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CHAPITRE DOUZIÈME

sa nomination de commandant en chef ; mais avant de la publier, il demanda, le 4 avril, l'assentiment de Napoléon III. L'ambassadeur de France, M. de Gramont, eut la petitesse d'exiger d'abord qu'elle fût révoquée. Le Saint -Père se soumit à cette humiliation, après quoi la demande fut transmise et formellement agréée. Cet incident aurait dû montrer à Pie IX qu'il ne connaissait pas encore le fond des susceptibilités diplomatiques et l'engager à solliciter aussi une autorisation particulière pour chacun des compagnons de La Moricière. Malheureusement, si la pensée lui en arriva , il la repoussa sans doute comme un outrage pour le cabinet des Tuileries , qui ne pouvait être supposé capable de ne pas donner tout son concours au recrutement de l'armée pontificale, lui qui ne cessait de répéter à Rome : (( IMettez-vous en mesure de vous passer de mon armée d'occupation. » Cette recommandation se retrouve encore dans une dépêche de M. Thouvenel à M. de Gramont, à la date du 14 avril.

La Moricière, en prenant possession du commandement, publia un ordre du jour où il disait que (( la Révolution, comme autrefois l'Islamisme, menace aujourd'hui l'Europe, et qu'aujourd'hui comme autrefois la cause de la Papauté est la cause de la civilisation et de la liberté du monde. » Les cris de fureur de la presse irréligieuse lui prouvèrent qu'il avait frappé juste et que sa comparaison entre l'Islamisme et la Révolution n'était que trop fondée. Il déploya dans sa tâche toute son activité ordinaire et, secondé par l'ardeur de M^"" de Mérode, qui n'était pas moindre que la sienne , il eut bientôt organisé une petite armée de vingt à vingt-cinq mille hommes, qui n'avait plus besoin que de temps et d'exercice pour devenir excellente. Le désir de complaire à Napoléon III avait cependant fait repousser le concours des plus dévoués d'entre les volontaires. M. Henri de Cathelineau, petit-fils du saint de l'Anjou, le même qui s'est illustré depuis par la défense de la forêt d'Orléans, proposait de réunir plusieurs milliers de Bretons équipés et soldés par des souscriptions , sans qu'il en coûtât rien ni au Denier de Saint- Pierre , ni au trésor pontifical. Mais on s'effraya de la couleur politique du nom de Cathelineau.

Pie IX ne pouvait assez admirer le zèle de La Moricière et de

M^' de Mérode : Avouez, disait-il, que je suis bien servi ; j'ai pour ministres la foudre et le vent d'orage. Bref, il fut convenu avec le cabinet des Tuileries que l'évacuation de Rome par la garnison française commencerait le 11 mai.

Ce n'était point là ce que désiraient la Révolution et ses complices. M. de Cavour, qui s'était plaint si haut, au Congrès de Paris, que le Pape n'eût pas une armée suffisante pour rendre inutile la protection de la France et de l'Autriche , se mit à protester contre la formation de cette armée, dès qu'il vit qu'elle allait devenir sérieuse. Il la dénonça à l'Europe comme un ramassis d'aventuriers de tous pays et feignit la plus vive inquiétude pour la sécurité des nouvelles frontières du Piémont.

Mais tout en accusant le Pape de songer à reconquérir ses provinces perdues, lui-même, par une série de violences et d'hypocrisies sans ^exemple dans l'histoire des nations chrétiennes, reprenait le cours de ses attentats contre les domaines de ses voisins. Dès le 7 mai , le gouvernement français lui avait signalé ce fait : « Que quatorze cents hommes , recrutés ouvertement dans toutes les grandes villes du royaume subalpin , avaient pu s'embarquer impunément à Gênes dans un but hostile à un gouvernement qui n'était en guerre avec aucune autre puissance. » Il s'agissait du roi de Naples et de l'expédition de Garibaldi en Sicile.

M. de Cavour commença par nier. Par une circulaire à tous ses agents diplomatiques , il informa l'Europe « que les préparatifs dont on se plaignait n'existaient pas , que d'ailleurs le gouvernement du roi veillait et non-seulement mettrait obstacle à une semblable expédition de flibustiers, mais emprisonnerait les rebelles qui voudraient la tenter. » Et le même jour, avec la même plume, M. de Cavour écrivait confidentiellement à Garibaldi, le chef de ceux qu'il qualifiait ainsi publiquement de flibustiers et de rebelles : « L'afl'aire pour l'argent et les vapeurs est arrangée. Il faut embarquer au plus vite (1). »

(1) Le comte Apponiy, dans son livre intitulé : Le Deimie,' des Napoléo)is, affirme avoir eu sous les yeux le billet oiitoc/raphe que nous venons de citer, de Cavour à Garibaldi.

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