‹ Pie IXChapitre 103 sur 288 · CHAPITRE DOUZIÈME. ^ d · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME. ^ d

autre conduit par Brignone sur Spolète, un autre par le garibaldien Masi sur Orvieto , enfin que Gialdini s'avance sur Sinigaglia, et de là sur Torre de Jesi, sur Gastelfidardo , sur Loretta, et qu'il a évidemment pour objectif la ville d'Ancône, la seule après Rome qui soit capable de quelque résistance. La Moricière, hors d'état de faire face à tant d'ennemis à la fois, voit avec douleur que ses petites garnisons disséminées sont perdues, mais il ne se décourage point. Rappelant à la hâte toutes celles qui sont à sa portée, et ce n'étaient malheureusement pas les plus considérables, il change toutes les dispositions prises pour un autre genre de lutte, renonce à s'opposer à Brignone, à de Sonnaz et à Fanti , qui, cependant, vont lui couper la retraite sur Rome, et se lance intrépidement au plus fort du danger, entre eux et Gialdini , avec la résolution de percer les lignes de ce dernier et d'atteindre Ancône avant lui. Là, pensait-il, il pourrait tenir une ou deux semaines; c'était plus qu'il n'en fallait pour donner à la France et aux autres nations civilisées le temps d'accourir. Il comptait sur la France, il comptait sur l'Autriche, et il avait répondu au messager de Fanti : « Nous ne sommes qu'une poignée d'hommes , mais un Français ne compte pas ses ennemis , et la France est derrière nous. »

En effet, avant l'invasion, l'ambassadeur de France, duc de Gramont, dont la parole était appuyée de la présence d'une armée française à Rome et dans les environs, avait, à plusieurs reprises, rassuré le cardinal Antonelli inquiet, en lui affirmant que les concentrations de troupes piémontaises étaient destinées à arrêter les bandes et à protéger la frontière pontificale, mais qu'elles ne l'attaqueraient point. La Moricière atteste ce fait dans son rapport sur ses opérations. Ensuite, quand la violation de territoire ne fut plus douteuse, M. de Gramont avait communiqué au cardinal et télégraphié, en langage clair et non chiffré , au vice-consul de France à Ancône, la dépêche qui suit :

{( L'Empereur a écrit de Marseille au roi de Sardaigne que, si les troupes piémontaises pénètrent sur le territoire pontifical, il sera forcé de s'y opposer. Des ordres sont déjà donnés pour embarquer des troupes à Toulon, et ces renforts vont arriver incessamment.'

Le gouvernement de l'Empereur ne tolérera pas la coupable agression du gouvernement sarde. Gomme vice-consul de France, vous devez régler votre conduite en conséquence. »

M. de Gourcy, le vice consul auquel s'adressait cette dépêche , accourut avec elle chez M. de Quatrebarbes , gouverneur civil d' Ancône. Son grand âge ne lui permit pas de la porter lui-même à Gialdini; mais ii se hâta de la lui envoyer par un employé du consulat, ne doutant pas que la vue de ce morceau de papier, au bas duquel était la signature de la France, n'arrêtât sur-lechamp l'effusion du sang. Ils se trompaient. Gialdini ayant lu la dépêche, la mit dans sa poche, en disant : « J'en sais plus long que vous là-dessus; je sors d'avec l'Empereur. » Puis, l'employé réclamant un reçu, il le signa, ajoutant « qu'il serait bon à joindre aux autres papiers diplomatiques ; » et il continua sa marche en avant.

Il ne fut pas moins explicite quelques jours après, à Lorette, devant le comte de Bourbon-Busset et d'autres prisonniers de Gastelfidardo : « Vous m'étonnez, Messieurs, leur disait-il; comment avez vous pu vous arrêter un instant à cette pensée que nous aurions envahi l'Etat pontifical sans im assentiment complet du gouvernement de votre pays ! » Et comme un des assistants objectait à Gialdini le fait annoncé du débarquement d'une nouvelle division française à Givita-Vecchia : — A quoi bon? reprit un officier supérieur piémontais de l'entourage de Gialdini ; la France n'a pas besoin de renforcer son armée d'occupation. Regardez ces fils. Messieurs, (il montrait le télégraphe), si ces fils parlaient , ils suffiraient pour nous arrêter court (1).

(1) Ces détails, il est bon de l'observer, ne furent pas alors connus de tout le monde; s'ils l'eussent été, leur accomplissement fût devenu impossible. Les journaux officieux ou révolutionnaires, c'est-à-dire les plus nombreux et les plus lus, triaient avec soin les nouvelles; et quant à l'agence télégraphique Havas, elle n'a jamais cessé, sous tous les régimes, d'être officieuse. Cependant y Indépendance belge, organe dévoué à la Révolution mais qui se piquait avant tout d'être bien informé, répéta les paroles de Cialdini, et la plupart des journaux anglais, allemands et autres racontèrent l'incident de M. de Courcy, que M. de Quatrebarbes a également consigné dans ses Souvenirs d'Ancône. Du reste, M. de Gramont n'a pas eoutcsté l'existence de la dépêche, quoiqu'une

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