LE COUP DES ÉVÊQUES
Il est certain que l'idée de tailler un royaume en Italie pour quelque prince grotesque de sa famille hantait le cerveau plein de brouillards de Bonaparte. D'un autre côté, espagnole, durant les loisirs que lui laissaient ses couturières ou modistes, son confesseur ou autres, rêvait de Marie-Antoinette et de Bourbon. Enfin, elle et son mari tenaient au pape.
Voilà pourquoi, malgré les avertissements multipliés qui lui venaient d'Italie, Bonaparte laissait faire les brigands cléiïco-bourboniens.
Le 20 mai 1862, le général Durando, ministre des affaires étrangères dans le cabinet Ratazzi, avait adressé à M. Nigra, ambassadeur d'Italie à Paris, une note pressante, destinée à être mise sous les yeux de Bonaparte. Il invitait celui-ci à user de son influence à Rome pour obtenir l'éloignement de François II et des principaux instigateurs de cette nouvelle chouannerie organisée au cœur de la Péninsule. Il ne cachait pas que la protection accordée à la cour romaine, semblait rendre la France indirectement complice de l'odieux complot. On n'avait point oublié, à Turin, comment, à la suite de l'attentat du 14 janvier 18o8, Napoléon III avait pressé le cabinet piémontais d'édicter une loi relative aux conspirations contre les souverains étrangers, et l'on s'étonnait à juste titre qu'ii permit au Bourbon détrôné de conspirer contre la vie d'un peuple. Du moment qu'il se bornait à donner des conseils qui n'étaient point écoutés, souffrant que ses généraux à Rome suivissent à l'égard du brigandage une ligne de conduite équivoque, cela induisait à croire que sa politique oscillait entre Victor-Emmanuel cl François II.
Voici comment l'ex-roi de Naples avait répondu à ceux qui demandaient son départ de Rome plusieurs semaines déjà avant la note Durando :
« Je suis un prince italien, injustement dépouillé de ses
possessions, et je ne crois pas devoir quitter le seul terri toire italien qui m'ait accueilli.
« Les malheureux qui défendent dans une lutte inégale l'indépendance de leur patrie et leur dynastie héréditaire, sont nommés assassins et bandits. Dans ce sens, je me fais honneur d'être aussi un bandit. J'ai des devoirs à remplir, et je les remplirai jusqu'au bout. Je n'ai pas encouragé la réaction à Naples, parce que le moment opportun n'est pas encore'venu; mais je ne renie pas et je ne renierai jamais ceux qui combattent en mon nom, et quand l'heure aura sonné, je me mettrai à leur tête pour reconquérir mon sceptre et combattre les ennemis de ma patrie... Si les troupes françaises quittent Rome, le même bataillon piémontais peut faire prisonniers le pape au Vatican et le roi de Naples au Quirinal. Je me prépare avec humilité à une captivité en si bonne compagnie. » (Déclaration reconnue authentique par Y Union du 3 avril 1862.)
Il devenait de plus en plus évident pour tous, à voir les incertitudes et les tergiversations de la politique impériale en Italie, que Bonaparte cachait des projets secrets, non exempts d'ambition. L'appui qu'il avait donné à François II à Gaête, les honneurs que ses généraux rendaient à Rome au Bourbon, la mollesse qu'il montrait devant les intrigues, les conspirations presque à ciel ouvert dont la Ville Eternelle était le foyer, tout cela ne s'expliquait que par la pensée de profiter de la moindre faute, du moindre échec de la politique italienne dans les provinces méridionales pour intervenir à son genre au protît de ses louches desseins. Déjà, le Jo juillet 1861, il avait fait dire au cabinet de Turin par le général Eleury, à l'occasion de la reconnaissance du royaume d'Italie, ces paroles significatives : « Vous avez Naples, mais il faut prouver que vous l'avez. » Toute sa conduite justifiait ce mot de Garibaldi : « Bonaparte s'opposera à l'unité italienne tant que la logique inexorable des événements ne l'aura pas forcé à s'y résigner. »
Aussi, après un pareil avertissement, le ministre Ricasoli avait-il essayé de faire entendre à Rome la voix de la raison et de la justice. Mais à toutes les propositions d'accommodement, Pie répondait invariablement : — « Je refuse de négocier, à moins qu'on ne me rende les possessions qu'on m'a enlevées. » En vain Ricasoli (30 septembre 1861) représenta au pape que l'Italie voyait avec indignation des ministres du sanctuaire se mêler à des conspirations contre l'Etat, et qu'en compromettant ainsi la religion, l'Eglise romaine s'ex-
