‹ Pie IXChapitre 8 sur 22 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Pie IX règne et le comte Mamiani gouTerne. ^- Le nom du P. Yico sur la liste du Conseil d'État. — La question de la guerre. — La politique traditionnelle du Sdnt-Siége. — Exemple tiré de llûstoire de Pie VII. — Discours du Cardinal Altieri à Fouverture des deux Conseils. — Programme du comte Mamiani, opposé à celui de Pie IX et présenté au nom de Pie IX. — Réponse de Pie IX à la députation du Conseil des députés. — Défiûllance des volontaires de Tarmée de Tindépendance. — Circulaire de M. Mamiani. < — Prise de Yicence par les Autrichiens. — Occupation de Ferraïe par les Autrichiens. — M. Mamiani somme le Saint^Père d'user contre eux de ses armes spirituelles. — Le Cardinal Soglia proteste, au nom de Pie IX, contre l'ocoupafîon de Ferrare.— Protestations de Pie IX adressées aux deux Conseils. — Crise ministérielle. — Meurtre de l'abbé Ximenès. — Le ministère réjouit Rome par la fausse nouvelle d'une victoire de Charles -Albert. — Il tombe du pouvoir. — Ministère Fabri. — Pie IX met fin à l'occupation autrichienne. — Prorogation du Conseil des députés. — Discours de Pie IX au couvent de la Congrégation des Clercs réguliers de la Mère de Dieu. — Union du spirituel et du temporel. — Mort héroïque de Mgr Afiire. — Bref de Pie IX aux Vicaires capitulaires de l'Église de Paris. — Ses paroles dans le Consistoire secret du 11 septembre. — Ministère Rofisi. — Vicissitudes de l'existence du comte Rossi. — Difficultés que sa qualité de Français oppose à son acceptation. — ' Projets de M. Rossi* — Là révolution le condamne à mort. — M. Sterbini prépare l'opinion publique à supporter ceerime. — Répétition de l'assassinat dans la sidle de speetade de Capranica. — Délibération des ministres sur lea

mesures d'ordre à prendre pour l'ouverture des Chambres. . — Avertissement donné an comte Rossi par la duchesse de Rignano. — Autres avertissements. — Dernière visite au Saint -Père. — Avertissement donné par Mgr Morini. — Assassinat. — Le cadavre du comte Bossi soustrait aux outrages de ses assassins. — Indifférence du Conseil des députés. — Le» membres du corps diplomatique protestent en se retirant. — Réjouissances démocratiques à l'occasion de l'assassinat. — Insulte à la -douleur de la famille Kossi. ^- Joumée du 16 novembre. ^ Programme de la démocratie.

— Pie IX assiéger dans le Quirinal. — Il est entouré des membres du c(»ps diplomatique. — Les étudiants de la Sapience et M. Charles Bonaparte, prince de Canino. -^ Trahison de la garde civique, des troupes de. ligne et jdes carabiniers. — Lâjche perfidie de quinze officiers de la garde civique. -^Intrépidité du capitaine des Suisses. — Le feu mis à ime porte du Quirinal. — Meurtre de Mgr Palma. — .Gouvernement provisoire. — Ministère Galetti. — Protestation du Souverain-Pontife. — ïicenciement des Suisses. — Aurore boréale. — Précieuse relique de Pie VI envoyée à Pie IX par l'Évêque de Valence. — Pie IX se décide à quitter Rome. — Le ministre de Bavièrç, la comtesse de Spaur et l'ambassadeur de Prahce aident Pie ÏX dans sa retraite.

— Arrivée au môle de Gaete. — Lettre dç Pie IX au Roi des Denx-Siciles. — L'auberge du Jardin à Gaëte. — Protestation solennelle de Pie IX. — Arrivée du comte de Spaur à Naples. *— Départ du Roi. — Entrevue de Pie IX et de Ferdinand IL— Prière de Pie IX, à la chapelle de la Trinité*

La divine Sagesse nous enseigne que tout royaume divisé contre lui-même périra (1)« Mais la politique moderne. a d'autres maximes. Elle

(1) M Oame rogumn divitum oontra se, desolabitur* *t

assure la durée des royaamies sur leurs divisions. Pour mettre les dynasties royales à l'abri de ce vent de révolution qui désole le monde depuis trois quarts de siècle, elle divise le règne et le gouvernement. Elle affaiblit par là celui qui gouverne et celui qui règne, et elle fait du premier rallié de la révolution contre le second. Nous avons vu, au^jour des tempêtes populaires, ce que valent ^s divisions ingénieuses, et combien est courte la prudence de ceux qui prétendent régler la révolution et lui dire ce que Dieu seul peut dire à la mer déchaînée : Tu n'iras pas plus loin. La révolution renverse ces digues de saWe qu'on appelle les fictions constitutionnelles, et elle em-* porte jusqu'à ceux qui lui avaient opposé ces fragiles obstacles.

Lavénement du nouveau ministère réalisait l'idéal de cette politique. Il n'était pas au pouvoir pour son propre compte, mais pour eelxii de la révolution, obligé de la servir au dedans et de faire au dehors la guerre à l'Autriche. A l'intérieur et à l'extérieur, sa tâche était de ruiner les intérêts les plus chers au cœur du Souverain Pontife. Et cependant Pie IX n'était pas encore détrôné*

Le choix des membres du Haut Conseil et celui des membres du Conseil d*État, SQumis dès les pre* miers iours à sa signature, furent l'occasion d'une

lutte entre le Souverain Pontife et les ministres qui gouvernaient en. son nom. Le Saint-Père corrigea les listes qui lui étaient plutôt imposées que proposées. Voyant que la seconde de ces listes , commençait par le nom du P. Vico, Jésuite et savantastronome qui avait quitté Rome avec tous ses frères et s'était réfugié en Angleterre, Pie IX devina le piège qui était tendu à sa candeur et à sa piété : « Je devine vos intentions. Vous voulez " faire figurer le nom du P. Vico parmi ceux des « Conseillers d'État, pour qu'on ne croie pas que " les Jésuites sont persécutés à Rome,^ulls en »' sont bannis. Je ne me prêterai pas à cette super- " chérie, « Et, d'un trait de plume, le Pape effaça le mensonge qu'on voulait hii faire signer.

Mais c'était sur la question de la guerre contre l'Autriche, qui passionnait alors tous les esprits, que devait éclater le dissentiment profond qui divisait le Souverain Pontife et le ministère.

La politique de Pie IX était la politique traditionnelle du Saint-Siège. Quarante ans auparavant, le 2 avril 1808, un décret du maître du monde d^ouillait Pie VII des quatre provinces d'Urbin, d'Ancone, deMacerata et de Camerino, parce que, dit l'un des considérants du décret, « le Souverain actuel de Rome a constamment re- " fusé de faire la guerre aux Anglais, et de se » coaliser, avec les Rois d'Italie et de Naples pour

V la défense de la presqu'île d'Italie; que la dona- » tion de Charlemagne, notre illustre prédéces- »♦ seur, des pays composant TÉtat du Pape, fut »» faite au profit de la Chrétienté, et non à Tavan- « tage des ennemis de notre sainte Religion. ... « En protestant contre la spoliation. Pie VII, bien loin de repousser ce reproche étrange, s'attachait à le mériter de plus en plus. Il rappelait « que « son caract^ sacré de ministre de paix, comme " tenant la place du Dieu de paix; que sa quan lité de Chef de la Religion, de Pasteur univer- » sel et de Père commun de tous les fidèles; que » les saintes lois de la justice dont il devait être « le gardien et le vengeur, étant le représentant >' de ce Dieu qui en est la source, ne lui permet- « taient pas d'entrer dans un système permanent « de guerre, et beaucoup moins de la déclarer, n sans aucun motif, au gouvernement brïtan- » nique, dont il n'avait pas reçu la moindre off* fense; — qu'il avait conjuré Sa Majesté de » considérer que, n'ayant point et ne devant point n avoir d ennejTiî-^, étant Vicaire de Jésus-Christ n qui est Tenu au monde, non pour fomenter, t' mai?i pour détruire les inimitiés, il ne pouvait '> s engîi^^tir u perpétuité, pour lui et pour ses » Successeurs, comme l'empereur le voulait, à " faiï« la guerre pour les intérêts d'autrui ; — »' qu*il avait aussi fait observer les^ dommage^

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» incalculables qu'aurait eu àsouiTrir la Rdi^on/ " sll était entré dans un système de fédération » perpétuelle; qu'il avait représenté qu'il nepèù- »' vait s exposer, pour la coalitiop proposée, à » devenir ennemi de tous les Souverains, même « non catholiques, et s'obliger à déclarer la » gueire, sans blesser son honneur, sans éncou- ».rir la haine universelle, sans trahir ses devoirs »♦ |Bt sa conscience; mais que toute» les repréaen- ♦♦ Jatjons et toutes les raisons exposées tant de » fok à Sa Majesté , avec upe douceur paternelle, . V n'awént jamais été écoutées (1). »» - - Fidèle 'à cette tradition des Pontifes qui l'avaient précédé sur la Chaire de saint Pier^, non niQttfits que docile aux inspirations de son propre cœur , Pie IX repoussait avec la même fermeté 'iiiébranlablè les vœux, trop semblables à des menaces, du Sénat romain qui voulait lui faire déclarer la guerre, non plus à une puissance hérétique, mais à un peuple profondément catholique. Avec Un calme, une sérénité, une.fierté de langage

(\y Xettre du Cardinal Jules Gabrielli au chevalier Albertî, chaif'gé d'afiaires du royaume d'Italie. Idiufti 1808*

Le Cardinal Gabrielli ne fut que trois mois (2)3' mars-17 juîii) Pro-Secrétaire d'État. La protestation si ferme et si modérée que je viens de reproduire, et une autre qui avait précédé, contre l'emprisonnement du gouverneur de Rome, Cavaldanî,. valurent au Cardinal Gabri^Ui la gloire d'être mis en prison {fOur crime âe fidélité, U fut rdn^lacé par le Cardinal Pacea.

que le nmHi«]fei^#6 teqqps ne semblait pas comporter, S lépoadait i: ces rebelies qui n avaient peutêtre pas^eonscience de l'être, mais qui osaient prescrire une politique à leur Souverain, ** que la » mission du Sénat romain n'était pas de s'oocuper » de propositions de guerre; que les désordres, ** les scandales, tous les maux qu'on avait à dé- " plorer venaient précisément de ce que chacun *> ne se renfermait pas dans les limites de ses » attributions; qu'il maintenait inébranlable la » déclaration qu'il avait faite, après l'avoir pru- « demment et mûrement pesée; qu'il voyait trèsn bien qu'on cherchait à se servir de lui comme «• d'un instrument pour arriver aux fins que se » proposent les agitateurs de l'Italie, lesquels, « après avoir atteint leur but, n'auraient rien de H plus pressé que de le mettre de côté ; que depuis " longtemps on caressait l'id^ d'wilever au Sou- ^ \*erain Pontife son domaine tanporel; que si on ** avait l'audace de le lui ravir, iljetterait au monde ,»• ses protestations formelles et solennelles. »• Il ajouta « qu'on incriminait ses paroles comme « condamnant implicitement la guerre de l'indé- »» pehdance italienne, mais qu'il protestait contre " une pareille interprétati&n, car il avait dît seu- ." lement qu'il ne voulait pas la faire et qu'il n'a- " vait pas la puissance d'empêcher l'élan àè ses ^ sujets; que déclarer la guerre est une préroga

•» tive spéciale de la souveraineté, et qu'il a'en- •• tendait la céder à personne, que par conséquent n l'adresse qu'on lui présentait se réduisait à une •> proposition d'abdication pure et single à laquelle >> il^ne consentirait jamais. »

Un an plus tard, Pie IX, au milieu de l'assemblée des Cardinaux, pouvait se rendreà lui-même

^3e témoignage : « Un cri de ^erre éclata

« tout à coup dans l'Italie entière : une partie de » Nos sujets s'en émut et courut aux armes, et •» voulut, malgré Notre volonté, passer les fron- » tières de l'État Pontifical. Vous savez, Véné- »♦ rables Frères, comment, remplissant Nos de- »• voirs de Souverain Pontife et de Prince, Nous »♦ avons résisté aux injustes désirs de ceux qui H prétendaient Nous entraîner à faire cette guerre, « et qui demandaient que Nous envoyassions au H combat, c'est-à-dire à une mort certaine, une "jeunesse inexpérimentée^ recrutée tout d'un » coup, sans aucune habitude de l'art militaire, " sans discipline , et privée de chefs capables et « àe subsides de guerre. Et on Nous demandait » cela, à Nous qui, élevé malgré Notre indignité, » et par un impénétrable dessein de la Providence, « au faîte de la dignité apostolique, à Nous qui, » tenant la place de Notre-Seigneur Jésus-Christ « sur cette terre, avons reçu de Dieu, auteur de la ** paix «t ami de la charité, la mission d'embrasser

n dans régale tendresse de Notre paternel amour » tous les peuples, toutes les nations, toutes les » races, de pourvoir de toutes Nos forces au salut n de tous, et de ne jamais appeler les hommes au n carnage et à la morti Que si chaque Prince ne » peut jamais entreprendre la guerre sans de « légitimes motifs, qui donc sera assez privé » de jugement et de raison pour ne pas voir " ouvertement que Tunivers cathdique exige n du Pontife Romain , à bien meilleur titre , » une bien plus éclatante justice et des causes t* bien plus graves, lorsqu'il voit ce Pontife n lui-même déclarer la guerre? C'est pourquoi, » dans Notre allocution prononcée en votre prén sence le 29 avril de Tan passé, Nous avons dét* claré publiquement que Nous étions complète- » ment étranger à cette guerre. Et dans ce même » temps Nous avons répudié et rejeté le rôle qui H Nous était insidieusement offert, tant de vive » voix que par écrit, et qui était aussi injurieux 1 à Notre Pwsonne que pernicieux à l'Italie, et " qui était de. présider au gouvernement de la ré- *f publique ifeilienne. C'esà ainsi que Nous avons «pris soin, par une singulière miséricorde de ?» Dieu, d'accomplir la charge que Dieu lui-même •• Nous a imposée, de parler, d'avertir et d'exhor- « ter; et NoiM avons la confiance qu'on ne pourra „ pas Nous adresser comme un reproche la parde

» dlsaie : Malheur é mai, parce que je me suis n tu (1) ! Plût à Pieuqu'àNos discours, à Nos aver- » tissements, à Nos exhortations paternelles^ tovts » Nos fils eussent prêté Toreille (2)! ♦»

Mais de tous les sujets du Souyemin Pontife, sfes propres ministres étaient les. plus sourds à sia voix.-

Le 4 juin, veille du jour fixé pour l'oùvertuiiB des deux Conseils, trois ministres , le comte Mamiani , le duc de Rignano et M. l^ix^ , se présentèrent chez le Cardinal Altieri que le Saint-Père avait.ehargé d'ouvrir en son nom tes deux Conseils. « Éminence, lui dirent-ils, nous » venons prendre connaissance du discours que }f vous devez prononcier demain. — A quel titre 1 »» demande le Cardinal. — A titre de ministres »» responsables: »» Le Cardinal ne voulant "pas contester, leur reiiiet son discours manuscrit. Le discours est parcouru, puis rejeté avec colère : « La trahison est manifeste! Il nous est imn possible de marcher avec Pie IX : à partir de » ce moment nous ne sommes plus mûpistres. — »* Messieurs , vous- êtes tout à fait. libres, leur »» répond fièrement le Cardinal. Mais je dois pro- »» tester contre les termes offensants dont vous

.{t).VI,5.

(2) ÀUwMtian prononcée dans le Consistoire secret de Gaëte, le 20a«HM849. *

n venez de vous servir en parlant du Saint-Père. » Il se peut qu'il y ait en effet trahison, et même "je le crains. Mai9:à coup sûr elle n'est ni dans » les actes ni dans les intentions du Souverain- *» Pontife. H Après leur avoir fait remarquer qu'une démission donnée dans de telles^ circonstances serait l'acte de mauvais citoyens , puisqu'une révolution en était la suite probable', lé Cardinal Âltieri les salua.

Le lendemain ses trois visiteurs et leurs collègues l'accompagnaient comme ministres, quand il se rendit dans la salle du palais de la Chancellerie où étaient réunis les deux Conseils. Le souvenir des pannes violentes que le comte Mamiani avait fait entendre fo veiHe, ne put altérer son calme et sa fermeté quand il dit au nom du Saint-Père :

•* Messieurs du Haut Conseil, Messieurs les «députés,

« Sa Sainteté m'envoie vers vous, chargé de t'a- » agréable et flatteuse mission d'ouvrir en son nom n les deux Conseils législatifs.

n Le Saint-Père veut en même temps que je vous » exprime combien un tel acte de sa souveraineté »' satisfait son cœur par la confiance qu'il a de voir «améliorer, avec votre concours, le système du »» gouvernement public.

" n se réjouit avec vous et il rend grâces à Dieu n de ce qu'il a pu parvenir à introduire dans ses

» £tat%ce&fonne3 politiques que réckmai^it les » exigences des temps et qui sont eonciliables «> avec la nature de son gouyernement pontifical. « Maintenant c'est à vous, messieurs, qu'il appar- »♦ tient de faire ressortir des nouvelles institutions •* tout le bien que Sa Sainteté avait en vue en » vous les accordant.

