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CHAPITRE DEUXIÈME

oncle le cardinal Fesch , de son frère Lucien , devenu prince de Ganino, et d'une foule de neveux et nièces inféodés à la noblesse romaine. Sans la Rome pontificale, sans la petite souveraineté temporelle des Papes, tous ces Bonaparte auraient dû émigrer en Amérique, ou bien accepter des anciens souverains, leurs beaux-pères ou beauxfrères par aventure, une hospitalité plus semblable à une prison, comme celle de l'ex-roi de Rome en Autriche.

Mais si les Papes ne savent rendre que le bien pour le mal , c'est sans doute qu'ils n'entendent rien à la politique, selon le reproche que Napoléon I" et Napoléon III leur ont tant de fois adressé. La politique exclut la gratitude. Hélas ! et les Napoléon se sont toujours piqués d'être les premiers politiques de leur temps !

Deux jeunes gens de ce nom, tous deux fils de la reine Hortense , et enrôlés de bonne heure dans les sociétés secrètes, prirent fantaisie de conquérir une principauté, ou tout au moins un peu de popularité révolutionnaire, aux dépens du bienfaiteur de leur famille. Ils se jetèrent, les armes à la main, dans les Romagnes, et y entretinrent, durant plusieurs mois, l'insurrection et la guerre civile. L'aîné périt dans cette entreprise coupable; le second, plus heureux, s'échappa. C'était Louis-Napoléon, c'est-à-dire Napoléon III.

Plusieurs journaux anglais et allemands ont raconté, en 1860, à une époque où nulle feuille française n'aurait pu traduire impunément ce récit, que Louis -Napoléon fugitif, traqué par l'armée austropontificale, vint frapper un soir à la porte de l'archevêque de Spolète, se nomma et se confia à son honneur ; que M^'' Mastaï commença par le cacher, ensuite se procura un passeport en blanc, y inscrivit le signalement du jeune homme sous un nom supposé, et lui fournit ainsi les moyens de gagner paisiblement la frontière ; que l'archevêque fit le voyage de Rome pour rendre compte à Grégoire XVI, personnellement, de ce qu"il avait osé faire, et cela, expliquait-il, dans un but tout à fait politique, afin d'éviter à son souverain l'embarras soit de punir, soit de garder un captif de cette importance ; enfin, que Grégoire XVI prit fort mal cet excès de hardiesse , et que Jean- Marie Mastaï eut quelque peine à rentrer en grâce auprès de lui. L'anecdote ne manque pas d'intérêt ni tout à fait de vi^aisemblance ;

toutefois, nous n'avons pas entendu dire qu'elle ait été avouée par l'un ou l'autre des personnages principaux. Nous l'abandonnons aux romanciers futurs.

Ce qu'il y a de certain , c'est que des insurgés poursuivis , mais non encore débandés , au nombre de quatre mille, se présentèrent devant Spolète, ville sans défense, et que l'archevêque alla au-devant d'eux. Avec beaucoup de fermeté , beaucoup de charité et beaucoup d'adresse, il leur persuada de déposer les armes. Ils mirent à ses pieds plusieurs milliers de fusils et cinq pièces de canon. Ils lui rendirent un autre hommage. Pour les nourrir plus que pour les acheter, l'archevêque leur avait promis quelques miUiers d'écus ; ri proposa de remettre cette somme à un certain Sercognarri, qu'ils appelaient leur général ; mais ils exigèrent que la distribution en fût faite de sa propre main; preuve de leur estime pour lui , preuve aussi de leur estime pour le chef qu'ils s'étaient donné !

Le plus difficile restait à faire : Un général autrichien suivait de près les insurgés , et il s'agissait d'obtenir de lui l'amnistie pour laquelle l'archevêque avait engagé sa parole. Une deuxième sortie, un deuxième discours hors des murs de Spolète lui gagna ce nouveau triomphe. Son éloquence et sa charité désarmèrent la colère du vainqueur, après celle des vaincus. Bien plus, des gens qui n'avaient point pris les armes lui durent leur salut dans cette circonstance. L'insurrection, en effet, avait des comphces dans la ville, et la police les découvrit. L'agent, dès qu'il en eut dressé la liste, la montra à l'archevêque; il s'attendait à des félicitations : a Mon brave homme, » lui dit le prélat, vous n'entendez rien à votre métier, ni au mien. » Quand le loup veut dévorer les moutons , il ne va pas prévenir le » berger. » Et l'agent stupéfait vit sa liste disparaître dans les flammes (i).

Il paraît également acquis à l'histoire que cette conduite déplut à Rome, et que Jean-Marie Mastaï eut à se justifier devant Grégoire XVI. Quoi qu'il en soit, le mécontentement du Souverain Pon-

(1) Louis Yeuillot, Sa Sainteté Pie IX, p. 13; Al. de Saint-Albin, Vie de Pie IX, tome I, p. 17.

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