posait au danaer de réduire la Péninsule à se séparer de sa communion. Mastaï repoussa toute idée de réconciliation avec « des hommes, disait-il, qui ne rougissent point d'avancer qu'ils veulent donner la liberté à l'Eg ise et rendre à l'Italie le sens moral, dût-il en rejaillir de plus grands maux sur l'Ealise. »
Haïs ce qui affligeait Pie et l'exaspérait davantage encore, c'était l'adhésion de plusieurs membres du haut clergé séculier et régulier aux doctrines et aux desseins de ceux qu'il appelait des impies. En effet, un prélat, monseigneur Tiverani, dans une brochure intitulée : Il papato, l'impero e i! regno d'Italia (1861) déclarait « que la force e! l'indépendance de l'autorité religieuse du pontife ne dé lendnient pa= de la conservation du pouvoir temporel. » Et le dernier moi de l'opuscule était « que Victor-Emmanuel prît le titre d'empereur des Romains, et fût couronné comme tel parle pape. » Le jésuite Passaglia écrivait « que la séparation du temporel et du spirituel, de la tiare et du sceptre » était le vœu unanime non seulement de l'Italie, mais de toute l'Europe, et la seule planche de salut pour la papaulé.
Aux arguments de ces éminents catholiques, comme aux propositions du cabinet du Turin, Antonelli se contentait de répondre au nom de son patron : ce Le saint-père ne peut faire aucune concession; un conclave n'aurait pas le droit d'en faire; un nouveau pontife n'en pourrait faire; ses successeurs, de siècle en siècle, ne seraient point libres d'en faire. »
Ces refus, dictés par un fol orgueil et un entêtement sans ép;al provoquèrent dans toute l'Italie des protestations retentissantes, unanimes. A Rome (mars 1862), le peuple s'abstint de prendre part aux réjouissances du carnaval; mais le jeudi-saint, dans une manifestation silencieuse qui défila sur le Forum, il passa la revue de ses forces. (Zeller, Pie IX et Victor-Emman
Bonaparte sentit la nécessité de feindre, au moins de s'associer dans une certaine mesure aux démarches du cabinet de Turin près de la cour romaine, sous peine de s'aliéner absolument l'opinion publique en Italie. Le II m I, à la tribune du Corps législatif, son ministre Billaull avoua que upation française à Rome violait le droit des Romains et mi connaissait chez eux le principe qui régissail la France. Puis, pour la forme, le César des Tuileries lit. par voie diplomatique, une dernière tentative de conciliation entre le pape et l'Italie. Dans une lettre à M. Thouvenel (20 mai 1862), mi-
nistre des affaires étrangères, il essaya de fixer la base sur laquelle devait se fonder la réconciliation :
« Le pape, ramené à une saine appréciation des choses, comprendrait la nécessité d'accepter tout ce qui peut le rattacher à l'Italie, en se dégageant de celte responsabilité toujours pesante du gouvernement temporel; et l'Italie, en reconnaissant les Etats de l'Eglise et la délimitation convenue, adopterait les garanties nécessaires à l'indépendance du souverain pontife et au libre exercice de son pouvoir. »
Les conditions du traité devaient être celles-ci : 1° Maintien du statu quo territorial ; 2° transport à la charge de l'Italie de la plus grande partie de la dette romaine; 3° constitution au profit du pape d'une liste civile; 4° octroi aux Romains des réformes politiques et civiles reconnues nécessaires.
A celte date même, le général Durando réclamait l'éloignernerit de François 11 de Rome; et b.' gouvernement français •lait le général de Goyon, en diminuant le corps d'occupation.
Qu'allait répondre le pape? Mastaï avait pris ses mesures; tparait « une des siennes, » un coup de sa façon, le coup des évêques. Il avait convoqué à Rome, sous prétexte de solenniser la canonisation des Martyrs japonais, les prélats du monde catholique. Le gouvernement italien avait interdit aux siens de se rendre à la réunion ; mais Bonaparte avait laissé carte blanche à ceux de France.