« Le Saint-Père ne cessera deprier TAuteur de " toutes lumières pour qu'il répande dans vos es- . «prits la vraie sagesse, et pour que les institutions » et les lois auxquelles vous aurez à travailler, » soient empreintes de cet esprit de justice et de ". religion, solide et véritable fondement de toute « liberté, de toute stabilité , de tout progrès.

n Le Saint-Père a chargé ses ministres de vous n instruire et de vous n^ettre au courant de ce qui » concerne principalement l'état de notre légis- " lation et de notre administration ; il les a chart gés d'une manière particulière de vous faire con- '» naître la situ^ticMi du trésw public, afin de preh- »» dre les mesures les plus propres à l'améliorer, H en imposant le moins de charges possible à la *> pc^lation.

n U a, en outre, ordonné à ses ministres de vous »» présenter prodiainement les projets Âe loi que " le Statut fondamental promet.

» Le Saint-Père recommande à votre fidélité et »• à vos sollicitudes incessantes l'ordre et la con-

•^ OOTdeintërietiie. Avec elle, messieurs, la liberté n toomera à Tavantage de tous ; avec elle se dëve- » k^peront les bonnes lois, les larges réformes et » les sages institutions. Instruits par une longue et n douloureuse expérience, défenseurs de la sainte - Religion qui a son siège dans cette cité, vous » aurez lieu d espérer qu'aucune sorte de biens ne ** vous sera refusée de Dieu pour que vous puissiez •• mieux rivaliser de gloire avec vos aïeux. »

C'était là le progrunme d'une politique d'apaisement. Mais le ministère n'y pouvait point reconnaître sa propre politique. Quatre jours après, le Conseil des députés s'étant assemblé au palais de la Chancellerie pour commencer ses travaux, le comte Mamiani, accompagné de quatre dé ses collègues, y vint opposer son propre programme à celui du Saint-Père. Il osa cependant invoquer le nom et l'autorité du Souverain Pontife pour annoncer que le Père commun de tous les fidèles, retranché dans les hautes régions de son autorité q>irituelle, dans la sjdière sereine du dogme où il régnait paisiblement et d'où il distribuait au monde le pain de la parole divine, priant, bénissant et pardonnant, ABANDONNArràla sagesse des députés le soin de pourvoir à la plus grande partie des affaires temporelles. Nous avons revu récemment cette théorie qui place dès cette vie le Pape diins les régions célestes .pour lui soustraire le gouver-

nemetit des choses dici-bas. Mais cette dernière fois du moins la théorie aifeetait ta forme de con^ seils respectueux donnés au Saint-Père. EIlî ne parlait pas au nom^ de Pie IX, elle ne déclamit pâ,^ l'abandon spontané des droits et des devoirs de la Souveraineté temporelle, ç'èst-à-dire labdication du Roi des Étaté dé l'Église.

Après^avoir prêté à PielX, sur la politique intérieure, des sentiments si contraires à ses sentiments yéritables, venant aux affaires extérieures, le comte Mamiani osait ajouter :

»» Vous n'ignorez pas, messieurs, comment, » pour nous conformer à la sollicitvde paternelle »' de Sa Sainteté, nous avons confié au Roi Char- » les-Albert le commandement immédiat de nos »» troupes et de nos volontaires, et les avons placés »♦ sous sa sauvegarde, tout en réservant au Souve- H rain Pontile et à son gouvernement les droits et ^ »♦ les prérogatives qu'exigent sa dignité et la nôtre , " ainsi que vous pourrez en juger d'après les ter- » mes de la convention, dès que vous en aurez pris » connaissance. Du reste, à peine pouvons-nous H dire que nous ayons dignement secondé l'ardeur » impatiente de nos cités.

^♦ Il y a dans l'histoire des peuples de ces mon ments suprêmes, dans lesquels l'esprit national « les envahit et les remue si profondément, qu^ ^ nonnseulement toute farce résistante et antago-

n niste est brisée, mais^ qu'elle devient même un » stimulant de l'action contraire.

n Alors une seule pensée s empare des esprits, » un seul sentiment brûle dans tous les cœurs, H et cette unanimité si soudaine, si vive, si féconde « en merveilles, paraît en quelque sorte, à ceux- ^ là mêmes qui y participent, tenir du prodige , et> H poussés par un enthousiasme sacré, ils jettent H ce cri si puissant et adoptent cette noble devise : « Dieu le veut I

»» Le Souverain Pontife, témoin d'un de ces " mouvements irrt?sir?tibles, mais en raison de son " mîniâlàre sacré, ayant horreur de la guerre et ■ du mj\g, a eu l'idife, digne d un cœur aposto- " lique et à îa fois italien, de s'interposer entre ' les combattants et de faire comprendrejauxenne- " mirt de notre commune patrie la cruauté et Finu- « tilitt^ de leurs' eiftuts pour priver les Italiens de H leurs frontières naturelles ou pour les empêcher " de former désormais, dans l'unité et la concorde, H une seule et grande famille. Dès que le ministère »♦ a été instrtdt^ cette démarche de Sa Sainteté, » il s'est empressé de lui en témoigner sa -recon- " naissance... (1). •♦

(1) Voici cette. lettre que sa date (3 mai 1848) explique assez. Le comte Mamiani n'a rien dit de tro^ quand il en a loué l'ii^- ^iration apostolique. Le Saint-Père prêche la paix et la copoorde à léi jwiiants allemands et à ses enfants italiens. Maii y

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-La révolution applauclit dans ce. discours son propre programme. L'immense majorité du- pays, qui ne se sentait aucun goût pour les institutions nouvelles que le malheur et noii le besoin des temps avait imposées à l'État Romain, n'avait

a-t-il dans la lettre un seul mot qui autorise la corrélation qiie ses ministres prétendent établir entre la demande du ]?ape auprès de TEmpereur et le renvoi à M. de Lutzow, am» bftssadeur d'Autriche, de ses passe-ports? En lisant cette lettre toute paternelle, peut-on prévoir que si les conseils de Pie IX ne sont pas suivis, ses ministres vont j>lacer les troupes pontiiîçales et les volontaires^ des États Komains sous le commandement du Roi de Piémont? Il faut rapprocher cette lettre des paroles de M. Mamiani pour.^|>réeier la sincérité de ces austères patriotes :

M Au milieu des guerres qui ensanglantaient le sol chrétien, K on vit toujours le Saint-Père faire entendre des paroles de n paix, et dans Notre, aUocution du 29 avril dernier, quand » Nous ayons dit que Notue cœur j)atemel a horreur de déclarer w la guei're, Nous avons expressément manifesté Notre ardent »♦.. désir de contribuer 1^ la paix. Que Votre Majesté ne trouve n donc pas mauvais que Nous Nous adressions à sa piété et à )» sa religion, Texhortant, avec une affection toute paternelle, M à retirer ses armes d'une guerre qui, sans pouvoir reconqué- ^ rir à l'empire Içs^-^œurs des Lombards et des Vénitiens, n amène à sa suite la funeste série des calamités, cortège n ordinaire de la guerre, et que très-certainement abhorre et n déteste Votre Majesté. Que la généreuse nation allemande w ne trouve pas mauvais que Nous l'invitions à étouflPer tout *t sentiment de haine et à changer en utiles relations d'amical n voisinage une domination sans grandeur, sans résultats heureux, puisqu'elle reposerait imiquement sur le fer. n Nous en avons dqno> la- confiance, cette nation, si légitimement fière de sa nationalité propre, ne mettra pas son

pris aucune part aux élections, et les députés n'étaient que les élus d'une minorité turbulente et factieuse. Les paroles du ministre de Pie EX leur semblaient Técho de leur propre pensée. Ils saluaient de leurs vivat cette politique qui au dedans se résumait dans l'abdication du Saint- Père et au dehors dans la guerre à l'Autriche. Mais un homme qui devait avoir vne part considérable dans les attentats qui allaient bientôt épouvanter le monde entier, M. Charles Bonaparte, prince de Canino, voulut, avant d'approuver, connaître exactement le caractère du discours qu'il venait d'entendre. « Je désirerais savoir, demanda-t-il *• au comte Mamiani, si ce programme est seun lement l'expression de l'opinion du ministère ou n l'expression de la pensée du Souverain î « Cette question servait si bien la tactique des ministres,

n honneur dans de sanglantes tentatives contre la nation itatt lienne; eUe le mettra bien plutôt à la reconnaître noblett ment pour sœur; elles sont toutes deux Nos fiDes, bien n chères à Notre otsur, et Nous aurons la joie de voir chacune n d'elles, satisfaite de ses frontières naturelles, j demeurer en y* paix, méritant par des actes dignes d*eUe la bënddiction du » Seigneur.

,9* Sur ce, Nous prions Celui qui donne toute lumière, qui n est l'Auteur de tout bien, d'inspirer à. Votre Majesté de ff saints conseils, pendant que du fond du oœur Noos donnons » à Votre Majesté, à Sa Majesté l'Impératrice et à la Famille n Impériale la Bénédiction apostolique.

« PIE PP. IX. M

qu'on eût pu la croire concertée avec eux. M. Mamiani s empressa de remonter à la tribune : « Je " déclare que le discours que vous venez d'en- »♦ tendre est l'œuvre collective du ministère. Mais »' je déclare aussi que, soumis à Sa Sainteté, il^ »» été accepté , approuvé pleinement par Elle. »» Que pouvait désirer de plus la révolution ?

Pie IX avait connu le discours préparé par M. Mamiani, et il lavait désapprouvé dans son enseujble et dans ses détails (1).

jp^endant Piè IX ne pouvait pas supporter que ses minisires , même imposés par la révolution, pussent tromper son peuple sur les sentiments du Souverain. Il avait hâte de le détromper lui-même. Et quelques jours après, recevant la députation du Conseil des députés, qui lui présentait l'adresse en réponse au (fiscours d'ouverture de la session, il déclara que le cardinal Altieri avait parlé en Son nom, et il ne rappela les paroles du comte Mamiani que pour les réprouver hautepnent :

« Nous acceptons les expressions de gratitude ^ que lé Conseil Nous adresse. Nous accueillons,. »» maïs seulement dans cette partie qui ne s'écôrte

n fefl rien de ce qui a été prescrit dans le Statut .

(!) te diséoura de H. Mamiani. parlait d^agents poloûaitf envoyés en Hongrie par le gouvernement pontifieal. Le Saînt- Père avait écrit en marge : Je^'en iais rien. M. Mamiani lut ton. iiiscours et se gardu bien de lire là protestation de Pie IX.

** fondamental. Nous accueillons la réponse au » discours prononcé en Notre nojm par le Cardinal f que Nous avions expressément délégué pour n l'ouverture des deux Conseils.

» Si le Pontife ^m, bénit etpardorme, il a aussi » le devoir de délier et de lier. Et si, comme « Prince, dans Fintention de mieux protéger et de n fortifier la chose publique, il appelle les deux « Conseils à coopérer avec Lui, le Prince-Prêtre » a besoin de toute la liberté nécessaire pour que n son action ne soit pas paralysée en tout ce qui » touche les intérêts de la Religion et de TÉtat; n cette liberté, il la garde intacte, tant que demeu- » rent intacts, comme ils doivent l'être, le Statut " et la loi sur le Conseil des ministres que Nous » avons spontanément octroyés.

» Si d6 grands désirs se multiplient pour la » grandeur de la nation italienne, il est nécessaire îi jque le monde entier sache de nouveau que pour »» Notre part la guerre ne peut être le moyen d'atr teindre ce but. Notre nom a été béni sur toute « la tertre pour les premières paroles de paix qui n sortirent de Notre bouche; il ne pourrait plu,s « l'être, assurément, si les paroles de guerre en n sortaient maintenant. Ce fut donc pour Nous une •♦ grande surprise, quand Nous ^prîmes que cette » question, était soumise aux délibérations du ». Conseil, contrairement à Nos déclarations pu-

» bliques, et au moment où Nous avions entrepris H de négocier la paix. L'union entre les Princes, « la bonne hannonie entre les peuples de la Péniii- " suie, peuvent seules réaliser la félicité après « laquelle Nous soupirons. Ce besoin delà con- •» corde est tel que Nous devons embrasser éga- H lementtous les Princes d'Italie, afin que de cet f* embrassement paternel puisse naître cette har- '» monie qui amènera Taccomplissement des vœux » publics.

« Le respect des droits et des lois de TÉglise, " et la persuasion dont vous devez être animés « que la grandeur spéciale de cet État dépend de » rindépendance du Soirverain-Pontife, agiront » sur vous de telle sorte que, dans vos délibéra- « tions, vous respecterez toujours les limites tra- »» cées par Nous dans le Statut. En ceci surtout » se manifestera la gratitude que Nous vou;^ den mandons pour les amples institutions par Nous " octroyées. »»

Ce ne fut pas le seul affront qu'eut à subir le ministère. Les nouvelles de la guerre étaient affligeantes et humiliantes. Les résultats justi*fiaient bien mal la jactance de ceux qui avaient annoncé au monde que l'Italie allait accomplir à elle seule l'œuvre de sa délivrance, Vltàlia fara da s€f et qui avaient rq)oussé avec tant de hauteur les sympathies de la France et le concour

que la France alors n'offrait pas (1), A la fin de ce programme qu'il lut au Conseil des députés, M. Mamiani avait dit : «< Oe^jue nous avons le plus n à cœur, comme tous les bons Italiens, c'est qu'on ff nous laisse à nous-mêmes le sdin de pourvoir à » nos propi'es .destinées. La plus grande des inn fortunes qui pourraient arriver en ce moment à » la cause de notre nationalité, serait la trq) active » amitié d'une grande nation, n La France et l'Europe avaient respecté cette fierté ombrageuse, elles avaient laissé les Italiens à eux-mêmes. Il faut bien le ttire, à l'honneur de cette race qui compte dans lliistoire ancienne et moderne tant de siècles de gloire, l'armée de l'indépendance ne représentait pas l'Italie : ^elle ne représentait au nord de l'Italie que l'ambition injuste et démesurée d'une Maison royale, et dans le reste de la Péninsule elle ne représentait que la révolution. Les soldats de cette causé ne sont presque jamais de vrais soldats. Intrépides dans les clubs et dans les tumultes populaires, ils supportent mal la vie de!» camps, et leur cœur n'est point afiermi contre les périls de la guerre. L'année de l'indépendance vit des désertions multipliées précéder et suivre les dé-

(1) On ne pouvait pas désirer ni accepter, s'il était offert, l'appui de la France, à llieure même où, pour régénérer la nationalité italienne, on méditait de r^rendre par les annes la Corse^ à la France. C'était insensé, mais c'était logique*

faites.Dës les premières rencontres, les moins clairvoyants purent reconnaître que cette armée de parade, bonne pour les manifestations et les ovations, qui savait si bien criel* : Hors d'Italie les barbares! ne saurait pas repousser les barbares, c'est à^tlire les Autrichiens, et bientôt ladberait pied <fevant eux. M. Mamiani lui-même jcdmprit qu'il fallait rendre quelque eourage à ces-volontaires naguère si terribles quand ils^ remplissaient le Corso de leur ardeur patriotique et guerrière et qui maintenant défaillaient tous le^s uns après les autres sur le duunp de bataille, il l'entrepritdans ime circulaire, adressée aux gouverneurs des provinces et qui suffirait, à défaut d'autres preuves, pour attester le caractère factice de ce quona nommé le mouvemeut italien de 1848*. M. Mamiani écrivait aux gouverneurs :

« D'après un assez grand nombre d'indices ^ « de renseignements, j'ai lieu de croire que nos «» troupes ayant, dans leurs dernières rencontres " avec celles de Nugent, éprouvé quelque revers, ♦♦ etquelques*-uns de nos braves y ayant perdu la «♦ vie, les populations ont perdu eourage, et que , ^ ce sentiment a fait place chez elles à la peur et à » la défiance.

»» Je vous invite à employer touS' les moyens en M votre pouvoir pour détruire ces premiers germes M de décQuragement et ces premiers symptômes de

» torpeur auxquels nous somm^ trop enclins, ** non par nature, mais par nos habitudes d escla- » vage et de feinte. Qui ne sait que l'on ne peut n faire la guerre sans danger et sans être exposé " aux vicissitudes de la fortune ! Quandiios jeunes " gens prenaient lés arines, était-ce par hasard « pour être toujours vainqueurs, pour revenir tous " sans blessure, et sans qu'aucun d'eux fît le sa- » crifice de sa vie pour le salut de l'Italie î A qui » doncavons<-nous parlé, à qui parle-t-on encore « de valeur et de gloire! On n'obtient celle-ci que *• par les risques, par les travaux, par les nobles » sacrifices. L'indépendance d'une nation n'est pas H Tœuvre de peu de jours, ni le résultat d'un eon- '» Ait passager exempt de larmes let d'infortunes. " Je vous prie de faire connaître à tous ces vérités n et de ramener dans les cœurs la confiance et l'in- ** trépidité qui s'y trouvaient naguère. Quant à » ceux, qui abandonnent les drapeaux sans être » munis de feuilles de route et sans motifs légiti^ » mes, je vous engage à être fermes à leur égard. » Vous ne devez pas, après vous être préalable- » ment assuré de leur déHt, hésiter à les faire ar^ *• rêter, ou du moins empêcher que se répandant » dans les villes, exagérant et travestissant les » iEiits, ils répandent l'effroi au milieu de leurs w concitoyens.

