et entretien de la congrégation de la Propagande, pour le ministère des affaires extérieures, pour le corps diplomatique du Saint- Siège à l'étranger, et pour d'autres services qui ne devaient pas plus que ceux-là être exposés au caprice des deux Conseils, \jà. censutç préventive.

administrative ou politique, à l'égard de la presse, était remplacée par des mesures répressives. La censure ecclésiastique, établie parles lois canofiiques, était maintenue «jusqu'à ce que le Souve- » rain Pontife, de son autorité apostolique, y eût H pourvu par d'autres règlements. "

Tel était, dans ses dispositions les pkts imper* tantes, le Statut fondamental. Il faut rappeler sa date que ces dispositions ne rappellent guère : il est du 14 mars 1848. Quel autre Souverain eût osé octroyer en ces jours-là une semblable constitution!

A cette heure-là même, la plus agitée d'uti règne si agité, le Souverain Pontife, qui donnait une constitution à ses sujets, avait ses autres enfants présents à l'esprit et au Cœur. Notre révolution dn 24 février, qui protestait de son profond respect pour la Religion, n'entendait cependant la respecter que si la Religion s'abaissait à ht servir. Ému de ce danger de l'Église de FriEwice, Pie IX adressa ce Bref au Nonce ^apostolique :

*• Ce n'a pas été pour Nous une médiocre conso- •» lation d'apprendre par vos lettres au CardiftHl r Notre Secrétaire d'État, que le fidèle peuple de f^ Fmnce, dans les événements de la dernière ré- " volution, a généralement donné des témoignages »♦ de vénération et de dévouement envers Notre »» très-sainte Religion et le clergé. La joie deNoti'e n cœur n'a pas été moins grande, quand Nous

n avons su que le clergé, se souvenant de sa vocan tion et de son ministère, s'était appliqué de toutes n ses ferœs à concourir au maintien de la tranquil- " lité publique et à empêcher Teffusion du sang. " Dès que Nous avons reçu ces nouvelles, Nous » Nous sommes empressé de rendre à Dieu, dans » llxmnilité de Notre cœur, les plus vives actions » de grâces. Il Nous h été très-agréable a^ussi, Vén nérable Frère, d'apprendre par ces mêmes let*n très avec quelle prudence et quelle sagesse vous n avez répondu à ces écrivains qui, voulant défen- » dre la liberté de TÉglise sous le régime nouveau » de la France, auraient désiré discuter dans les n feuilles publiques de très-graves questions qui " appartiennent uniquement à Notre suprême au* " torlté et au jugement de ce Siège Apostolique. » Les Souverains Pontifes, à qui ont été divine- " ment commis le soin et la sollicitude de toutes les ^ Églises, n ont jamais négligé de se montrer, ^ selon les besoins des temps, les constants appuis " de la liberté de l'Église en France, et de lutter » contre les efforts de ceux qui la menaçaient de « quelque atteinte. C'est ainsi que Notre Prédé- »♦ cesseur, Pie VII^ d'heureuse mémoire, aussuôt » que les Articles Organiques eurent été prongfcl* " S^^x les condamna vaillamment avec la liberté et « le. courage apostolique dans tout ce qu'ils conte- « naient de contraire à la doctrine et aux lois de

» néglige: c'est ainsi que ce même Pontife et Nos « autres Prédécesseurs employèrent tout leurzèJe ♦» et tous leurs efforts à assurer la liberté de l'Eglise H et le bien spirituel de la France.

" Du reste, la discipline canonique, qui est ac- *^ tuellement en vigueur dans les Eglises de France, / « ainsi que l'organisation des choses ecclésias- » tiques dans ce pays, ne peuvent être changées » par quelque personne que ce soit, si ce n'est par » Je Souverain Pontife, Car nul autre que lui n'a j» une autorité universelle sur toutes le^ Eglises ff épiscopales et métropolitaines de cette nation " française; à nul autre qu'à lui il ne peut être " permis dé statuer siir les choses qui tiennent à » la discipline générale de l'Église, ou de déroger " à ce qui a été confirmé par ce Siège Apostolique.

w Quant à ce qui regarde les revêtis affectés " au culte divin et aux ministres sacrés, personne '» n'ignore que cette espèce de dotation n'est « qu'une compensation bien faîWe des immenses »î biens de l'Église qui furent aliénés dans ce pays »> au temps malheureux de l'ancienne révolution. » Renoncer à cette dotatior^ , ce serait jeter la Rel i- »» gion elle-même dans un giund danger, car ce " serait enlever au clergé le^ rcssouix-es qui lui »» sont indispensables pour exister et se nourrir, " attendu que dans plusieurs villes et dans h plu- » part des petites localitéa de Fmnce, la pauvreté

H des populations est telle, qu'il leur serait à peu n près imposeiUe de venir au seccmrs de l'Église »t et'de ses ministres. C'est pour cela que plusieurs " Évêques ont déjà tant de peine à conserver leurs » petits séminaires, ou qu'ils se trouvent dans » l'impuissance d'en fonder de nouveaux, malgré » le désir et l'extrême besoin qu'ils en auraient » pour étendre l'éducation de leur jeune clergé et •* augmenter le nombre de leurs prêtres. Il serait n donc extrêmement à craindre que la pauvreté du » clergé, dont les Églises de France ont déjà trop n à souffrir, ne fît encore que s'accroître au grand ** dé^ment de la Religion et des âmes. Quoi(]^e »• dans les États-Unis d'Amérique la foi catholique, " avec l'aide de Dieu, fasse chaque jour de nou- •• veaux progrès, elle y eût toutefois produit des » fruits bien plus abondants, s'il avait existé dans ** ces contrées un clergé indigène en rapport avec >* la multitude des populations et leurs besoins » spirituels : or, ce qui empêche encore le clergé d'y n être aussi nombreux qu'il le fiaudrait, c'est pré- » cisément le manque de ressources oiqx)rtunes et n suffisantes.

