‹ Pie IXChapitre 9 sur 22 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Stupeur de TEurope. — La pensée des dan^rs qui menacent le Saint-Père, réveille le courage dans tons le» cœurs catholiques. — Élan de la France qui oublie ses propres dangers - pour voler au secours du Saint-Père. — Mission de M. de Corcelles. — Politique sans franchise des républicains. — Paroles de M. Armand Marrast. — Lettre du Saint-Père au général Cavaignac. — Lettre du général Cavaignac au Siiint-Père. — Réponse de Pie IX. — Compétition pour la présidence delà république, -r- Élection. — Le parti catholique et sa politique. — L.e comte de Falloux. — Le corps diplomatique à Gaëte. — Discoars de Tambassadeur d'Espagne et réponse de Pie IX. — La Prusse et la Russie. — Note adressée par l'Espagne atux autres puissances catholiques. — La Junte d'État. — Protestation de Pie IX. — L'assemblée constituante romaine. - — Protestation de Pie IX. — Décret fondamental, déchéance de la Papauté, proclamation de la république. — Discours du Saint-Père au Saxiré-CoUége et au Corps diplomatique. — Note du Cardinal Antonelli aux puissances. — Conférences de Gaëte. — Expédition française. — Prise de Rome. — Lettre à M. Edgar Ney. — Débats de l'assemblée législative. — Prières de l'Église universelle pour Pie IX pendant son exil à Gaëte. — Le gouvernement de l'Église pendant l'exil. — Encyclique sur l'Immacidée Conception. — Consistoire secret du 20 avril 1849. — La Souveraineté temporelle du Pape. — Douleur de Pie IX à la pensée des maux qui accablent ses sujets. — L'horreur que lui inspirent les théories révolutionnaires. — Restauration du gouvernement . pontifical, — Protégé par la France, le Saint-Père la protège encore plus. — La diplomatie prépare les voies à la révolution.

Bien des signes avant-coureurs avaient annoncé au monde le grand crime que la révolution

venait de consommer. Mais de tels crimes, encore qu'ils soient prévus, étonnent toujours les hommes. L'aveu de leurs secrètes aspirations avait échappé aux passions révolutionnaires, et on avait vu ces passions déchaînées. Cependant on n'avait pas \oulu croire que de tels forfaits fussent possibles. Le ministre du Souverain Pontife venait d'être assassiné lâchement par la main d'un scélérat, mais par le complot d'un parti ; Mgr Palma venait d'être tué au Quirinal par les mêmes bandits et presque sous les yeux du Saint-Père; Pie IX fuyait Rome pour épargner à la révolution le crime de Judas, et le parti des assassins régnait maintenant où régnait naguère le Vicaire de Jésus- Christ. L'Europe était dans une stupeur profonde.

Mais la pensée du dangar qui menaçait encore le Saint-Père, rendit presque aussitôt à tous ses enfants l'énergie qu'ils n'avaient plus pour se défendre eux-mêmes contre la révolution. Et, comme pour marquer d'avance le caractère profondément chrétien de la grande réparation qui allait s'accomplir , pour empêcher qu'on put jamais expliquer par le sentiment de la cause commune des Rois ce qui était l'inspiration spontanée de l'amour filid, ce ne fut pas un Roi qtii eut la gloire de restaurer la royauté de Pie IX, ce fut un ^uple qui, après soixante ans de révolution^,

ne croyait plus au droit politique et ne connaissait plus ses Rois, ce fut la France demeurée encore au milieu de tant d'infidélités la Fille aînée de rÉglise.

Les fiis de Voltaire ont été dans la stupeur à leur tour, en voyant, un siècle après Voltaire, ç/ef^ élan de la France pour voler au secours du Vicaire de Jésus-Christ. Nous étions alors en pleine révolution, en pleine anarchie; les politiques avaien relégué depuis Soixante ans notre antique constitution au rang des^^ souvenirs historiques, et on avait proclamé à Paris, quelques jours avant la fuitfe du Pape à Gaëte, une constitution nouvelle qui devait être remplacée trois ans plus tard par une autre nouvelle constitution* il y avait un pouvoir, mais quand on apprit à Paris, le 1*' décembre, que Pie IX avait pu échapper à ses enne mis, le terme de l'existence de ce pouvoir était marqué, il devait cesser d'être dix jours après; et le peuple qui allait élire un chef, était lui-même effrayé de la fragilité de ce qu'il allait élever, car Vinconstance populaire se fait peur à elle-même. Il semblait que les malheurs de ce Souverain étranger, comme les politiques affectent d'appeler le Père commun des fidèles> dussent passer inaperçus chez nous, parmi les troubles du temps présent et les menaces de l'avenir... Mais la Fmnce, dès qu'elle apprit, le 26 novembre, l'assassinat du

comte Rossi, n'eut plus de larmes que pour pleurer a\cc la Saint-Pore, pius de sollicitude que pour §E\ personne, plus de vœux et de volonté que pour le rétablisii^enient de la Royauté pontificale.

Personne ne put n'y méprendre. Ce pouvoir t^phi'inèpe qu'on appelait le gouvernement républicain, <?tAitalor:? aux mains de quelques hommes {1} qui â'etaiejit distingués entre tous, depuis TiTigt ans, par leur hostilité passionnée contre la ibi catliaUtpie, contre l'EgKse Romaine et contre le Vicaire de Jésus -Clin st. Ils surent faire violence à leur haine insérée pour ne pas offenser trop profondément le sentiment national, à Theure même où ils sollicitaient de la France une prolongation de leur pouvoir. Dès le 27 novembre, ils envo3^ient à Rome, non pas un des leurs, mais un catholique, M. de Corcelles, n^ettant à sa disposition une briga&e de 3,500 hommes et le chargeant « d'interveniç au nom de la république »» française, pour faire rendre à Sa Sainteté sa lif berté personnelle, si elle en avait été privée. »» Les adversaires républicains du général Cavai- #

(1) On diçait « la coterie dti NatiowU, » Ce n^eu était que la moitié. L'autre moitié, restée hors du pouvoir, nourrissait, et eUe Ta montré à ce moment-là même , une haine morteUe contre ses anciens amis tK>Utique8 dont Tambition avait été mieux favorisée par les événements.

gnac, croyant le devaocer et lexjo.mprojnettre devant la nation, lui demandèrent ce qu'il comptait faire pour la défense du Pape. M. Bixio, ^en Tinterpdlant^ déclara hautement que la T^apauté «*^ n est pas une institution italienne,*» et que l'univers catholique est intéressé à son maintien. Le général Cavaignac répondit en faisant p^r^ à l'Assemblée rq[)ublicaine de la mission donnée à M. de Coreelles.

Cette mission était plutôt faite pour trœnper que pour servir l'amour filial que la France porte au Saint-Père. N'osant pas se mettre tout haut en dissentiment avec la France et proclamer l'odieux principe (& l'abstention, J|& gouvernement républicain avait fait du moins tout ce qu'il avait pu. pour restreindre aux limites les plus ^étroites l'action de son envoyé. « Je ne saurais trop in- " sister,. disait le ministre des affaires étran- »' gères. (1^ dans une dépêbhe, pour vous faire » comprendre que votre çiission* n'a et ne peut " avoir,, pour le moment, d'autre but que d'assu- "^ rer la sûreté personnelle du Saint-.Ëtoa,, et dans •r un. cas extrême, sa retraite momentanée. sur le » territoire de la République, ^ous aurez soin de " proclamer hautement que vous n'avez à intery^ venir à aucun titre dans les dissentiments qui

(t) M. J. Bastide.

w séparent aujourd'hui le Saint-Père du peuple » qi!*il gouverne. La République, mue par un sen- *> timent qui est une vieille tradition française, f* se porte au secours du Pape; elle ne pense pas *f à autre chose, n

Il y avait dans cette politique sans franchise une double trahison : envers la révolution, qui ne peut pas oublier que le Pape personnifie en lui tout ce qu'elle veut détruire et qui ne peut pas plus épargner sa personne que ses droits, car le Pape, de quelque nom qu'il se nomme, sera toujours le grand ennemi de la révolution ; et envers rÈglise Catholique, pour qui ce n'est rien faire que de se borner à défendre la personne du Souverain Pontife dépouillé de tous ses droits. « La personne n du Pape, disait la France par la bouche de M. le « comte de Montalembert, la personne du Pape n nous est infiniment chère et infiniment sacrée ; » mais il y a quelque chose de plus cher, de plus « sacré encore pour nous, c'est- son autorité (1). »»

Ce sera toujours néanmoins un titre de gloire pour M.deCorcelles d'avoir accepté cette mission ainsi bornée, parce que la personne du Pape, qu'on voulait seule sauver, est infiniment chère et sacrée à tous les cœurs catholiques , et parce que, à travers toutes les incertitudes de l'avenir, il y avait

(1) 30 novembre 1848.

quelque place pour Fespémiice, et que l'envoyé extraordinaire) parti pour protéger la sûreté personnelle de Pie IX, pouvait devenir Fouvrier de la restauration de la Royauté pontificale.