Donc, au commencement de juin, 286 évêques entouraient Pie, dans sa « Ville Sainte. » En réalité, son vrai motif n'était point d'accroître les honneurs décernés à ces vieux morts d'Orient qu'il allait classer dans le ciel. Par ce déploiement extraordinaire de pompes ecclésiastiques, il avait un double but, lequel touchait uniquement aux intérêts de ce monde. D'abord, le pape voulait démontrer qu'un tel exercice de son pouvoir spirituel était incompatible avec la subordination politique à un souverain italien ; ensuite, il se proposait de provoquer l'adhésion de l'Eglise pour la proclamation d'un nouveau dogme, celui de l'inviolabilité de son pouvoir temporel.
Le 9 juin, à la vérité, Mastaï assigna avec le plus grand appareil leurs places en paradis catholique aux défunts japonais. Mais, le lendemain, par un changement de scène à vue, la pièce, de religieuse, devint toute politique. Une adresse avait été présentée dans une réunion particulière par Dupanloup, l'évêquc tapageur d'Orléans. On y lisait :
« Comment aurait-il pu se faire que les prélats de l'Eglise venant de tous les points de l'Univers, représentant tous les peuples et toutes les contrées, arrivassent ici en sécurité pour conférer avec Votre Sainteté des plus grands intérêts, s'ils eussent trouvé un prince quelconque dominant sur ces bords, qui eût en suspicion leurs propres princes ou qui eût été suspect ou hostile à leurs propres yeux?... Nous sommes venus libres vers le pontife-roi libre, pasteurs dévoués aux intérêts de l'Eglise, citoyens dévoués aux intérêts de la patrie, et ne manquant ni à nos devoirs de pasteurs ni à nos devoirs de citoyens. »
L'évêque Dupanloup s'était concerté avec l'ambassade française pour essayer, au point de vue de la politique des Tuileries, d'atténuer la démonstration. Toulefois, malgré sa vaniteuse pétulance, il n'osa glisser autre cbose dans le document que ce pauvre grain de sel libéral. Mais Bonaparte daigna trouver que le prélat avait fait pour le mieux et suffisamment dressé la crête. Aussi, témoigna-t-il sa satisfaction en disant : « L'évêque d'Orléans a gagné ses éperons! » C'est pourquoi ce coq habillé de violet, a son retour en France, rentra dans la grâce impériale ; César leva la défense faite précédemment aux fonctionnaires Orléanais de paraître à l'évêché et d'admettre le prélat aux réunions officielles. Certes, cela valait bien une bassesse, et même plusieurs.
La rédaction du cardinal Wiseman, qui formulait la revendication pleine et entière des prétendus droits du pape obtint meilleur accueil auprès de la Curie romaine. Elle rallia tous les suffrages, même ceux des évêques français; et Félix Dupanloup dut, à son grand crève-cœur, signer cette littérature qu'on préférait à la sienne. D'ailleurs, elle était telle que le souhaitait Mastaî, pour l'opposer triomphalement aux réclamations et propositions de l'Europe.
Après avoir félicité le pontife de sa résistance à l'envahissement de ses provinces, les évêques déclaraient reconnaître la souveraineté temporelle du Saint-Siège comme une institution nécessaire et manifestement divine. Ils condamnaient comme criminels les spoliateurs des biens ecclésiastiques, les fauteurs de ces doctrines, qui, particulièrement en Italie, méprisaient l'autorité de l'Eglise; ils adjuraient les rois et puissances du siècle « d'apprendre et de comprendre que la cause du souverain-pontife était la cause de tous les souverains et de tous les peuples. »
Ce monde-là, engraissé par les rois aux dépens des peuples, entendait que l'immonde orgie du trône et de l'autel
continuât à perpétuité. Les fourbes sacrés n'avaient rien appris, au cours des révolutions, ni rien oublié. Serviles maintenant jusqu'à l'abjection envers le tyran du Vatican, ils espéraient par là conserver leur part de laine dans la tonte du troupeau.
