‹ Pie IXChapitre 3 sur 7 · PU IX S · texte numérisé non relu

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liea de-,prévoir, aa contraire, qu'en face des phénomènes nouveaux qui surgissent de toutes parts depuis soixante ans dans la yie des nations, l'existence d'une théocratie au centre de l'Europe, ne devienne au lieu d*un instrument d'unité, un agent de désunion* et qu'un tel État ne tende à disparaître de Tordre nouveau, par simple incompatibilité, comme dans un corps vigoureux toute par* tie frappée de nécrose tend à sortir par le travail naturel de rélimlnation?

Qaand le Saint-Père eut compris le caractère politique des acclamations poussées en son nom d'un bout à l'autre de l'Italie, dès qu'il fat bien convaincu de son impuissance comme prince et comme pape, par cela seul qu'il était à la fois prince et pape, à suivre la démocratie dans la voie oti elle s'engageait, il lutta contre elle par la force d'inertie. La majeure partie des réformes promises farent ajournées. Sa bénignité naturelle se nuança d'un peu de sécheresse et d'ironie; sa sensibilité s'arrêta aux superficies des sentiments. Le peuple qu'il aimait cwmença à l'inquiéter. On Taborda plus

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diflIcUemem. Il sortit moins. U aflècta dé regarderie programme de la réforme comme réalisé dans la mesure da possible et da désirable.

Aux événements de Ferrare, il pactisa secrètement avec l'emperem* d'Autriche, voulant à tout prix éviter la guerre. Bref, Tannée 4847 ne s'était pas écoulée, que sa formidable populao-ité avait singulièrement décru. Quand les vingt-quatre députés delà Consulte vinrent, le 45 novembre 4847, au Quirinal, lui demander sa bénédiction, il les reçut le front chargé de soucis, le geste nerveux, irrité, la parole brève et mécontente, et les bénit d'un air sombre.

L'état moral de Pie IX est décrit avec bonheur dans un intéressant ouvrage qui nous a été fort utile, et où, selon l'expression de son traducteur, M. Arnaud (de l'Ariége), apparaît « le drame national tout entier. »

Je veux parler des Mémoires sur l'Halte, d'un de nos honorables amis italiens, M. Montanelli, ancien triumvir et président du conseil des ministres de Toscane. Homme politique, poète et philosophe, M. Hontanelli a décrit

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airec une intelligence supérieure cette révolution multiple, qui demandait un historien mêlé lui-même aux détails de cette lutte»

afin d'en saisir la yarlété. L*esthétique du Toscan colore ces pages de ses reflets pittoresques, et double en elles l'esprit de la vie. Comme M. Manin, M. Montanelll fut un des promoteurs de l'agitation légale. Comme le .

fait observer M. Jean Reynaud, qui lui a consacré une notice biographique, le triumvir de Florence a toujours suivi d'instinct Vidéalité patriotique et humanitaire la plus élevée.

Voici comment M. Montanelli, à propos du voyage qu'il ût à Rome durant la période de l'agitation légale, rend compte de son entrevue avec le pape Pie IX.

< Enfin, dans la soirée du S novembre»

grâce aux bons oi&ces du ministre toscan Bargagli qui, pendant mon séjour à Rome, me combla de délicates attentions, je fus admis à l'audience du pape.

«Je ne fis pas longtemps antichambre, et, pendant que j'attendais mon tour, un des monsignori attachés à la chambre du pape,

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m -entretint dans une agréable eoBU^Sâtiôfi'. Cétait une espèce de prêtre, entre deux âges, bon réjoui, grand parleur, et se complaisant à me répéter les discours qull avait déjà adressés à Sa Sainteté, afin de lui donner, lui aussi, sa petite impulsion vers la réforme. Le loquace prélat, bizarrement affublé dans son immense chevelure, ne parlait que par figures, en style biblique.

Je fus curieux de savoir son nom; l'une des personnes présentes m*aiHPrit qu'il s'appelait Stella.

a En entrant chez le pape, sa grandeur Stella s'agenouilla sur le seuil, avant de m'annoncer... Quand j'entrai. Pie IX. était assis devant une table de travail, sur laquelle on voyait beaucoup de. papiers et quelques livres. La chambre n'était ni trop grande ni trop petite, et une seule lampe à cylindre, posée sur la table, répandait dans la pièce une faible et douce lumière.