Le président de l'Assemblée, M. Armand Marrast^ s'efforça de rassurer la révolution. Revendiquant pour ^ la France républicaine et cathofr lique « le droit de choisir dans les traditions du passé, il dioîsît celles qui montrent la France *^ hospitalière à toutes les grandes infortunes et »^ pleine de vénération et de dévouement pour les »» plus nobles vertus, « et repoussa les traditions qui ont fait de nos pères les auxiliaires du Saint- Siège (1), et de notre histoire, l'histoire m&ne des actions de Dieu (2). Quand un parti n*a point de passé, dans une nation déjà vieille de quatorze siècles, il répudie le passé de la patrie et sa gloire antique, et met sa propre gloire à n'avoir pas d'ancêtres (3).

Les factieux se rendent par là, sans y prendre garde, ce témoignage à eux-mêmes, qu'ils ne sont pas la nation, et qu'il ne leur appartient pas de

(1} Charlemagne signait : « Moi, Charles,... Roi des Francs » et humble auxiliaire du Saint-Siège Apostolique en toutes » choses... »

(2) Gesta Dei per Frcmcos.

(3) La France répuhlicaim fait commencer Thistoire d« France à l'année 1789.

parler pour elle. L'événemexit le prouva bien dix jours après, il le prouva mieux encore quelques mois plus tard. Mais dans les séances même des 27 et 30 novembre, leurs protestations de respect et de dévouement pour la personne du Saint-Père montraient assez qu'il fallait parler ainsi à la France pour ne pas l'offenser. Les réserves que je viens de rappeler, et qui n'avaient d'écho que dans les sociétés secrètes et dans leurs journaux, montraient que la France voulait accomplir ce que la révolution prétendait empêcher, la restauration du gouvernement pontifical.

Ce fut une des premières joies de Pie IX sur la terre d'exil, de recevoir ces témoignages d'amour et de fidélité de sa Fille aînée. A peine le compte rendu des débats des 27 et 30 novembre était-il parvenu à Gaëte, que le Saint-Père adressait au général Cavaignac cette lettre :

« Monsieur le Général,

» Mon cœur est touché, et je suis pénétré de re- »» connaissance pour l'élan spontané et généreux » de la Fille aînée de l'Église, qui se montre em- » pressée et déjà en mouvement pour accourir au " secours du Souverain Pontife.

" L'occasion favorable s'offrira sans doute à moi H pour témoigner, en personne, à la France, mes »» sentiments paternels, et pour pouvoir répandre

» sur le sol français, de ma propre maîn^ les béné- » dictions du Seigneur, de même qu'aujourd'hui »» je le supplie par ma voix de consentir à les » répandre en abondance sur \ous et sur toute la » France.

» Donné à Gaëte, le 7 décembre 1848.

Quelques jours auparavant, le général Cavaignac avait adressé au Saint-Père cette lettre où les réserves, si durement formulées dans la dépêche de son ministre des affaires étrangères, ne sont plus , exprimées, mais résultent du silence affecté du chef du pouvoir exécutif :

» Paris, le 3 décembre 1848.

» Très-Saint Père ,

» J'adresse à Votre Sainteté, par Tun de mes » aides-de-camp, cette dépêche et celle çi-jointe de » M. TArchevêque de Nicée, Votre Nonce près le " gouvernement de la République.

» La nation française, profondément affligée « des chagrins dont Votre Sainteté a été assaillie » dans ces derniers jours, a été aussi profondé- » ment touchée du sentiment de confiance pater- " nelle qui portait Votre Sainteté à venir lui de-

" mander momentanément une hospitalité qu'elle " sera heureuse et fi^re dé, Vous assurer, et « qu'elle saura rendre digne d'elle et de Votre " Sainteté.

»t Je vous écris donc pour qu'aucun sentiment " d'inquiétude, aucune crainte sans fondement ne " vienne se placer à côté de Votre première réso- " lution, pour en détourner Votre Sainteté.

»» La République , dont l'existence est déjà con- » sacrée par la volonté réfléchie, persévérante et ♦» souveraine de la nation française, verra avec or- » gueil Votre Sainteté donner au monde le spec- « tacle de cette consédfation toute religieuse que »♦ Votre présence au milieu d'elle lui annonce, et » qu'elle accueillera avec la dignité et le respect » religieux qui conviennent à cette grande et gé- » néreuse nation.

» J'ai éprouvé le besoin de donner à VotrfeiSain- » teté cette assurante, et je fais des vœux pour » qu'elle lui parvienne sans retard prolongé.

»» C'est dans ces sentiments, Très-Saint-Père, »» que je suis Votre fils r-espectiieux,

* ^ '• Généml Çavaigxac. »

Le Saint-Père répondit au général Ca^^aignac :

« Monsieur le Général, n Je vous ai adressé, par l'intermédiaire de

" M* de Corcelles, une lettre pour exprimer à la « France mes sentiments paternels et moii extrême reconnaîssanœ. Cetterecbnnaissaifice s'accroît de plus en pins à la vue des nouvelles démarches que vous faites auprès de moi, Monsieur le Général, en votre propre nom et au nom de la Franco, en m'en voyant un de vos aides -de-camp, avec une lettre, pour m'offrir rhospitalité sur une terre qui a jété et qui est toujours fertile en esprits éminemment catho- »» liques et dévoués au Saint-Siège. Et ici, mon » cœur ''éprouvé le besoin de vous assurer de nou- » veau que. Toccasion fav&rable ne manquera pas « de se présenter, où je pourrai répandre de ma »» propre main, sur la grande et généreuse famille » française, les bénédictions apostoliques.

n Que /i la Providence m'a conduit par des » vpieg surprenantes dans Je lieu oii je me trouve '» momentanément, sans la moindre préméditation , " ni le moindre concert, cela ne m'empêche point, W même ici, de me prosterner devant Dieu, dont " je suis le Vicaire, quoique indigne, le suppliant » de faire descenàle ses grâces et ses bénédictions ^ » sur vous et sur la France entière.

« Donné à Gaëte, le 10 décembre 1848.

Le jour de l'élection du président de la repu-

bMque approchait, et les journaux qui soutenaient la candidature du général Cavaignac, répandirent par toute la France la lettre qu'il avait adressée au Saint-Père, e» faisant remarquer que son compétiteur, qu'on accusait alors de vouloir ménager ses chances auprès de tous les partis, s'était abstenu de prendre part au vote, qui avait clos le débat sur la mission de M. de Corcelles (1). Les amis du général Cavaignac savaient bien que le montrer plus favorable au Souverain Pontife, c'était assurer son élection. Mais il y avait dans la lettre dont on faisait tant de bruit , une lacune qui laissait l'inquiétude la plus douloureuse au cœur de tous les catholiques. Cette faute d'un rival fut mise à profit par son rival, et dans les der-

(1) Quelques jours après le vote, cette lettre était adressée aux journaux :

« Paris, le 2 décembre 1848.

» Monsieur le rédacteur,

" Apprenant qu'on a remarqué mon abstention dans le voit n relatif à Texpédition de Civita-Vecchia, j© crois devoir dé- » clarer que, tout en étant décidé à appuyer toutes les me- " sures propres à garantir efficacement la liberté et Tautorité « du Souverain Pontife, je n'ai pas pu appuyer par mon vote » une démonstration militaire qui me semblait dangereuse, » même pour les intérêts sacrés qu'on voulait protéger, et de n nature à compromettre la paix de l'Europe.

» Recevez, monsieur, etc.

« Louis-Napoléon Bonaparte. »»

nîers jours qui précédèrent Télection, une nouvelle lettre, adressée au Nonce apostolique, fut répandue par toute la France :,

" Monseigneur,

« Je ne veux pas laisser accréditer auprès de « vous les bruits qui tendent à me rendre com- " plice de la conduite que tient à Rome le prince « de Canino.

» Depuis longtemps, je n'ai aucune espèce de " relation avec le fils aîné de ;Lucien Bonaparte, »» et je déplore de toute mon âme qu'il n'ait point »t senti que le maintien de la Souveraineté tempo- » relie du Chef vénérable de l'Eglise était intime- » ment lié à- l'éclat du Catholicisme comme à la li- » berté et à l'indépendance de l'Italie.

" Recevez, Monseigneur, l'assurance de mes » sentiments de haute estime.

»» Louis-Napoléon Bonaparte (1). »♦

Le général Cavaignac qui avait évité de se prononcer sur « le maintien de la Souveraineté tem- »♦ porelle du Chef vénérable de l'Église, « était renversé du pouvoir par le vote de la France, et son compétiteur était élu.

(i) Insérée sans date dans le Journal des Débats du samedi 0 décembre 1848.

Cependant le parti catholique (il faut bien parler ainsi, puisque les politiques ont prétendu réduire la France catholique à Tétat de parti) n'était représenté dans les conseils du gouvernement issu de l'élection du 10 décembre, que par un seul ministre. Mais l'ascendant de son caractère, la force qu'il puisait dans les rares qualités de son esprit et encore plus celle qu'il recevait, en ce temps de division et de déchirements, du parti catholique uni comme un seul hoinme pourle salut du Père commun des fidèles, lui donnèrent le rôle prépondérant dans toutes les affaires où la foi ou la liberté de l'Église étaient intéressées. Il était seul au milieu d'anciens adversaires de tous les intérêts catholiques, et ce fut toujours sa politique qui prévalut.