«* Je suis assuré d'avance du zèle et.de Tan^

rS^m Lj* * y

" pressement que vous mettrez à vous rendre à mes *• désirs, qui sont d'ailleurs ceux du gouvernement « tout entier. »

Un homme d'État, vraiment enflammé de lamour de la patrie, tient un autre langage à des soldats que Tennemi a déjà battus et mis en fuite (1) et qui craignent de se jeter dans de nouveaux combats . Mais l'art de bien dire ne suffit pas pour rallier une troupe débandée, pour inspirer du courage à des soldats hésitants. On ne communique aux autres que les sentiments qu'on a dans le cœur. Et après la circulaire du côanie Mamiani comme avant, les volontaires romains étaient réservés à des défaites honteuses.

Après tant d'échecs, après ces désertions si nombreuses, après cette défaillance générale constatée solennellement par la circulaire de M. Mamiani, une revanche était nécessaire à la cause de l'indépendance et à l'honneur de l'armée qui avait si mal défendu son drapeau. On en attendait la nouvelle avec une fiévreuse inq)atience. On reçut, à la place, la nouvelle delà prise de Vicence par les Autrichiens. Et les détails du combat vinrent encore ajouter à la honte de la défaite une honte plus grande. De combat sérieux, il n'y en avait eu qu'entre les Autrichiens et les Suisses de l'armée

{1) A Tafiâdre de Cornuda»

pcmtificale. Qu'on suppose vainqueurs ces étrangersf œs mercenaires, oQmme les révolutionnaires aifectent de les appeler, qui se battaient pour la cause d autrui, quel profit la nationalité italienne, pour parler le langage du temps (1), aurait-ellp tiré de la victoire? Un peuple peut par ses défaites, presque aussi bien que par ses victoires même, se relever d'un long abaissement. Mais il ne peut se relever que par la lutte et pu le combat, par ses efforts et par des sacrifices noblement accomplis. La prise, de Vicence n aurait pas eu tant d'imporr tance si les révoluticmnaires italiens n'y avaient pas donné à l'Europe et ne s'y étaient pas donné à eux-mêmes une preuve plus éclatante que toutes les autres de leur incurable pusillanimité.

Le succès n'axirait pas suffi à justifier la poli^ tique du ministère , car rien ne peut justifier la trahison, et cette politique était une double tra-^

(1) Dans les pages où il vient de s'ëleveif avec tant de bon sens et tant d'éloquence contre la puissance des mots dans la qnesHùH italienne^ M. le comte Franz de Champagny dit fort bien :

« On parle beaucoup de nationaUté. Le mot ^t nouveau n dans notre langue. Il y a trente ou quarante ans on n'en avait » pas encore senti le besoin. On ne parlait encore que le fran- V çais....

» Soyez sûr d'une chose; quand le mot de nationalité voudra » dire, révalution, et quand il s'alliera à la révolution, il aura H une puissance d'entraînement sans bornes : dant le cas con- » tnk»^. 11 sera inerte. »

' hison à l'égard dir Pape, Souverain des États de rÉglise et Père œmmun des fidèles. Mais le ministre sur qui pesait déjà la responsabilité de tant de reverset de désastres, allait encore porter celle de l'invasion étrangère. Cette guerre de Tuitwnalité aboutissait à une nouvelle occupation de Ferrare par six mille Autrichiens. Les révolutionnaires qui venaient d'attirer ce malheur sur leur pays, en ne se bornant pas à défendre les frontières, comme Pie IX le leur avait prescrit , mais en franchissant les frontières et en allant attaquer les Autrichiens et les provoquer à des représailles, incapables de leÉu* résister après qu'ils les avaient si follement provoqués, les révolutionnaires donnèrent encore le spectacle qu'ils avaient déjà donné avant la guerre. On vit dans le Conseil des députés des scènes pareilles à celle dû Colisée. Ces terribles champions de l'indépendance italienne se retrouvaient là sur leur terrain ! Comme avant la guerre , ils eurent l'insolence d'enseigner au Pape ce qu'il devait faire et de prétendre lui imposer leur politique. Le |)rincipal auteur des maux de la patrie , qui aurait dû être muet de douleur et de honte, se servant de la presse pour agiter l'opinion, comme ce sera toujours la pratique des pouvoirs révolutionnaires, sonimait dans son journal, YEpoca, sommait le Souverain Pontife de se déclarer enfin

pour la nationalité italienne, de se mettre luimême à la tête des troupes et de maicher contre les barbares qui, bien loin d'être jetés hors de ritalie, comme on lavait annoncé avec tant d!assurance, venaient d'entrer dans les États pontificaux. Osant régenter le Vicaire de. Jésus-Christ ftnssi bien que le Souverain, il lui prescrivait de frapper de ses armes spirituelles les envahisseurs. de ses Etats, de se rendre dans la basilique dç Saint-PiOTTG tendue de noir et encore assombrie par ses cierges éteints, et de lancer Tanathème sur ceux qui venaient d'attenter aux droits temporels du Chef de l'Église. La révolution n'avait pas alors les mêmes maximes qu'aujourd'hui, et elle n'interdisait point au Pape de se servir de ses armes spirituelles pour défendre ses droits temporels (1). Mais toutes ses maximes changent

(1) Le Souverain Pontife est, non pas le meilleur juge, mais le seul juge de l'usage qu'il doit fkfre de ses armes spirituelles. Cependant il est facile, malgré tous les sopliismes des révolutionnaires, de convaincre de fausseté leur maxime d'aujourdliui. Le Saint-Père n'est Roi ni par droit de naissance ni en vertu du droit tout nouveau de la souveraineté populaire. Il n'est Roi que parce qu'il est Pontife, !^a Royauté tire sa raison d'être de la puissance spirituelle qui n'a pas seulement besoin d'être indépendante, mais de le paraître aux yeux de tous. La Royauté devient ainsi comme une partie nécessaire de la puissance spirituelle. Quand le Saint-Père use de celle-ci pour défendre les droits temporels du Saint - Siège , la puissance spiritueUe fait-elle antre chose que se défendre elle-même ? N'est-ce pas le droit commun de toutes les ■puissances? ^

au gré des circonstances. Il n'y a que son but qui ne change pas, qui fut, qui est et qui sera toujours de détruire l'Élise de Jéaus-Christ. La révolution espérait que TÉgli-^e, eu tournant ses armes . spirituelles contre une piiissaiice catholique, ^Jait se priver à jamais d'un défenseur redtfiSffiàble. Et' elle ne disait pas, comfiie à cette heure : L anathème, Texcommunicatior^ les foudres^ de i Église, "sont des armes hors d'upage, notre siècle y oppose son dédain, et cette déft hrc lui suffit!

Un cœur moins ferme que celui de Pie TX aurait cédé soit à la pression des révolutionnaires, soit à Hndignation qu'elle devait faire naître-. Le Saint- Père se serait déclaré pour la nationalité italienne pu il se serait jeté dans un excès contraire. Mais Pie IX, impassible au milieu de tant d'agitations et de tant de violences, fit encore devant les mêmes attentats ce qu'il avait fait l'année précédente avec tant de succès. Le Cardinal Soglia, qui avait remplacé le Cardinal Ciacchi, protesta énergiquement dans une Note cirçulaire au corps diplomatique (1).

(1) « En rftison de ces actes de violation flagrante des

» droits légitimes du Saint-Siège, Sa Sainteté a déjà ordonné » qn*il soit fiait, àans les formes légales, une solenneUe pro- » testation à la cour d'Autriche, laqueUe devra être commu- » niquée à tous les gouvernements, se réservant de prendre M toutes les résolutions que, selon les circonstances. EUe croira » opportunes. el efficaces pour la garantie de la conservation >» et de l'indépendance des Ëtats Pontificaux. » 18 juillet 1848.

Une dëputation du Haut Conseil, présîdée par MgrMuzzapelli,vintprésenter au Souverain Pontife une adresse de remercîment. Le Saint-Père répondit (il faut rappeler œs paroles à la révolution qui applaudissait, il y a douze ans, aux protestations de Pie IX) :

«« La défense de ces domaines temporels, de » quelque façon qu'ils soient violés^ sera toujours » un droit, et Nous protestons solemiellement que " Nous sommes résolu à exercer ce droit selon •» Notre devoir. »

Le Conseil des députés vota également une adresse de remercîment au Souverain Pontife, mais pour le pousser plus avant. Pie IX ne se départit point de la politique courageuse et chrétienne qu'il avait adoptée. Il répondit :

« Le Saint-Siège eut toujours à ccpur de déf* fendre les droits de ses domaines temporels, et *» les augustes Pontifes , dont Nous sommes le *» Successeur indigne, ont donné sur ce point des » preuves réitérées de leur fermeté. C'est pour » cela que Nous Nous sommes fait un devoir » d'imiter avec émulation leurs exemples, et voilà n la seconde fois que Nous^ avons manifesté Nos y* sentiments à l'occasion des faits de Ferrare. » Pleine satisfaction Nous a été donnée à la suite »i de la première protestation^ puisque toutes » choses .furent remises dans le statu. quo;T!ious

— ào —

n espérons qu'il en sera de même dans le cas » présent, quoique les circonstances soi^t bien

w différentes

- Vous pouvez dire deux dioses, savoir, que le n Pape admet de plein droit la défense de ses » propres États, et que la Ligue avec les Princes « d'Italie, dont Lui, Pape, a eu l'initiative, sera » poursuivie quand où n'y mettra pas des obsta- " clés et des conditions inadmissibles. **

Ainsi Pie IX protestait à la fois contre la violation du territoire pontifical par les troupes autrichiennes et contre k. guerre agressive dans laquelle les révolutionnaires avairait résolu de l'entraîner.

Cependant,, soit qu'on eût perdu tout espoir de triompher de la fermeté du Saint-Père , soit, au contraire, qu'on eût la pensée de le contraindre:^à céder en paraissant vouloir l'abandonner , le chef du ministère donna sa démission. On était. au 19 juillet, et la crise ministérielle se prolongea jusqu'au 8 août.

Dans l'intervalle Sterbini , Ciceruacôhio et les autres , tentèrent des démonstrations impuissantes au palais de la Chancellerie et au château Saint-Ange dont ils voulurent même s'emparer par force. IJri pubHciste, un prêtre, l'abbé Ximenès, railla dans son journal, le Laharo, ces héros de carrefour* H fut aussitôt condamné à mort

par œ parti qui a été toujours et partout le parti de l'assassinat. Quelques jours après, la sentenéë révolutionnaire était exécutée (1)! Et l'assassinai n'était que le prélude de l'assassinat.

C'était la tragédie, le spectacle ordinaire que la révolution donne au monde. Mais elle -en sait donner d'autres. Un soir, i l'heure où la population se répand dans le Corso, un postillon haletant et poudreux comme un homme qui vient de faire précipitamment une longue route, arrive en criant : Victoire! Charles -Albert a écrasé les Autrichiens! Des bandes d'hommes sinistres se mon* trent aussitôt, portant des torches, des armes et des couronnes de fleurs, et criant : Victoire! victoire! les Autrichiens sont vaincus ! Vive la république! Le tocsin, accompagnement naturel dés

(1) Les rédacteurs du Ljlbabo signèrent tous ensemble cette déclaration :

« Un des nôtres est tombé hier frappé d'un coup de stylet i> porté par un bras inconnu. La liberté d'opinion et la liberté » persenneUe , garanties pai^ les lois , ne pouvant nous être « assurées par un pouvoir en dissolution, la rédaction du » joumifl est d'avis d'en suspendre la publication jusqu'à ce s que les lois aient recouvré leur pleine et entière vigueur. >V

Peu de jours ayant, le 16 juillet, les révolutionnaires, pour fêter l'anniversaire de l'amnistie, ne pouvant plus goûter aucun plaisir à vociférer des cris de mort autour du Gesu devenu sectaire, étaient venus crier sous les fenêtres de la rédaetâcm du Làbabo : Vite la liberté de U preseel À Iku le LàbaxoI Mort aux prêtres ! Ils définissaient ainsi en l'acclamant la libert lévolutioiinaire.

joies de la démagogie, répand F^flFroi dans tous les quartiers de Rome. Des décharges de mousqueterie portent la terreur à son comble.

Le lendemain on sut que ce messagende victoire, arrivé à Rome, était parti de Rome une heure auparavant, qu*il était sorti par la porte Angelica pour f entrer par la porte del Popolo, et qu'il avait reçu trois piastres pour apporter la fausse nouvdle. Par un jeu cruel de la destinée, il y avait eu en effet entre Charles- Albert et le maréchal Radetzki, à Custoza, une sanglante bataille qui avait été pour Charles-Albert une sanglanle défaite suivie d'une honteuse déroute. Quelle fêtàl et quel lendemain !

Ce. que venait défaire le ministre pour se cramponner au pouvoir, achevait de le perdre; Le Souverain-Pontife, en annonçant dans une proclamation à son peuple la retraite du ministère, ajoutait :

«* Quelques-uns se plaignent qu'on n'ait

n pas pris des mesures pour remédier aux évé- » nements de Ferrare; pourtant Nous n'avons pas « hésité à faire connaître Nos sentiments, qui ont »» été déjà exprimés par Notre Cardinal Secrétaire f» d'État, et qui ont été manifestés aussi à Vienne. w Nous avons déjà dit, et Nous répétons encore, t» que Notre volonté est qu'on défende les fronf* tières de l'État, et que Nous avions à cet effet

^ autorisé le précédent ministère à prendre les « moyefli^- opportuns.

^ Du reste, il n'esf que trop ycai que, dans tous ^ les temps et dans tous les gouvernements^ les » pâila extârieurs sont mis à, pi:A6t par 1er ensm- » mis de Tordre et de la tranquillité publique, pour ** troubler les esprits et les cœurs des citoyene, r* que Nous désirons toujours, mais plus padici^- >* lièrement en ces moments, être unis de conw cert. »»

Le Cardinal Soglia et M. Pascal de Rossi furent maînt^us au ministère. Le comte Edouard Fabri remplaça M. Mamîani au ministère de Tin^ teneur, le. comte Lauro Lauri fut ministre des finances, le comte Pierre Guarini ministre des travaux publics, M. Perfetti ministre par intérirn de la police, et M. Gaétan Cagiotti direi^ur provisoire du ministère des armes.

L'expérience qui venait d'être faite avait convaincu d'incapacité ces révolutionnaires qui sç croient modérés parce qu'ils n'acceptent pas les dernières conséquences de leurs principes. N'osant 'plus prétendre à gouverner, on voulut rendre le gouvernement impossible aux nouveaux ministres de Pie IX. On osait encore appeler le peuple aux armes contre l'Autriche. Dans le journal VEpqça , on additionnait les combattants prêts à se lever pour rinfli^nèance de l'Italie : tr(ns cent mille

Toscans, huit cent mille Lombards, six cent mille sujets des États Romains. Il n'en coûtait pas plus de lancer ces dix-sept cent mille hommes contre J' Autriche qu'il n'en avait coûté de ceindre le front de Charles-Albert du ladrier de la victoire. Et l'on s'écriait triomphalement : « Jamais Fem- "pereur Napoléon n'a mis sur pied une armée si •♦-.formidable pour conquérir TEurope. »» Triste époque que celle où de pareils hommes peuvent être des hommes dangereux !

Cependant le Saint-Père, voulant mettre fin à l'occupation autrichienne, envoyait au général Welden une. commissicîn chargée de ses pleins pouvoirs et composée du Cardinal Marini, du sénateur prince Corsini et du comte Guarini, ministre des travaux publics. Et quoique -le& provocations du précéjdent ministère eussent donné à l'invasion étrangère un semblant de légitimité, la mission réussît.

Le 2ft août le Conseil des députés fut prorogé au 15 novembre. C'était une trêve imposée à la révolution.