« Voilà ceque Nous avons cru devoir vous écrire, » Vénérable Frère ; vous en pourrez donner com- »» munication, selon que, dans votre prudence, » et devant le Seigneur, vous le jugerez opportun* » En vous adressant les éloges si bien mérités

»> par la manière distinguée dont vous remplissez » vos éminentes fonctions, Nous avons Ja con- H fiance que vous continuerez avec la même pru- » dence, le même zèle et la même sagesse, àavern tir et à exhorter particulièrement les ecclésias- » tiques, pour qu'ils considèrent sérieusement que H rÉglise, ainsi que le disait très-sagement Notre »» Prédécesseur saint Innocent h^, ne change pas w selon la mobilité des choses humaines^ et en w conséquence, pour qu'ils prennent bien garde ». qu'un zèle trop ardent ne les entraîne à des dé- » marches précipitées qui pourraient être un mal- »♦ àeur pour l'Église, et pour Nous un sujet d'afflic- » tion. Fidèle aux illustres exemples de Nos Pré- »» décesseurs et aux devoirs de Notre suprême » apostolat, Nous ne manquerons point, selon le »» temps et l'état des choses, de prendre toutes les " mesures que Nous reconnaîtrons devant Dieu ». devoir être les plus utiles à la sûreté de l'Eglise " et au salut spirituel de cette nation. Nous ne dou- « tons nullement que Nos Vénérables Frères les « Évêques de France, de qui Nous avons reçu tant » et de si éclatants témoignages de vénération » et d'attachement envers Nous et envers cette » Chaire de saint Pierre; que l'illustre clergé de » cette nation, que ce peuple fidèle qui s'est tou- " jours montré animé d'un amour particulier pour » la Religion Catholique, ne veuillent tous, avec

» un nouveau zèle, concourir par leur conduite à » iaire briller de plus en plus le culte et la splen- " deur de eeUte très-sainte Religion. Recevez enfin n comme gage de Notre bienveillance toute parti- ♦» cuUère envers vous, Vénérable Frère, la béné- » diction apostolique qui vient du fond de Notre " cœur, et que Nous vous donnons avec la plus " tendre affection.

»» JDonné à Rome, près Sainte-Marie-Majeurc, ♦> le 18 mars 1848, la seconde jnnée de Notre » Pontificat.

Ce n'est pas «i vain que la voix de notre Père s'est fait entendre. Au milieu de tant de ruines^ qui jonchaient le sol de la France, la Religion teule est restée debout en 1848 et dans les années qui ont suivi. Au milieu de tant de désordre matériel et morale au milieu de tant de crimes et d'attentats contre tous les droits, il y a eu sans doute bien des menaces contre la Religion, mais l'attitude de la France n'a pas permis qu'il y eût autre chose que des menaces. Nous n'avons bien su détènéft qu'EDe, mais nous avons su la défendre. Notre Saint-Père a reçu de nous cette consolation.

Quand il éUit ainsi attentif aux besoins de

l^Église de France, son cœur paternel était abreuvé d'amertunie. Milan et Venise ayant brisé violemment le lien qui les attachait à TAutriche, la guerre était engagéeavaht d'être déclarée entre TAutriche et la haute Italie. La, guerre qui éclate entre les peuples chrétiens fait toujours saigner le cœur de leur Père commun. Mais MSlan et Venise appelaient tous les Italiens à leur secours, ceux des États de l'Église aussi bien que les autres ^eè cela quand déjà le gouvernement pontifical ne p^i^yait plus contenir ceux qu'enflammait la fièvre révolutionnaire. Si du moins le Saint-Père avait pu se renfermer dans un système d'abstention absolue! Mais une telle politique, sage et chrétienne en d'autres eirccMistances, eût été ime trahison qmmd l'ardeur des combattants menaçait la neutralité des États pontificaux. La gueiré a ses entraînements qu'il faut prévoir. L'occupation de Ferrare était assez récente pour ne pouvoir pa^ encore être oubliée. LeSouVerain Pontifedevait pourvoir à la sûreté de ses frontières. Il lui ferlait prendre ies^ armes et se tenir prêt a se défendre. C'était à la fois une nécessité impérieuse et un immense périL

Pie IX décida Tenvei de dix-sept mille honMiafes pour protéger la frontière de l'État pontifical. Là révolution affecta de s'y méprendre, et organisa Hné nouvelle démonstration pour entraonc^ te

Saint -Père dans une guerre agressive contre une puissance catholique.

Le 23 mars, le peuple est convoqué au Colysée pour aviser aux moyens de sauver la patrie I Dans cette arène où les Martyrs avaient méprisé tous les intérêts de la terre et avaient, dans les plus horribles tourments, surmotité la nature pour s'élever à Dieu/ime étrange parodie allait être donnée en spectacle aux enfants des andens Ro-* mains, témoins de tant de spectacles héroïques. Un religieux, xm Bamabite, qui porte sur sa robe monacale les trois couleurs patriotiques, vient se poser au milieu de Tarène. H ose invoquer le grand nom de Pierre THermite et le grand souvenir des Croisades :

♦» Autrefois , quand les peuples de TOccident •» voulurent conquérir le sépulcre de Celui qui de » la Croix du Gfolgotha avait fait un piédestal à ♦» la liberté, ils arborèrent la Croix sur leur poi- " trine, et, sous Tétendard du Christ, ils s'élan- " cèrent sur TOrient! Leur causfe était juste! leur » cause était sainte!.*. Plus juste et plus sainte ♦» est la nôtre ! Aux armes !

n Rùmains ! l'Autrichien, cent fois plus barbare « que le MusuIbiûï), est à nos portes. Comme les »» Croises, arborons la Croix sur nos poitrines. Et « en avant sur rennemi ! car Dieu le veut!

n Celui-là n'est pas digne de s'appeler Romain;

»' qui, dans les temps où nous sommes, préférant »' ses affections et ses intérêts privés à Tintéret n général , resterait lâchement dans' ses foyers. " Celui-là n'est pas digne d'être le descendant des » maîtres du monde, l'héritier des victorieux du » Capitole, qui refuserait de vaincre ou de mourir » pour l'indépendance de l'Italie! Celle-là. n-est » pas digne d'être appelée Romaine et de donner »» des enfants à la patrie, qui retiendrait dans ses » bras ^on fiancé! Celle-là ne serait, pas digne n d'être mère, ou d'être bénie dans ses entrailles « fécondes, qui verserait des larmes sur le départ « de son fils ! Celle-là ne serait pas digne d'être la « fille héroïque des matrones romaines, qui capti- " verait par ses charmes le courage de son époux >» réclamé par la bataille !