Une autre politique aurait marqué le nom fran-^ çaîs d'un stigmate ineffaçable de honte, car on ne s'arrête pas sur la pente révolutionnaire, et quand on n'a pas le courage de la remonter, on est précipité jusqu'en bas. Une autre politique, pratiquée à ce moment-là, nous aurait amenés, de gré ou de force, à reconnaître la république romaine, encore que cette republique se fût établie dans le sang du comte Rossi et sur les dépouilles du Souverain Pontife. Cette république que l'Angleterre elle- . même ne reconnut jamais, du moins officiellement, nous l'aurions reconnue, nous/ à l'heure

même où toute l'Europe, même TEurope hérétique et schîsmatique, se pressait autour du Saint-Père ,à Gaëte et ne voulait reconnaître que lui. Tout le Corps diplomatique l'avait suivi dans Texil, et Féaidait maintenant à Gaëte comme naguère à Home.

Le 25 décembre, il se présenta devant le Souverain Pontife, et l-ambassadeur d'Espagne porta la parole an nom de tout le corps :

« Saint-Père,

« En ce jour solennel, consacré .par la Religion, " le Corps diplomatique remplit un devoir en dé- " posant aux pie4s de Votre Sainteté ses homma- »» ges les plus respectueux et les plus sincères.

»» Témoins des vertus que Votre Sainteté a dé- » ployées dans des circonstances trop doulourem- >« ses pour être jamais oubliées, nous sommes heu- »' reux d'exprimer dans cette occasion l^s mêmes » sentiments d'admiration et de dévouement, senn liments inaltérables comme les vertus qui les in- « spirent.

« En souhaitant à Votre Sainteté la paix et la

" félicité dont Elle est. si digne, nous ne sommes

» que les interprètes fidèles des vœux de nos gou-

^>' yemements ; ils prennent tous un vif intérêt au

>» sort du Souverain Pontife.

»' Sa cause est trop juste, trop sainte, pour

n n'être point protégée par Celui qui tient dans f* sa main puissante le sort des peuples et des f Rois. r>

Pie IX répondit :

« Les nouvelles démonstrations d'affection et •• d'intérêt du Corps diplomatique envers Nous, n réveillent dans Notre cœur de nouveaux senti- I» ments de reconnaissance et de contentement. n Vicaire, bien qu'indigne, de THomme-Dieu dont »» Nous célébrons aujourd'hui la naissance, toute n la force que Nous avons déployée dans les jours n de l'affliction Nous est venue de Lui, et c'est « aussi de Lui que Nous vient la grâce d'aimer »f Nos sujets et fils dans le lieu où Nous Nous trou- »» voBs temporairement, de cet amour que Nous •* avions pour eux lorsque Nous résidions dans n Notre ville de Rome.

» La sainteté et la justice de Notre cause feront « que Dieu inspirera, Nous en sommes certain, " de salutaires conseils aux gouvernements que n VOUS r^résentez, afin qu'elle obtienne le triom- »* phe, qui est en même temps le triomphe de »» l'ordre , de l'Église Catholique, intéressée au " plus haut degré à la liberté et à l'indépendance » de son Chef. «

La Russie et la Prusse avaient compris, même avant que le Souverain Pontife l'eût déclaré, que

la question du rétablissement du gouvernement pontifical était la question du « triomphe de lor- » dre » en Europe. L'ambassadeur de l'Empereur de Russie auprès du Roi des Deux-Sîciles s'était joint au Corps diplomatique. Et sa présence a été assez bien expliquée depuis par ce passage d'une note du cabinet de Saint-Pétersbourg : « Les af- " faires de Rome préoccupent le gouvernement de '» Sa Majesté l'Empereur des Russies, et ce serait « se tromper gravement de supposer que nous » prenons une part moins vive que les gouverne- » ments catholiques à la situation dans laquelle se » trouve Sa Sainteté le Pape Pie IX. Il est hors '» de doute que le Saint-Père trouvera dans Sa Ma- « jesté l'Empereur un loyal appui pour la restau- » ration de son pouvoir temporel et spirituel, et »* que le gouvernement russe s'associera franche- « ment à toutes les mesures qui pourront amener « ce résultat, car il ne nourrit contre la* cour de n Rome aucun sentiment de rivalité ni d'animosité « religieuses. ♦♦

Cependant les puissances catholiques ne pouvaient laisser qu'à une puissance catholique l'initiative des mesures à prendre pour le rétablissement du gouvernement pontifical. Dès le 21 dé- Icembre, l'Espagne avait adressé à la France, à l'Autriche, à la Bavière, à la Sardaigne, à la Tos-

^cane et à Naples, une note où elle se déclarait « décidée à tout faire pour rétablir le Saint-Père " dans un état d'indépendance et de dignité néces- *r saire à l'exercice de ses fonctions sacrées. " Cette note montrait l'inanité de la politique du général Cavaignac : « Une s'agit plus deprotéger la liberté »» du Pape, mais de rétablir son autorité d'une maf> nière stable et ferme, et de l'assurer contre toute »' violence . Vous savez que \t>. ] 1 1 1 1 > -^ u 1 1 ct^-- lu 1 1 i o- « liques ont toujours eu à cœur de garantir la sou- " veraineté du Pape et de lui assuiW une position " indépendante. Cette position i e^^t d'iine te^Jliî Im- " portance pour les Etats chrétiens, qu'elle ne «peut en aucune manière être exposée à Tarbiw traire d'une petite partie du nioTide catholique, « telle que les Etats Romains. - Jj\ note en lin lisant proposait aux puissances catholiques de « s'entendre sur les moyens à prendre pour éviter »» des maux qui surviendraient , si les choses de- ♦» vâSent rester dans l'état actuel. » Et pour atteindre ce but, l'Espagne invitait les autres puissances à nommer des plénipotentiaires chargés de concerter une action commu/ie.

Telle est l'origine des conférences de Gaëte, qui ne s'ouvrirent que cent jours plus tard, le 30 mars. La sainte entreprise dans laquelle la plus grande part revenait de droit à la France, rencontrait en France une opposition puissante.

non sans doute par le nombre ni par le mérite des^ opposants, mais par l'importance que la ïëvolùtion leur avait donnée. La France voulait, mais M. Ledru-RoUin, M. Jules Favre et d'autres bien moins illustres ne voulaient pas. Les débats se renouvelaient chaque jour au sein de l'Assemblée sur les projets du gouvernement à l'égard du Souverain Pontife. A l'exception du seul ministre de l'instruction publique et des cultes, le gouvernement croyait bien que la politique la plus sage était une politique d'abstention. Mais une force secrète l'engageait peu à peu dans une politique toute contraire, dans une politique catholique et française.

A Rome, les attentats avaient succédé aux attentats. Les ministres choisis par les assassins du comte Rossi, et qui osaient se dire les ministres de Pie IX, avaient refusé de recevoir la protestation de Pie IX, entachée d'inconstitutîonnalité. Les révolutionnaires ont de tels scrupules! Ils avaient pareillement refusé de reconnaître la Commission de gouvernement instituée par le Souverain Pontife. Les rebelles avaient établi à la place une Junte provisoire et suprême d'État, car il faut bien que toutes ces promesses de liberté aboutissent à la tyrannie, et que ces rêves monstinieux d'indépendance de toute autorité l^itime aboutissent à la servitude.

Pie IX avait protesté contre rétablissement de la Junte d'État:

« Élevé par la disposition divine, et d'une ma- * « nière presque merveilleuse, malgré Notre indi- « gnité, au souverain Pontificat, un de Nos pre- '♦ miers soins fut de travailler à procurer l'union " entre les sujets de l'État temporel de l'Église, « de raffermir la paix entre les familles, de leur n faire du bien de toutes façons, et de rendre » l'État florissant et paisible autant que cela dé- •t pendait de Nous. Mais les bienfaits dont Nous " Nous sommes efforcé de combler Nos sujets, les » institutions les plus larges par lesquelles Nous " avons condescendu à leurs désirs, bien loin, di- » sons-le franchement, d'inspirer la gratitude et « la reconnaissance que Nous avions tout droit « d'attendre, n'ont valu à Notre cœur que déplaisirs » et amertumes réitérés de la part des ingrats " dont Notre œil paternel voudrait voir le nombre n diminuer toujours. Maintenant tout le monde " sait de quelle manière on a répondu à Nos bien- » faits, quel abus on a fait de Nos concessions, '» comment, en les dénaturant, en travestissant le " sens de Nos paroles, on a cherché à égarer la " multitude, de sorte que de ces bienfaits mêmes » et de ces institutions certains hommes se sont « fait une arme pour les plus violents excès contre