Le premier jour de cette trêve, le 27 août, le Saint-Père se rendit à l'église de Saint-Pan taléon, de la Congrégation des Clercs réguliers de la Mère de Dieu, où se célébrait le second anniversaire séculiaire de la mort de saint Joseph Calasanzio, leur fondateur, pour y promulguer un décret sur deux

miracles opérés par l'intercession du Vénérable Pierre Claver. Le Cardinal Lambruschini, préfet de la Congrégation des Rites, et le Cardinal Patrizzi, rapporteur de la cause, reçurent le Souverain Pontife qui, après avoir célébré la Messe et distribué TEucharistie aux fidèles accoums en grand nombre, fut conduit dans une salle du couvent où avait été dressé le trône pontifical. Quand il s'y fut assis, la promulgation du décret eut lieu. Le postulateur de la cause lui adressa, selon la coutume, de vifs remercîments. Pie IX y répondit avec bonté:

«• Nous rendons grâce à Dieu qui, en' des temps « aussi difficiles, témoigne à l'Italie et au monde » d'avoir toujours à cœur sa sainte Religion , en " suscitant des hommes fervents, là où les ouvriers » sont peu nombreux et la moisson abondante. Ce " n'est pas un médiocre encouragement que nous »• donne le Seigneur, de nous laisser contempler »' des hommes dévoués pendant tant de lustres à " enrichir rÉ^Kse de nouvelles conquêtes. Cette " consolation est d'autant plus douce, qu'il est " plus douloureux de voir, au temps où nous vi- » vons, qu'on ait l'audace d'introduire dans l'Ita- « lie toute catholique, et jusque dans le centre de « la Chrétienté, le protestantisme, par un, par »' mille et par dix mille complices. Ils manifestent " les vœux les plus ardents pour la nationalité

" itafienne; et> afin de la servir, ils emploient un « tnoyen abominable, fait précisénient pour la dé- » truire. Au moment où l'Allemagne, animée du » même esprit, reconnaît que la diversité de reli- « gion est le plus grand obstacle au but prq)osé, "' si bien que les protestants font des projets w d' UNION, il se trouve en Italie dès hommes qui, « sans redouter un immense scandale religieux et '» un immense danger politique, prétendent intro- " duire la semence pestilentielle de la séparation »' de Punité de là foi, afin d^obte^îr l'unité de îa " nation. Voilà où conduit Faveuglement des pâs^ " sions! Prions Dieu qu'il dissipe ces ténèbres, " et, confiants dans les divines promesses, rappe- « lons-hous que les portes de l'enfer ne prévaun dront pas contre l'Église. »

Est-ce le Pontife qui parle ainsi î est-ce leRoiî C'est une des maximes favorites de notre témps^ que le caractère du Pontife et celui du Roi sont inconciliables. La révolution, qui veut diviser pour détruire, ne permet pas qu'on mêle le spirituel et le temporel* Elle-même les mêle sans cesse. Et si elle ne le voulait. pas faire, elle le ferait encore. La séparation du spirituel et du temporel, c'est la séparation de Famé et du corps, et la mort de ceiùî-ci. Une loi plus haute que tous les systèmes humains, et plus puissante que tous nos préjugés, a établi cette aUiance, Nous pouvons protester

dans nos constitutions éphémères et dans nos codes : notre histoire, et je dis notre histoire contemporaine, réfute nos codes et nos constitutions. Aux jours néfastes dont j'écris Thistoire, la révolution enhardie par tant de succès, a voulu achever de détruire la société chrétienne à Paris, qui est son centre après Rome. Un Pontife s'est levé, il a marché contre la révolution, assuré de la vaincre par la parole, ou, si la parole était impuissante, par le martyre (le Verbe et le Sang ayant toujours été les deux instruments auxquels rÉglise a dû toutes ses victoires). Nul n'a dit au Pontife courageux qui s'avançait : Que venezvous faire? Nos lois ont enfermé votre action et votre autorité dans le sanctuaire : de quel droit vous jetez-vous dans nos discordes civiles? Ce jour-là, les événements parlaient plus haut que tous les vains systèmes. Et quand le bon Pasteur (1) eut donné son sang, la société, la société du xix« siècle, accepta le prix du sacrifice, qui était la paix de la cité, de cette cité qui ne peut pas être agitée sans que la terre entière se sente ébranlée. A la nouvelle de ce généreux dévouement , Pie IX qui a, comme notre grand Archevêque, le cœur d'un bon Pasteur, prêt à donner sa vie pour ses brebis, écrivît aux aînés de la famille spiri-

(1) C^est le nom qiû convient aux Bois (pasteurs des peuples) comme aux prêtres.

tuelle qui ressentait de la mort héroïque de son chef presque autant de joie et de fierté que de regrets et de douleur :

•* A Nos chers ^Is les Chanoines Jacquemet (1), » DE LA BôuiLLERiE (2) et BuQUET, Vicaives Ca- » pitulaifes de V Église de Pains.

" Chers Fils, salut et bénédiction apostolique.

n Nous ne saurions, bien-aimés Fils, vous ex- " primer par Nos paroles la douleur dont Nous »' avons, été rempli en recevant la première noun v^Jle de cette déplorable lutte dans laquelle le »' très-pieux Archevêque de Fillustre Eglise mé- « tropolitaine de Paris, Notre Vénérable Frère De- »! nis^ a trouvé la mort, Nous avons senti se réveil- » 1er dans Notre âme toute l'amertume de Notre »' douleur, enlisant la Lettre empreinte d'une si ^ pîrofonde tristesse et de tant d'amour et de véné- •' ration pour Nous, dans laquelle vous déplorez •' à si juste titre la perte de ce bien-aimé Pasteur.

" Mais Notre tristesse et la vôtre doivent trou- »» ver un adoucissement et une consolation dans »' la cause glorieuse de la mort de Notre Véné-

(1) AujourdTiui Évêque de Nantes.

(2) Anjpurd'hui Évêque de Carcassonne.

" rable Frère; lui qui, sous Timpulsion d'un zèle « vraiment sacerdotal, animé du feu de la charité » chrétienne, affronta, pour remplir le devoir d'un n bon Pasteur, le péril même de la vte, et voulant " éteindre la guerre civile qui venait d'éclater, dén tourner de son troupeau chéri les hautes, les " discordes et les meurtres, et le rappeler, par refit fort de son amour, à des sentiments de paix et de « concorde, ne balança pas à se jeter au milieu des " combattants, et à -donner sa vie pour ses brebis.

» Cet acte héroïque de charité chrétienne a fait » rejaillir sur TÉpiscopat et le clergé de votre illu- I» stre nation et de l'univers catholique tout entier, » une l^ire durable et éclatante.

« Aussi n'avons-Nouspasété surpris que votre »» grande cité se soit vivement émue d'un pareil " événement, et que tous ses citoyens de tout » rang, de tout âge, de tout sexe et de toute con- « dition, aient donné à sa mort et à sa mémoire " tant de témoignages de deuil, de regrets, d'hon- " neur et de vénération : preuve éclatante et non " équivoque des sentiments chrétiens et généreux » qui honorent la nation française.

» Il Nous est doux de penser que, par la grâce du »• Dieu de bonté, l'âme du défunt Archevêque, H couronné dans le Royaume céleste d'une gloire ♦» immortelle, et s'unissant aux chœurs des Esprits » bienheureux, ne cessera pas de prier et de con-

n jurer le Père très-clément de toute miséricorde » de répandre l'abondance de ses divines bénédicn tions sur fa France et sur l'univers chrétien, » et de préserver de tout malheur sa sainte Église.

» Pour vous, appelés à l'administration de ce n diocèse pendant le temps de son veuvage, n'é- « pargnez ni vos soins ni vos eflForts pour procurer, f* par l'accomplissement de votre charge, la plus n grande gloire de Dieu et le salut des âmes.

» Recevez , en témoignage de Notre affectueux " attachement, la bénédiction apostolique que Nous »» vous donnons avec amour et du fond du cœur, à » vous, Fils bien-aimés, à tous les ecclésiastiques " et à tous les fidèles du diocèse, en y jpignant » Nos vœux pour tout ce qui peut assurer votre n véritable bonheur.

»» Donné à Rome, près Sainte-Marie-Majeure, » le 23 juillet 1848, de Notre Pontificat l'an troi- « sième.

H PIE PP. IX

Quelques semaines après, dans l'assemblée des Cardinaux, le Saint-Père rendit encore hommage à la mémoire de Mgr Affre :

« Vénérables Frères ,

»» En Nous empressant aujourd'hui de pounoir » au veuvage de l'illustre Église métropolitaine de »» Paris , le devoir de Notre charité pontificale

"' exige , que dans votre auguste assemblée Nous " fassions une mention honorable et pleine de re- »» grets du très-illustre Pontife de cette Église dont n la cruelle mort Nous a causé la plus grande dou- » leur. Vous comprenez déjà que Nous voulons par- - 1er de Notre Vénérable Frère Denis-Auguste » Affre,qui, distinguépar sa piété, sa douceur, son »♦ gèle et toutes les autres vertus sacerdotales , a « employé dans le gouvernement et la conduite de « ce diocèse tous ses soins à défendre la Religion » Catholique, à maintenir la discipline ecclésiasti- »• que, à détourner des pâturages empoisonnés, pour y* les conduire dans les pâturages salutaires , les H brebis confiées à sa garde, à secourir de toutes ses " forces et par tous les moyens les pauvres et les « malheureux, à les consoler, à les relever, à lesgâ- " gner tous à Jésus-Christ par ses paroles en même »» temps que par ses exemples. Évêque, il a aimé » son t^upeau d'un amour si grand que, remplis- " sant glorieusement le devoir du bon Pasteur, il a »» donné un illustre et admirable exemple de cha- " rite chivlietMJL-, ■ i piu^-Lnii' le spectacle le plus ^ agréable à*^eu, attx Anges et aux hommes. ^' Dès qu en effet la plus lamentable guerre civile " eut éfktf^à Paris, au mois de jain dernier, ou- « blieuxde lui-même, aîns?! que vous le savez tous, " ioquîet soukinent et uniquement occupé du sa- » lut commun, désirant ardemment étouffer les vio-

» lentes et sanglantes luttes des dtoyens i*t d#^ " tourner entièrement de Sonrtroupeau les désastres, " les meurtres et les ruines, méprisant les dangers " les plus grayes avec un courage de chrétien et « d'Évêque, il ne balança point à se précipiter au »» miliçu des combattants. Ce fut alors que, tan- « dis qu'il seflwçait de rappeler avec amour lès '^ citoyens, arme:=^ les uns contre les auti-es, à^ps y- sentiments de paix et de natutelle concorde, à ^ des pensées d'ordre et de calme, il reçut une ^ blessure mortelle, et donna bientôt après son - âme pour ses brebis. Il n'est personne qui ne " voie quelle gi^ande gloire non-seulement les " Efêques et les prêtres de France, mais l'Ep^- »» copat et le clergé du monde entier, recueffleront » de cet acte héroïque de charité chrétienne, qu'au- " oUn âge ne passpa certainement sous silence, « que Toubli n'effacera jamais dans la postéritdja » plus recul^. Cette charité si ardente, qui p^o^ >» Notre Vénérable Frère à s'offrir au Dieu trèsr> bon et tràs-gmnd, comme une hostie d^îiolpcauste " powi^on troupeau, et potir toute la nation fran- "çaise; cette rfeligion élevée et cette piété avçp n lesquelles il alla joyeux au-devant de la mort, »» Nous font justement espérer que, de la misérable. » condition de cette vie mortelle, il &'est ehvolé >• vers l'étemelle et bienheureuse patrie, et que là »» il aura reçu du divin Prince des pasteurs la cou-

«t ronne inif>4Kissable de lu gloire. Toutefois « *' comme la fragilité de la nature humaine et sa *' condition sont telles, que les âmes religieuses ^ reçoivent souvent les souillures de la poussière " du monde, Nous n'avons nullement omis d'of- " frir au Père très-clément des miséricordes Nos « prières, Nos supplications et des sacrifices pojir " Tâme du Pontife défunt. Ce pieux devoir, Nous^ " ne Tavons pas seulement rempli en particulier, »» mais Nous avons encore voulu que des funé- « milles publiques^ célébrées avec le rite solennel »♦ daiis la bii,'<iliqiie patriarcale de Sainte-Maiie- » Majeure, auxquelles Nous avons Nous-même « asBiiité avec plusieurs membres de votre Sacréw Collège, et tous Nos Vénérables Frères le» » Évêques qui se trouvaient à Rome, ainsi que le ^chapitre de cette basilique, fussent, par cette ** poi^ïe inu^itde, un hommage plus éclatant à »♦ rillustre mémoire et à la vertu de ce Pontife.

»» Nous avons aussi cette espérance que ce même » Pontife, du haut du Royaume céleste, regardant " encore avec amour cette France qu'il a tantai- » mée pendant sa vie, conjure Dieu par ses prières " d'éloigner d'elle toutes les erreurs et toutes les " calamités, et d'y faire fleurir chaque jour de plus " en plus avec une vigueur nouvelle là foi catho- " lique, la vertu, la piété et toutes sortes de pros- » périté véritable. Et ici, Véiiérables Frênes, Nous

» sommes heureux de payer à cette illustre mâion *> française le juste tribut d'éloges qu'elle a si »• bien mérité en ne cessant , dans les temps »» même les plus agités et dans les circonstances " les plus malheureuses, de donner d'éclatants tén moignages de son amour, de son respect et de •» sa vénération pour la. Religion CathoUque et ■" pour cette Chaire de saint Pierre.

»» Enfin, à la vue des nombreux et terribles »» orages auxquels Ja république chrétienne est w en butte et qui remplissent Notre âme d'une •» incroyable douleur ; à la vue des monstrueuses " doctrines et des opinions délirantes qui , au » grand détriment de notre sainte Religion et de "la société civile elle-même, égarent et agitent »• d'une manière si déplorable les esprits irréfléchis, »♦ surtout parmi les hommes ignorants. Nous ne « pouvions Nous empêcher de profiter de cette oc- » casion de vous exhorter vivement. Vénérables " Frères, et de Nous exciter Nous-même à ne ces- » ser jamais, ni la nuit ni le jour, de crier vers le " Seigneur, dans l'humilité de Notre âme, afin que » par sa vertu toute-puissante il commande aux " vents et à la mer, et qu'il rétablisse le calme; afin " que par la multitude de sa miséricorde il dai- " gne retirer les hommes égiarés des ténèlures des w erreurs et de la fange des vices, et les ramener " dans les sentiers de la justice et de la vérité. »

C'était dans le Consistoire secret du 11 septembre que Pie IX exprimait à la fois ces craintes et ces espérances. Les craintes étaient de l'homme politique, les espérances étaient du chrétien confiant en la bonté de Dieu. Il ne restait plus dans l'état des affaires en Italie et dans toute l'Europe aucon motif naturel d'espérance. Mais c'est le premier seéours que Dieu prête aux siens, de leur inspirer le courage de tout sauver quand tout paraît perdu. Cinq jours après avoir ainsi exhalé au milieu du Sacré-CoUége les angoisses de son âme, Pie IX remplaçait un ministère qui n'avait guère d'autre mérite que celui de n'être pas le ministère précédent, par un ministère qui se personnifiait dans le comte Pellegrino Rossi.

Ancien libéral ou plutôt ancien révolutionnaire, Italien de naissance, il s'était à vingt-hiiit ans fermé par ses fautes les portes de sa patrie. Contraint de se faire une patrie nouvelle, il fut successivement professeur de droit romain à Genève, membre de FAcadémie genevoise et député à la Diète helvétique, chargée de la révision du pacte fédéral. Puis, abandonnant les bénéfices de cette naturalisation pour une naturalisation nouvelle, il devient professeur de droit constitutionnel à Paris, membre de l'Académie des sciences morales et politiques, pair de France et enfin ambassadeur de France auprès du Saint-Siège. Il se retrouvait

ainsi en 1848 dans la patrie de ses pères, à titré d'étranger. Mais, l'expérience des hommes et des choses, et sans doute aussi les vicissitudes de sa propre destinée, les tristesses de sa vie errante, l'avaient dégoûté des révolutions (1). Il refusa de reconnaître celle qui venait de s'accomplir à Pari^. Et l'ancien réfugié italien en France demeura es Italie à titre de réiugié français.

Je n'ai pas besoin d'expliquer comment Pie IX jeta les yeux sur lui pour en faire son prinâpal ministre. Les actes du comte Rossi dans cette administration de deux mois (16 septembre — 15 novembre) et la mort qui l'a couronnée, ont assez justifié la clairvoyance et la sagesse du Saint- Père. Mais M. Rossi devenu Français par naturalisation, croyait ne pouvoir accepter cette mission de dévouem^t sans y être autorisé par le gouvernement français. Eft même temps, il éprouvait une profonde répugnance à solliciter l'autorisation du gouvernement républicain qu'il n'avait pas voulu reconnaître. Le P. Vaures (2), son ami, pour écarter cette difficulté, ménagea une entrevue entre

(1) Ce n'est pas l'avis de M. Mignet : "a M. Rossi, dit-il, a » eu plusieurs patries, mais il n'a servi qu'une seule cause. » '^lais M. Mignet remarque lui-même que cette vie «ouverte » par l'exil » est « terminée parle meurtre. »» M. Rossi est mort pour la cause du Pape : est-ce pour cette cause-là que trentetrois ans auparavant il avait fui sa patrie?

(2j De l'Ordre des Gcftiventueh.

