‹ Pie IXChapitre 11 sur 288 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

chapelle qu'il fit construire au sommet de son habitation, et qui domine la mer. Là , le vieux Bako se plait à raconter son bonheur au voyageur qui s'agenouille et prie Dieu pour Pie IX et pour l'Eglise.

De retour à Rome en 1823 , l'abbé Mastaï fut nommé chanoine de Sainte -Marie m via lata , admis à la prélature, qui donne accès aux premières charges pontificales , et chargé de la présidence de l'hospice Saint-Michel.

Cet établissement, fondé il y a deux siècles par Innocent X, est un des plus vastes asiles qui existent, en même temps que la plus ancienne école d'arts et métiers, et le modèle de toutes les autres. C'est de plus une école de beaux arts, d'où sont sortis plusieurs des artistes italiens les plus renommés de nos jours : tels que Mercuri, Galamata, le sculpteur Taccimeis. A côté du refuge ouvert par le fondateur, à une centaine de jeunes garçons abandonnés , et triplé par Innocent XII , il comprend un bâtiment spécial affecté par Clément XI aux vieillards et aux infirmes , un autre ouvert par Clément XII au repentir des femmes de mauvaise vie; un troisième enfin qui sert d'asile, depuis Pie VI, aux jeunes filles qu'on recueillait jadis à Saiut-Jean-de-Latran. Bref, Saint-Michel est une ville, et son administration un véritable gouvernement.

Lorsque M^"" Mastaï en fut chargé par Léon XII, de grandes réformes y étaient devenues nécessaires. Ceux qui l'y avaient précédé pouvaient être des saints; ils n'étaient pas des administrateurs. Leur inexpérience avait laissé désorganiser tous les services. Un déficit énorme s'ajoutait aux autres désordres , et l'on parlait déjà de banqueroute.

En moins de deux ans, tout fut réparé, restauré, renouvelé. Le déficit disparut , sans qu'aucune des œuvres qu'abritait Saint-Michel fût supprimée, ni même restreinte. Il est vrai que le plus clair du patrimoine de M^"" Mastaï y disparut en même temps ; mais à quoi bon la fortune chez un prêtre, se disait-il, sinon pour la dépenser à propos au service de la charité?

Avant lui, les règlements réservaient à l'hospice tout le bénéfice du travail des apprentis ; on n'accordait à ces derniers qu'une somme de trente piastres à leur sortie. Frappé du peu de générosité de ce

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système, M*^' Mastaï fit adopter par la commission de direction une mesure plus libérale et plus capable de stimuler les jeunes gens. On admit les apprentis au partage des bénéfices de leur travail. Seulement, au lieu de les laisser dissiper sans profit les sommes ainsi gagnées , on les obligea à déposer leur salaire dans une banque, jusqu'au jour de leur sortie de Saint-Micliel. Ainsi chaque élève devenait propriétaire et possédait un petit capital au moment de s'établir.

La restauration de Saint-Michel avait révélé dans son auteur le génie du gouvernement. Léon XII le jugea capable de conduire un diocèse, et l'appela à l'archevêché de Spolète. C'était en 1825. Le nouvel archevêque n'avait que trente-cinq ans.

Ses premières dignités ecclésiastiques l'avaient si peu enrichi, qu'il manqua d'argent pour payer ses bulles. Il vendit une petite propriété, après quoi il ne lui resta plus rien, du moins pour le moment.

Je me trompe : il lui resta son cœur pour attendrir les riches en faveur des pauvres ; il lui resta lui-même , et il se dépensa sans compter.

Les premières années de son épiscopat furent faciles et calmes. A la veille des bouleversements de 1830, la Révolution se recueillait, et l'Europe jouissait d'une tranquillité relative. Il en profita pour raviver et fortifier les études de son clergé, pour améliorer les mœurs de son peuple et pour fonder, auprès de sa résidence , un orphelinat : genre d'institution dont il appréciait toute l'importance, et pour lequel il eut toujours des prédilections particulières.

Mais arrivèrent les insurrections de 1831 et 1832. Pour la première fois , celui qui devait être Pie IX se trouva en face des révolutionnaires ; pour la première fois aussi , en face des Bonaparte, et en particulier de celui qui devait être Napoléon III.

Tout le monde sait avec quelle générosité Pie VU, dépossédé par Napoléon I", donna à la famille de celui-ci, dépossédée à son tour, un asile que nul autre souverain en Europe n'avait le courage — ou l'imprudence — de leur ofîrir. Joseph, l'ex-roi d'Espagne, passa à Rome les trente dernières années de sa vie, en compagnie de son

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