" Notre autorité souveraine et contré les droits » temporels du Saint-Si^. -

« Notre cœur se refuse à rappeler en détail les -M derniers événements, à partir du 15 novembre, w jour où un ministre qui avait Notre confiance fut » cruellement égorgé en plein midi, par la main «d'un assassin, qu'applaudit avec une barbarie »♦ encore plus grande une troupe de forcenés enne- »♦ mis de Dieu et des hommes, de TÉglise et de '» toute institution politique honnête. Ce premier " crime ouvrit la série des crimes commis le jour « suivant avec une sacrilège impudence. Ha ont »♦ déjà encouru Texécration de tout ce qu'il y a . » d'âmes honnêtes dans Notre Etat, en Italie, en » Europe; ils encourront l'exécration des autres «» parties du monde; c'est pourquoi Nous pouvons »» épargner à Notre cœur l'immense douleur de les »' raconter ici. Nous avons ité contraint de Nous »' soustraire du lieu où ils furent commis, de ce »' lieu où la violence Nous empêchait d'y porter »» remède, réduit que Nous étions à pleurer avec n les gens de bien, à déplorer avec eux de si tristes " événements et l'impuissance plus affligeante en- " core de tout acte de justice contre les auteurs de »♦ ces crimes abominables. La Providence Nous a »» conduit dans cette ville de Gaëte où, Nous trou- »♦ vant dans Notre pleine liberté, Nous avons, " contre les violences et attentats susdits, renou-

»» vêlé solennellement les protestations que Nous « avions faites à Rome même, dès le premier mo- « ment, en présence des représentants accrédités " auprès de Nous, des cours de l'Europe et des « autres nations lointaines. Par le même acte, » sans déroger en rien aux institutions par Nous » créées, Nous avons eu soin de donner tenipo- " rairement à Nos États une représentation gou- » vernementale légitime , afin que , dans la capi- »» taie et dans tout TÉtat, il fût pourvu au cours « régulier et ordinaire des affaires publiques , « ainsi qu'à la protection des personnes et des pro- »» priétés de Nos sujets. Par Nous a été en outre » prorogée la session du Haut-Conseil et du Con- " seil des Députés, qui récemment avaient été ap- " pelés à reprendre leurs séances interrompues. » Mais ces déterminations de Notre autorité, loin » de faire rentrer dans la voie du devoir les per- »» turbateurs et les auteurs des violences sacri- » léges que Nous venons de rappeler, lesontpous- » ses à de plus grands attentats ; car, s'arrogeant ff ces droits de souveraineté qui n'appartiennent »» qu'à Nous seul, ils ont, au moyen des deux » Conseils, institué dans la capitale une représen- » tation gouvernementale illégitime, sous le titre » de Junte provisoire et suprême d'État, ce qu'ils » ont publié par acte du 12 de ce mois. Les devoirs »» de Notre Souveraineté, auxquels Nous ne pou-

» vons manquer, les serments solennels par les- " quels Nous avons promis, en présence du Sei- » gneur, de conserver le patrimoine du Saint-Siège " et de le transmettre dans son intégrité à Nos Suc- " cesseurs. Nous obligent à élever la voix solen^- " nellement et à protester devant Dieu, à la face de » tout Tunivers, contre ce grand et sacrilège atten- " tat. C'est pourquoi Nous déclarons nuls, sans " force aucune ni valeur légale, tous les actes mis '» au jour par suite des violences qui Nous ont été " faites , protestant notamment que cette Junte » d'État établie à Rome n*est autre chose qu'une " usurpation de Nos pouvoirs souverains, et que " Ifidite Junte n'a, ni ne peut avoir en aucune fa- " çon, aucune autorité. Sachent donc tous Nos su- '» jets, quel que soit leur rang ou condition, qu'à " Rx)me et dans toute l'étendue de l'État Pontifical » il n'y a et quMl ne peut y avoir aucun pouvoir légi- » time qui n'émane expressément de Nous ; que » Nous avons, par le Motu proprio souverain du '» 27 novembre, institué une Commission tempo- '» raire de gouvernement, et qu'à elle seule appar- » tient exclusivement le gouvernement de la chose " publique pendant Notre absence , et jusqu'à ce que " Nous en ayons nous-même autrement ordonné.

" Donné à Gaëte, le 17 décembre 1848.

La Junte d*Etat ayant convoqué une assemblée générale nationale de TEtat Romain, le Souverain Pontife adressa ce Monitoire à ses sujets :

" Dans cette demeure pacifique où il a pju à la '» divine Providence de Nous conduire, afin que « Nous pussions manifester en toute liberté Nos » sentiments et Nos volontés, Nous attendions, « espérant qu'éclaterait le remords de Nos fils » égarés pour les sacrilèges et les crimes conmiis '» contre les personnes à Nous attachées, parmi » lesquelles les unes ont été tuées, les autres » outragées de la manière la plus barbare, ainsi » que pour les sacrilèges et les crimes consommés ♦' dans Notre résidence et contre Notre Personne » même. Et cependant Nous n'avons reçu jusqtf à " présent qu'une stérile invitation de jsetoumer « dans Notre eapiiale, sans qu'on ait même pro- »» nonce une parole de condamns^îon contre les ^ attentats que Nous venons de rappeler, et sans « la moindre garantie qui puisse Nous donner V quelque assurance contre les fourberies et les '» violences de cette bande de forcenés dont le des- « potisme barbare tyrannise encore Rome et l'État M de l'Église. Nous attendions, espérant que le« » protestations et les décrets émanés de Nous jrap- » pelleraient à leurs devoirs de soumission et de *» fidélité ceux qui, dans la capitale même de Nios

M États, ont ces devoirs en mépris et les foulent w aux pieds; mais, au lieu de ce retour, un nouvel « acte, plus monstrueux encore, d'hypocrite félo- » nie et de véritable rébellion, audacieusement t» commis par eux, est venu combler la mesure de •» Notre douleur et exciter en même temp^ Notre » juste indignation, comme il contristera TÉglise »» universelle. Nous voulons parler de cet acte, « détestable sous tous les rapports, par lequel on » a prétendu ordonner la convocation d'une soi- » disant assemblée générale nationale de l'État «» Romain, par un décret du 20 décembre dernier, » dans le but de déterminer de nouvelles formes n politiques à établir dans les États Pontificaux. M Entassant ainsi iniquité sur iniquité, les au- » teurs et fauteurs de Tanarchie démagogique H s'eiforcent de détruire l'autorité temporelle du n Pontife Romain sur les domaines de la Sainte » Église, en supposant et en cherchant à faire »» croire que son souverain pouvoir est sujet à »» controverse et dépend du caprice des factions, si n irréfragablement fondé qu'il soit sur les droits n les plus antiques et les plus solides, et bien n qu'il soit vénéré, reconnu et défendu par toutes » les nations. Nous épargnerons à Notre dignité n l'humiliation d'insister sur tout ce que renferme n de monstrueux cet acte abominable, et parl'ab- » surdité de son origine,- et par l'illégalité des for-

mes, et par Timpiété du but; mais il appartient certes à T Autorité apostolique dont, quoique indigne, Nous sommes investi, et à la responsabilité qui Nous lie par les serments les plus sacrés devant le Tout-Puissant, non-seulement de protester, comme Nous le faisons, de la manière la plus énergique et la plus efficace contre cet acte, mais encore de le condamner à la face de Tunivers, comme un attentat énorme et sacrilège commis au préjudice de Notre ind^ï€aadance et de Notre souveraineté, attentat qui mérite les châtiments portés par les lois divines, aussi bien que par les lois humaines.

. » Nous sommes convaincu qu'à la réception de cette impudente invitation, vous aurez été saisis d'une sainte indignation, et que vous aurez repoussé bien loin de vous une provocation si indigne et si criminelle. Néanmoins, afin qu'aucun de vous ne puisse prétexter d'avoir été trompé par des séductions fallacieuses et par les prédicateurs des doctrines subversives, ni d'avoir ignoré ce que trament les ennemis de tout ordre, de toute loi, de tout droit, de toute véritable liberté et de votre félicité même. Nous, voulons aujourd'hui de nouveau élever et répandre Notre voix de telle sorte qu'elle vous ' rende parfaitement certains de l'ordre absolu r par lequel Nous vous défendons, quels que

'» soient d'ailleurs votre rang et votre condition, » de prendre aucune part aux réunions qu'on ose- » rait faire pour l'élection des individus à envoyer »» à l'assemblée condamnée. En même temps, " Nous vous rappelons que cette défense absolue '» que Nous vous signifions est sanctionnée par « les décrets de Nos Prédécesseurs et des Con- " ciles, et spécialement du Très-Saint Concile de » Trente {Sess. XXII, c. xi, de Reform.), dans « lesquels l'Église, à diverses reprises, a fulminé » ses censures, et principalement l'excommunica- " tion majeure qu'encourt, sans qu'il soit besoin » d'aucune déclaration, quiconque ose se rendre » coupable d'un attentat quel qu'il soit contre la " souveraineté temporelle des Souverains Pon- '» tifes Romains, comme Nous déclarons que l'ont » déjà malheureusement encourue tous ceux qui « ont contribué à l'acte susdit et aux actes précé- '» dents accomplis au détriment de la mêmç sou- » veraineté, ou qui, de quelque autre manière et "SOUS de faux prétextes, ont troublé, violé et " usurpé Notre autorité. Mais si Nous Nous sen- '» tons obligé par devoir de conscience de préser- " ver et de défendre le sacré dépôt du patrimoine " de l'Épouse de Jésus-Christ confié à Nos soins, » et d'employer pour cela le glaive d'une juste sé- « vérité que Dieu mêriie. Notre juge, Nous a » donné pour cet usage, Nous ne pouvons pas