M. Rossi et le nouvel ambassadeur françaîs^ M. le duc d'HarcoÉrt* Celui-ci s'empressa d'^rire à Paris, mais on lui répondit par un refus. t*e P. Vaures fut chargé d'insister auprès de M. Rossi. Il y eut une lutte entig le Religieux et Tl^ômme d'État. Enfin M. Rossi, vaincu par l'insistance dm P. Vaures, se laissa diriger par lui : « Vous m'a- »» vez toujours donné d'excellents conseils : dites- « moi ce que je dois faire ! — Vous rendre à l'appel " du bairi t-Pcrc et accepter le poste qu'il vous offre, t* — La tâche est si difficile ! — Raison de plus. ■' D'ailleurs, Tesprit de Dieu vous dirigera! —Que ^ sa volonté soit faite! » Et, pressant les mains du P. Vaures, le comte Rossi ajouta : In verbo tuo, laœabù rete (1). M. le ducd'Harcourt avaitlevé les derniers scrupules de son prédécesseur à l'ambasjr^ade de Fmnre eo luî faisant considérer que le Souverain Pontife, Chef saprême de deux cents millions de sujets catholiques, avait le droit de choisir ses ministres dans tous les États qui relèvent de son autorité spirjituelle. En lui conseillant de passer outre, il lui avait promis d'écrire une seconde fois à Paris pour obtenir du gouverna ment républicain l'approbation du f^t accompli. M. le duc d'Harcourt, en combattant les hésitations du comte Rossi, se montrait le digne am-

^1) « Sur votre parole je jetterai le filet. » Xuc, v, 5.

bassadeùr de la .France, fidèle aux plus vieilles et aux meilleures traditions de la patrie. Fille aînée de l'Église, la France ne désavouera jamais ceux de ses enfants qui défendront le Chef de l'Église dans les conseils ou sur lesi^hamps de bataille. Elle sera toujours fière de les appeler ses enfants. Elle repousç'era toujours avec indignation et mépris les instances odieuses de ces patriotes des mauvais jours, qui voudraient lui faire déclarer que servir l'Église Catholique dans son Chef, c'est servir un gouvernement étranger !

C'est ainsi que le comte Rossi devint le 16 septembre 1848 principal ministre de Pie IX, chargé de l'intérieur et des finances. Le Cardinal Soglia fut maintenu à la Secrétairerie d'État. Le comte Guarini, cédant le ministère des travaux publics au duc de Rignano qui était en même temps chargé par intérim de celui de la guerre, demeura :toinistre sans portefeuille. Le. Cardinal Vîzzardelli fut ministre de l'instruction publique, l'avocat Cicognahi ministre de grâce et de justice, le professeur Montanari ministre du commerce. M. Righetti fut adjoint au comte Rossi comme substitut pour les finances.

Prévoyant sans doute qu'il ne lui serait donné qu'un petit nombre de jours pour les consacrer à la cause du Pape, IVfe Rossi déploya pendant deux mois une activité surhumaine. Il semblait animer

du feu de son dévouement tous ceux qui Taitouraîent. S'il ne put mener à terme presqu'aucune entAprise, il prépara des projets pour une longue administration. Il avait conçu le plan d'une réorganisation civile des Etatsjlomains, le caractère fat)p paternel des institutions que Pie IX avait fait revivre ne lui paraissant plus convenir au milieu de ces appels faifs chaque jour à la violence» Attentif aux besoins du dehors comme à ceux du dedans, il négociait àNaples, à Florence et à Turin , les bases d'une confédération des États italiens, mais d'une confédération défensive et non d'une ligue agressive dans laquelle le Saint-Père n'aurait pu entrer. Il revendiquait au contraire, et avec justice, pour Pie IX le mérite de la pensée première de cette union des Princes, le meilleur rempart qu'on pût opj)oser à la conjuration des révolutionnaires de toute l'Europe. Le gouvernement piémontais, qm était déjà l'espoir de tous les artisans de troubles et de ruines, s'était attribué l'honneur de cette initiative. Défenseur jaloux de Ja gloire du Saint-Père, le comte Rossi réfuta par une note insérée le 4 novembre dans la Gazette de Rome, ce que le ministère piémontais avait osé dire le 21 octobre en plein sénat. Il démontra que le gouvernement piémont^s n'était pas l'auteur de ce projet, mais que par ses prétentions injustes et ses exigences impolitiques il en était le dan-^

gereùx ennemi. Les hommes d'Etat ^e Turin ne voulaient-ils pas en effet exclure de la confédération le royaume de Naples, TÉtat le plus puiss^t de la Péninsule ? Gppendant cette exclusion s'accordait assez avec leur prétention de diriger la confédération et de la tenir dans leur nmin. Pour commencer, ils ïéi;laniaient de leurs confédérés des troupes et de J argent, et ils réclamaient à peu près comme on ordonne. M, Rossi démontrait avise un grand bon sens ce qu'on a trop oublié depuis, et ce que les événements se chargeront bien de rappeler, que l'Italie n'est pas du tout intéressée à l'agrandissement du Piémont. Et il ajoutait :

« he projet du Souverain Pontife est clair et des » plus simples, il peut se résumer en peu de mots. « II y aura une ligue parmi les monarchies consti- " tutionndles,. qui demeureront indépendantes les " unes des autres. Les plénipotentiaires de chaque » État indépendant se rassembleront en réunion '» préliminaire à Rome pour délibérer sur les inté- " rets communs et établir les conditions orga- » niques de la ligue. Toute chose a son commen- " cément : par cette voie droite et claire, on arrive '» au but; on s'en éloigne^ion en adopte une autre, " et, dans ce dernier cas, l'Italie, trop souvent vîo- ♦» time de tant d'erreurs, aurait à gémir sur une n erreur de plus.

" Concluons. Pie IX n'abandonne pas son noble

" et généreux dessein, qui est et fût toujours de » pourvoir, par la ligue politique italienne, à la " sûreté, à la dignité, à la prospérité de l'Italie et » des monarchies constitutionnelles de la Pénin- « suie. Pie IX n'est pas dirigé par des vues d*in- » térêt privé ni d'ambition; il ne recherche, il ne « désire, il ne demande que le bonheur de l'Italie " et le développement régulier des institutions » qu'il a données à son peuple. Mais, en même ^ temps, il ne saurait oublier ce qu'il doit à la di- » gnité du Saint-Siège et à la gloire de Rome. « Toute autre proposition incompatible avec ce » devoir sacré ne pourrait être adressée qu'en vain » au Souverain de Rome et au Chef de l'Église. « Le suprême Pontificat est la seule grandeur qui " soit debout et qui, restant à l'Italie, lui attire le n respect et les hommages de l'Eurqpe et du monde » catholique; jamais Pie IX, comme Pontife Sou- « verain et comme Italien , ne saurait l'oublier. »» La ligue que» le comte Rossi définissait dans cette note était une menace pour la révolution et ne pouvait pas devenir un instrument à son service. La révolution condamna le ministre de Pie IX à mort comme elle avait déjà condamné l'abbé Ximénès. L'arrêt fut porté par les délégués des sociétés secrètes de Rome, de Turin et de Florence, ety dit-on, sur la proposition des deux prin* cipaux délégués de Rome. M. Rossi, qui avait

réuni la police au ministère de Tintérieur, connut bientôt la sentence qui le condamnait. En lui prouvaiit qu'elle redoutait son dévouement et son énergie, la révolution enflammait encore son courage. Il déclara qu'il ne reculerait devant aucun danger pour défendre les droits du Saint-Père, et que si les circonstances le demandaient, il monterait à cheval pour combattre de sa personne les factieux. « On n'arrivera jusqu'au Pape, dit-îl, »» qu'en me passant sur le corps. " M. Mamiani ayant laissé Rome sans défense (1), ij appela des carabiniers qui tenaient garnison dans les villes voisines. Il fit arrêter par le gêné ml Zucchî et enfermer dans la prison ecclésiastique de C&neto le P. Gavazzi qui préludait à i^ou apostasie déclarée en prêchant la révolution à Bologne . Mais toutes les sâgies et courageuses mesiircs qu']] put prendre étaient autant de titres nouveaux à la haine des révolutionnaires.

M. Sterbini, dans son journal, préparait la population de Rome à voir sans trop d'horreur l'exécu-

(1) « Longtemps avant qu'arrivassent les tristes évé—

» nements de novembre, Nous employâmes tous Nos efforts à » faire entrer dans la ville les troupes suisses engagées au n service du Saint-Siège et cantonnées dans Nos pro\ânces ; n ordre qui, malgré Notre volonté, ne put être exécuté, par 1» » résistance de ceux qui étaient ministres au moi& de mai. » Allocution prononcée dans le Consistoire secret de Gaèle le 20 avril

tion de la sentence que les sociétés secrètes avaient prononcée. Nous savons, hélas! par expérience ce que les honnêtes gens sont capables de supporter en temps de révolution. A Rome, ils pouvaient lire d'avance la mort tragique du ministre de Pie IX dans ces lignes de M. Sterbini :

" D y a une école qui apprend à faire naître les » occasions de bombarder, d'incendier, de détruire n les grandes capitales. Cette école est représentée » à Rome par M. Rossi. M. Rossi est chargé de » faire à Rome l'essai de cette politique. Mais, n comme les révolutions et les conjurés mq^pquent « chez nous , il fallait créer des prétextes pour »• pousser le peuple à quelque mouvement violent »» afin de pouvoir ensuite Técraser et Tasservir. »» Les faits qui sont sous nos yeux démontrent que « telle est la pensée de ce ministère. »»

A la fin d'un article q»*il publia dans la Gazette de Rome du 14 novembre, le comte Rossi, faisant allusion à cé^ outrages, ne leur opposait que son dédain : » Il y a des louanges qui offensent et des « insultes qui honorent! »»

Le même jour, la chute prochaine du ministère était annoncée par YEpoca (1). H devait

(1) M Noi riconosciami in tntti gli atti deU' attaaie minlsn tero la veochia tattica Gnizottiana : ma questa fallira snl » Tevere, com già falli snlla Senna : e ne sia certo quegli che » deir e&empio del maestro a-vTel>be dovuto far tesora pet la ' f* propria condotta. »

tomber le lendemain même dans le çang de rhomme com^geux et dévoué qUi le dirigeait, et le pouvoir jtempcnrel dû Saint-Père devait tomber avec lui, pour être bientôt relevé par les armes de la Erance.

Le soir de ce 14 novembre, à l'heure où tout reposait dans Rome, deux patriotes sç glissaient dans l'amphithéâtre de l'hôpital de San-Giacomo. Uti de kups pareils, attaché à l'hôpital, les attendait, Leui^ montrant les cadavres étendus sur la pierre, il leur dit de choisir. Ds prennent le corps dont 1^ taille se rapproche le plus de celle de la victimeVÈtj chargés de cçt horrible butin, ils s'éloignent et gagnent dans l'ombre la petite salle de spectacle 4e Caprânica oii leurs complices les attendent. Là, Qri dresse le cadavre contre une coulisse da théâtre. On renouvelle le terrible serment de frapper sans pitié le ministre fidèle qui fait obstade à la révolution. On tire au sort,. pendant que minuit .sonne à l'horloge ée Monte-Citôrio, l'honneur (la révolutiop a mis l'honneur là!) de porter le coup. Il écheoit à Santé Costantini. On tire au sort les noms de cinq ou sept autres légiop- , naires, pour assurer contre toute chance contraire le îsuccès du crime. Puk Santé Costantini tirant un poignard qu'il cachait soù^ son'manteau, s^apprache du cadavre et, le frappant, dirige si bien son coup qu'il tranche l'artère carotide. Xe cadavre

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perdant l'équilibre tombe lourdement sur le parquet. Toute cefte bande d'assassins presse la main qui vient de frapper avec tant de précision, et félicite Santé Costantini en lui prédisant qu'il ne sera pas moins heureux dans quelques heures. On se quitte enfin en se donnant rendez-vous au pa- Blte de la Chancellerie.

J'ai dit que le Conseil des députés avait été prorogé au 15 novembre. A l'heure même où le comte Rossi était déjà frappé en eflBgie au théâtre Capmnica, les ministres étaient réunis et délibéraient sur les mesures d'ordre à prendre pour que l'ouverture de la Chambre ne fournît pas à la révolution une occasion trop favorable. La majorité des ministres croyait que la garde civique pouvait suffire au maintien de l'ordre. M.Rossi était d'un avis contraire, et voulait confia* aux carabiniers la garde du palais de la Chancellerie. Mais, quoi qu'il pût dire, il ne put amener la ma^ jorite de ses collègues à ce sentiment. Comme il avait reçu dans la soirée une lettre qui coqjtenait àes menaces de mort, il insista pour que du moin« un piquet de carabiniers occupât la cour de la Chaxiceïl&tie et fît la haie sur son passage : « Ces « précaijfions ne me sont pas personnelles, dit-il « avec une juste fierté : DieUsait que je mourrais » q^çc joie pour la cause que nous défendons; " mais il importe, dans l'intérêt de cette cause,

« cpie ïimverttire de la Clutfnbre se fasse avec » calme et dignité. •»

Dans la matinée il répondit par un'refus à ses deux fils qui désiraipit des billets pour assister à la séance : « Je n'en ai point. — Comment se |w^n il, dit son fils dné, qu'un premier ministre n'ait H point de billets? Mais nous saurons 'nous -®i » passer et nous trouverons bien le moyen de pé- » nétrer dans la Chambre. — Je vous le défends. n — Mais pourquoi cela, mon père? — Parce que » telle est ma volonté. Vous resterez auprès de w votre mère. »»

A cet instant an lui remit un billet de la duchesse de Rignano qui lui écrivait : «« Mon cher n comte, le plus grand danger que vous ayez ja- » mais couru vous menace. -Ne sortez pas, car « vous seriez assassiné! Si vous ne pouvez vous I» dispenser de paraître à la séance d'ouverture, »♦ prenez les plus grandes précautions : il y va de ^ w votre existence. « Le comte Rossi répondit aussitôt : « Ma chère duchesse, je vous suis tr6s- » reconnaissant de l'intérêt que vous me témoiw gnez. Vos craintes me paraissent exa^rées. » Cependant j'ai pris mes précautions. Rassurez* f vous donc sur lïion compte et surtdUt étir celui t» de votre mari (1). « Il reçut bientôt un nouvd

(1) Le duc de Kignano était ministre des travaux puMijis et par intérim de la guerre.

avis semblable à celu^ de la duchesse de Rignaiio : « Le courage civil, lui disait-on, ne consiste pas » à s'expoéer à un danger qu'on peut éviter. Le n courage qui brave inutilement le péril est une » folie... « Mais M. Rossi, qui ne bravait le pélîl que pour servir les intérêts les plus, sacrés, ne tint pas plus compte de ce nouvel avis que de l'autre.

M. Righetti (1) étant venu le voir, il lui montra le billet de la duchesse de Rignano : » Les révo- » It^tionnaires veulent me frapper : donc ils ont » peur... Ce n'est pas l'homme qu'ils veulent tuer » en moi, mais le principe fatal à leurs projets. Us n espèrent assassiner la Constitution au bénéfice » de la république. " Et il congédia M. Righetti en lui donnant lendez-vous à midi et demi b,\i Quirinal.

Comme il cherchait, en déjeunant, à rassurer la comtesse Rossi agitée des pressentiments les plus siiûstres, un valet vint lui dire qu'une personne demandait à le voir pour une affaire qui le concernait et qui ne souffrait aucun retard : « Elle n attendra cependant : les affaires de l'État doi- » vent passer avant les intérêts particuliers. » Dites à cette personne de revenir demain. » Le valet sortit pour s'acquitter de cette commission,

(f ) Son 6iil)8titut an ministère des finances.

et rentrant bientôt après, dit au comte que la personne qu'il venait de renvoyer avait paru consternée du refus fait de la reœvoir et s'était écriée : " Il est peut-être déjà tr(ç tard, demain il ne sera »♦ plus temps! — Vous le voyez, mon ami, dit la » comtesse Rossi : un grand malheur plane sior » nous ! Vous avez tort de vous exposer ainsi. — « Vous êtes une enfant, » lui répondit le comte en se levant de table pour se rendre au Quirinal.