" Romains ! vos ancêtres ont.conquis Je monde : « voulez-vous être dignes d'eux? Répondez ! »»

Jamais la multitude ne saura résister à de telles excitations. Ces apostrophes véhémentes du Père Gavazzi auraient suffi pour la jeter dans le délire de l'ivressai Cinq ou six autres tribuns lui succédèrent, et lui-même reprit deux fois Ja parole. Et il iinit par cette invitation sacrilège : « Devant • '» cette Croix symbolique , emblème de la liberté, » sur ce sol sanctifié par le sang des Saints et des '» Martyrs, jurons tous de ne rentrer dans Rome '» qu'après avoir éggrgé jusqu'au dernier des bar-

« iM^res! » Des milliers de mains se levèrent, des milliers de bouches osèrent le proférer, ce serment fratricide; car les 6ar6are« c'étaient des chrétiens, des catholiques, des enfants du Souverain Pontife, et ceux qui juraient de les égorger étaient ses enfants et ses sujets.

Cette foule insensée court auQuirinal, elle demande à grands cris le Saint-Père pour qu'il bénisse les drapeaux de l'indépendance italienne. Le Papeirefuse: » Ministre d'un Dieu de paix, dit-il» H je ne dois pas bénir les torches qui pourraient in-« » cendier l'Europe. " Quand on rapporte cette réponse à la foule, les clameurs redoublent, et on doit tout craindre de ces hommes que leurs passions possèdent et qui ne connaissent plus la raison. Pie IX consent à en admettre cinq auprès de lui. Ils entrent, et déjà la majesté du Pontife et la bonté empreinte sur son visage les a vaincus. Ils se prosternent devant le Pape qui vient à eux et leur demande : ««Vous partez donc demain , mes enfantin! ♦» — Oui, très-saint Père. — Savez-vous où vous " devez aller ? — Où nos chefs nous conduiront, très- »t saint Père.. — C'est fort bien, mes enfants; » mais il serait mieux d'apprendre par moi-même ♦' votre destination... Sachez donc que vous partez »» uniquement poir aller protéger les frontières de n nos États. Gardez-vous de les franchir, car en le » fiéiant, non-seulement voustransgresseiiez mes

"Ordres, liiids vous assumeriez sur les troupes " pontificales la responsabilité d'un rôle d agrès- « siôn, rôle qui, dans aucun cas^ ne saurait leur » convenir... Allez donc, mes enfants, mais n'allez « qu'aux frontières ; telle est ma volonté ! » Pms il bénit, non l'étendard aux trois couleurs, mais Ja bannière pontificale que portait un des délégués.

Quand ceux^îî rapportèrent à la foule la réponse du Pape, il y eut chez les plus ardents une explosion de colère. Mais l'attente avait lassé l'enthousiasme révolutionnaire d'un grand nombre, et ils se laissèrent gagner par les sentiments de ceux qui avaient vu et entendu le 1Saint-Père*

Cependant ceux qui avaient conçu la pensée d'entraîner le Pape dans une guerre agressive, n'y renonçaient point encore. En arrivant à Bologne, le 5 avril , le général Durando adressa aux troupes pontificales une proclamation dictée -sans doute par le P. Gavazzi qui Taccompagnait en s'intitulant aumônier de Tannée de ^indépendance. En lisïtht la fin de cette proclamation, on croît entendre encore le P. Gavazzi au Colysée :

« Radetzkî fait la guerre à la Croix du

»• Christ.

" Pie IX a béni vos épées réunies à celles de " Charles-Albert. *

» Vos épées doivent opérer l'extermination des »• enneinis de Dieu et de l'Italie, et de xîeux qui

« ont outragé Pie IX et profané les églises de » Mantoué et assassiné nos frères lombards. Cette n ffierre, de la civilisation contre la barbarie n'est « point THie guerre nationale , c'est une guerre " chrétienne.

*• Soldats! il convient dès lors et j'ai ordonné » que tous nous portassions sur lapoitrine la Croix n du Christ. Tous ceux qui appartiennent à 1 armée » à'opémiion la porteront sur le coeur, comme je le " fais moî^même.

♦» Avec la Croix et par elle, nous serons victo* « rieux ainsi que le furent nos pères. Que votre »» en de guerre soit : Dieu le veuti »

La protestation de Pie IX ne se fit pas attendre. Elle parut àsais la Gaaeite de Rome du 10 avril :

« Un ordre du jour adressé aux troupes, et daté «» de Bologne le 5 avril,, exprime des idées et des "Sentiments qu'il attribue au cœur et aux lèvres n de Sa Sainteté. Le Pape, quand il veut manifester n ses sentiments, parle lui-même et ne le fait ja- » mais par la bouche d'un subalterne. >*

Les révolutionnaires ne tân^nt pas comptede cette déclaration. Eux seuls connaissaient les véri« trf)les sentiments du Saint-Père qu'ils saluaient toujours comme le principal promoteur de la guerre; Les manifestations se succédaient, et la populace se présenta encore le 27 avril au Qmrinal pour imposer au Souverain Pontife le rappel officiel de soi^

- leo —

Nonce à Vienne. Pie IX déclara qu'on n arrache* lait jamais de lui une telle déclaration de guerre.

