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CHAPITRE XIV

MASSACRES DU LIBAN. - CONVERSIONS EN BULGARIE. - LES NON POSSUMUS. — HOSTILITÉ CROISSANTE DU GOUVERNEMENT FRAN- ÇAIS. - CANONISATION DES MARTYRS JAPONAIS.

Tandis que la petite armée pontificale succombait sous le nombre et la trahison , les Turcs prenaient soin de justifier la comparaison faite par La Moricière entre la Révolution et l'Islamisme. Les chrétiens livrés et désarmés par les pachas, qui auraient dû les défendre, furent massacrés en masse, dans le Liban et à Damas, au mois de juin 1860. Zahlé, Der-el-Kamar et une centaines de villages maronites furent complètement détruits; on n'épargna ni hommes ni jeunes gens , parmi ceux qu'on put atteindre, et sept mille femmes ou jeunes filles, plus malheureuses encore, se virent emmenées en captivité dans le désert. Napoléon III s'honora, en envoyant une expédition armée châtier les coupables, en dépit des oppositions jalouses de l'Angleterre, qui ne craignit pas de patroner les assassins. Pie IX, par une lettre du 29 juillet 1860, exprima au patriarche d'Antioche, et aux évoques de son patriarcat, sa douleur et son indignation des forfaits commis : « Ce qui est surtout affligeant , disait-il en flétrissant certains discours prononcés dans le parlement anglais en faveur des coupables, c'est que dans notre siècle on accorde plus de sympathie, et même de secours, aux fauteurs de troubles et de révolutions qu'à leurs victimes. » Il loua la France de se souvenir, dans cette circonstance, de ses traditions catholiques, et annonça qu'il encourageait de toutes ses forces les offrandes généreuses des chrétiens occidentaux en faveur de leurs frères de

Syrie. Lui-même leur adressa des secours doublement méritoires aux yeux de la charité, car sa pauvreté fît qu'il les préleva sur le Denier de saint Pierre; et, avant de sortir de la bourse du Pontife, ces dons étaient sortis de celle des fidèles.

Les tristesses dé Pie IX reçurent une consolation surhumaine, dans une autre partie de l'empire ottoman, par la conversion des Bulgares. Le 30 décembre 1860, des évêques, des prêtres et un grand nombre de laïques de cette nation abjurèrent le schisme de Photius et adressèrent à Rome un acte solennel d'union , au nom de la majorité de leurs compatriotes. Pie IX y répondit le 29 janvier 1861. Il voulut donner lui-même, dans la chapelle Sixtine, la consécration épiscopale à leur nouvel archevêque, M^^ Sokolski. Celui-ci, en renouvelant à haute voix la profession de foi déjà formulée par écrit à Gonstantinople, dit au Saint-Père : « C'est votre ouvrage, si, étant morts, nous sommes revenus à la vie, et si, étant perdus, nous avons été retrouvés. » Mais Pie IX en rapporta à Dieu seul toute la gloire : « Ce sont-là, dit-il, des œuvres tout à fait divines... A vous louanges, à vous bénédiction , à vous actions de grâces éternelles, ô Jésus-Christ, source de miséricorde et de toute consolation!... »

Malheureusement , chez les Orientaux , il est rare qu'on s'attache à la vérité pour elle-même. Les rivalités de races et les vanités nationales y prédominent généralement sur les questions religieuses, et lorsque le patriarche schismatique de Constantinôple eut consenti à octroyer aux Bulgares une sorte d'autonomie ecclésiastique, leur magnifique élan vers le centre de l'unité chrétienne se soutint mal. De trois millions qu'ils étaient d'abord , le nombre des Uniates tomba à quelques dizaines de milliers. L'archevêque Sokolski disparut subitement. Y eut-il défection ou enlèvement de vive force? La seconde hypothèse est , jusqu'ici, la plus probable. Plusieurs fois on a cru reconnaître ce prélat dans un monastère de la Russie, où il aurait été amené par surprise et séquestré malgré lui. Pie IX voyant combien un pasteur était indispensable à ce troupeau naissant , donna un successeur provisoire à Sokolski , sous le titre d'administrateur des Bulgares -Unis, et s'occupa activement de fonder pour lui des églises et des écoles. Trois évêques schisma-

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