Le Saint-Père avait été averti comme .son iiîinistre. Et quan4 celui-ci se présenta, il le reçut avec encore plus d'afFedion que de coutume. « Je « suis heureux de vous voir ! » lui dit-il en lui ' donnant sa [main à baiser. — « Je viens prendre »' les ordres de Votre Sainteté. — Je n'en ai qu'un y* à VOUS donner.— Lequel, Très-Saint Père! — »» Celui de prendre toutes les précautions pos^bles » pour éviter à nos ennemis un grand crime et » pour m'épargner une immense douleur. Votre »» vie est menacée. — Ils sont trop lâchesl ils »' n'oseront pas! — Dieu le veuille!... Mais rece- » vez la. bénédiction que je vous donne de toute » mon âme. » Et le Pontife étendit ]a main sur la têtade celui qui marchait avec tant de résolution au martyre;

Comme le ministre sortait des appartements du Saint-Père, il fut abordé par un prêtre qui lui demanda quelques instants d'entretien : ** Je n'ai

» pas le temps de vous entendre aujourd'hui. — n n faut œpendant que vous m'écoutiez. — Que » me voulez- vous ? — Je veux vous sauver. — " Qui êtes-vous? " Mgr Morini se nomme. »• Eh " bien, Monseigneur, parlez, dit le comte. Mais H hâtez-vous. — Tout à l'heure je confessais au « Gesu. Une femme, le front pâle el la voix brève, »♦ s'approche de mon confessionnal et me supplie *» de me rendre dans une chapelle voisine où m'at- »» tend, dit-elle, un personnage qui veut me faire *» une communication d'une importance extrême. » J'hésite un instant, mais cette femme me dit »» que je peux empêcher un grand crime, et sauver » la vie d'un homme. Je vais à la chapelle qu'elle » m'indique et j'y trouve, enveloppé dans un man- » teau, un inconnu qui, me prenant par la main, « me dit : « Au nom d,e Dieu, courez au Quirinal, » vous y trouverez le comte Rossi ; arrêtez-le s'il n en est temps encore, empêchez-le, par tous les » moyens que vous pourrez, de se rendre au pan lais de la Chancellerie. S'il y va, il est mort! " Les conjurés sont à leur poste, et le poignard » attend... » — Je vous remercie. Monseigneur, dit t» le comte. Mais je défends la cause du Pape, qui »♦ est la cause de Dieu! Il faut que j'aille où je »» veux^ aller (ij. » Et se tournant vers M. Righetti

(t) « lo difendo la causa del Papa, e la caussC del Papa è la » causa di Dio : debbo andare e voglio andare. n

qui arnvait, fidèle au rendez-vous, il lui dit en lui montrant sa Voiture : « Montez, si vous ne n craignez rien. »

Dans le trajet, M. Righetti lui demanda s'il avait appris quelque chose de nouveau. Le comte lui raconta la communication de Mgr Morinî : " Left républicains que je méprise souverainement, " ajout^-t-il, ont résolu de se défaire de moi. Je » pourrais pénétrer dans la Chambre par des voies » secrètes : je ne le veux pas ! Je veux au conn traire montrer à tout le monde que je ne crains »» pas les factieux. »

Un coup de sifflet se fait entendre, et le cocher, Joseph Decque, voit un homme à la mine sinistre qui court précipitamment dans la direction du palais de la Chancellerie, comme pour aller annoncer l'arrivée de la voiture. Saisi d'un pressentiment funèbre, il arrête ses chevaux ; mais le comte lui fait signe de poursuivre. Quand la voiturfe arrive sur la place du palais, une voix crie d'un ton de commandement : Zitto! zitto! Il se fait aussitôt un silence de mort. La voiture s'engage dans la cour de la Chancellerie, et le ministre voit que, contrairement aux ordres qu'il a donnés, le service est fait par la seule garde civique. Par un mouvement rapide, une partie des conjurés a coupé toute retraite à celui dont ils ont juré la mort. Le comte descend de voiture, et une explosion de cris fé-

roces se faît entendre : A bas JRossi I mort à. Rossil TueAel C'était la- recommandation suprême qu'adressaient à Santé Costantinises complices. Le comte jette un regard de mépris sur ceux qu'a bien le droit de mépriser celui qui méprise la mort. Comme il s'avance, accompagné de M. Righetti, un mouvement habile des légionnaires de Grandoni le sépare de cet ami fiàèle. A ce moment, un homme âgé, a la barbe Manche, le frappe d'un coup de canne sur l'épaule» C'est le signal : tandis que le comte, tourne fièrement la tête vers son agresseur, la main assurée de Santé Costantini lui enfonce le poignard dans le cou et tranche l'artère carotide. Le comte n'a senti que le froid du fer, il porte la main à son cou, et, jetant à toute cette bande le nom d'assassins, il veut poursuivre son chemin. Mais il chancelle, il essaye.de se retenir au mur, tandis que les scélérats, dans l'ivresse de leur crime, hurlent autour de lui. M. Righetti repousse violemment ceux qui le séparent de son ami, et quand, arrivé auprès du comte qu'il essaye vainement de relever, il cherche des yeux quelqu'un dont il puisse réclamer l'aide, il ne voit que des assassins. Mais le valet de pied se fait passage, à son exemple. Tous deux relèvent la victime. Soutenu par eux, le comte peut encore monter huit ou dix marches, puis il s'affaissa sUr lui-même. On le porte au premiei*

étage, dans les appartements du Cardinal Gazzoli. On appelle le ciiré de San-Lorenzo-in-Damaso, église qui fait partie du palais même de la Chancellerie, et deux médecins qui sont membres du Conseil des députés. Ceux-ci découvrent la blessure et avouent l'impuissance de leur art. Le blessé, qui vit encore, fait de pénibles efforts pour prononcer des mots qu'on ne peut pas distinguer ; peut-être veut-il répéter la prière qu'on murmure à son oreille : « Jésus, ayez pitié »» de moi! " Le curé dé San-Lorenzo lui donne l'absolution. Et il semble que cette âme chrétienne n'attendait que d'être réconciliée avec Dieu, car elle a aussitôt quitté la terre.

** Le comte Rossi est mort martyr, Dieu rece- « vra son âme en paix, » dit le Saint-Père à M. Righetti, qui était venu encore tout couvert du saïig de son ami raconter cette mort à celui pour qui M. Rossi venait de mourir.

Le P. Vaures, dont la main l'avait poussé dans cette voie glorieuse qui aboutit au martyre, après avoir ainsi donné à la vie de son ami le plus noble emploi qu'elle pût recevoir, eut à le protéger dans la mort. Ayant appris que les assassins avaient comploté de venir chercher le cadavre, de r«ilever de force, de le promeher triomphalement dans Rome et de s'en partager les lambeaux, il voulut -soustraire le corps de l'illustre victime à

ces nouveaux outrages. 11 le fit transporter secrètement dans un caveau de l'église de San-Lolenzo (1), où il descendit lui-même, et passa la nuit en prières auprès de son ami.

Il avait auparavant rempli auprès de la comtesse Rossi un autre devoir. Comme il usait de vaines précautions pour la préparer peu à peu à recevoir l'affreuse vérité qu'elle devina dès le premier mot, les deux fils, se précipitant dans la chambre (J^a comtesse, demandent au P. Vaures : « Où est notre père?... Vous ne nous répondez » pas?... Ils l'ont as*sassiné!... Vengeaçcei mort " à Sterbmi!... »» Ils s'élancent, l'épée à la main, et volent au palais delà Chancellerie. «« Où est notre " père? » répètent-ils en arrivant. Mais, voyant

(1) C'est là que repose, dans l'attente de la résurrection, le corps de M. Rossi. Pie IX lui a fait élever, à droite du maltre- '-autel, contre le mur, un tombeau en marbre blanc*. La composition ^1 est simple et touchante. Un Christ sculpté entre VA, et ro, surmonte un buste du comte Rossi dont la ressemblance frappe tous ceux qui ont pu voir cette belle et noble tête. Au-dessous on lit cette inscription :

CA7BAM OFTIMAM MIBI TVENBAM ASSYltPSI

MIBEBEBITYB DBYB.

QTIETI ET CDŒBIByS

PE&EOBIia S068I COM. DOMO CABABIA

QYI AB IBTEBiaS HEGOTIIS PU IX P. M.

DtPIOBTH COKSIUO XEDITATA C^DE OCCYBIT

XTXI KAL. DEC. MDCCCXLYIII

iET. AIT. LXI M. un D. ZH.

ces gardes civiques froids et impassibles ftevant la doideur de§ enfants comme ils Tétaient tout à rheure devant le meurtre du père, M. Edouard .Rossi, le plus jeune des deux fils, qui porta l'uniforme d'aide de camp, leur dit : ' Vous ^tes des » infâmes, vous qui ne l'avez point défetidu, qui « Tavez laissé lâchement as^assîuerl Vcus avez « déshonoré votre uniforme! Le nîjen me fait hor- » reur, et je rie le porterai plus! Mon épœ, qui » était au service de Tïtalie, je la lîiaudis et je la »» brise! « Et il fait comm^il^dit, et il arrache ses épaulettes, et déchire sa tunique. Son feère aîné, M. Àlderan Rossi, plus calme, jette à ces lâches témoins de l'horrible tragédie ces paroles que rhistôire doit recueillir : « Le poignard qui vient »♦ d'assassiner notre père a tué pour toujours la »• cause de la Jeune Italie. Cette cause, qui a voulu n triompher par le crime, est à jafnaîs perdue! »f. Cette malédiction de l'orphelin pèsera longtemps, peseta toujours peut-être, sur la cause die l'indépendance italienne.

Avant même que M. Rossi eût rendu le dernier soupir, la nouvelle du<îrime avait pénétré dans la Chambre et s'était répandue de proche en proche sur les bancs des députés et dans la tribune du corps diplomatique. L'ambassadeur d'Espagne, M. Martinezde la Rosa, se leva pour sortir; M. le duc d'Harcourt, ambassadeur de I<*rance, l'ar-

rêta : « Restons, pour entendre ce que dim le pré- " sident et pour savoir quelles résolutions prendra n la Chambre. » Cependant une vive agitation des tribunes publiques semblait faire honte à Timpassibilitédesdéputés. Mais le président, M. Sturbinetti, rappela par quelques paroles le public à la loi du silence, et ajouta sans aucune émotion : « Messieurs, passons à Tordre du jour. " M. Sterbini, ne voulant pas que la Chambre se laissât distraire par ce qui venait d'arriver, dit : " Tranquil- " lisez-vous, ce n'est rien. " Cependant quelques députés ne savaient pas encore ce qui avait pu produire cette agitation, et l'un d'eux l'ayant demandé, un autre lui répondit à voix haute : « De- » mandez-le à M. Sterbini : il en sait quelque » chose. » Mais un autre député, aussi bien invstruit sans doute que M. Sterbini, s'écria : « Qu'est-ce que cela nou§ fait?... Est-ce que cet » homme est le Roi de Rome? « M. le duc d'Harr court en avait assez entendu : « C'est infâme! •» Sortons, Messieurs, dit-il à ses collègues, sor- »♦ tons pour ne pas être par notre présence com- »» plices de ce qui se passe ici. »

Cette journée pleine d'horreur vit une fête démocratique encore plus atroce que le forfait que la démocratie fêtait. Le soir venu, des bandes de scélérats se jettent dans toutes les rues et organî- ■ sent une illumination générale. Ils chantent un

refrain qu'un des leurs, M. Sterbini, dit-on, a composé pour la circonstance : Béni soit le poignard sacré, le poipnard qui a frappé le iraiti^e! Bénie la main qui a poignurdé Rossi! Et ils crient : Vive le petit Brutus ! Vive Brutus III! •Et leur sacrilëge audace mêle à ce nom le Nom tïois fois saint : Vive Jésus-Christ démocrate! Le plus grand nombre ne sait pas encore quelle main a porté le coup. Un jeùhe homme appelé Tjpenfanove(l) est désigné comme l'assassin , On le prend, on le porte en triomphe. On se dispute pour lui saisir et lui baiser la main : « Oh! la sainte » main ! » Le hideux' cortège, qui a jeté Rorne en*tière dan3 l'épouvante, craint que la veuve et les enfants de la victime échappent par leur douleur même à la terreur universelle. Ces monstres se précipitent devant le palais du comte Rossi eh ^lan/ tant; Béni soit le poignard sacré, le poignard qui a frappé le traître ! Bénie la main qui a poignardé Rossi! Et pour que la veuve et les orphelins voient ce poignard glorifié, on Tëlève à la hauteur des fenêtres - du premier étage, se détachant comme un trophée sur les plis du drapeau tricolore!

Il à fallu leur soustraire le cadavre du père. Il faut leur soustraire la veuve et les enfants. Et M. le duc d'Harcourt offre un refuge à cette famille

(1) 00 nom: est celui, d'un des conjarés de Ja salle deCapra* nica. Est-ce le même homme ?

■awi^rj riiwv ■'> .^,^ -^^ r

infortunée dans le palais de l'ambassade de France.

Le poignard de Santé Costantini avait écarté Tobstacle. Sans perdre un jour, la révolution vint le 16 novembre imposer son programme à Pie IX : promulgation de la nationalité italienne ; déclaration de guerre à F Autriche ; convocation d'une assemblée constituante ; formation d'un ministère démocratique dont M. Mamiani et M. Sterbini devaient être les chefs.

Les bandes qui avaient épouvanté lElome dafts la soirée de la ^veille venaient porter ces conditions au Quirînal. Mais auparavant elles étaient allées demander au Conseil des députés de nommer une commission qui prêterait un semblant de force légale à la tourbe des malfaiteurs. Et le Conseil l'avait nommée. La commission, suivie de ces bandes, arrive au Quirinal, et veut parler au Saint- Père. Le Cardinal Soglia reçoit cette étrange députation, il lui annonce avant tout que la violeilce n'obtiendra rien, puis il prend le programme qu'on lui présente et se charge d'aller aussitôt le soumettre au Saint-Père. Après avoir pris les ordres du Pape, il revient et annonce que Sa Sainteté avisera. Cette réponse dilatoire irrite les délégués. Ils la reportent à la multitude qui attend' sur la place. Des cris de colère, des menaces se font entendre. Mais une autre députàtion, composée d'officiers de carabiniers, se charge de faire

*t^^» .^JrfliJh-tiBi.i

adopter le programme par le Souverain Pontife. Us obtiennent d'être admis auprès de Pie IX qu'ils trouvent entouré des ambassadeurs de France, d'Espagne, de Bavière, de Portugal, de Russie, accourus à la première nouvelle du péril. Les nouveaux délégués de l'émeute supplient le Saint- Père de céder au peuple dont il est impossible, assurent-ils, de calmer les transports. Pie IX répond que subir les conditions imposées par la révolte serait abdiquer, et qu'il n'en a pas le droit. M. Martinez de la Rosadit à ceux dont la mission est de comprimer la révolution et qui se font les interprètes de ses vœux : « Allez, messieurs, allez dire w aux chefs de la révolte ^ue s'ils persistent dans n leur odieux projet, il leur faudra passer sur mon » cadavre pour arriver jusqu'à la personne sacrée n du Souverain Pontife. Mais alors (dites-le-leur » bien) la vengeance de l'Espagne sera terrible! » Les officiers de carabiniers veulent s'excuser : ils ont redouté pour le Saint-Père la colère du peuple, et ils ne sont intervenus que pour apaiser le peuple. « Si vous faisiez votre devoir, messieurs, leur rén pond le duc d'Harcourt, vous empêcheriez par w les armes les malheurs que vous ne préviendrez »r point par de stériles paroles. »» Et M. Martinez de laRosa leur dit encore, au nom de l'Europe et avec l'assentiment des ambassadeurs présents : « Sachez, messieurs, que les Souverains de l'Eu-

» rope ne laisseront pas in i{ m i]ï un s^acrOt^ge d6p n consomme parfcs mênacu^ impies d'une canaille n saée/oi ni loi. » Les officiers répondent qxi'ûs r^sisteiront si le Souverain Pmitîie l'e^sigep mais qu'ils n*<h itérant pas d'être iimasaci es par le penpia. Un pacte secret les lie uux révolutionnaires. ■ En t!<îserfant leur devoir de soldats, en se faisant les avocats de la révolution auprt^s du Saint-Père, ils révèlent assez leur complicité.

Après le départ de ces traîtres, les membres du ooirps diplomatique ne voulurent pas abandonner Pie IX à un p^ril qui grandissait d'iii^tant en instant. Ils dwneurèrent auprès de lui avec les Cardinaux Sogliaet Antonelli, les camériers secrets, les principaux officiers du palais, le P. Vaurçs, six gardes nobles, le capitaine des Suisses (1) et ses officiers, un Français sans autre titre que son dévouement, le comte de Malherbe, accouru comme les autres pour faire au Souverain Pontife un rempart de son corps. Le calme et la sérénité de Pie IX r^evaient, non pas le courage, m^^ Tespoir dans le cœur de ses fils fidèles qui ne tremblaient que pour lui. Le Saint-Père, debout contre la porte de son oratoire où il. se retirait par instants, s'entretenait paisiblement avec tous ces courageux courtisans de sa majesté outragée et menacée.

(1) Le capitaine Léopold Meyer de Schauensée.