Dans le Consistoire secret du surlendemain, entouré du Sacré-Collége, il épancha son cœur. Il déjoua par son courage tous les pièges delà révolution. Auciine des impostures par lesquelles on trompait les peuples depuis d«ux ans ne pouvait plus subsister après ces déclarations solennelles tombées des lèvres du Vicaire de Jésus-Christ :

« Vénérables Fbères,

»' Plus d'une fois Nous Nous sommes élevé au " milieu de vous contre l'audace de quelques » hommes qui n'ont pas eu honte de faire à Nous " et à oe Siège Apostolique l'injure de dire que " Nous Nous sommes écarté non-seulement des M très-saintes institutions de Nos Prédécesseurs^ H mais encore (blasphème horrible f) de plus d'un •» point capital de la Doctrine de l'Église (1). Aju- « jourd'hui encore il ne manque pas de gens qui " parlent de Nous comme si Nous étions le princi- >? pal auteur des conimotions publiques qui, dans » ces derniers temps, ont troublé plusieurs pays ". d'Europe, et notamment l'Italie. Nous apprenons H en particulier, de» contrées allemandes de l'Eu- » rope, d'Autriche, que l'on y répand le bruit parmi

( 1 ) Le Saint-Père faisait ici allusion à ses allocutions consisteriales du 4 octobre et du 17 décembre 1847.

» le peuple que lePontife Romain , soit par des émisn saires, soit par d'autres machinations, a excité n les nations italiennes à provoquer de nouvelles t» révolutions politiques. Nous avons appris aussi » que quelques ennemis de la Religion Catholique » en ont pris occasion de soulever des sentiments de ^ vengeance dans les populations allemandes pour n les détacher de l'unité de ce Siège Apostolique.

» Certes, Nous n'avons aucun doute que les " peuples de l'Allemagne catholique et les Véné- " râbles Pasteurs qui les conduisent repousseront •» bien loin avec horreur ces criminelles excitations. « Toutefois, Nous croyons qu'il est de Notre devoir " de prévenir le scandale que les hommes inconn sidérés et trop simples pourraient en recevoir, » et de repousser la calomnie qui n'atteint pas n seulement Notre humble personne , mais dont " l'outrage remonte jusqu'au suprême apostoht »' dont Nous sommes investi et retombe sur ce « Siège Apostolique. Nos détracteurs, ne pouvant » produire aucune preuve des machinations qu'ils « Nous imputent, s'efforcent de rendre des soup- " çons sur les actes de l'administration temporelle n de Nos États. C'est pourquoi, pour leur enlever " jusqu'à ce prétexte de calomnie contre Nous , » Nous voulons aujourd'hui exposer clairement " et hautement devant vous l'origine et l'ensemble »» de tous ces faits.

" Vous n'ignorez pas, Vënérables Frères, qiie «déjà vers la fin du règne de Pie VU, Notre Pré- « décesseur, les principaux Souverains d'Europe <» insinuèrent ^u Siège ApostèBgpè le œnseil d'a- » dopter pourlô gouvernement des affaires-civiles » un mode d'administration plusfacile et conforme » aux désirs des laïques. Plus tard> en 183J, ces » conseils et ces vœux des Souverains furent plus »» solennellement exprimés dans le célèbre Mémon randum que les Empereurs d'Autriche et de »t Russie, les Rois des Français, de la Grande- » Bretagne et de Prusse crurent devoir envoyer à n Rome par les ambassadeurs. Dans cet écrit, il » fut question, entre autres choses, de la convo- « cation à Rome d'une Consulte d'Etat formée par » le concours de l'État Pontifical tout entier, d'une » nouvelle et large organisation des municipalités, " de l'établissement des Conseils provinciaux, n d'autres institutions également favorables à la « prospérité commune; de l'admission des laïques à » toutes les fonctions de l'administration publique w et de l'ordre judiciaire. Ces deux derniers points » étaient présentés conune des principes vitaux » de gouvernement. D'autres notes des mêmes jy ambassadeurs faisaient mention d'un plus ai^e « pardoii à accorder à tous ou à presque tous les « siyetfi pontificaux qui avaient trahi la foi à lem' » Souverain.

*> Personne n'ignore que quelques-unes de ces » réformes furent accomplies par le Pape Gré- » goire XVI, Notre Prédécesseur, que quelques f* autres furent promises dans des Édits rendus *v cette même année 1831, par son ordre. Cepenn dant ces bienfaits de Notre Prédécesseur ne sem- » Hèrentpas satisfaire pleinement aux vœuxties » Souverains, ni suffire à l'affermissement du bien- " être et de la tranquillité [dans Tétendue des •• États temporels du Saint-Siège.

n C'est pourquoi, dès le premier jour ou, par n un jugement impénétrable de Dieu, Nous fûmes n élevé à sa place; sans y être excité ni par les >» exhortations ni par les conseils de personne, » mais pressé par Notre ardent amour envers le ** peuple soumis à la domination temporelle de » rf^lise, Nous accordâmes un plus large pardon n à ceux qui s'étaient écartés de la fidélité due au « Gouvernement Pontifical, et Nous Nous hân tâmes de donner quelques institutions qui Nous « avaient paru devoir être favorables à laprospén rite de ce même peuple. Totis ces actes qui ont " marqué les pruniers jours de Notre Pontificat, n sont plein^nent conformes à ceux que les Sou- ^ verains d'Europe avaient surtout désirés.