« Pour me tirer d'embarras et donner tout de suite matière à l'entretien. Pie IX me demanda quel était Tobjet de mon ensçigaesment; mais j'avais autre chose à

casoT que de perdre mon temps en causeries indifférentes. Je coupai court sur mes propres affaires, et je demandai au Saint-Père la permission de lui soumettre franchement quelques réflexions ayant trait à des questions politiques ; il parut tout disposé à nfeîitendre.

a Tétais allé vers le pape dans Tintention de lui conseiller une politique libérale, entrant résolument dans la voie des réformes, pour en finir avec ce préjngé qui déclare le génie de Téglise catholique incompatible avec le génie de la liberté. « 11 ne faut pas « se faire illusion, lui disais-]e, la popula- ^ rite du cri : vive Pie IX, ne vient pas de '< la vivacité des sentiments eatholiques. Le « crî : vive Pie IX, ce signifie pas : vive le « Pape. — L'Italie salue en Votre Sainteté « rhomme providentiel de qui elle attend « rindépendance, l'unité et la liberté. Le « monde applaudit au juste qui commença « son règne par l'amnistie.

« — Cest vrai, ajoutait Pie IX, et je vous m assure que rien ne m'est plus doux que « d'entendre retentir dans les rues de Rome,

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« aa liea do cri : «âv^firJX, le en vwe U

• Saint^Pèpff. fvee qne le premier est oa « eil luMqiie, le second un cri religieux.

• ¥w0 Pie IX, s'adresse à ma personne ; « vive le SaitU-P^e, an successeur de saint « Pierre.

< — Qu'importe, reprcnais-je ? Pie IX

< peut faire merveilleusement les afifaires « du Saint- Père. Cest beaucoup que les « peui^es s'habituent à voir en lui le repré- « sentant de la justice. Leur amour pour

< Pie IX les ramènera à la religion qui « l'inspire.

« — Cela est encore vrai, » répondait-il.

Pie se rendait très-bien compte de la

puissance révolutionnaire de son nom.

< Charles-Albert, me disait-il, ne veut pas « céder. Mais, là aussi, le peuple a corn- « mencé par le cri vwe Pie IX; il faudra « bien qu'à son tour ce roi accomplisse des

< réformes.

« Cependant, il se plaignait des excès commis dans les mouvements populaires provoqués au nom de Pie IX... « Figuf rez-vous, me disait-il, que dans une

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« Tille de là Calabre, le peuple, m cri de « vive Pie IX, ouvrit aux voleurs les portes « de la prison. Pensez-vous que je pusse « garder le silence? — Un des rédacteurs « de YAlba, le signer La Farina, a dit que « les paroles que j'ai prononcées le 4 octo- « bre lui ont enlevé tout espoir. Mais j*ai « relevé son courage, comme je relève le « courage de tout le monde.

« Ce mélange de bonhomie et d'Innocente malice, de grâce et d'ironie, faisait de Pie IX un être très-séduisant, bien qu'il ne répon* dît pas à l'idéal que mon imagination avait rêvé. Mais tes bras me tombèrent quand je Fentendis parler sur la liberté de la presse, sur la guerre de l'indépendance et surle jésuitisme, —questions brûlantes que la Révolution nous sommait de résoudre.

« Rome était- en grande rumeur à cause des entraves imposées à la liberté de la presse. Monsignor Gazzola avait attaqué, dans le Conlemporaneo, le soi-disant paru' catholique de la Suisse et de la Relgique.

Jésuites et jésuitants avaient remué ciel et terre pour obtenir réparation ; le gouverne-

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ment, n'osant leur résister^ avs^t emidàinné Varticle dans le Journal of/ictd, êtpùlsé iem* poraireraent Gazzok de Rome» el so^eodu de ses foBCtions de censeur le professeur Betti, coupable d'avoir laissé passer Tanicle. Mais les libéraux, de leur côté, lie s'étaient pas tenus pour battus; par esprit de solidarité, tous les journaux avaient cessé de pa^^ railre, et le peuple, pour qui cette leotare était devenue le pain quotidien^ avait jeté feu et flamme, si bien que le gouvernement, très-embarrassé, avait dû révoquer les mesures prises.