« Vous voyez, leur disait-il , que le^Jbirinal est » désert et que tout le nloade m^abwidonne. Si H vous n'étiez pas autour de moi, je serais seul »• avec la poignée de braves qui me défend. »♦

Le Cardinal Antonelli se concertait avec le capitaine des Suisses pour la défense du palais. Soixante-dix Suisses gardaient la porte d'entrée et les portes extérieures. Il fallait bien prévoir que cette populace qui assiégeait le Quirinal, et dont les cris de fureur ne cessaient d'arriver jusqu'au Saint-Père, pourrait forcer la résistance de cette petite poignée de braves ^t faire irruption dans le palais. Le Cardinal Antonelli donna l'ordre au capitaine des Suisses, si ce malheur arrivait, de rallier ces hommes à l'entrée de la chambre du Saint- Père, ajoutant: « Nous serons là, pour mourir, H avec eux. «

L'ambassadeur d'Espagne avait appelé ce peuple qui assiégeait son Pontife et son Roi « une ca- » n^lle sans foi ni loi. » Cette flétrissure n'était que trop méritée ; mais l'idée que ce mot fait naître répond mal aux éléments dont se composait cette foule impie et sacrilège. Les jeurifes gens de la Sapience, élevés aux frais du gouvernement pontifical, se distinguaient par Içur rage parricide. Ces enfiants ingrats et dénaturés avaient trouvé, pour marcher contre le Quirinal, un digne commandant, M. Charles Bonaparte, prince de Canino, dont la

famille, dans ces retours des choses d'icî-bas qu'on ne prévoit jamais et qu'on oublie toujours, avait dû au Saint-Siège, trente ans auparavant, un abri que les ressentiments et les craintes de toute l'Europe lui refusaient. La conduite de M. Charles Bonaparte prouve que le gouvernement pontifical aurait bien pu concevoir les mêmes craintes que tous les autres gouvernements de l'Europe. Les attentats contre Pie Vil auraient expliqué un ressentiment encore plus profond que celui de tous les Rois. Mais le cœur du Souverain Pontife est un cœur de père, toujours prêt à pardonner, et dont le pardon même prévient parfois le repentir et le provoque, La famille Bonaparte avait été reçue à Rome comme des enfants malheureux peuvent être reçus dans la maison de leur père. Le Pape Pie VII, qui avait été Tobjet d'une persécution si cruelle , devint le refuge de cette famille contre les rigueurs de la fortune. C'est de Pie VU que Lucien Bonaparte et , après lui , son fils Charles tenaient le palais qu'ils habitaient et le titre de prince romain. M. Charles Bonaparte^ dont la conduite sera bientôt blâmée avec éclat par une partie de sa famille (1), avait paru ne plus

(1) Voir, dans le chapitre suivant, la lettre adressée au Nonce du Saint-Siège en France, et publiée dans les dernien jours qui précédèrent Télection du 10 décembre 1848.

se souvenir des bontés du Souvei-ain Pontife, que pour se ménager des chances favorables dans toutes les éventualités de Tavenir.

Ce ne sont pas seulement les jeunes gens de la Sapience, conduits par le prince de Canino, qui se sont mis du côté de ^insurrection, ce sont avec eux 4es gardes civiques^ et, ce qui est moins ordinaire, les troupes de ligne et^ les carabiniers. Ces soldats félons traînent un canon derrière euxj le San-Pietro, et viennent le biraquer contre la porte principale du Quirinal. Les tambours de la garde civique battent la générale, des complices s'emparent du clocher d'une église^ et sonnent le tocsin. C'est le'carillon des grandes journées de la révolution.

Une quinzaine d'officiers de la garde civique se sont glissés dans l'intérieur du palais où leur présence inquiète les cœurs dévoués au Saint-Père. On leur ordonne de sortir; mais ils refusent en disant qu'il? ont à craindre les- mauvais traitemeots de la garde suisse, /s'il leur faut passer au. milieu d'elle, v Je réponds de mes soldats, s'écrie «-le- capitaine des Suisses. Et je vais Vpus accom- »» pagner, si vous me donnez votre parole d'hpn- « i^eur que yotis ne m'abandonnerez pas, et qu'il » ne me sera rien fait à moi-même. — Nous vous » en donnons notre parole, » disent les officiers de la garde ^civique. Malgré cette assurance, ce que

le capitaine des Suisses avait craint, arriva. Ceux qui venaient de marcher sous sa protection l'abandonnèrent» et aussitôt il se vit entouré d'hommes armés qui, le couchant en joue, lui demandèrent : « Pour qui es-tu, pour le peuple ou pour

f le Pape! — Je suis pour mon devoir Tirez,

•• si vous Tosez, sur un soldat qui a combattu à " Vicence pour Tindépendarice de l'Italie, et qui » est prêt aujourd'hui à mourir pour défendre le n Souverain qui lui a donné sa confiance. » Il est malaisé de résister au prestige de l'intrépidité. Le capitaine a vaincu par ces paroles courageuses les insurgés qui le menaçaient et qui se retirent. Mais d'autres surviennent, qui s'emparent de lui et, le plaçant devant la bouche du canon chargé, font le simidacre de tirer. « Je reconnais cette » pièce, leur dit le capitaine. EUe se nomme le »» San-Pietro. Si vous y mettez le feu, l'histoire n dira que le 16 novembre les Romains ont mis n à mort un officier qui, avec vingt-cinq grenadiers » de sa compagnie, avait repris, à Vicence, cette » pièce tombée au pouvoir des Autrichiens ; et n l'histoire ajoutera que les Romains ont fait du n San-Pietro l'instrument de son supplice. »» Les insurgés n'osent pas tirer, mais ils retiennent prisonnier le capitaine trop confiant dans la parole des officiers de la garde civique.

Cependant la fureur de la démocratie ne s'épuise

pas en vains cris et en menaces stériles. On met le feu à la porte du Qnirinal, qui communique à la voie Pia. Le dévouement des Suisses et des pompiers arrête les progrès de l'incendie et bientôt rétouffe tout à fait. Des coups de carabine sont tirés sur les fenêtres même de l'appartement du Saint-Père, et sur d'autres points duQuirinal. Mgr Palma, secrétaire des lettres latines, est tué dans sa chambre d'un coup de fusil tiré du clocher où des insurgés se sont établis pour sonner le tocsin... La nuit vient interrompre le cours des exploits de la révolution, et il faut ajourner au lendemain la prise du Quirinal.

Mais la révolution n'attend pas jusque-là pour triompher. Un gouvernement provisoire s'est formé, un gouvernement de la révolution en face du gouvernement légitime. M. Sterbini et le prince de Canino sont ses chefs. Il organise, à sept heures et demie, sur la place de la Pilota, une fraternisation générale des troupes rebelles, de la garde civique et d^ la populace, et il envoie de là au Saint-Pèré une troisième députation, qui a l'ordre de rapporter une réponse avant neuf heures. C'est un des bénéficiaires de l'amnistie, l'avocat Galetti, qui est chargé de signifier au Souverain Pontife les décrets et les menaces de la révolution, n est seul introduit dans le cabinet du Pape, et cet entretien, qui n'a pas un témoin, dure plus

d'une heure. . On n'en connut que le résultat. Quand M. Galetti passe en se retirant sous les yeux des ambassadeurs, il panât honteux de la mission qu'il vient d'accomplir, et de la violence qu'il vient de faire subir au Saint-Père. Mais Bie IX^ calme et tranquille dans sa douleur amère, annonce aux représentants des puissances que, pour épargner à Rome de nouveaux malheurs et aux réelles de nouveaux crimes annoncés déjà pour le lendemain, il a remis à la sagesse ^es Chambres la décision qu'on a voulu lui impos|r, et qu'il a subi un ministère formé parles rebelles et composé de M. Mamiani pour les affaires étrangères, de M. Galetti à l'intérieur, de l'abbé Rosmini à l'instruction publique , de M. Sterbini au commerce, de M. Lunati aux finances, de M. Campello à la guerre, et de M. Sereni à la justice. Puis, au milieu du silence profond de tous les hommes dévoués qui sont là et au milieu des bruits sinistres qui viennent du dehors, des décharges de mousquéterie et des cris de joie furieuse de la démocratie avinée, le Saint- Père ajoute : « Messieurs, je suis ici prisonnier. »» On a voulu m'enlever ma garde et me mettre »» dans les mains d'autres personnes. Ma conduite, » à cette heure où je suis privé de tout appui et »» de toute force matérieUe, ne peut plus avoir ^ qu'un but, éviter à tout prix qu'une seule goutte

n de sang fraternel soit inutilement répandue « pour ma &use. C'est à cette craint^éqùe je cède. « Mais je veux en même temps que vous sachiez, » meagi^eurs, et que TEurope entière sache, que »je ne prends, même de nom, aucune part au » gouvernement, et que je veux y resty absoln- » ment étranger. J'ai défendu qu'on abusât de mon V nom, j'ai défendu même qu'on se servît encore » des formules ordinaires, "^e Saint-Pére proclamait ainsi la suspension de son pouvoir temporel. Pour les rebelles qui venaient d'exercer cetj^ violence sacrilège sur le Souverain Pont^ celte suspension était une abdication. Mais voulant que cette abdication fût sans retour possible, ils se hâtèrent de désarmer celui qu'ils venaient de dépouiller. La première pensée du prince de Canino et de M. Sterbini, le 17 novembre, fut de licencies et de congédier les Suisses, les seuls soldats demeurés fidèles au Saint-Père dans la journée précédente. Mais, avec un courage que le prince de Canino et M. Sterbini auraient dû prévoir, les Suisses refusèrent de livrer leurs postes à la garde civique et de rendre leurs armes : « Nous* sommes » ici par la volonté du Pape, et nous y resterons. M Quant à nos armes, si la canaille les veut, qu'elle H vienne nous les prendre. Si nous ne pouvons plus » nous en servir pour défendre et sauver le Saint- » Père, nous aimdnâ mieux mourir que de les re-

n mettre à d'autres mains que les siennes. » Il fallut l'inteiTention de Pie IX pour les faire céder et leur faire remettre les postes à la garde ci^ vique. Et le Saint-Père demeura gardé à vue par les complices de l'assassinat du comte Rossi.

Cependant l'abbé Rosmini refusa de faire partie du ministère du 16 novembre, et de laisser les démocrates se servir de son nom pour tromper encore quelques honnêtes ^^ens. Mgv Muzzar^ ^empressa de saisir cette part de pouvoir que 1 abbé Rosmini refusait : on put bientôt reconnaître que cette âme-là n'avait aticun s( nipuk.

Mais le prince de Canino, ritisté en dehors du ministère, après qu'il avait si bien in<.^rîté de la révolution, dans la journée du IG novûinbre, ne ■^pouvait pardonner à ses compliff s plus heureux que lui. Dès que parut le programme, d'ailleurs Assez timide, de Mgr Muzzarelli et deMM. Ga^ letti, Sterbini et Lunati, le prince de Canino sigp^a cette timidité conime une trahison envers la d^ocratie et la nationalité italiennp. M^ Ster- J>ini, mis en demeure de montrer de Taudace, contrefit ce qu'avait fait chez nous, quelques mois > auparavant, M. Louis Blanc; il annonça l'ol^isation du travail, et demanda iau cîertle populaire, où résidait le véritable pouvoir en ces jours d'à* nirchie, de vouloir bien désigner, pour chaque quartier ^1a ville, deux citoyens dont la réunion

devait former la commission de travail chargée de la fameuse organisation.

Comme si ce n'était pas encore assez de tanrtie s^ijets d'effroi, le ciel un soir parut tout en feu, et toute la population reçut do cette aurore boréale une vive impression. Mois les chefs de la démocratie laissent au bas peuple la foi dons les présages. Pour eux, ils ne troient A rien qu'à leur infaillible sagesse, et plaisantent agréablement de ce qui fait l'effroi de la multitude. Le pringp <fe Canino, entrant dans les salons de l'ambassade de France, se frottait les mains : « Avez -vous vu - ]e < ici, messieurs? disait-il. C'est la pourpre des t' ("'ai'dinaîix qui s'envole. — Vous vous trom- ►^ pez, lui dit U duc d'Harcourt. C'est l'indice des " jours sanglant^ï qui se lèvent sur Rome. »» Ppuir rassurer le peuple, les meneurs lui disaient : « Ce " signe prouve que l'âme du tyran Roasi estcon- " damnée aux flammes éternelles, et les esprits »' déchus célèbrent à cette occasion des feux de " réjouissance. ♦» Mais le peuple romîtin ne pouvait se défendre d'être bien plus effrayé pour luî-mêm% que pour l'âme de la victime du poignard déiito* ci^fîque, et de voir dans ce ciel embrasé le signemenaçant de la colore de Dieu qui allait éclater sur Rome. Les événements qui suivirent ont-ils assez justifié la superstition populaire?

Quelques jours ^rès cette soirée-là, le 22 no-

vembre, ou refiit au Saint-Père une lettre écrite cinq semaines auparavant par un Évêque français, Mgr. Cbatrousse. Je ne sais quels incidents l'avaient retardée; mais ce retard même donnait à la lettre qui arrivait avec un à propos que son auteur n'avait pas pu ménager, le caractère d'un avertissement céleste :

" Très-Saint Père,

» Pendant les pér^rinations de son exil en - France, et surtout à Valence où il est mort, et où >* reposent son cœur et ses entrailles, le grand »• Pie VI portait la très-sainte Eucharistie sus- >* pendue sur sa poitrine ou sur celle des Prélats ^ domestiques qui étaient dans sa voiture. Il pui- " sait, dans cet auguste Sacrement, une lumière " pour sa conduite, une force pour ses souffrances, " une consolation pour ses douleurs, en attendant »♦ qu'il y trouvât le Viatique pour son éternité.

" Je suis possesseur, d'une manière certaine et »» authentique, de la petite pyxide qui servait à » un si religieux, si touchant, si mémorable usage; " j'ose en faire hommage à Votre Sainteté. Héri- » tier du nom, du* siège, des vertus, du courage, »» et presque des tribulations du grand Pie VI, » vous attacherez peut-être quelque prix à cette »» modeste, mais intéressante relique qui, je l'es- " père bien, ne recevra plus la même destination.

n Cependant, qui connaît les desseins de Dieu » dans les épreuves que sa Providence ménage à » Votre Sainteté!.... Je prie pour Elle avec n amour et foi.

» Je laisse la pyxide dans le petit sac de siâe f» qui la contenait et qui servait à Pie VI; il est » absolument dans le même état que lorsqu'il était » suspendu à la poitrine de l'immortel Pontife.

» Je garde un précieux souvenir et une profonde » reconnaissance des bontés de Votre Sainteté, à » l'époque de mon voyage à Rome, l'année [dern nière. Daignez encorç y ajouter Votre bénédic- » tion apostolique ; je l'attends prosterné à Vos n pieds.

n f PiERJHE, Êvêque de Valence.

« Valence, le 15 octobre ims It}. >■

(1) Le Saint-Père répondit de Gùj^Ig à cette leltris : n Monseigneur rÉvt'qne,

» Les desseins de Dieu dont vous Xoizs parliez daias la l^ttr& » qui accompagnait le précieux objet ^ue vous K&n& Ktvft n envoyé, et qui Nous rappel k In TniîmoJrc de Pio \1, ec sont n accomplis en Notre Personne. Dans notre court voyage de » ^me à Gaëte , où Nous Nous trouvons temporairement, n Nous avons fait usage de la petite pyxide, et Nous avons » res/Bcnti beaucoup de consolation et de force à placer la très- » sainte Hostie sur Notre poitrine. Recevez Nos remercien ments, et Tassurance de Notre résignation à la volonté du n Seigneur. Notis y joignons Notre bénédiction apostolique n que Nous vous donnons de tout Notre cœur.

n Donné à Gaëte, le 26 décembre 1848.

Cette lettre répondçdt à une pensée dont Tesprit du Saint-Père était sans cesse préoccupé depuis qu'il avait été contraint de subir le ministère Galetti. " Opprimé, dit-il un peu plus tard (1), opf* primé par tant d'angoisses, ne pouvant plus remn plir liln*ement ni les devoirs du Prince, ni même n ceux du Pontife, Nous avons dû, non sans une « amère tristesse, Nous éloigner de Notre Siège. •• 0 avait cependant résisté à cette pensée insupportable au cœur du Souverain Pontife, que ses actes et ses parole3 ne paraissent plus libres aux yeux de runivers chrétien et que les hommes même de bonne volonté peuvent se demander, quand le Vicaire de Jésus-Christ parle, si, comme le dit saint Augustin, la cause est entendue (2) et s'il faut obéir. Il avait résisté aux tendres prières et aux supplications de ceux qui lui avaient prouvé leur amour en se pressant autour de sa personne à l'heure du péril. Après avoir reçu la lettre de l'Évêque de Valence et la petite pyxide que Pie VT portait sur sa poitrine , quand il était traîné d'exil en exil par la révolution qui avait commencé par le dépouiller comme elle venait de faire de Pie IX, Pie IX n'hésita plus. Dieu le voulait, Dieu allait l'accompagner et le garder dans sa

(1) Allocution prononcée dam le Consistoire secret de Gaëte, It 20 avril 1849.

(2) M Komn locutn est, causa finita est. »

fuite et dans son exil. Le Saint-Père annonça luimême à son fidèle entourage qu^ allait quitter Rome.

La France eut, dit-on, l'honneur d'être l'objet du premier choix de Pie IX. D appartenait à la Fille aînée de l'Église de recevoir le Chef de l'Eglise chassé de Rome par la révolution. Mais la France elle-même était aux mains de la démagogie. Toute l'Europe était en feu. Et les honmies dévoués qui voulaient soustraire la personne du Saint-Père à tous les attentats possibles, car il n'y a pas de crime impossible à ces forcenés, ne savaient sur quelle terre privilégiée jeter les yeux. 11 était bien plus difficile de savoir où conduire Pie IX, que de l'enlever à la surveillance de la garde civique. Et tout ce qui fut fait en cette circonstance se fit à peu près sans concert des hommes. La Providence agit presque seule pour sauver le Pape, et ne laissa aux hommes que la part nécessaire pour la manifestation du courage et de la fidélité.