» Lorsque, avec l'aide de Dieu, Nos pensées ont « eu reçu leur exécution. Nos sujets et les peuples n voisins ont paru si remplis de joie et Nous ont

» entoure de tant de témoigimgiBs ds reconnais- »' sance et de respect, que Nous avons dû Nous » eflforcer de contenir dans de justes bornes les » acclamations populaires, les applaudissements ♦♦ et les réunions trop enthousiastes de la popula- V tion dans cette Ville sainte. Elles sont encore »' connues de tous, Vénérables Frères, les paroles " de Notre Allocution, dans le Consistoire du 4 oc- »' tobre de l'année dernière , par lesquelles Nous " avons recommandé aux Souverains une pater- ♦• nelle bienveillance et des sentiments plus afFec- »' tueux envers leurs sujets, en même temps que » Nous exhortions de nouveau les peuples à la " fidélité et à l'obéissance envers les Princes. Nous " ayctns fait tout ce qui dépendait de Nous par " Nos avertissements et Nos exhortations, pour " -que tous, fermement attachés à iaDoctrine Ca- '^ tholiqua» fidèles observateurs des lois de Dieu »» et de rÉglise, ils s'appliquent au maintien de n la concorde mutuelle, de la tranquillité et de la " chaâté envers tous.

" Plût à Dieu que ce résultat désiré eût répondu " à Nos paternelles paroles et à Nos exhortations ! » Mais on connaît les commotions publiques des » peuples italiens dont Nous venons de parler; » on sait les événwnents qui s'étaient déjà accom- » plis, ou qui ont eu lieu depuis, soit en Italie, soit n iiofis de l'Italie. Si quelqu'un veut prétendre que

ces événements sont de quelque manière sortis des Mesures que Notre bienveillance et Notre affection Nous ont suggérées au commencement de Notre Pontificat, celui-là certes ne pourra en aucune façon Nous les imputer à crime, attendu que Nous n'avons fait que ce qui avait été jugé, par Nous comme par les Princes susnonmiés, utile à la prospérité de Nos sujets temporels. Quant à ceux qui, dans Nos propres Etats, ont abusé de Nos bienfaits, imitant l'exemple du diviji Prince des pasteurs, Nous leur pardon «ons ÛB toute Xolre âme, Nous les rappelons avec amour à tb plus saines pensées, et Nous supplions ardemment Dieu, Père des^ miséri- ► cordes, de di-ltïiirncr avec clémence de leurs têtes les châtiments qui attendent les ingrats*.

" Les peuples de l'Allemagne que Nous avons désignés né sauraient Nous accuser, si réellement il ne Nous a pas été possible de contenir l'ardeur de ceux de Nos sujets qui ont applaudi aux événements accomplis contre eux dans la ha«tejtàlie, et qui , enflammés d'un égal amour pour leur nationalité, sont allés défendre une cause commune à tous les peuples italiens. En effet, plusieurs autres Princes d'Eurcçe, soutenus par des forces militaires bien plus considérables que les Nôtres, n'ont pas pu eux-mêmes

tt résister aux rëvolntions qui, dans le même « temps, ont soulevé, ieurs peuples. Et n^n- H moins , dans cet état de choses, NoUs n'avons » pas donné d'autres ordres aux soldats envoyés à " Nos frontières , que de défendre l'intégrité et I» l'inviolabilité du territoire pontifical.

" Aujourd'hui toutefois, comme plusieurs'â^^an<^ » dent que, réuni aux peuples et aux au|ïfes Prin- »• €és de l'Italie, Nous déclarions la guerre à l'Au- " triche, Nous avons cru qu'il était de Notre devoir » de protester formellement et hautement dans " cette solennelle assemblée, contre une telle réso- " lution entièrement contraire à Nos pensées, '» attendu que malgré Notre indignité, Nous tenons w . sur la terre la place de Celui qui est l'auteur de n la paix, Tami de la charité, et que, fidèle aux » divines obligations de Notre suprême Apostolat, »♦ Nous embrassons tous les pays, tous les peuples, H toutes les nations dans un égal sentiment de H paternel amour. Que si, parmi Nos sujets, il en » est que l'exemple des autres Italiens entraînç» «par quel moyen veut-on que Nous puissions »» enchaîner leur ardeur?

n Mais ici Nous ne pouvons Nous empêdier de »» repousser à la face de toutes les nations les per- » fides assertions publiées dans les journaux et »» dans divers écrits par ceux qui voudraient que le- V Pontife Romain présidât h la <îonstitutioftd'ittiç

» no'ttTelle réptiblique formée de tous les peuples " dltalie. Bien plus, à cette occasion, Nous aver- » tissons et Nous exhortons vivement ces mêmes " peuples Italiens , par Tamour que Nous avons n pour eux , à se tenir soigneusement ea garde n contre ces conseils perfides et si funestes à TI- » talie, à s'attacher fortement à leurs Princes dont n ils ont éprouvé Taffection, et à ne jamais se * laisser détourner de l'obéissance qu'ils leur " doivent. Agir autrement, ce serait non-seule- « ment manquer au devoir , mais exposer l'Italie " au danger d'être déchirée par des discordes cha- " que jour plus vives et par des factions intes- " tines.

" Pour ce qui Nous concerne. Nous déclarerons » encore une fois que toutes les pensées, tous les " soins, tous les eiforts du Pontife Romain ne » tendent qu'à a^undir chaque jour davantage le »» Royaume de Jésus-Christ, qui est l'Eglise, et " non à reculer les limites de la souveraineté tem- » porelle dont la divine Providence a doté ce Saint- »» Siège pour la dignité et le libre exercice du su- " prême Apostolat. Ils tombent donc dans une n grande erreur, ceux qui pensent que l'ambition » d'une plus vaste étendue de puissance peut n séduire Notre cœur et Nous précipiter au milieu » du tumulte des armes. Oh! assurément, ce se- « rait une chose infiniment douce à Notre cœur

» paternel, s'il était donné à Notre intervention, à »» Nos soins et à Nos efforts, d-éteîndre le feu des " discordes, de rapprocher les esprits que divise »» la guerre, et de rétablir la paix entre les com- »♦ battants.