« Ces événements me fournirent l'oeea* sion de plaider la ôause de la liberté de la presse... Mais, à tous mes arguments, il on opposa un sans répliqtie, qui trancha la discussion :

< Gomme pape, dit-il, je suis aussi le père « des princes étrangers : comment voulez- « vous que je permette qu'ils soient offensés < par la presse, dans la capitale du monde « catholique ? •

« Quant à la guerre de Tindépeiidânce, Pie IX la jugeait inévitable, et, tomme nu-

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Uan, il détiralc, dtsak^l, feip^lston de réhfanger. Mais, iei mieore, il opposait la paleroitë oBiversette; il m'affirmait que, comme pape, il ne pourrait pas déclarer la guerre à l'Antri(^. Mais, lui dis-]e, quand toute rilalie, transportée d'enthousiasme, criera aux armes, quand la Lombardie soulevée appellera à son aide la jeunesse de toutes les provinees ée l'Italie, les populations italiennes des États de Votre Sainteté ne voudront-elles pas prendre part à la lutte?

« Je vois bien, répondit-il, qu*en ce cas il « êeraii mpùsiible de las arrêter,,, alors ellet « mardieront,,, »

« Sur la question du jésuitisine, voici quelles furent ses paroles:

« Je ne fais pas de difTércnce entre les je- « suites et les autres ordres religieux. Gio- « berii a tenu, dans son Jésuite moderne, un « langage qui n'est ni d'un chrétien, ni d'un « homme, encore moins d'un prêtre. Le tort < des jésuites est d'être trop imprudents.

« Fai empêché, il y a quelques jours,.qQ'ils « ne commissent une lourde maladresse.

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« Imaginez-vous qa'ils avaient résola dé « faire prêcher l*Avent par le père Curci, « dans Borne !... Mais que je me laisse goa- « verner par les jésuites, non. Il suffit que « leur père général vienne ici, pour qu*aus- « sitôt ou répète par toute la ville : — Le « père Péronne m'a dédié un de ses livres « sur la Sainte -Vierge. — Moi, qui ai une.

« dévotion particulière enversMarie,j'adres- «I serai à Fauteur une lettre de remercie- «ments; vous la verrez imprimée dans « trois ou quatre jours. Lisez-la avec att^- « lion, vous verrez qu'elle se réduit à de « purs compliments. Et, cependant, on ne « manquera pas de dire : — Pie IX est de- « venu jésuite. »

« L'audience durait depuis près de deux heures... Je m'efforçai d'émouvoir le cœur de Pie IX,afm qu'il mît sa popularité au service de l'Italie? « Je sens, lui disais-je, que « tout serait perdu le jour où, haranguant « les multitudes, nous ne pourrions plus fi-. « nlr notre discours par le cri de: Vive.

« Pie IX ! » L'amour de l'Italie triompha de ma rigidité républicaine. Moi, qui avais été

si choqué de rabaissement où j'avais vu moDsîgnor Stella, je me jetai, toat en larmes, aiix pieds du pontife, le suppliant, avec Faecent da pins ardent patriotisme et du plus profond sentiment religieux, de se pas atiandonner l'Italie. Et lui, me prenait la main, l'étreignait fortement dans les siennes, et me disait : — « Vous m'inspirez 1 9

M. Montanelli quitta les États du Pape désillusionné des espérances qu'il avait coBçnes d*nne Rome libératrice succédant à la Rome des Césars, et des pontifes fondant le règne du Vertie.

Peu de temps après, au 1*' janvier 1848, quand le peuple ronuin vint pour présenter ses vœux de nouvel an au Pape, il trouva les portes du Qnirinal fermées. Les carabî-^ niers, le sabre levé, chassaient la plèbe en habits de' fête, qui dut déléguer au palais le prince Tommaseo Corsini, pour se plaindre d'un pareil accueil.

La multitude, animée par les discours d'un des chefs qui la conduisaient et qu'on avait surnommé Qcernaçchio , montait

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oomiM mé marée. Le Piipe promit de sor»

tir le lendemain.