»' œpendant oublier jamais que Nous teÏFions sur « la terre la place de Celui qui, même dans Texer- « cice de sa justice, ne laisse pas d'user de misé- " ricorde. Élevant donc Nos mains au ciel, en Lui " remettant et Lui recommandant de nouveau « cette juste cause, qui est Sa cause bien plus que " la Nôtre, et en Nous déclarant de nouveau tout »» prêt, avec l'aide de Sa grâce puissante, à boire « jusqu'à la lie, pour la défense et la gloire de " PÉglise Catholique, le calice des persécutions " que Lui-même a voulu boire le premier pour le " salut de cette Église, Nous ne cesserons pas de » Le supplier et de Le conjurer afin qull daigne " dans sa bonté exaucer les ardentes prières que " nous Lui adressons le jour et la nuit pour la » conversion et le salut des égarés. Aucun jour » certainement ne se lèvera pour Nous plus joyeux « que le jour oii il Nous sera donné de voir renw trer dans le bercail du Seigneur ceux de Nos " fils d'où Nous viennent aujourd'hui tant de tri- " bulations et d'amertumes. L'espérance de jouir « bientôt d'un si heureux jour est fortifiée en » Nous par la pensée de l'universalité des prières " qui, unies aux Nôtres, montent au Trône de la » divine Miséricorde, des lèvres et du cœur de ♦♦ tous les fidèles du monde catholique, et qui » sans cesse la pressent et lui font violence pour » qu'elle change le cœur des pécheurs et les ra-

sm

» mène dans les voies de la vérité et de la jus- « tice.

» Donné à Gaëte, le 1" janvier 1849.

Mais Rome, la tête de la civilisation chrétienne, n'était plus que Tune des têtes de Thydre révolutionnaire ; Rome qui avait repoussé la main toujours prête à bénir du plus doux des Pontifes, était sous les pieds de Mazzini. La prétendue assemblée constituante, réunie le 6 février, votait le 9, après quinze heures de délibération, un décret fondamental qui déclarait « la Papauté déchue » en fait et en droit du pouvoir temporel des États » Romains (1) » et qui proclamait le nouveau gouvernement de ces États, « la démocratie pure (2) " prenant le glorieux nom de République ro- « maine (3). »

Cinq jours après, le 14 février, Pie IX'protestait devant leSacré-CoUégedes Cardinaux qui, à travers mille périls, J'avaient suivi à Gaëte, et devant l'Europe représentée par les ambassadeurs des puissances :

(1) Article 1" du décret fondamental, voté par cent quarante-neuf voix contre cinq.

(2) Joseph de Maistre dit « la pure impureté. »

(3) Article 3 du décret fondamental, voté par cent quarantetrois voix contre onze.

« La série non interrompue des attentats comn mis contre le domaine temporel des États de « l'Église, attentats préparés par l'aveuglement " de plusieurs, et exécutés par ceux dont la ma- " lice et la ruse avaient, de longue date, prédis- » posé la docilité des aveugles, ayant atteint le » dernier degré de félonie par un décret de la soi- " disant assemblée constituante romaine, en date « du 9 février courant, où Ton déclare la Papauté » déchue de droit et de fait du gouvernement temn porel de TÉtat Pontifical, pour ériger un pré- M tendu gouvernement de démocratie pure, sous le • nom de République romaine. Nous met dans la » nécessité d élever de nouveau la voix contre un » acte qui se présente à la face du monde avec »» les caractères multiples de l'injustice, de l'in- »» gratitude, de la folie et de Timpiété. Entouré du " Sacré-Collége et en votre présence, dignes re- » présentants des puissances et des gouveme- " ments amis du Saint-Siège, Nous protestons de » la manière la plus solennelle contre cet acte, et ♦» Nous en dénonçons la nullité comme Nous » l'avons fait pour les actes précédents. Vous »» fûtes. Messieurs, témoins des événements à ja- »♦ mais déplorables des journées des 15 et 16 no- H vembre dernier, et, avec Nous, vous les avez » déplorés et condamnés. Vous avez fortifié Notre » esprit dans ces jours funestes; vous Nous avez

»i suivi sur cette terre où Nous a guidé la main w de Dieu, qui élève et abaisse, mais n'abandonne .» jamais l'homme qui se confie en Lui ; en ce mo- " ment encore, vous Nous entourez d'une noble " assistance ; c'est pourquoi Nous Nous tournons » vers vous, afin que vous vouliez bien redire Nos " sentiments et Nos protestations à vos cours et » à vos gouvernements.

» Les sujets pontificaux étant précipités par les » manœuvres toujours plus audacieuses de cette » faction, ennemie funeste de la société humaine, '» dans l'abîme le plus profond de toutes les mi- « sères, Nous, comme Prince temporel et plus en- » core comme Chef et Pontife de la Religion Ca- " tholique, Nous exprimons lés plaintes et les sup- " plications de la plus grande partie d'entre eux, » qui demande de voir briser les chaînes dont ils '» sont écrasés. Nous demandons en même temps " que l'on maintienne au Saint-Siège le droit sacré '» du domaine temporel dont il est depuis tant '» de siècles le légitime possesseur, universelle- » ment reconnu, droit qui, dans l'ordre présent de " la Providence, est rendu nécessaire et indispen- » sable pour le libre exercice de l'Apostolat Catho- *♦ lique de ce Saint-Siège. L'intérêt si vif qui s'est » manifesté dans l'univers entier, en faveur de " Notre cause, est une preuve éclatante qu'elle est " la cause de la justice; c'est pourquoi Nous n'ose-

" rions même pas douter qu'elle ne soit accueillie « avec toute sympathie et une bienveillance enw tière par les respectables nations dont vous êtes » les représentants. »

Le 18 février, le Cardinal Antonelli adressait aux puissances cette note, pour réclamer, au nom du Souverain Pontife, Tintervention armée de la France, de l'Autriche, de TEspagne et du royaume des Deux-Siciles, et lappui moral du reste de l'Europe :

« Sa Sainteté, depuis les premiers jours de son " Pontificat, n'a eu rien autre chose en vue que de » prodiguer des bienfaits à ses sujets, selon les » tetaps, et en pourvoyant à leur plus grand bien. " Aussi, après avoir prononcé les paroles du par- » don sur ceux qui, à cause des délits politiques, " étaient exilés ou se trouvaient en prison, après '» avoir érigé la Consulte d'État et institué le Con- » seil des ministres, ayant sous l'impérieuse néces- " site des circonstances accordé l'institution de la « garde civique, une nouvelle loi pour une honnête " liberté de prt;:>se, et enfin un Statut fondamen- '» tal pour les États de la Sainte Église;. Sa Sain- » teté avait bien ilrôit à la reconnaissance que des » sujets doivent à un Prince qui ne les regardait » que comme des fils et ne leur promettait qu'un » règne d'amour.

« Mais bien difi*érent fut le retour qu'Elle reçut

»» en échange de tant de bontés et d'une si proflîgue »» condescendance. A la suite de courtes démon- " strations d applaudissements , démonstrations « dirigées par ceux qui avaient déjà dans le cœur » les plus coupables intentions ( et que le Saint - » Père s'efforça de faire cesser par tous les moyens H que lui suggérait son cœur paternel) , bientôt il » recueillit le fruit amer de l'ingratitude. Poussé y> par la violence effrénée d'une faction à entrer en » guerre contre l'Autriche, il se trouva contraint »» de prononcer une Allocution dans le Consistoire w du 29 avril de l'année dernière, Allocution ou il »» déclara au monde entier que son devoir et sa w conscience ne pouvaient consentir â cette guerre, »» C'est alors que les machinations préparées » d'avance éclatèrent en atteintes ouvertes portL^es »» à l'exercice de son plein et libre pouvoir, en le » forçant à diviser le Ministt^re d'Ktat eu ecclésia- »' stique et civil, division qu'il n a jamais reconnue. »» Toutefois , le Saint-Père espérait que , plaçant »» dans les divers ministères des personnes capa- " blés et amies de l'ordre, les choses pourraient »» prendre une meilleure tournure, et qu'il verrait »» s'arrêter en partie les njaux qu'on poui-aît dt^à »^ prévoir. Mais un poignard homicide, guidé par n la main d'un assassin, brisa par la mort du mi- »» nistre Rossi les espérances que le Saint-Père »» avaient conçues. Ce crime, exalté. comme un

n triomphe, inaugura le règne de la tyrannie. Le » Quirinal fut entouré de gens armés ; des tenta- » tîves d'incendie furent essayées ; des coups de » fusils tirés contre les appartements qu'occupait H le Souverain Pontife ; et le Saint-Père eut la » douleur de voir un de ses secrétaires tomber n victime des agresseurs. Enfin, on voulut forcer » le palais par le canon, pendant qu'il refusait » d'admettre le ministère qu'on prétendait lui im- « poser.