»' En même temps que Nous avons appris, avec « une grande consolation, qu en plusieurs pays de H l'Italie et hors de l'Italie, les fidèles Nos fils, au » milieu de ces révolutions, n'ont pas oublié le » respect qu'ils doivent aux choses saintes et à " leurs ministres. Notre âme a été vivement H affligée de savoir que ce respect n'a pas été éga- »t lement observé partout. Nous ne pouvons Nous »» empêcher de déplorer ici devant vous cette habi- H tude funeste qui se propage, surtout de nos jours, « de publier toutes sortes de libelles pernicieux « dans lesquels on fait une guerre acharnée à la »♦ sainteté de notre Religion et à la pureté des H mœurs , ou qui excitent aux troubles et aux »» discordes civiles, prêchent la spoliation des biens " de l'Église, attaquent ses droits les plus sacrés, " ou déchirent, par de fausses accusations, le nom « de tout honnête homme...

" Voilà, Vénérables Frères, ce que Nous avons »' cru devoir vous communiquer aujourd'hui. Il ne »» nous reste maintenant qu'à offrir ensemble, dans »» l'humilité de notre cœur, de continuelles et fer- « ventes prières au Dieu puissant et bon , pour

n qu'il daigne défendre sa sainte Église contre t toute adversité, nous regarder avec miséricorde « du haut de Sion, nous protéger, et ramener enfin » tous les Princes et tous les peuples aux senti- " ments si désirés de paix et de concorde! »»

La révolution ne pardonnera jamais à Pie IX la sainte hardiesse de ce langage. Un révolutionnaire écrivait, quatre jours après, à un journal ^nçais : « Ce qui a profondément ému, indigné n tout le monde, c'est cette profession de foi illi- «bérale, et je dirai presque anti-chrétienne... » Pie IX, à qui Ton a fait peur d'un schisme imaf* ginaire en Autriche, pourrait bien, par cet im- * prudent défi jeté à la cause libérale, provoquer » un schisme réel en Italie. Vous dire l'indignan tion , la fureur soulevée par cette allocution p fanatique, dont Grégoire XVI lui-même aurait f* hésité peut-être à prendre la responsabilité en » un pareil moment, serait chose impossible^.. » Cet homme, qui naguère était l'idole de son n peuple , pour lequel tous les Italiens auraient n Jbravé le martyre, a perdu, en quelques secondes, f toute sa popularité. Il y avût dans le Corso et » dans les rues principales de. Rome quarante à » cinquante n^lle hommes, et pas un m de : Vive. n Pie IX! n'est sorti de cette immense multitude. » — Il nous a trompés! s'écriaient avec indignai» tion les prêtres qui venaient de prêcher I4 croi-

» sade. n nous a ti^ahis! répétait Ciceruacchib les ♦. larmes aux yeux (1). »

Celui qui écrivait ces choses n'était pas seulement un écho de la rue. Allié aux chefs de la révolution> il était avec eux en permanence au palais Théodoli pour aviser ^ux moyens de renverser Pie IX et de se constituer en gouvernement provisoire à l'instar des gouvernants qui , depuis deux mois , traitaient la France en pays conquis. On résolut de répondre à l'Allocution pontificale par un vaste soulèvement populaire. Hélas! l'exécution n'était pas plus difficile que le Conseil. Les émeutiers se lèvent partout à l'appel de leurs chefs. Pie IX est accusé 3e parjure et de trahison, et la question du gouvernement provisoire est posée dans la rue> Mais c'était jeter trop tôt le masque; les chefs de clubs à qui plus rien n'était sacré, avaient mal jugé le peuple romain en le croyant semblable à eux-mêmes, et ils avaient failli provoquer une réaction en faveur du Saint-Père. Ils réduisirent leur programme pour le faire» accepter. M. Mamiani, haranguant le peuple du haut du balcon du palais Théodoli, annonce qu'on va proposer à Pie IX un ministère libéral, que les prêtres en seront exclus et seront exclus de toute fonction publique, que le premier iacte du ministère sera la

(1) Lettre de M. Fiorentino ( Rome, 3 mai ) insérée dans le Coniiitutionnel dn 13 mai.

réfutation de rAUocution, que la guerre va être aus^tôt déclarée à rAutriche, qu un bulletin offi<ciel de la guerre sera publié chaque jour, «t que le gouvernement encouragera, par tous moyens , Télan de la jeunesse déjà impatiente de chasser les barbares de l'Italie. Le peuple bat des mains à ce progriamme, et la garde civique l'adopte avec enthousiasme. Grossie de tous les émeutiers à qui elle ouvre ses rangs, elle s'établit en surveillance devant les pabûs des Cardinaux. Elle garde à vue le Cardinal Délia Genga. Son général en chef, le prince Rospigliosi, veut la rappeler à ses devoirs et délivrer, comme il en a reçu Tordre du Saint- Père, le Cardinal Bemetti retenu prisonnier dans le palais de la Chancellerie. Mais il voit son autorité méconnue; et c'est raison, puisqu'il tient son autorité du Souverain Pontife, et que ce n'est phi» le Souverain Pontife qui règne à Rome, mais la révolution. Un de ces hommes armés pour la défense àè l'ordre, tourne sa baïonnette contre la poitrine de son général.

Ciceruacchio arrive au palais Théodoli et pénètre au milieu des chefs assemblés. « Mort aux bar- » bares! s'écrie-t-îl en entrant, et vive la révolu- « tion ! » M. Mamiani cherche à le calmer : « Notre n cause est gagnée : ne la compromettons pas aux » yeux de l'Europe qui nous contemple. En révo- •^ lution, les sacrifices de sang fini^nt toujours

n par^e tourner contre les sacrificateurs, et ii est » tare que les bourreaux ne devienne&t pas à leur H t0ur le» victimes. Les excès produisent toujours '» la réaction. Il ny a qu'un moyen ^ rdpond M Cioeruacchio à M. Mamiani, do sauver la révo- ^îr lution et de délivrer Pie IX des ennemis qui « le perdent en ruinant la catise sacrée du peuple ; I* les prêtres.^ sont mis en travers de la liberté, n il faut les massacrèr pour que la liberté passe! •» — Est-ce votre opinionî — C est mon opinion . — n Et qui les tuera, ces prêtres? — Moi-même, si M la patrie l'ordonne ! — Vous-même ! vous pensas «donc pouvoir les tuer tous? — Tous, non; ce •» serait impossible. --^ Vous voyez donc bien que ^ vouSTCommettriez de& assassinats inutileSi. »»