« Votre Sainteté, disaient-ils encore, a déclaré qu'elle voulait conserver énergiquement et garder entiers et inviolables la souveraineté civile de l'Eglise romaine et ses droits qui appartiennent à l'univers catholique; que la protection de la souveraineté du Saint-Siège et du patrimoine de Saint- Pierre regarde tous les catholiques; que vous êtes prêt à sacrifier votre vie plutôt que d'abandonner, en quoi que ce soit, cette cause de Dieu, de l'Eglise et de la justice. Applaudissant par nos acclamations à ces magnifiques paroles, nous répondons que nous sommes prêts à aller avec vous à la prison et à la mort. »
Enfin tous ces élus de Dieu, qui, la plupart, à force de lécher les bottes des familiers du prince de leurs pays, avaient obtenu de coiffer la mitre et de manier la crosse, proclamèrent implicitement l'infaillibilité papale dans ce paragraphe, dont le Concile du Vatican en 1870 invoquera l'autorité :
« Vivez longtemps, Saint-Père, et heureusement pour le gouvernement de l'Eglise !... Marchez devant nous ; comme le bon pasteur, donnez-nous l'exemple ; paissez les brebis et les agneaux... Vous êtes pour nous le Maître de la saine doctrine, le centre de l'unité ; vous êtes pour les peuples la lumière indéfectible préparée par la sagesse divine... Quand vous parlez, c'est Pierre que nous entendons ; quand vous décrétez, c'est à Jésus-Christ que nous obéissons. »
Ce coup des évêques, c'était la réponse de Mastaï aux demandes d'accommodement formulées par les cabinets de Turin et de Paris. A ces bravades insolentes, le gouvernement italien riposta sur-le-champ. Le 20 juin, Victor-Emmanuel reçut une adresse de la Chambre des députés italienne, votée à l'unanimité ; ils se déclaraient résolus à maintenir intact « le droit de la nation et celui de la métropole retenue par la force sous une domination qui lui répugne. »
Quant à Bonaparte, blessé surtout de ce que les évêques n'eussent pas daigné faire place dans leur manifeste à un mot de reconnaissance pour son gouvernement, il témoigna son humeur en obtenant de la Prusse et de la Russie la reconnaissance du royaume d'Italie.
Mais il s'en tint là pour le moment. Les lettres pastorales
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bruyantes des évèques français, à l'occasion de leur retour de Rome, l'impressionnaient beaucoup, et sa bigote espagnole n'était pas pour le rassurer. D'autre part, l'apparition de Gaiïbaldi à Palerme, la proclamation du beros contre Rome, la volonté, manifestée par lui de trancber prochainement par l'épée cette éternelle question romaine, lui causaient les plus vives alarmes. Ensuite, lorsque, pour le satisfaire, les modérés de Turin eurent essayé de faire luer le libérateur à Aspromonte, d'autres terreurs vinrent au misérable César, au bruit des tumultueux meetings qui se tenaient en Angleterre en faveur du grand soldat et contre la papauté infâme. Le gâtisme gagnait de plus en plus l'histrion impérial, qui faisait de ses palais et châteaux autant de lupanars.
Cependant, le rappel à Rome, le 30 juillet, des troupes françaises envoyées aux frontières pour réprimer les brigands, avait laissé à ceux-ci le champ libre. Les positions évacuées furent occupées par les zouaves de M. de Mc'est-à-dire par de zélés complices du banditisme. Aussi, le colonel Filhol de Camas écrivait au colonel Charvct de l'armée italienne : « Le brigandage pourra s'établir au large dans le pays, sous la protection de la gendarmerie et des autorités pontificales. »
D'ailleurs, l'action du général Montebello avait été à peu près inefficace, malgré son désir de purger les confins des Etats de l'Eglise des malfaiteurs qui les infestaient. La correspondance de Rome, que nous avons citée précédemment, nous donne de curieux détails touchant l'administration de ce nouveau chef :
« Si l'on veut savoir, dit-elle, comment il se fait que le général de Montebello, bien qu'il eût l'intention de restreindre le brigandace, y ait si peu réussi, les raisons en sont très simples . 1° la police romaine a des moyens de le tromper, ou d'éluder ses ordres; 2° l'altitude des Français n'est pas assez nette pour inspirer une terreur salutaire à ceux qui ont accepté d'aller soutenir la cause des Bourbons.