♦» Ayant dû, par une série de faits épouvan- » tables, comme chacun sait, céder à la violence de « la force, le Pontife se vit dans la dure nécessité w de s'éloigner de Rome et de l'État Pontifical, " afin de recouvrer la liberté qui lui était ravie H et. dont il devait jouir dans le plein usage de sa H puissance suprême. Par une disposition de la diw vine Providence, il se retira à Gaëte* et accueilli »» par rhospitalité d'un Prince éminemment ca- »» tholique, entouré d'une grande partie du Sacré- » Collège et des représentants de toutes les puis- » sances avec lesquelles il est dans des relations *y amicales, il ne tarda pas un moment à élever la » voix et à proclamer dans l'acte pontifical du « 27 novembre dernier les motifs de sa sépara- » tion momentanée d'avec ses sujets , la nullité »♦ et l'illégalité de tous les actes émanés du mihisn tère issu de la violence, et à nommer une Com-

» mission de gouvernement qui devait prendre la »» direction des affaires publiques durant son »» absence de ses États.

» Sans avoir aucun égard à la manifestation des » volontés du Saint -Père, et parvenant par des » prétextes mensongers à tromper sur leur valeur » la multitude inexpérimentée , les auteurs des H violences sacrilèges passèrent à de plus coupa- » blés attentats, s^arrogeant les droits qui n ap- » partiennent qu au Souverain, en instituant un » illégitime fantôme de gouvernement, sous le nom » de Junte provisoire et suprême d'Etat. C'est » contre ce grave sacrilège et forfait que le Saint- »» Père a protesté par son acte du 17 décembre »» dernier, où il déclare que cette Junte d'État »• n'est autre chose qu'une usurpation du pouvoir »» souverain et ne peut avoir aucune autorité.

» Le Saint-Père espérait que ces protestations »' rappelleraient sep sujets égarés à leur devoir de « fidélité et d'obéissance; mais, au contraire, un » nouvel et plus monstrueux acte de félonie pa- »» tente et de rébellion ouverte vint mettre le comble »» à son affliction. Ce fut la convocation d'une as- " semblée générale nationale des États Romains, »» ayant pour but d'établir les nouvelles formes po- » litiques à donner aux États du Saint-Siège. « Aussitôt, par un Motu proprio du 1®' janvier »» dernier, le Saint-Père protesta contre cet acte et

» le condamna comme im énorme et sacrilège at- » tentât commis au préjudice de son indépendance » et de sa souveraineté, digne des châtiments dé- »» cernés par les lois divines et humaines; et il " défendit à chacun de ses sujets d'y prendre part, " les avertissant que quiconque oserait attenter à " la souveraineté temporelle des Pontifes Romains » encourrait les censures et spécialement lexcom- « munication majeure, peine qu'il déclara être en- » courue déjà par ceux qui, en quelque manière » que ce fût, et sous des prétextes mensongers, " avaient violé et usurpé son autorité pontificale. « Lorsque ces protestations et ces condamna- » tions si solennelles furent connues du parti anar- « chique, il fit tous les efforts possibles pour en " empêcher la divulgation ; il soumit à des peines " ceux qui osaient les faire connaître au peuple et » qui ne secondaient pas ses détestables vues. " Toutefois, à la honte d'une si odieuse violence, » la majorité des sujets demeura fidèle à son Sou- »♦ verain, et s'exposa aux sacrifices et au péril » même de la vie, plutôt que de manquer à ses " devoirs de sujets et de catholiques. De plus en » plus exaspéré en voyant ses desseins avortés, " ce même parti multiplia de mille manières la vio- " lence et la terreur, sans avoir égard ni à la con- « dition, ni à la dignité, ni au rang ; mais voulant »» consommerjusqu'au bout l'œuvre de sa félonie,

« il eut recours aux plus vites et plus misérables » trames. Passant ainsi d'excès en excès, abusant » des bienfaits et des concessions du Pontife, et » spécialement convertissant la liberté de la presse » en une ignoble licence; après les plus impies » malversations destinées à solder leurs complices, » et à repousser les hommes d'honneu» et de con- « science; après tant de meurtres commis sous n leur égide ; après avoir répandu partout la ré- » bellion, Timmoralité, l'irréligion; après avoir H séduit une jeunesse imprudente; ne respectant I» ni les lieux sacrés, ni les asiles de la paix et de " la retraite, ni même les écoles d'enseignement « public, et les convertissant en casernes à Tusage »» de la milice la plus indisciplinée, ramas de réfu- »» giés et de scélérats des pays étrangers ; ces maln heureux ont voulu réduire la capitale du monde »» catholique, le siège des Pontifes, à n'être qu'un » repaire d'impiété, en détruisant, s'il était posw sible, l'idée même de la souveraineté de Celui » que la divine Providence a placé au gouveme- « ment de l'Eglise universelle, et qui, pour exer- » cer librement cette autorité qui lui appartient » sur tout l'univers catholique, jouit d'un État » comme patrimoine de l'Église.

w A la vue de cette désolation et de ces ruines, » le Saint-Père n'a pas pu ne pas demeurer pro- » fondement affligé, en même temps qu'il était

« touché des cris de ses fidèles sujets qui. récla- » maient son aide et son secours pour être déli- " vrés de la plu» atroce tyrannie.

n Sa Sainteté, comme on le sait, peu de temps n après son arrivée à Gaëte, éleva la voix le 4 dé- » ceiAbre dernier, et s'adressa à tous les Souvent rains avec qui il est en relation , en leur faisant " part de son éloignement de sa capitale et de t* l'État pontifical, des causes qui l'avaient déter- »• miné, et invoqua leur protection pour la défense »» des domaines du Saint-Siège. Il a la douce satis- » faction de déclarer qu'il a reçu les plus afFecn tueuses réponses, et que tous les Souverains M Font assuré qu'ils prenaient la part la plus vive n à ses afflictions et à sa situation pénible, lui n témoignant les plus favorables dispositions et »» lui exprimant en même temps, les sentiments les " plus profonds de dévouement et d'attachement.

t. Dans lexpectative de si heureuses et de si gé- •♦ néreuses dispositions, et pendant que S. M. la »» Reine d'Espagne, avec tant de sollicitude, pro- »» voquait un congrès des puissances catholiques n pour arrêter les moyens les plus prompts de ré- ^ tablir le Saint-Père dans ses États et dans sa »» pleine liberté et indépendance, proposition à la- " quelle avaient adhéré les diverses puissances " catholiques, et pour laquelle on attendait l'adhé- H sion des autres ; il est triste de dire que les af-

» faires de l'État Pontifical sont demeurées en » proie à un incendie dévastateur, et livrées à un " parti subversif de toute institution sociale, len quel, sous de spécieux prétextes de nationalité n et d'indépendance, n'a rien négligé pour attein- » dre le comble de l'iniquité. Le décret soi-disant » fondamental, émané le 9 courant de l'assemblée » constituante romaine, est un acte qui respire en » tout la plus noire trahison et la plus abominable n impiété. Il déclare particulièrement la Papauté » déchue de fait et de droit du gouvernement tan- » porel de l'Etat Romain, il proclame une répu- »» blique, et un autre décret ordonne la destruc- « tion des insignes du Saint - Père. Sa Sainteté , » en voyant ainsi outragée sa suprême dignité de » Pontife et de Souverain, a protesté à la face »» de toutes les puissances, de toutes les nations, et » de tous et de chacun des catholiques du monde »» entier, contre cet excès d'irréligion, contre un » crime si violent de spoliation de ses droits im- » prescriptibles et sacrés. Si cet attentat n'est pas w suivi d'une prompte réparation, le secours n'ar- " riverait que quand les États de l'Église, en proie » aujourd'hui à leurs plus acharnés ennemis, se- » raient complètement réduits en cendres.

« C'est pourquoi le Saint-Père, ayant épuisé » tous les moyens qui étaient en son pouvoir, ** poussé par le devoir qui le presse, en face de

f* tout le inonde catholique, de consener dans son n intégrité le patrimoine de l'Eglise et la souve- " xaineté qui y est annexée comme indispensable » pour maintenir sa pleine liberté et indépendance •» de Chef suprême de cette Église; touché, d'ailn leujfs, des gémissements des gens de bien qui »' réclament hautement aide et secours, et qui ne » peuvent supporter plus longtemps un joug de ^ fer et une main tyrannique; le Saint-Père se " tourne de nouveau vers ces mêmes puissances, « et spécialement vers celles qui sont catholiques, «♦ et qui, avec une si grande générosité de cœur et »♦ d*une façon non équivoque^ ont manifesté leur « volonté arrêtée de défendre sa cause, tenant pour « certain qu'elles voudront concourir avec la plus w vive sollicitude, par leur intervention morale, à le n rétablir sur son Siège et dans la capitale de ces » domaines qui lui ont été constitués pour mainte- »». nir sa pleine liberté et indépendance, et qui sont .» garantis d'ailleurs par tous les traités qui for- » ment la base du droit public européen.