Est-ce qu'il y a des assassinats inutiles pour la fureur altérée de sang? Est-ce que le meurtre est inutile à celui qui à âoif de vengeance? M. Sterbitii et ses complices avaient persuadé à Ciceruacchio, à Tofanelli, à Materazzi, à Carbonaretto, "â toute la populace qu'elle avait à se venger des prêtres. * Pouvaient-ils, après cela ,, invoquant les beaux conseils de prudence donnés à Ciceruacchio , se laver les mains devant le peuple, coname Pilate, et dire : Nous serons innocents du sang juste qui sera versé! Ce sang-là ne retombe pas seulement sur le peuple juif^t smrses enfants : il' retombe a«ssi sur Pilafle et sur sapostérité.

Mais Pie IX désarmé, impuissant, peut encore élever la voix pour défendre Thonneur des prêtres qu on insuke et qu'on outrage dans les rues de la Cité sainte et pour sauver leurs jours menacés. Le Souverain Pontife adresse cette proclamation à son peuple (1) :

«< Lorsque Dieu» par un admirable dessein , Nous » appela, malgré Notre indignité, à succédera " tant de Souverains Pontifes illustres par leur «^ sainteté, leur science, leur sagesse et leurs »» autres vertus. Nous sentîmes aussitôt Timpor- » tance, Timmanse poids et les très-graves diffif cultes de la grande charge qu'il Nous confiait; et n élevant vers lui les regards de Notre âme, Nous n le dirons tout haut, découragé et accablé, Nous " le suppliâmes de Nous assister par une abon* " dance extraordinaire de lumières et de grâces " de toute sorte. Nous n'ignorions pas la position, p sous tous les rapports difBdle , dans laquelle « Nous Nous trouvions, et qui Nous a fait croire H à un véritable miracle du Seigneur, si dans les « premiers mois de Notre Pontificat, Nous n'avons » pas succ(»nbé à la seule pensée de tant de maux n qui nous semblaient devoir user sensiblem^t «• Noti9 vie. Ce ne fut pas assez, pour calmer Nos » appréhensions, de toutes les démonstrations d'à-

(t) l« mai 1848.

«moiir que Nous prodiguait un peuple que Nous H avions toute raison de croire affectionné à «on »» propre Père et Souverain : et c'est pourquoi Nous » Nous mîmes avec une plus grande ardeur à im- » plorer le secours de Dieu par l'intercession de sa " Très-Sainte Mère, des saints Apôtres protec- » teurs de Remeet des autres bienheureux habi- » tantsduCiel. Dans <^s dispositions, Nous exanminâmes la droiture de Nos intentions, et en- » suite, après avoir pris conseil de quelques per- » sonnes, souvent de tous Nos Frères les Gardiw naux, Nous prîmes touteè les mesures relatives *♦ à rorga^isatioti de l'État, qui ont été successive- » ment appliquées jusqu'ici. Elles furentaccueillies »» avec une joie , avec des applaudissements que *> tout le monde connut, et qui furent une abon- •» dante récompense pour Notre cœur.

«» Cependant survenaient en Italie et dans près- ♦» que toute l'Europe ces grands événements qui, ♦» a3rant enflammé tous les esprits, firent conce- « voir le projet de faire de l'Italie une nation plus ** unie et plus compacte pour l'élever au niveau ♦f des puissances du premier ordre. Ce sentirait >» fit insurger une partie de rïtaliè impatiente de * s'affranchir. Les peuples coururent aux armes^ ♦♦ et e'e^t encore par les armes que la luttese » poursuit entre les combattants. Il ne fut mis *» aucun obstacle à l'élan d'une partie de Nos su-

n jets, qui se fonnèrent spontanément en corps " de milice. Organisés et commandés par des " chefs, ils reçurent l'ordre de s'arrêter aux fron- « Uj^es de TÉtat. Ces instructions étaient con-* ^ formes aux explications que Nous donnâmes aux *• représentants des nations étrangères , ainsi n quaux vives exhortations que Nous adressâmes » à ceux de ces militaires qui demandèrent à Nous « être présentés avant leur départ. Personne n'in gnore les paroles que Nous avons prononcées » dans Notre dernière allocution, et par lesquelles^ » Nous avcms fait connaître que Nous sommes n tout à fait éloigné de déclarer la guerre , mais n qu en même temps Nous sommes incapable d'en- » chaîner i'ardeur de cette partie de Nos sujets ff qui est animée du même esprit de nationalité f» que les ^tres Italiens. Et ici, Nous ne voulons ♦» pas vous laisser ignorer que, dans cette conjonc- *^ ture, Nous n'avons pas oublié les sollicitudes ♦» du^Eère et du Souverain : Nous ayons eu soin « de pourvoir, par les moyens que Nous avons ^ jfgé les plus efficaces, à la plus grande sûreté *i possiUe de ceux de Nos fils et de Nos sujets »» qui, sans Notre volonté, se trouvaient déjà^eX- » posés aux vicissitudes de la guerre. Les paroles » de l'Allocution que Nous venohs de rappeler, » ont produit une commoticm qui menace d'éclater » etï actes de violence et qui^ ne respectant pas

*«yw*-* <-<^*

n même les personnes, foulant aux pieds toute es- " jipce de droits, tente (grand Dieu! Notre cœur » se glace à cette pensée! ) de rougir les rues de la " capitale du monde catholique, du sang de véné- * n^les personnages, victimes innocentes dési- »» gnées à la fureur insensée de quelques malheu- « tg|x qui ne veulent plus entendre la voix de la » raison. Et voilà quelle récompense devait at* « tendre un Souverain Pontife pour les témoi- » gnages d'amour si multipliée qu'il a donnés à » son peuple! Popule meus, quidfeci tibif Omon n peuple que fai-jefait (1) î LéOS malheureux ! ils ne *» s'aperçoivent pas qu outre l'énorme ^rime dont » ils se souilleraient, et le scandale incalculable »' qu'ils donneraient au monde, ils ne feraient que H déshonorer la cause qu^ils prétendent soutenir, n en remplissant Rome , rÉtat et l'Italie tout en- » tière d'une suite infinie de malheurs! Et dans un n cas pareil (que Dieu en éloigne la possibilité!) H saurait-elle rester oisive dans Nos. main», la « puissance spirituelle que Dieu Nous a donnée? » Que tous le sachent bien une fcis, que Nous sen-i » tons la grandeur de Notre dignité et la force de ;» Notre pouvoir.

