‹ Pie IXChapitre 111 sur 288 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

enfin une lettre très-vive de l'amiral, qui ne voulait pas tremper dans une pareille, infamie et rappela à bord les marins qui servaient à terre une batterie. Pendant tout ce temps , pas un seul coup de canon n'a été tiré de la place. Ainsi l'armée piémontaise a bombardé sans relâche, pendant douze heures, une ville sans défense, contrairement au droit des gens et à tout sentiment d'honneur et d'humanité. L'amiral Persano a rendu lui-même compte à Turin du refus persistant de l'armée de terre de cesser le feu. Je livre ce fait à l'indignation de tous les honnêtes gens. »

La capitulation fut signée le 29 , à deux heures du soir. La petite armée pontificale n'existait plus , et les Piémontais , poursuivant le cours de leurs exploits, pouvaient aller donner la main à Garibaldi sous Gaëte et achever avec lui « d'extirper le chancre de la papauté, » ou avec Pinelli (c d'écraser le vampire sacerdotal. » Mais si le droit avait été vaincu, il avait su combattre et mourir : « Voilà la première fois, remarquait un journal protestant, la Nouvelle Gazette de Prusse, voilà la première fois qu'un général de la légalité a osé mener ses troupes à l'ennemi ; pour la première fois un véritable combat a été livré à la Révolution. Il n'a pas été heureux , nous le savons, et nous l'avons assez répété d'avance, nous n'avions aucun espoir qu'il le fût ; mais la défaite de La Moricière élève le cœur par le contraste, car depuis longtemps on nous a habitué aux triomphes de la lâcheté, de la trahison et de la corruption, dont les victoires de Garibaldi sont le dégoûtant tableau. Il est avéré que les pontificaux ont fait leur devoir jusqu'à la mort; cela nous suffit. On comprend que les adversaires de la Révolution soient devenus modestes ; depuis des années ils n'ont à enregistrer que ses victoires. Mais si , à Castelfidardo, des individus ont été défaits, le principe de la légalité a été enfin affirmé. Or, si les hommes se battent pour un principe, le triomphe final est certain. »

La voix de Pie IX, dans le Consistoire du 28 septembre, vengea la mémoire de ces prétendus mercenaires , dont un grand nombre le servaient sans solde, et fit justice du prétendu ordre moral que le Piémont disait être venu rétabhr dans les Etats de l'Eglise. Non content de les avoir glorifiés, il fonda à leur intention, de ses deniers

privés, la chapellenie de Castelfidardo pour la célébration annuelle et à perpétuité de cent messes, dans le sanctuaire de la Scala Santa. Il fit au général de Piraodan des funérailles magnifiques et indiqua lui-même quelle inscription serait placée sur son tombeau, dans l'église de Saint-Louis des Français. Il voulut donner à La Moricière le titre de comte romain ; mais le glorieux vaincu refusa , disant qu'il s'appelait et désirait s'appeler toujours simplement Léon de La Moricière, Alors Pie IX lui écrivit ces quelques mots d'une simplicité antique :

« Je vous envoie du moins ce que vous ne pouvez pas refuser, l'ordre da Christ, pour lequel vous avez combattu, et qui sera, je l'espère, votre récompense et la mienne. »

En France, les journaux catholiques, après avoir publié qu'une souscription était ouverte pour offrir une épée d'honneur à La Moricière, déclarèrent presque aussitôt que l'annonce de cette souscription était interdite. Le gouvernement fit plus ; il se laissa aller contre les vaincus et contre ceux qui déjà accouraient prendre leur place, à des tracasseries mesquines qui sentaient la vengeance et qui, maintenant que le succès des Piéniontais n'était plus douteux, ne pouvaient servir à rien qu'à faire mieux constater la complicité impériale. Il fit appliquer aux volontaires pontificaux l'article 21 du Gode, qui déclare déchu de sa nationalité tout Français qui, sans autorisation du gouvernement français, prend du service militaire chez une puissance étrangère ou dans une corporation militaire étrangère. On vit donc de vaillants jeunes gens," la fleur de la jeunesse française, qui n'avaient commis d'autre crime que de défendre eff'ectivement un souverain que la France défendait officiellement , on les vit , à leur retour d'Ancône et de Castelfidardo, rayés des listes électorales, repoussés des fonctions de jurés et des bureaux d'enrôlement de l'armée, et l'on alla jusqu'à interdire à quelques-uns le droit de recueillir des héritages , sous prétexte de légalisations qui manquaient à leurs signatures d'étrangers. Les journaux révolutionnaires ayant eu l'impudeur d'observer que la loi ne s'appliquait pas aux Français engagés dans les bandes de Garibaldi, vu que ces bandes ne formaient ni un goQverjiement, ni une corporation mihtaire, cette sin-

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