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CHAPITRE DOUZIÈME

Le gouvernement français insista et fournit les indications les plus précises sur ces quatorze cents hommes qui, pour la plupart, étaient des soldats de l'armée régulière du Piémont et des marins de sa flotte. M. de Cavour, ne pouvant plus nier, se contenta de les déclarer déserteurs, sauf à ne pas réprimer leur désertion et à encourager sous main quiconque voulait les imiter. Il fit annoncer en même temps, dans la Gazette de Turin du 17 mai 1860, « qu'il désapprouvait l'expédition de Garibaldi et que la flotte royale avait reçu ordre de le poursuivre et de s'opposer à son débarquement. » Il poussa l'impudence jusqu'à en aviser officiellement le roi de Naples par une note du 20 mai. Or, il avait écrit à l'amiral piémontais Persano , qui depuis a divulgué cette lettre : (( Cherchez à naviguer entre Garibaldi et les vaisseaux napolitains. J'espère que vous m'avez compris. )> A quoi Persano répondit avec finesse : « Parfaitement; j'ai compris que si je m'y prends maladroitement, vous me ferez pendre. »

Du reste, à quoi bon se gêner, quand on est sûr d'avance de l'impunité? Deux vaisseaux anglais se trouvèrent à Marsala, sur la côte de Sicile, juste à point pour couvrir le débarquement, et les canons napolitains n'osèrent pas frapper Garibaldi , de peur d'atteindre le pavillon de la Grande-Bretagne. C'est ainsi qu'on pratiquait, au besoin, le fameux principe de non-intervention. Garibaldi, qui avait reçu deux millions d'Angleterre, put payer la trahison des états-ma jorsdela flotte napolitaine ; ce fut sa première victoire. Un autre million, apporté du cabinet de Victor-Emmanuel par les députés sardes Brottero et Casalis, l'aida à en gagner de nouvelles. En vain le jeune et naïf roi de Naples, François II, parut croire aux désaveux persistants de Victor-Emmanuel, son cousin, et lui tendit une main loyale. En vain implora-t-il le secours des autres souverains de l'Europe , les conseils de Napoléon III, et essaya-t-il, suivant ces conseils , de désarmer la révolte par les concessions les plus libérales et par l'adoption du drapeau tricolore itahen. L'or et les intrigues de M. de Cavour l'enserraient de toutes parts; ses généraux étaient vendus, la trahison était jusque dans sa famille, jusque dans son cabinet, et lorsque les flibustiers, le 7 septembre, entrèrent à Naples ,

sans coup férir, le premier ministre de François II , l'avocat Liborio Romano, n'eut pas même la pudeur de donner sa démission; il resta premier ministre de Garibaldi !

Alors le jeune roi prit une résolution virile. Ralliant les quelques officiers demeurés fidèles et rappelant autour de lui ses soldats débandés et sans chefs, il se retira derrière la ligne du Volturne et, de là, s'appuyant sur la forteresse de Gaëte, il fit face à Garibaldi, le força à reculer à Santa-Maria et l'aurait mis en déroute complète à San-Angelo-in-Formis sans l'intervention de troupes piémontaises^ infanterie et artillerie, envoyées de Naples en toute hâte par l'ambassadeur sarde Villamarina. La défense héroïque, mais tardive de François II ne le sauva point; mais elle lui donna de succomber avec gloire et força l'hypocrisie piémontaise à se démasquer enfin. Lui-même , Victor-Emmanuel , lui qui protestait naguère contre l'expédition de Garibaldi et envoyait une flotte à sa poursuite, le voyant maintenant en danger d'échouer misérablement, il accourut en personne à son secours ; en personne il bombarda dans Gaëte, durant quatre mois, son cousin François II, avec lequel il n'était pas en état de guerre.

Mais il était écrit que le roi révolutionnaire serait « galanthomme » partout.

Tandis qu'il se conduisait, dans le midi de l'Italie, avec la loyauté que nous venons d'esquisser à grands traits , il accomplissait dans le centre des exploits tout aussi honorables , et écrasait l'armée pontificale en formation , après lui avoir déclaré la guerre exactement comme à celle de François II.

Napoléon III passait à Ghambéry, le 4 septembre 1860. Deux envoyés de Victor-Emmanuel, M. Farini et le général Cialdini, vinrent l'y saluer.

Que se passa-t-il dans cette entrevue ? Il existe sur ce point deux versions notablement difi^érentes dans la forme, quoique aboutissant, en fin de compte, à un résultat identique.

D'après M. Thouvenel et sa circulaire du 18 octobre aux agents diplomatiques, le gouvernement impérial se serait laissé persuader bénévolement que Garibaldi venait soulever les Marches et l'Ombrie,

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