" Seigneur, sauvez votre ville de Rome de tant n de malheurs! Éclairez ceux qui ne veulent pas

(I) MicH., VI, 3.

» écouter la voix de votre Vicaire, ramenaz-les n tous à de plus tsages pensées, afin que, soumis » à Celui' qui les gouverne, ils passent des jours n moins malheureux dans Texercioe des devoirs n de bons Chrétiens, sans leâqtiels devoirs on ne •• peut être ni bon sujet ni bon citoyen. »

Mais la voix du samt Pontife était déjà la voix de celui qui crie dans le désert. MM. Mamiani, Sterbini, Fiorentino et le duc de Rignano vont signifier aux ministres Tultimatum du peuple : ils réclament la démission du Cardinal Antonelli, la sécularisation entière du ministère, le renvoi de l'ambassadeur d'Autriche et une solennelle déclaration de guerre insérée dans la Gazette officielle! Les ministres qui avaiient précédemment donné tous leur détmssion et Tavaient reprise au mo^ ment du danger, demandent un délai de deux jours et déclarent qu'ils resteront ou se retireront tous ensemble, que la retraite du Cardinal Antonelli entraînera celle de tout le ministère. En même temps, le Père Ventura, le comte Amari, le baron Pisani, députés des patriotes Siciliens, MM. Thomas Azzoni et Albert Quinterio, députés des patriotes Lombards , MM. Delfin Bol<k et Castelkni, doutés des patriotes Vénitiens, remettent au Souverain Pontife tme adresse impérative où, redressant Terreur du Pasteur suprême, ils a|Sn»enjti ^ue lePère commun de tous les Chré-

lieh|peut faire la gueri-e à un peuple CatboUgtie, et jjfii^l doU k faire à TAutriehe* Et comme le Saint-Père ne se rend pas, M. Fiorentino lance un libelle qui conclut à la déchéance du Pape : « Puis- » que Pie IX ne peut pas sauver les Italiens, les »» Italiens doivent se sauver sans lui ! h

La révolution n'a pas setflement usurpé le pouvoir. Elle tient le Souverain Pontife prisonnier au Quirinal. Cependant le bruit se répaud qm Pie IX a trompé la surveillance de ses gardiens, et qu'il s apprê^te à quitter Rome. On doirible partout les postes, et on ordonne aux troupes d'arrêter la voiture pontificale, si le Pape ose tenter de sortir de la ville.

Mais le crime qui doit. faire. reculer le Pape d'hoireur n'est pas encore coijamis, et Pie IX, en pnévoyant bien qu'un jour viendra où il sera réduit à fuir, veut encore demeurer. Il mande auprès de luiie Cvdinal Altieri, président de Rome et de la Cpmarque, et demande à son dévouement d'accepter le ministère. Le Cardinal accepte sans hésiter un seul instant, mais non toutefois sans dire au Saint-Père : « Je crains que l'impopularité de " mon nom soit un obstacle a l'œuvre de concilia^ »' tion que Votre Sainteté veut entreprendre. N'a - « t-on pa^ d'ailleurs, exclu tous les prêtres du »» ministère? — Je vais faire venir le comte Ma-

miani, répond Pi^ IX, et nous l'entendrons, n

Le comte Mamiani appelé au Quirinal pour faire partie du ministère se déclare fort honoré d'avoir le Cardinal pour collègue , et s engage à lui rallier dans la soirée toutes les opinions. C'était trop présumer de la complaisance et de la docilité de ses amis. Il est obligé, le lendemain matin ) d'écrire au Cardinal Antonelli pour dégager sa parole. A la place duCaidinal Âltieri, leCardinal Ciacchi, le moins impopulaire des Cardinaux, depuis sa protestation comme Légat contre l'occupation de Ferrare, est nommé Président du Conseil des ministres, et jusqu'à son arrivée, le Cardinal Orioli est chargé de Vinterim. Le comte Mamiani est ministre de l'intérieur, le comte Jean Marchetti ministre des affaires étrangères séculières (les affaires ecclésiastiques demeurant réservées au Cardinal Président du Conseil), le consulteur Pascal de Rossi ministre de grâce et de justice, le consulteur Lunati ministre des finances, le prince D. Philippe Doria Pamphili ministre de la guerre » le duc de Rignano ministre du commerce et des travaux puUics, et l'avocat Joseph Galetti ministre de la police (1).

La révolution était-elle satisfaite ! Non : quoi qu'elle obtienne, pour elle, ce n'est jamais assez. La révolution n'est au fond que le déchaînement

(1^4 mai 1848.

de toutes- les. convoitises et de toutes les passions : les eonvoitises sont insatiables, et les passions iie peuvent pas être assouvies. C'est Téternel enn&- . mi qui n'accorde àia société ni grâce ni trêve : il faut le terrasser et l'enchaîner pour jouir de quel* que repos. Où était la force de Pie IX, pour le pouvoir faire? La lutte ne devait même pas s'interrompre un seul instant, La révolution s'était donné la mission d'arracher à Pie IX des concessions équivalant à une abdication véritable. On aurait bien pu lui arracher la vie, mais Pie IX avait résolu de ne jamais rien abandonner des droits sacrés de Roi et de Pontife, dont il est le dépositaire.

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