» Et puisque l'Autriche, la France, l'Espagne et »' le royaimie des Deux-Siciles, se trouvent par « leur position géographique en situation de pou- »» voir promptement concourir par leurs armes à »» rétablir dans les domaines du Saint-Siège l'ordre »» troublé par une horde de sectaires, le Saint- »• Père, se fiant à l'intérêt religieux de ces puis-

" sances, filles de l'Eglise,, demande avec une en- »» tière assurance leur intervention armée pour « délivrer principalement l'État du Sdint-Siége » de la faction des misérables qui y exercent, par « toutes sortes de crimes, le plus atroce despo- « tisme.

» De cette manière seule. Tordre pourra être » restauré dans les États de l'Église, et le Saint- « Pète rétabli dans l'exercice de sa suprême auto- » rite, ainsi que l'exigent impérieusement son " auguste et sacré caractère, les intérêts de l'É- « glise universelle et la paix des peuples; c'est » ainsi qu'il pourra conserver ce patrimoine qu'il '» a reçu à son avènement au Pontificat, pour le » transmettre dans son intégrité à ses Successeurs.

» Sa cause est celle de l'ordre et du Catholi- » cisme. C'est pourquoi le Saint-Père a la con- " fiance que, tandis que toutes les puissances » avec lesquelles il entretient des relations ami- »» cales, et qui, dans les diverses phases de la si- » tuation où il a été réduit par. un parti de factieux, " lui ont manifesté leur plus vif intérêt, donne- » ront leur appui moral à l'intervention armée que » la gravité des circonstances l'oblige à invoquer, " les quatre puissances ci-dessus nommées n'hési- » teront pas un moment à lui prêter la coopération »♦ qu'il requiert d'elles, rendant ainsi un inmiense » service à l'ordre public et à la Religion. »

. Les plénipotentiaires se réunirent à Gaëte , le 90 mars, sous la présidence du Cardinal Antonelli. Et telle fut la rapidité de la décision et de l'exécution, que le 22 avril l'aimée française expéditionnaire, commandée par le général duc de Reggio, mettait à la voile. Une colonne d'avant-garde attaquait Rome le 30 avril, avec une précipitation toute française, sans attendre ni le matériel de siège ni les renforts nécessaires. Elle aurait pris Rome, si le courage pouvait seul renverser tous leTs obstacles. Après cette tentative si glorieuse, malgré son mauvais succès, l'armée française fut arrêtée pendant un mois entier par les entraves qu'un diplomate français mit systématiquement à l'action du commandant en chef (1).

(1) Ces manœuvres de M. de Lesseps aboutissaient à cette convention :

" Akt. !••'. L'appui de la France est assuré aux populations » des États Romains.

n Elles considèrent Tarmée française comme une armée » amie qui vient concourir à la défense de leur territoire.

w Art. II. D'accord avec le gouvernement romain, et sans » s'immiscer en rien dans l'administration du pays, l'armée n française prendra les cantonnements extérieurs convenables » tant pour la défense du pays que pour la salubrité des » troupes.

n Les communications seront libres.

n Art. m. La République française garantit, contre toute » invasion étrangère, le territoire occupé par ses troupes.

» Art. IV. H est entendu que le présent arrangement de-

Dès que cet obstacle fut écarté, les travaux d^ siège furent poussés avec vigueur, et le 30 juin,

n vra être soumis à la ratification du gouvernement de la » République française.

» Art. y. En aucun cas, les effets du présent arrangement >i ne pourront cesser que quinze jours après la communicatior n officieUe de la non-ratification.

M Fait à Rome, et au quartier général de Tarmée française » le 31 mai 1849, à huit heures du soir.

n Le ministre de la Bépublique française à Rorm

n FbRDINAITD DE LbSSEPS.

n Les Triumvirs, n Joseph Mazzini, Charles ArmbI

»» LINI, AURELIO SaFFI. »

Le général Oudinot écrivit aussitôt aux triumvirs pour lei déclarer qu'il regardait ce pacte comme non avenu. U écrii en même ten^>s à M. de Lesseps :

« Vous avez, depuis le 17 de ce mois, paralysé tous 1 n mouvements du corps expéditionnaire sous mes ordres.

n Vous m'aviez demandé avec instance que la trêve, pr M mise verbalement par vous aux troupes romaines, se pi n longeât jusqu'à ce que le gouvernement fit connaître la n réponse aux dépêches dont M. de La Tour d'Auvergne était I» porteur. Bien que ce retard fût, dans ma conviction, très- »» préjudiciable aux opérations militaires, j'ai souscrit à votre n désir, afin d'éviter jusqu'aux apparences d'un dissentiment n entre nous.

n Depuis ce temps, les troupes romaines ont pu se porter où « elles ont cru qu'il était de leur intérêt de le faire; j'ai, au » contraire, enfermé nos opérations dans la partie du terri— n toire qui a Civita-Vecchia pour base. Vous avez proposé, le •I 29 de ce mois, aux autorités romaines, un ultimatum dont

trois mois jour pour jour après celui où s'étaient ouvertes les conférences de Gaëte, la révolution s'avouait vaincue. Elle affichait elle-même ce décret sur les murs de Rome :

ft j'ai accepté les termes, bien que certaines conditions qui » y étaient stipulées fussent loin de me donner une entière atisfaction.

■ Dans la journée même, vous m'avez écrit de Rome que et ultimatum aU&ity selon toute probabilité, être accepté, yc soir, et contre toute probabilité, malgré cette assuance, vous me déclarez que vous avez signé avec la Répuilique romaine des conditions auxquelles vous espérez que 'apposerai ma signature.

• Ces conventions sont en opposition formelle avec les intructions que j'ai reçues. Je les crois contraires aux voontés de mon gouvernement. Non - seulement je ne leur lonne pas mon assentiment, mais je les Considère comme ion avenues, et je suis forcé de le déclarer aux autorités omaines.

' Quand le ministère aura fait connaître, à la suite de la

nission de M. de La Tour d'Auvergne, sa dernière inten-

:ion, je m'y conformerai scrupuleusement. En attendant,

» j'ai le regret d'être dans l'impossibilité de concerter désor-

>» mais mon action politique avec la vôtre. «

M. de Lesscps écrivit le lendemain matin aux triumvirs ;

« ... J'ai l'honneur de vous déclarer que je maintiens l'ar-

n rangement signé hier, et que je pars pour Paris afin de le

» faire ratifier. »»

J'ai dû placer ces pièces sous les yeux du lecteur pour qu'il pût toucher du doigt les entraves mises par M. de Lesseps à l'action de l'armée française. Le succès si rapide de nos armes eût été bien plus rapide encore, sans la complaisance du diplomate français pour la révolution que nous allions combattre.

« République Romalxe.

» An nom de Dieu et du peuple,

» L'assemblée constituante romaine décrète que « toute défense ait à cesser comme étant devenue " impossible, et reste à son poste.

f» Le triumvirat est chargé de l'exécution du » présent décret:

I» Rome, 30 juin 1849. »»

Tout semblait fini, tout aurait dû l'être par le triomphe de nos armes. Je n'ai pas le courage de raconter les transports de joie qui éclatèrent en Italie, en France, dans toute l'Europe et dans le monde entier, quand on apprit que la France venait de reprendre Rome à cette bande de malfaiteurs, pour rendre la cité sainte au Souverain Pontife. Cette joie fut de si courte durée ! De vagues rumeurs annoncèrent partout que le Saint-Père ne devait plus rentrer dans la plénitude de sa souveraineté. Il était encore à Gaëfe, et avant de voir les portes de Rome se rouvrir devant lui, il devait, disait-on, souscrire à des conditions qui constituaient une abdication partielle.

Une lettre, insérée dans le journal officiel français du 7 septembre, vint en même temps donner

un corps à ces rumeurs et un motif à ces inquiétudes. Les craintes devenaient plus vives à la vue de la joie que les ennemis du Saint-Siège et de l'Église faisaient éclater, disant hautement que l'avenir était à eux. Soit par calcul de leur part, soit par l'effet dune interprétation sincère, cette lettre sera désormais leur mot d'ordre, et ils l'invoqueront même contre son auteur prolongeant beaucoup trop à leur gré l'occupation française à Rome.

Adressée à M. le lieutenant colonel Edgar Ney, officier d'ordonnance du Président de la Républi- {ue^ cette lettre n'est , dans sa forme, qu'une con- ' dence. Son insertion au Moniteur lui donne le

ractère d'un manifeste.

"la voici :

"^ « Elysée-National, le 18 août 1849.

'♦ Mon cher Ney,

» La République française n'a pas envoyé une » armée à Rbme pour y étouffer la liberté italienne, •t mais, au contraire, pour la régler, en la préser- « vant contre ses propres excès, et pour lui donner » une base solide, en remettant sur le trône pon- '• tifical le Prince qui, le premier, s'était placé » hardiment à la tête de toutes les réformes utiles.

« J'apprends avec peine que les intentions bien- « veillantes du Saint-Père, coihtne notre propre M action, restent stériles, en présence de passions • et d4n%ences hostiles. On voudrait donner »» comme base à la rentrée du Pape la proscription » et la tyrannie. Dites de ma part au général Ros- »» tolan qu'il ne doit pas permettre qu'à Tombre du « drapeau tricolore on commette aucun acte qui w puisse dénaturer le caractère de notre inter- »' vention.