« En voici des exemples. Tantôt ils remettaient les brigands capturés aux autorités italiennes: tantôt ils agissaient tout différemment. Ainsi, ils avaient arrêté le brigand Rernardo Viola, accusé de beaucoup de rapines et d'homicides. Pendant que le commandant italien recueillait les docum légaux prouvant les délits dont Viola s'était rendu coup et commençait les démarches pour l'extradition, on apprit que Viola, grâce à l'intervention diplomatique impériale,
avait été consigné par la gendarmerie française, sur l'ordre du général de Montebello, à la gendarmerie pontificale, ce qui équivalait à la mise en liberté. Quatre brigands, Ange Bartoni, Philippe Vincenzo, Gaétan de Solimène ei Ferdinand Rissone, avaient été arrêtés par les Français et enfermés au château Sainl-Ange. Or, ces mêmes brigands, munis pour Barcelone de passe-ports pontificaux légalisés par l'ambassade française, furent transportés à Civita-Yeccbia et embarqués directement pour Marseille. »
11 est facile de concevoir, api es cela, quel rôle durent jouer aux frontières les zouaves pontificaux. A peine installés dans leurs nouvelles positions, ils ne se contentèrent point de favoriser ^ous mains les brigand?, mais eux-mêmes, à plusieurs reprises, violèrent la frontière italienne pour app leurs incursions. Le général de Montebello dut faire réoccuper plusieurs points de la frontière, et le général italien Govone lui écrivit à ce propos :
« La mesure que vous avez prise, monsieur le général, de faire rentrer dans l'intérieur les zouaves pontificaux a été sage et opportune, car je me serais bientôt vu dans la n site de les faire enlever par des forces suffisantes pour met; i e fin à leur insolence. Leur mauvaise loi à notre égard, leur connivence avec le brigandage ne peuvent les rendre ni estimables, ni tolérables à nos yeux. Je me permettrai à ce snjel de vous citer un fait assez récent, qui prouve leur parfaite entente et leir mutuelle coopération. Au commencement de juillet, une patrouille mixte de carabiniers et de soldats de ligne se laissai! surprendre par une soixantaine de brigands qui \enaient de l'Etat romain. Cinq soldats et un carabiniers furent pris sans pouvoir saisir leurs armes ni oppo? .moindre résistance. Ils furent conduits sur le territoire pontifical et remis par le chef de la bande, Francesco Piazza, dit Cueeito, aux gpndarmes du pape qui se chargèrent de les accompagner à Rome. Quatre d'entre eux furent envoyés à Livourne.
« Mais cette connivence entre le gouvernement pontifical et un chef de brigands de la plus hideuse espèce, un ancien galérien reconnu publiquement pour l'assassin du - (maire) de Mola, son bienfaiteur, n'en est pas moins hoi et' ne peut être qu'aggravée par l'article escobardien, loyolesque et fallacieux qui fut publié à ce propos dansl'i vatore romono, vers le milieu du mois passé. »
Voici l'article de VOsservatore romano, qui caractérise admirablement la bonne foi ecclésiastique :
« Il y a quelques jours, un carabinier et cinq soldats du 11e régiment de ligne piémonlais se trouvaient dans la plus triste position; ils avaient été désarmés et faits prisonniers par une troupe de réactionnaires qui, après les avoir emmenés dans les montagnes de Gaëte, les abandonna près de la frontière de Terracine. La gendarmerie pontificale les conduisit à Rome; ils y furent interrogés par ordre supérieur sur ce qu'ils se proposaient de faire; quelques-uns déclarèrent qu'ils ne voulaient plus entendre parler du service sarde; d'autres demandèrent à retourner en Piémont. Il fut alors ordonné que ces derniers fussent fournis d'habil'ements décents et renvoyés sans délai à Gènes. Voilà comment le Saint-Père veut qu'on traite les soldats d'un gouvernement qui est animé de tant de haine contre Je Saint-Siège. »
D'ailleurs la lettre du général Govone a été confirmée par la déposition du carabinier lui-même, pris par les brigands de Piazza, au cours du procès intenté plus tard à ceux-ci : « Ces brigands, dit-il, nous gardèrent environ treize jours dans les montagnes ; ensuite nous fûmes livrés aux gendarmes pontificaux sur les frontières de l'Etat romain. Le major commandant voulait que je prisse du service dans les troupes papales; mais, comme je refusai énergiquement, je fus embarqué pour Gênes, et ainsi rendu à la liberté. »
En sorte que les gendarmes pontificaux se considéraient comme alliés et collègues des brigands. Le pape lui-même prenait livraison des soldats piémontais enlevés par les malfaiteurs sur le sol italien; puis s'efforçait de les séduire pour les enrôler dans ses bandes !
Ce fameux Piazza, dit Cuccito, tomba aux mains des Français peu de mois après, ainsi que sa femme et ses brigands. On saisit sur lui la liste de ses hommes, avec des billets portant la signature de don Paolo Forlini, prêtre de Santa Maria de Capoue.