On le vit en effet , le lendemain , en* voiture déconverte, suivi seulement de^ quatre estafiers, le sabre au fourreau, et* montrant ainsi qu'il avait conâaaee dans le peuple. Le cri habituel se fit entendre.

Les Romains retrouvèrent leur délire. La voiture fut enveloppée, les mains et la robe du Pape furent couvertes de baisers. Lesuns avaient grimpé sur le siège; d*aittres»

et parmi eux Cie^nacdiio, portant une bannière avec ces mots : Saint Père,justkeJ U peuple est avec vous, se tenaient derrière le* carrosse.

Cette promenade ressemblait au retour de Louis XVI ramené de Versailles à Paris par le peuple.

Tout à coup, un bruit sinistre se répand dans la foule. Le Pape s'évanouit, dit-on.

Une pluie torrentielle enveloppe la vîHe comme un réseau de larmes. Le carrosse rentre au Quirinal, et du haut du haicon une voix disperse la feule sous Timpression de ce mot : le Pape est malade.

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loi finit Ui période populaire du règoo d»* de Pie IX, et ses secrètes anxiétés. Désormais, son parti est pris. Il n'essaiera plas dMntrodairedes réformes incompatibles avec sa situation. La réaction va commencer.

A mesure que Pie IX s'efforçait de revenir sur ses pas, la révolution avançait. Elle précédait la révolution française, et réclamait, non plus du ton de la prière, mais d'une voix impérieuse, des institutions constitutionnelles. Ce fut, du reste, le caractère général de la révolution en Europe. Les peuples se croyaient tous appelés à Texercice de ce régime politique d'une conduite si difficile et pour lequel il s'en faut que le génie de tous les peuples soit formé.

Lorsqu*en mars 1848 Fltalie vit trois constitutions dans son sein. Quand Nap1es,le Piémont et la Toscane se furent prononcés, la révolution tendit vers la réalisation d'une Diète nationale italienne qui eût soumis, dans la pensée des rétemateurs, les princes constitutionnels de Fltalie. Pour arriver à ce but, il fallait encore créer un royaume lombardo-véaitien indépendant, et intro-

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dhiire dans les États dd l'Église le système représentatif.

Cette conception était plus ingénieuse que pratique. Les révolutions sérieuses opèrent leur synthèse par des moyens plus simples et plus radicaux, et les princes n*ont rien à voir dans ces affaires de peuples, d'où ne peut sortir rien de conforme à leurs intérêts. Le despotisme démocratique ou militaire crée seule l'unité nationale d'un peuple. Un comité de salut public ou un Napoléon peuvent seuls imprimer à l'activité nationale l'énergie suffisante pour tenir tête aux ennemis du dehors et briser les résistances du dedans. Il n*y a pas de constitution compatible avec ces dictatures providentielles qui obéissent à une nécessité supérieure et qui expient souvent par le martyre l'héroïque et monstrueuse illégalité de leur destinée.

Il y avait, en vérité, quelque chose de dérisoire dans cette prétention de résoudre un pape an régime constitutionnel. Pie IX en sentit amèrement Timpossibilité. Il plia pourtant devant les nécessités du moment

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et promil ee qn^fl ne foxmài ni réaliser, ni empêcher d'être tenté.

Cette promesse fat arrachée le U mars.

Peu de jours après, on apprenait à Rome la réYolation de Vienne et la faite de M. de Metternich. Un cri de gnerre contre TAntriche partait de toas les points de l'Italie.

Malgré ses sentiments patriotiques, le Pape ne l'entendit pas sans terreur. Comme Italien et comme souverain-pontife, il ne pouvait voir qu'avec satisfaction Teipulsion de Tétranger et la cessation d'un despotisme que réproave la morale chrétienne. Mais, comme prince temporel, il comprenait que cette révolution le débordait et que c'en était fait de la théocratie papale.

Il fallut céder encore, accepter un rôle double, multiple, bénir la république de Venise, applaudir aux efforts des Milanais, écrire à l'empereur d'Autriche pour rengager à renoncer volontairement aux provinces italiennes (Étrange invitation I), et faire de la neutralité à Rome jusqu'au moment où cette neutralité même devint impossible.

Il prit alors la résolution de résister. Dans

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