»» Je résume ainsi le rétablissement du pouvoir »' temporel du Pape : Aunnistie générale, Séculari" " sation de V administration , Code Napoléon et « gouvernement libéral,

" J'ai été personnellement blessé, en lisant la " proclamation des trois Cardinaux, de voir qu'il »» n'était pas même fait mention du nom de la » France, ni des souffrances de nos braves sol-. »' dats (1).

(f) Le nom de la France ne se trouve pas, en effet, dans la Notification de la Commission de gouvernement. Mais les trois Cardinaux ont confondu dans leur recgnnaissance^les quatre puissances qui avaient siégé aux conférences de Gaëte. Et avant les conférences, l'Espagne avait eu l'initiative de l'intervention. Et, depuis les conférences, le concours des troupes espagnoles et celui des troupes napolitaines proposé au général Oudinot avait été accepté. Le général français avait seulement réservé, comme il convenait, le rôle principal à la France. Les troupes espagnoles et napolitaines avaient

« Toute insulte faite à notre drapeau ou à notre M uniforme me va droit au cœur, et je vous prie » de bien faire savoir que si la France ne vend pas » ses services, elle exige au moins qu*on lui sache » gré de ses sacrifices et de son abnégation.

» Lorsque nos armées firent le tour de l'Europe, " elfes laissèrent partout, comme trace de leur '» passage, la destruction des abus de la féodalité n et les germes de la liberté : il ne sera pas dit » qu'en 1849, une. armée française ait pu agir » dans un autre sens et amener d'autres résul- » tats.

» Dites au, général de remercier, en mon nom,

été placées comme corps d'observation. L'Autriche avait rendu au Saint-Père les Légations avant même que l'armée française, retardée par la trop habile diplomatie de M. de Lesseps, pût lui rendre la capitale de ses États. Les trois Cardinaux ne méritaient donc pas ce reproche d'ingratitude, quand ils commençaient leur Notification en disant : *< La n divine Providence, par le bras invincible et glorieux des M armées catholiques, vient d'arracher au tourbillon orageux n des plus aveugles et des plus noires passions les peuples de » tous les États Pontificaux, et, d'une manière toute spéciale, » celui de la viUe de Borne, siège et centre de notre très- M sainte Religion. »

L'injustice de ce reproche, sans être plus grande, serait plus manifeste si on avait bien voulu autoriser nos soldats, à porter, la médaille commémorative de l'expédition romaine que le Pape leur donna, comme on les a plus tard autorisés à porter la médaille de Crimée donnée par la Reine d'Angleterre.

»» Tarmée de sa noble conduite. J'ai appris avec " peine que, physiquement même, elle n'était pas »» traitée comme elle devrait l'être; rien né doit » être négligé pour établir convenablement nos " troupes.

» Recevez, mon cher Ney, l'assurance de ma " sincère amitié- *

n Louis-Napoléon Bonaparte. «

Je n'ai pas besoin de rappeler l'impression produite par cette lettre. Quand elle parut au Moniteur, l'Assemblée avait interrompu ses travaux. Dès que le temps fixé par elle fut expiré, elle voulut en reprenant ses séances exprimer bien haut la volonté de la France de ne jamais, tant qu'elle s'appartiendrait à elle-même, attenter aux droits sacrés du Pontife Romain.

L'histoire politique du monde entier n'a pas conservé le souvenir de débats plus mémorables. Il y avait dans l'Assemblée française, il faut bien l'avouer, quelques hommes qui s'étaient parés du titre de citoyens romains à l'heure même où ce ramas impur d'étrangers qui, voyant le Pape séparé de Rome, l'âme séparée du corps, s'étaient jetés sur Rome, comme des bêtes immondes sur un cadavre, tiraient sur nos soldats. Les patriotes n'ont vraiment qu'une patrie, la révolution. Eux aussi semblent souvent sur la terre les exilés d'une autre

patrie. Mais si le règne de Satan s'établit quelque part sur les ruines de la société, ilâ réclament là leur titre de citoyens. Ces citoyens de la République romaine ont outragé tout ce qui est digne de Tamour et de la vénération des hommes. Que les discours de leurs orateurs et les applaudissements dont ils les ont salués, leur demeurent à eux-mêmes, suivant une parole vengeresse, un châtiment! Mais ils n'ont réussi qu'à faire éclater avec une puissance inconhue jusque-là dans les assemblées politiques, l'amour filial de la France pour le Souverain Pontife. La voix de l'orateur catholique semblait sortir en même temps de tous les cœurs. Et, par \m prodige de l'éloquence, ce qu'il disait tout haut, chacun venait de le dire tout bas avant lui et le répétait encore après : « L'Église, c'est une mère ! »

A côté de ce grand débat entre la révolution qui jette son masque et qui dit ce qu'elle est et ce qu'elle veut, et le parti catholique qui était ce jourlà le parti de tous les honnêtes gens, car les honnêtes gens qui se laissent si facilement tromper par la révolution en ont horreur quand elle se montre à eux visage découvert, — à coté de ce grand débat, il y en eut un moindre entre le parti qui méritait si bien alors de s'appeler le parti de l'ordre, et le ministère. Le ministre qui personnifiait dans le cabinet la politique catholique, était

retenu loin des affaires depuis deux mois par la maladie. Il n'était pas là, mais le souvenir de ses efforts, de son influence, de son dévouement, était présent à tous les esprits. Son inspiration manquant à ses collègues, leur langage fut embarrassé, ils ne surent ni repousser la politique de la lettre à M. Edgar Ney ni la défendre. Et quelques jours après, ils n'étaient plus ministres.

Le message présidentiel qui les renversait^ leur reprochait de n'avoir pas su défendre contre le parti catholique la lettre du 18 août : « Pour maintenir n à l'extérieur le nom de la France à la hauteur de n sa renommée , il faut des hommes qui, animés H d'un dévouement patriotique , comprennent la » nécessité d'une direction unique et ferme et d'une w politique nettement formulée, qui ne compro- »t mettent le pouvoir par aucune irrésolution, qui n soient aussi préoccupés de ma propre responsa- »» bilité que de la leur, et de l'action que de la pa- » rôle. »

Cependant, par une contradiction plus apparente que réelle, le programme de la lettre à M. Edgar Ney disparut de la scène politique avec les ministres renvoyés pour n'avoir pas su le défendre. H devait être laissé dans l'ombre pendant sept années et ne reparaître qu'en 1856, au Congrès de Paris. Mais le Saint-Père ne voulait rentrer à Rome que dans la plénitude de son indépendance et de sa

souveraineté. L'expédition romaine, si rapidement et si glorieusement conduite, était menacée d'aboutir à cet étrange résultat : l'œuvre de la révolution détruite et le gouvernement pontifical non restauré. Une telle politique n'aurait pu trouver de point d'appui nulle part. 11 fallait soilir au plus vite d'une situation que chaque jour aggravait. Le Cardinal Du Pont, Archevêque de Bourges, fut envoyé auprès du Souverain Pontife, et Importa des assurances telles que Pie IX, qui avait déclaré qu'il ne subirait aucune condition restrictive de son indépendance et de son autorité souveraine, consentit à rentrer à Rome le 12 avril

La terre demandait au Ciel depuis seize mois ce signe de réconciliation. L'histoire apostolique rapporte que saint Pierre étant gardé dans la prison d'Hérode, l'Église priait pour lui sans discontinuer (1). Nous avons vu le même spectacle. Jamais l'Eglise universelle ne mérita mieux ce nom qu'en ces jours où tous ses membres étaient si visiblement unis à leur Chef persécuté. La révolution accomplissait encore une fois l'œuvre qu'elle a tant de fois accomplie sans le savoir : elle resserrait les liens relâchés. Qu'on ne parle plus de gallicans et d'ultramontains : au temps de l'épreuve ,

(l) i4cl., »i, S.

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tous les cœurs fidèles repoussent œs distinctions, il n'y a plus dans la famille chrétienne qu'un Père en butte aux injures et aux outrages des méchants, et des enfants désolés qui l'entourent de leur amour. Et ceux qui n'avaient pas encore compris la mesure sans mesure de sa sagesse et de sa puissance, la comprennent enfin en voyant le Vicaire de Jésus-Christ si semblable à Celui qui dît : « Je » ne suis pas seul, car mon Père est avec moi(l)! «

Dieu était avec Pie IX à Gaëte, Dieu a ijfcondé cet exil où la révolution voyait déjà la ruine des promesses de Jésus-Christ. Il semblait qu'en ces jours de douleur la divine action fût plus sensible dans le gouvernement de l'Eglise. Le 2 février 1849, fête de la Purification de la Sainte Vierge, Pie IX assistait à la lecture du décret constatant les vertus héroïques du Vénérable Serviteur de Dieu Antoine-Marie Zaccaria. Quand il répondit au discours de remerciement du P. Varenna, la confiance en Dieu qui soutenait le cœur du Pontife au'milieu de ces épreuves cruelles , passa dans le cœur de tous les assistants :

« Chaque fois que je me trouve appelé par la dî- » vine miséricorde à présider ces réunions sacrées » où se doivent discuter, et mieux encore, où se doi- " vent porter, avec l'aide del'Esprit-Saint, les dé-

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