‹ Pie IXChapitre 102 sur 288 · CHAPITRE DOUZIEME. ISO · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME. ISO

n'attendit pas aussi longtemps ; l'ultimatum était une pure comédie, comme tout le reste. Le 10, avant qu'on pût connaître la réponse du Pape, avant même que le comte Délia Minerva fût arrivé à Rome, Gialdini et Fanti franchissaient sans déclaration la frontière pontificale.

Tous deux y entrèrent comme des sauvages plutôt que comme des soldats. Les ordres du jour qu'ils adressèrent à leurs troupes méritent d'être conservés pour l'éternel opprobre de ceux qui les signèrent :

« Soldats, disait Gialdini, je vous conduis contre une bande d'aventuriers que la soif de l'or et du pillage ont amenés dans notre pays. Combattez, dispersez inexorablement ces misérables sicaires; que par votre main ils sentent la force et la colère d'un peuple qui veut son indépendance ! Soldats , Pérouse demande vengeance ; et bien qu'il soit tard, elle l'aura ! »

Ainsi, c'était le brigand qui, en plongeant le couteau dans la gorge du citoyen paisible, criait : (( Au voleur ! A l'assassin ! » soit pour se tromper lui-même , soit pour écarter de sa victime la pitié des passants,

Victor - Emmanuel , leur chef, tenait un langage plus méprisable encore, s'il est possible, parce qu'il était moins brutal. Sa proclamation est un chef-d'œuvre du genre vertueux dans lequel M. de Gavour excellait :

« Soldats, vous entrez dans les Marches et l'Ombrie pour restaurer l'ordre civil dans les villes désolées , pour donner aux peuples la liberté d'exprimer leurs vœux. Vous n'avez pas à combattre des armées puissantes , mais seulement à délivrer de malheureuses provinces italiennes de la présence de compagnies d'aventuriers étrangers. Vous n'allez pas venger des injures faites à moi ou à l'Italie, mais bien empêcher que les haines populaires ne se déchaînent contre les oppresseurs.

» Vous enseignerez par votre exemple le pardon des ofienses et la tolérance chrétienne à ceux qui comparent l'amour de la patrie italienne à l'Islamisme. En paix avec toutes les grandes puissances, éloigné de toute provocation, j'entends faire disparaître du centre de l'Italie une cause continuelle de trouble et de discorde; je veux

respecter le Siège du Chef de l'Eglise, à qui je suis toujours prêt à donner , d'accord avec les puissances alliées et amies , toutes les garanties d'indépendance et de sécurité que ses aveugles conseillers ont espérées en vain du fanatisme de la méchante secte qui conspire contre mon autorité et contre la liberté de la nation.

)) Soldats! on m'accuse d'ambition. Oui, j'ai celle de restaurer les principes d'ordre moral en Italie, et de préserver l'Europe de dangers continuels de révolution et de guerre. »

Les sentiments féroces que Cialdini étalait dans ses proclamations n'étaient pas une simple forfanterie; sa conduite le prouva. Le colonel pontifical Zappi ayant osé se défendre avec 800 hommes , dans Pesaro, et arrêter vingt-deux heures toute l'armée piémontaise devant cette bicoque, Cialdini , au lieu d'admirer ce courage, refusa de cesser le feu lorsque Zappi, écrasé par le nombre, fut enfin obligé de se rendre. Il se donna le plaisir de mitrailler gratuitement, deux heures de plus, une ville qui avait cessé de lui répondre autrement que par le drapeau blanc et l'envoi de parlementaires. Quant aux vœux réels des populations, vœux qu'il était censé venir protéger, il ne s'en souciait pas plus que du droit des gens. Témoin cette dépêche fameuse qu'il adressait quelques semaines plus tard, le 20 octobre , au commandant garibaldien de Molise : (( Publiez que je fais fusiller tous les paysans pris les armes à la main; j'ai déjà commencé aujourd'hui. »

La Moricière était loin de s'attendre à une attaque des armées piémontaises. Il considérait seulement comme possible une a'gression garibaldienne , et comme probables des insurrections intérieures partielles ; il avait pris ses mesures en conséquence , disséminant ses troupes dans les villes et sur la frontière napohtaine. L'insolent message du général Fanti contribua beaucoup à le confirmer dans cette idée. Il n'avait que d,oOO hommes avec lui au moment où il le reçut. Il se tint prêt, mais sans opérer encore une concentration qui lui paraissait dangereuse et prématurée.

Tout à coup il apprend que la frontière, du côté du Piémont, est violée sur tous les points à la fois , qu'un corps d'armée commandé par le général de Sonnaz marche sur Pérouse, un

Page 1