CHAMBÉRY. — CASTELFIDARDO. — ANCONE
( Suite. )
Cependant La Moricière arrivait à marches forcées, le 16 septembre, en vue de Lorette, dont l'ennemi se retira à son approche. Sa petite troupe comptait à peine trois mille combattants, savoir : 2,000 fantassins, 800 cavaliers et 200 artilleurs; mais il avait donné rendez-vous en cet endroit au général marquis de Pimodan, qui lui amenait de Terni 2,600 hommes d'infanterie, et qui arriva le d7, un peu avant la nuit. C'est donc avec 5,600 hommes tout au plus, et une artillerie d'ancien modèle et insuffisamment exercée, qu'il fallait affronter Cialdini, qui avait à ce moment 45,000 hommes et des canons rayés. Le choc était inévitable pour le mardi 18. Les Piémontais s'échelonnaient sur les collines qui descendent du mamelon de Castelfidardo vers la plaine, et s'étendent jusqu'à cinq cents mètres du petit fleuve Musone. Leur artillerie battait les pentes de tous côtés. Deux fermes, situées sur le versant, à six cents mètres en arrière l'une de l'autre, étaient fortement occupées par eux. En différant davantage, La Moricière s'exposait à être enveloppé et réduit à mettre bas les armes.
A quatre heures du matin, les soldats du Pape, les deux généraux en tète, se préparèrent à la mort par la réception du très-saint sacrement de l'Eucharistie. A huit heures, Pimodan s'élança sur les deux fermes dont nous avons parlé. Sa consigne était de les enlever et de s'y maintenir le plus longtemps possible, car elles dominaient
le gué du Musone, par où devaient nécessairement défiler le gros de l'armée et les bagages, et il n'y avait pas d'autre passage que ce gué pour gagner la route d'Ancône.
La première ferme, quoique chaudement défendue, fut enlevée ; on y fît une centaine de prisonniers. Six pièces de six y furent amenées aussitôt afin de protéger la position contre un retour offensif de l'ennemi; le capitaine Richter, qui les commandait, sous les ordres du colonel Blumenstihl, eut une cuisse traversée par une balle, mais refusa de s'éloigner et resta au milieu du feu. Deux obusiers, conduits par le lieutenant Daudier, avec le secours de cent Irlandais arrivés la veille de Spolète, furent placés à découvert en avant de la ferme, sous la mitraille piémontaise, à laquelle ils répondirent comme s'ils eussent été de force. Malheureusement tout le monde ne fît pas aussi bien son devoir. Pimodan fut obligé de destituer sur le champ de bataille le commandant du 1" bataillon de chasseurs.
(( Le moment était venu, raconte La Moricière dans son rapport, d'attaquer la seconde ferme. Le général de Pimodan forme une petite colonne sous les ordres du commandant de Becdelièvre, composée du bataillon des tirailleurs franco -belges, d'un détachement de carabiniers et du 1" bataillon de chasseurs. Cette colonne débouche résolument, malgré une fusillade des plus vives, qui partait de la ferme et du bois. Elle devait ainsi parcourir cinq cents mètres à découvert. Mais arrivée à cent cinquante pas environ du sommet de la colline, elle fut reçue par un feu de deux rangs d'une forte ligne de bataille, qui lui mit une telle quantité d'hommes hors de combat, qu'elle dut se retirer. L'ennemi la poursuivit; mais au moment où il allait rejoindre les nôtres, ils fîrent volte-face, l'attendirent à quinze pas, le reçurent avec un feu bien dirigé, et coururent sur lui à la baïonnette. Etonné de tant d'audace et d'aplomb, et quoique supérieur en nombre, l'ennemi recula à son tour, ce qui permit à nos soldats de regagner la position de laquelle ils étaient partis. Le feu de notre artillerie, bien nourri et bien dirigé, protégeait ces mouvements... L'ennemi avait perdu beaucoup de monde, mais nos pertes étaient relativement plus sensibles que les siennes.