Une Française, la comtesse de Spaur, femme du ministre plénipotentiaire du Roi de Bavière, dit à son mari : « Je ne suis qu'une femme, et •» cependant je voudrais conduire cette affaire à « bonne fin. »» Le comte de Spaur sourit de ce mouvement où il voyait bien plus de générosité que de réflexion. Mais le soir même, c'était lui qui

rappelait à la comtesse ce qu'elle avait dit le matin, et qui lui demandait si elle persistait à vouloir dBivrer elle-même le Saint-Père. Sur la réponse affirmative de la comtesse : « Il peut se » faire, lui dit-il, que la Providence ait jeté les •» yeux sur vous pour concourir à la délivrance " du Pape. — Je suis prête. Parlez, que faut*il n faire? — Partir demain matin pour Albano avec " votre fils et son gouverneur. — Après? — f M'attendre là. — Je vous attendrai. — Faites ff au plus vite vos préparatifs de départ. Notre » absence de Rome pourrait bien se prolonger au " delà de nos prévisions, »» Le prétexte d*un projet de mariage entre une princesse de Bavière et le fils aîné du Roi des Deux-Siciles explique ce départ précipité du comte et de la comtesse de Spaur pour Naples.

Le 24, entre six et sept heures du soir, l'ambassadeur de France arrive au Quirinal dans une voiture de gala précédée de coureurs et de torches. Après quelques difficultés, il est introduit auprès du Saint-Père. Il aide le Souverain Pontife à changer de costume et à revêtir celui d'un simple ecclésiastique. Un fidèle serviteur, M. Philipani, accompagne le Vicaire de Jésus-Christ qui s'échappe à travers les longs corridors du Conclave, et, sortant par une porte dérobée, gagne la voiture où le comte de Spaur l'attendait amié.

ainsi que son chasseur, de poignards et de pistolets. Les forfaits que j'ai racontés expliquent assez comment Pie IX fut amené à interrom|(ie Texerdce de son pouvoir souverain. Mais rien ne pouvait interrompre même un instant la vigilance de sa sollicitude paternelle. Et en quittant Rome, il laissait au fpurrier-major des palais pontificaux cette lettre:

" Marquis Sacchetti,

» Nous confions à votre prudence et à votre " loyauté bien connues le soin de prévenir de » Notre départ le ministre Galetti, en rinvitant, » lui et tous les autres ministres, à pré^rver non- » seulement les palais, umis bien plus encore les n personnes qui Nous sont attachées et vo^sw même qui ignoriez tout à fait Notre résolution » Que si Nous avons tant a cœur leur sûreté et w celle des personnes de Notœ maison, qui toutes » ignoraient Notre pensde, il Nous est encore bien » plus à ùœvLv de recommander à ces messieurs le » repos et Tofdre de la ville entière.

" 24 novembre 1848.

« PIE PP. IX. H

, Le duc d'Harcourt, resté seul dans le cabinet pontifical après le départ àa Saint-Père, aflectait

de lire à haute voix et de parler avec feu comme on fait dans la dialeur d'une discussion. Les geôliers de Pie IX, trompés par ce stratagème, ne remarquèrent pas qu'ils n'entendaient jamais que la voix de 4'ambassadeur de France. Après être resté enfermé pendant deux b^res, celui-ci sortait et annonçait aux gardes que le Saint-Père s'était mis au lit. De retour au palais de l'ambassade, il passait de sa voiture de gala dans une chaise de poste, arrivait à minuit à Civita-Vecchîa et s'embarquait sur le bateau à vapeur français le Ténare pour rejoindre à Gaëte le Souverain Pontife. J^

ïjà Saint-Père, conduit par le comte de Spaur, rejoignait bientôt la comtesse dans la vallée de l'Aricia près d'Albano. H prenait place au fond de la berline, à côté de la comtesse; il avait en face de lui le jeune Maximili^i de Spaur et son gouverneur M. Liébel. Une fjpnme de chambre était sur le siège de devant, le comte de Spaur et son chasseur montèrent sur celui de derrière.

Avant le lever du jour, on franchit la dernière borne des États Romains, et à neuf heures et demie on arriva au môle de Gaëte quiest à cinq milles de distance de la ville. Le Cardinal Antonelli et le chevalier d'Amao, premier secrétaire d'ambassade d'Espagne, attendaient le Saint-Père au môle. C'est de là que Pie IX écrivit au Roi Ferdinand II pour lui annoncer que la révolution venait de jeter le

Vicaire de Jésus-Christ sur la terre napolitaine, et pour se déclarer prêt à porter dans d'autres contrées ses pas errants, . si sa présence devait être un sujet d'inquiétudes. Puis il partit pour Gaëte avec sa suite fidèle , tandis que le comte dé Spaur, qui avait échangé ses passe-ports contre ceux du chevalier d'Arriao , prenait la route de Naples pour remettre au Roi cette lettre :

" Sire,

« Le triomphe momentané des ennemis du Saintrjr Biége et de la Religion compromettant la per- »» sonne du Chef de TÉglise Catholique, l'a forcé »' malgré lui à quitter Rome. Je ne sais sur quel »♦ point du globe la volonté du Seigneur, à laquelle " je me soumets dans toute l'humilité de mon »' âme, conduira mes pas errants. En attendant, je " me suis réfugié, dans Igs États de Votre Majesté, » avec quelques personnes fidèles et dévouées. " J'ignore quelles seront vos intentions à mon " égard. Dans le doute, je crois devoir vous man- »♦ der par l'entremise du comte de Spaur, ministre " de Bavière auprès du Saint-Siège, que je suis » prêt à quitter le territoire napolitain, si maprén sence dans les États de Votre Majesté pouvait " devenir un sujet de crainte ou de différends w politiques.

A Gaëte, le Sfcint-Père, accompagné du Cardinal Anionelli, se présenta d'abord au palais épis* copal. Mais l'Évêque, Mgr Parisio, avait quelques heures auparavant quitté la ville, appelé auprès de son frère agonisant. En son absence, on ne voulut pas recevoir ces visiteurs inconnus, et leur insistance ne fit qu'éveiller la défiance du serviteur qui ne pouvait comprendre qu'on prétendît s'installer ainsi chez son maître. Les deux visiteurs se virent contraints de rejoindre la comtesse de Spaur à la petite auberge du Jardin où elle était descendue. C'est dans la pièce principale de cet humble abri, servant tout à la fois de salon, de salle à manger et de chambre à coucher, que Pie IX dicta au gouverneur du jeune Maximilien de Spaur, cette protestation adressée à ses sujets et à tout l'univers catholique :

« Les violences exercées contre Nous ces jours » derniers, et la volonté manifestée de se précipi- " ter dans d'autres excès (que Dieu veuille éloi- »» gner ces malheurs, en inspirant des sentiments ♦» d'humanité et de modération dans les âmes), « Nous ont contraint à Nous séparer, momentané- H ment de nos sujets et de Nos enfants, que Nous " avons toujours aimés et que nous aimons tou- »♦ jours.

»♦ Parmi les motifs qui nous ont déterminé à n cette séparation (et Dieu sait combien elle est

» douloureuse à Notre cœur), cekd dont l'impor- » tance est la plus grande,' c'est d'avoir la pleine >» liberté dans l'exercice de la puissance suprême » du Saint-Siège, exercice que l'univers cathon lique pourrait supposer à bon drôit, dans lés »' circonstances actuelles, n'être plua libre entre » Nos mainsL. Que si une telle violence est pour » Nous le sujet d'une grande amertume, cette »' amertume s'accroît outre mesure, quand Nous » pensons à la tache d'ingratitude dont s'est cou- »» verte, à la face de l'Europe et du monde, une » classe d'hommes pervers, et bien plus encore à »» la tache qu'a imprimée sur leurs âmes la colère »» de Dieu, qui, tôt ou tard, exécute les châtiments w prononcés par son Eglise.

« Dans l'ingratitude de Nos enfants, Ne^s re- '» connaissons la main du Seigneur qui Nous »» frappe, et qui veut que Nous expiions Nos pé- »» chés et ceux des peuples. Mais Nous ne pou- » vons, sans trahir Nos devoirs, Nous abstenir »» de protester solennellement en présence de tous »» (comme dans la funeste soirée du 16 novembre, » et dans la matinée du 17, Nous avons protesté »' verbalement devant le corps diplomatique, qui " Nous avait honorablement entouré, et qui a tant n contribué à fortifier Notre cœur), que Nous » avons souffert une violence inouïe et sacrilège. I» Laquelle protestation Nous entendons- renouve-

r> 1er solennellem^t en la circonstance présente, » c'est-à-dire que Nous avonè été opprimé par la n violence ; et, en conséquence, Nous déclarons n tous les actes qui en ont été la suite nuls et de n nulle valeur ni force légale.

n Les dures vérités et les protestations que n Nous venons d'exposer ont été arrachées à Nos n lèvres par la méchanceté des hommes «t par n Notre conscience, laquelle, dans les drconstann ces présentes. Nous a excité avec force à Tacn complissement de Nos devoirs. Toutefois, en » présence même de Dieu, et tandis que Nous le n prions et le supplions d'apaiser sa colère, Nous n avons la confiance qu'il ne Nous sera pas dé-^ n fendu de commencer Notre prière par ces par ♦ n rôles d'un saint Roi et Prophète : Seigneur, » souvenez-vous de David et de toute sa mansué- » tude (1).

>* Et cependant, ayant à cœur de ne pas laisser H sans chef, à Rome, le gouvernement de Notre » Çtat, Noua nommons une Commission de goié-

n vernement composée des personnes suivantes :

y* Le Cardinal Castracane, » Mgr Roberto-Roberti, n Le Prince de Roviano,

»♦ Le Prince Barberini,

" Le Marquis Bevilacqua de Bologne,

p Le Marquis Ricci de Macerata,

" Le Lieutenant-gt^ii^i-ql Zucchi. .

» En confiant k ladite Cùfeinission de gouvern nement la direction temporaire des affaires pu- »» bliques. Nous recomnmndouis à tous Nos sujets »' et fils le calme et la conservation de Tordre.

» Enfin, Nous voulons et ordonnons que de fer- »♦ ventes prières s'élèvent chaque jour vers Dieu « pour Notre humble Personne et pour le rétablis- »' ment de la paix dans le monde, et spécialement »» dans Notre État et à Rome, où sera toujours H Notre cœur, quelle que sqjt la partie du bercail ' " du Christ qui nous abrite. Et Nous, comme »' c'est le devoir du Suprême Sacerdoce, et, avant H tout. Nous invoquons très-dévotement la souve- " raine Mère de miséricorde, la Vierge Immacu- »♦ lée, et les saints Apôtres Pierre et Paul, » afin que, comme Nous le désirons ardemment, »' l'indignation du Dieu tout-puîssant soit élbi- " gnée de la ville de Rome et de tous Nos États.

» Donné à Gfaëte, le 27 novembre 1848.

Arrivé à Naples à on^e heures du soir, le comte^ de Spaur se rendit aussitôt rue de Tolède,

au calais de la Nonciature. Le Nonce/ Mgr Gi^baldi» qui avait passé la soirée chez le duc de X^rella, venait de rentrer. Le comte de Spaur lui ayant demandé de le présenter à l'heure même au Roi, le Nonce, qui ne pouvait pas soupçonner le caractère et l'importance de la mission du mi-^ Qjstre de Bavière , lui représenta qu'à cette heure avancée le Roi serait couché sans doute, iMais le comte montrant à Mgr Garibaldi le pli cacheté aux armes pontificales et à l'adresse du Roi, lui dit : « Reconnaissez-vous cette écriture et « ce sceau t — C'est récriture et le sceau de Sa *' Sainteté. — Oui, monseigneur. Et il faut que •^ je remette moi-même et immédiatement cette

- lettre au Roi. ^ Le Nonce hésitait encore. Mais le comte de Spaur était résolu à faire plutôt lever le Roi, s'il était déjà couché, que de subir aucun retard : *• Monseigneur, en ce moment, les mi- V nutes sont des heures. Au nom de Sa Sainteté, " je vfMs rends responsable de celles que nous " perdons. Voulez- vous, oui ou non, me conduire

- chez le Roi? -' Le Nonce ne résista pas plus longtemps, et le Roi, bientôt prévenu par lui, reçut ïtn médiat em en t le ministre de Bavière. « Sire, " dit le comte en saluant Feîtlinand II, pardonnez-

- moi de me présenter à cette heure devant Votre *' Majesté. Je voua apporte la nouvelle d'évé- « nements très-graves* Vous la trouverez dans

» cette lettre du Saint-Père. » Le Roi, après at^oir lu la lettre de Pie IX, dit au comt^ : « Revenez •• dans six heures, ma réponse sera prête. » Et quand celui-ci revint six heures après chercher cette réponse, le Roi lui dit : « Nous allons la " porter ensemble. »

Dans rintervalle, Ferdinand II vivait tout préparé pour le départ. Aucun détail ne lui avait paru indigne de sa grandeur pour aller recevoir le Vi-r caire de Jésus-Christ. Il avait veillé lui-même à ce qu'on remplît de linge plusieurs malles, pensant que le linge avait bien pu être oublié dans ce départ précipité de B^me. Il avait fait chauffer deux frégates à vapeur, le Tancrède et le Robert, et embarquer à leur bord un bataillon du V régir ment des grenadiers de la gaftie et un bataillon du 9® régiment de ligne. A six hilires*- du matin, il monta lui-même sur le Tarvcre4$^ accompagné de la Heine, du comte d'Aquila, du comte Trapani, de l'infant don Sébastien, du ministre de Bavière, et d'une suite nombreuse. Les canons des forts annoncèrent le départ de la flotille royale.

Dès que lafiogate portant le pavillon royal fut en vue de Gaët€, le Cardinal Ant6nelli et le duc d'HarcQuit, arrivé un peu auparavant, vinrent saluer le Roi sur le rivage et lui dire que Je Saint- Père était à l'auberge du Jardin. Le prenuer mouvement de Ferdinand II fut de s'y rendre. Mais

on dut prévoir et redouter Tempressement de la foule. Il fut convenu que le Souverain Pontife, gardant encore pendant quelques mstants Tincognito, îdlait venir au palais du gouverneur. Le Roi, sa Famille et leur suite, Ty précédèrent.

Ce pieux Roi ne put retenir ses larmes quand il vit paraître le Vicaire de Jésus-Christ dépouillé ie toute puissance, image trop ressemblante du Dieu persécuté par les Juifs. Héritiers de Judas et des Juifs déicides, le» révolutionnaires venaient de remplacer sur le front de Pie IX la triple couronne par la courcmne d'épines. Mais après qu'ils ont cru le dépouiller entièrement, le Souverain Pontife a encore les mains toutes chargées de bénédictions. Il les répand sur la tête du Roi, de la Reine, des Princes, de toutes les personnes présentes.

Quelques heures après, le bruit de la présence du Pape à Gaëte s'étant répandu dans la ville, la foule se porte devant le palais. Le Saint-Père, à qui Ton vient dire Tavidité qu'ont tant de fils de contempler les traits du Père commun des Chrétiens, se présente au balcon ut donne sa bénédiction à la feule et aux équipages des frégates.

Le surlendemain, il se rend accompagné du Roi, de la. Reine, des Piinceg, des Cardinaux et des ambassadeurs prést^nts, à la chapelle de la Trinité, près de Gaëte. Après quelques instants d'à-

doration devant le saint Sacrement, le Souverain Pontife fait cette prière à haute voix :

" Dieu tout-puissant, mon auçiste Père et » Seigneur, voici à vos pieds votre Vicaire ^très- » indigne, qui vous supplie du fond de son cœur '» de répandre sur lui, du haut du trône éternel où " vous êtes assis, votre bénédiction. Dirigez, ô »» mon Dieu, dirigez ses pas; sanctifiez ses înten- » tions ; régissez son esprit ; gouvernez ses actes ; « soit sur ce rivage, où datis vos voies admirables " vous Tavez conduit, soit dans quelque autre '♦ partie de votre bercail qu'il doive chercher un « asile, puisse-t-il être toujours le digne instru- " ment de votre gloire et de la gloire de vqffe »» Église, trop en butte, hélas ! aux coups de Vos n ennemis!

» Si pour apaiser votre colère, justement irritée »» par tant d'indignités qui se commettent en paro- "^ les, en écrits et en actions, sa vie même peut être »» un holocauste agréable à votre cœur, de ce mo- » ment il vous l'offre et la dévoue! Cette vie, 'Vous " la lui avez donnée; et vous, vous seul ôl^ en »♦ droit de la lui enlever, quand il votis plaira. » Mais, omon Dieu, faites triompher votre gloire, » faites triompher votre Église! Confirmez les " bons, soutenez les faibles, réveillez du bras de » votre toute-puissance tous ceux qui dorment « dans les ténèbres et les ombres de la mort!

" Bénissez, Seigneur, le Souverain qui est ici n prosterné devant vous, bénissez sa compagne, " bénissez sa famille. Bénissez tous ses sujets et » sa Qdèle armée. Bénissez, avec les Cardinaux, " tout rÉpiscopat et le Clergé, afin que tous acn complissent dans les douces voies de votre loi « sainte Toeuvre salutaire de la sanctification des »» peuples. Avec cet espoir, Nous pourrons échap- « per, non-seulement ici-bas, dans ce pèlerinage » terrestre, aux embûches des impies et aux pi^es » des pécheurs ; mais Nous espérons aussi pouvoir « mettre le pied au rivage de Tétemelle sécurité : » Ut hic in œtemum, te auxiliante, salvi et liberi « esse mereamur, »

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